DBS OSCILLATIONS DES GLACIERS
Mais cette quesUon si importante est devenue réellement scientifique depuis que M. Venetz en a fait l'objet de son célèbre mémoire sur les variations de la température dans les Alpes de la Suisse [*). L'auteur ne s'est pas seulement borné à signaler certains acci* dens du sol qui témoignent d'une plus grande extension des glaciers , tels que les moraines situéeâ à des distances plus ou moins considérables de l'extrémité actuelle des glaciers ; il a aussi consulté les anciens registres des paroisses et des communes du Valais, et en a extrait des preuves irrécusables en £aveur d'une extension moins considérable de ces mêmes glaciers » à une époque plus récente. Enfin ses nombreuses courses dans toutes les parties des Alpes du Valais lui ont fourni une foule de renseignemens précieux sur les rapports divers des glaciers avec le sol et les lieux environnans. Aussi» ce qui donne à l'ouvrage de M. Venetz une valeur toute spéciale , c'est qu'il est écrit en quelque sorte sur les lieux mêmes où se manifestent ces oscillations. L'auteur a fait preuve d'un rare discernement dans le cboix des faits qu'il signale à l'attention publique ; ce. qui est d'autant plus difiGicile, qu'il arrive souvent que certaines localités changent complètement d'aspect sous l'influence de la main de l'homme , sans qu'il soit nécessaire de recourir à des
(*) Denkschriften der allg, schvfeizerischen Gesellschaft, Erster Band, Zweite Abtheilung. Zurich, 1833.
changemeus extraordinaires dans l'état physique du sol et de l'atmosphère, pour les expliquer (*).
Les faits nombreux cités par M. Venetz sont rangés par lui en deux catégories. Les uns, qui lui paraissent prouver un abaissement de la température dans les temps historiques, sont empruntés essentiellement aux monumëns historiques, et en partie à l'observation directe ; les autres , qui prouvent une élévation de la température, sont des monumëns élevés par les glaciers eux-mêmes, pour perpétuer le souvenir de leur présence dans les lieux qu'ils ont jadis envahis. Voici quelques exemples de la première catégorie, que j'emprunte à M. Venetz.
<c M. le chanoine Rivaz a trouvé parmi les écrits de la commune de Bagnes plusieurs titres qui constatent que cette commune possédait le droit de libre commerce avec le Piémont, en passant par la Ghermontanaz et le col de Ferret. Or, maintenant il est bien rare d'y voir passer des mulets, le chemin y étant devenu très-difficile. Il parait qu'autrefois on n'avait pas besoin de passer le glacier du Mont-Durànd y comme à présent.»
c( M. Rivaz a également trouvé, dans ces mêmes archives, un acte qui parle d'un procès que la commune de Bagnes eut avec celle de Liddes, relativement à une
(*) Venetz , Mémoire sur les -variations de la température dans les Alpes, p. 2 et 3, dans les Denkschriften der schweizerischen Gesellschaft , l.c.
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forêt située sur le territoire de Bagnes. Cette forél n'existe plus. Un énorme glacier lui a succédé , et la communication est entièrement détruite en cet endroit. »
c( De Zermatt, un passage très-fréquenté conduisait autrefois dans la vallée d*Hérens. En 1816 , la commune de Zermatt racheta du chapitre de Sion une redevance provenant d'une procession annuelle qu'elle faisait jusqu'à Sion, en passant par les vallées de Zer* matt et d'Hérens. La montagne qui sépare ces deux vallons est actuellement couverte de glaciers qui rendent ce passage tellement dangereux, que les chasseurs les plus hardis ont de la peine à pénétrer d'une vallée à l'autre. »
« De la vallée de Lôtsch, en Valais, on ne peut passer qu'à pied dans celle de Gastem, tandis que ce passage était autrefois ouvert aux chevaux. »
«Dans le vallon de Grub (Grubthaeli), qui domine les mayens de Gruben et Meiden , dans la vallée de Tourtemagne , on trouve encore un grand trajet de chemin pavé conduisant, par le vallon dit Auskumen, dans la vallée de Saint-Nicolas. Ce passage est maintenant abandonné aux chasseurs de chamois. »
a On connaît , sur les deux flancs du Monte-Moro, le chemin à cheval qui allait autrefois aboutir de la vallée d'Anzasca (Vallis AvUuatium) à celle de Saas , en Valais. On y trouve encore des trajets pavés d'une demi-lieue de longueur. Un second chemin condui-
Mit pareilleméiit de la vallée d'Antrona à Saas. D'à* près un manascrit , espèce de chronique de la vallée de Saas (*) , ces chemins étaient déjà très-vieux en 1440. Il est dit quen 1515 il s'était élevé un procès entre les habitans de Saas et ceux d'Antrona. Le juge était de Lucerne ; mais comme» en ces temps-là, les Suisses avaient occupé les frontières voisines de ritalie , où le cardinal Schinner avait paru en guerrier^ la condamnation de ceux d'Antrona à l'entretien de ce chemin n'a pas eu d'effet. »
a Dans la première moitié du dix-septième siècle, les passages sont devenus très-difficiles. Dans le dix-huitième siècle, et notamment en 1719, 1724 et 1790, on s'est donné beaucoup de peine, et l'on a même fait des frais considérables pour réparer le chemin d'Antrona, afin d'y pouvoir transporter du sel et d'autres marchandises ; mais ces réparations étaient chaque fois de peu de durée. Il est évident que ce chemin n'aurait pas été ouvert à grands frais, si, dans ce temps-là, un glacier eût existé sur ce passage ; car on aurait prévu que d'un moment à l'autre il l'aurait rendu impraticable.»
M. Venetz conclut de ces faits et de beaucoup d'autres qu'il rapporte dans son mémoire, que les passages des hautes Alpes, dont il est ici question , étaient tous ouverts à la même époque (sans doute pendant les 11®»
{*) Die Geschichte des Thaïes Saas, aus etlichhundertSchrifteii zusammengezogen, von Peter Joseph Zurbriiggen, Bénéficiât zu St-Antoni von Padua.