DES TABLES DES GLACIERS
Le phénomène des tables des glaciers est si curieux, que lorsqu'on le rencontre pour la première fois , il frappe d'étonnement , comme quelque chose de toutà-fait inattendu et d'inexplicable. Tous les glaciers n'en ont pas y et il est à remarquer que les glaciers les plus fréquentés , tels que ceux de Grindelwald et plusieurs de ceux de Ghamounix , n'en montrent habituellement aucune trace , quoiqu'ils charrient tous des blocs d'un volume très-considérable. Ces tables se trouvent généralement près des moraines médianes ou près des bords internes des moraines latérales ; il y en a de toutes les dimensions ; j'en ai vu qui avaient jusqu'à vingt pieds de long sur dix et douze pieds de large. D'autres n'ont que deux ou trois pieds carrés. Ce sont généralement de grandes dalles ou des blocs de forme plus ou moins aplatie , reposant sur un piédestal de glace , de manière à imiter assez bien la forme
de faUcs. La PL 14 RfiéscBle plasieas lées do ^aôer uCricor de F Aar. IL Lovy a fail de et curieux phoMMMBe le siqct d'aae charauBte aquarelle, rqifésmtaat ce ater ^ader de FAar aTK ses Booibfeiises taUes. Il est iiqiossîUe de rendie anc ^os de Tcrité Tcffel grandiose de ce phcaoBCBe (*). Le mode de formation de ces taMes est le MÉaM que de rexhansscment des moraines dmt nous ire-
mms de parier. En leur qualité de bons conducteurs de la diakur, les blocs qui, par un accident quelcmque, se trouTcntisdés a lasufoce du parier, commencent par Cmdre la glace sur leurs bords ; mais à raison de leur y<4ume, ils eu^édimt en même temps Facticm des agens eximeurs sur la surface quHs recourrait; ils s'âèTent ainsi successivement de toute r^aisseur de la glace qui se dissout autour d*eux par la fonte et Févaporation , et se trouvent par là portés a une bauteor qudquefois assex considérable au-dessus de la surfoce du glado*. Mais à mesure qn'ik s'âèYoït, le soleil et les voits secs commoicait par attaqua* latéralement la colonne de glace sur laquelle ils n^osent Celle-d devient de plus « plus grêle , jusqu'à ce que , trop foible pour soutenir plus long-temps le poids de sa diarge, elle se brise; la table tombe et. glisse au large, pois occasionne une seconde et troisième fois le même pbénomàie , jus-
(*) GoUecdon de Tact suisses , par Lory fils.
qu'à ce qu'elle ait atteint le bord du glacier , où elle se confond dans la moraine. J'ai vu cette année (1840) au glacier inférieur de l'Aar, une table de 15 pieds de long» 12 pieds de large et 6 pieds de haut, se détacher de sa base et glisser à une distance de 30 pieds , en réduisant en poudre la surface de la glace par dessus laquelle elle passa. Dans la partie supérieure des glaciers et en particulier sur la limite des névés , c'est-à-dire là où les moraines commencent à suKgir 9 les plus petits blocs occasionnent des tables qui s'élèvent d'un demi pied jusqu'à un pied au-dessus du niveau de la glace. J'en ai vu un grand nombre sur le glacier du Lauteraar , au pied du Schreckhorn , qui avaient à peine cinq pouces de surfoce et un pouce d'épaisseur.
Jusqu'ici on n a point encore fait d'observations sur le temps que met une table à parcourir toutes les phases de son développement ; je ne pense pas non plus que l'on arrive jamais à des données bien précises à ce sujet , attendu que le phénomène entier est complètement subordonné aux influences atmosphériques. Mais une chose bien autrement importante serait de chercher à faire servir ces tables à l'appréciation de la masse de glace qui se fond ou s'évapore pendant le cours d'un été. J'ai fait à ce sujet plusieurs observations que je me propose de continuer chaque année ,, et j'espère ainsi pouvoir démontrer par le calcul que la plus grande partie de Teau qui s'é-
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chappe du glacier est enlevée à sa surface , et ne pro-' vient nullement de la fonte de sa partie inférieure. J'ai observé cette année, près de ma cabane, sur le glacier inférieur de l'Âar, une table dont le piédestal, de quatre mètres de circonférence , a diminué d'un mètre dans quarante-huit heures.
Dans beaucoup de tables , le piédestal ne se dessine bien qu'au sud ; quelques unes ne sont même pas du tout dégagées du côté du nord , de manière qu'elles ne font réellement table que du côté du sud , (voyez la troisième table sur la PI. 1 4 , à gauche de la grande moraine ) ; et en effet le soleil agissant avec plus d'intensité du côté du midi que du nord , doit nécessairement y dissoudre plus de glace. C'est par la même raison que les tables choient habituellement du côté du midi ; la colonne de glace y étant plus réduite que du côté opposé , elle offre moins d'appui à la table, qui finit par pencher de ce côté , jusqu'à ce que son poids l'emporte et qu'elle tombe.
n est rare de voir des tables dans la partie inférieure du glacier; on ne les rencontre en grand nombre que là où le glacier est peu incliné , ordinairement dans le voisinage des moraines médianes , et surtout dans les endroits où celles-ci sont très-inclinées. Ce sont les blocs de ces dernières qui , en glissant le long de leurs flancs , gagnent la surface du glacier et y deviennent des tables. Les plus nom-' breuses sont au glacier inférieur de l'Âar , là où la
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graade moraine médiane se rapproche de la moraine latérale droite , c est-à-dire à une hauteur d'environ 6500 pieds ; sur le glacier de Zermatt , où il y en à beaucoup et de fort belles , elles sont à environ 7000 pieds. Le glacier des Bossons en porte un très-grand nombre et de fort élevées, de même que le glacier de St-Théodule. Ordinairement les glaciers ne sont pas très-crevassés dans les endroits où il y a beaucoup de tables ; cependant ces deux phénomènes ne sont nullement incompatibles ; et c'est à tort que M. Hugi prétend que les crevasses j au lieu de continuer leur cours sous les tables, les contournent (*). Nous avons vu sur le glacier de St Théodule , au pied du Mont- Cervin, et sur le glacier inférieur de TAar plusieurs grandes tables dont la colonne était fendue du haut en bas par une crevasse.
(*)Hugi, Naturhistoriche jélpenreise, p. 359.