SCR L ETUDE BES GLACIERS
ce qu'il dit des moraines médianes est tout à fait erroné ; il tourne même en dérision la seule explication qu'on puisse en donner et que de nombreuses observations tendent également à confirmer. Le premier, il a eu l'idée de faire servir les moraines à la détermination de l'extension variée des glaciers et des alternances dans leur accroissement et leur diminution ; il a surtout fait l'application de cette idée aux différentes moraines concentriques de l'extrémité du glacier des Bois , sans cependant en tirer tout le parti que ses successeurs en ont tiré. H avait aussi remarqué que les glaciers balayent devant eux tout ce qui est mobile , mais il ne s'est pas douté que l'aspect lisse du fond des vallées qu'ils occupent fi!lt dû à leurs mouvemens. Enfin c'est à de Saussure qu'est due l'explication du curieux phénomène des tables des glaciers.
M. Hugi {*) a surtout étudié les glaciers de la chaîne centrale des Alpes suisses. Voyageur aussi intrépide que zélé géologue, il est souvent remonté à la source même des glaciers , que tant d'observateurs se sont bornés à examiner à leur issue dans les vallées ; il a recueilli une foule d'observations nouvelles qui avaient échappé à ses devanciers. Tout ce qu'il dit de la structure du glacier, de la difiG^nce de la glace à différentes hauteurs , les faits importans qu'il signale à l'égard des névés (Firn) et de leur transformation
{*) Naturhistorische Àlpenreise von F, J, Hugi, Solothurn 1830.
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des moraines que de la stnictare même do glacier, il n'a pas fait attention aux anciennes moraines. Mais ces deux sujets ont été étudiés à fond par H. Venetz et par M. de Charpentier.
M. Venetz , alors ingénieur en chrf du Valais , rédigea en 1821 un mémoire sur les variations de la température dans les Alpes de la Suisse , qui fut lu à la Société helvétique des sciences naturelles , mais qui ne parut qu'en 1833, dans la seconde partie du 1®^ voL des Mémoires de la société helvétique (*)•
Ce mémoire renferme une série de Saiits trèsremarquables sur la marche des glaciers. L'auteur y expose pour la première fois d'une manière complète les faits qui démontrent l'extension immense que les glaciers ont eue jadis {"") ; le premier il parle de moraines qui se trouvent à des distances très^considérables des glaciers , et qui datent d'une époque qui se perd dans la nuit des temps, tandis que les faits qui prouvent un accroissement et un retrait alternatif des
(*) Denkschriften der allg. schweiz. Gesellschaft fiir die gesammten Naturwissenschaften. f ' Band. 2" ABthlg.
(**) Je n'ignore pas que Brard rapporte dans le 19* ToLda Dict. des Se. nat., qu'un guide de Ghamounîx, nommé Deyille, parlant de certains blocs très-éloignés des moraines actuelles , attribuait leur transport à l'action des glaciers. Piaf/air pensait aussi que ce sont les glaciers qui ont charrié les blocs erratiques. Mais cette idée est restée dans l'oubli, aussi longtemps qu'elle n'a pas été étayée de faits nombreux ; et c'est bien M. Venetz qui le premier lui a fait acquérir une valeur scientifique réelle.
SUR l'btudb des glaciers. 13
glaciers, dans des limites assez étroites , sont pour lai un phénomène récent. Bien que de Saussure eût déjà signalé l'existence d'anciennes moraines ne reposant plus sur les bords actuels des glaciers , mais formant des ceintures concentriques, plus ou moins éloignées de leur extrémité inférieure, et bien qu'il eût cité comme exemple celui de tous les glaciers qui est le plus fréquemment visité (le glacier des Bois, dans la vallée de Chamounix), cependant ce fait parait avoir été entièrement oublié ; car depuis que les travaux de M. Venetz ont donné une si grande importance aux anciennes miH'aines , j'ai entendu nier leur existence par ceux-là même qui se font les défenseurs absolus des idées de Saussure, Les observations de M. Venetz sur ces anciennes moraines sont d'autant plus importantes et méritent d'autant plus de confiance , qu elles ont été faites en dehors de toute idée systématique. M. Venetz , dans ce premier mémoire, rapporte simplement les faits qu'il a obscprvés ; ce n'est que dix ans plus tard que l'examen des blocs erratiques des vallées alpines les lui a fait envisager comme transportés par les glaciers. Antérieurement M. Venetz avait déjà donné une explication trèssatisfaisante du rejet des corps étrangers tombés dans les fentes et les crevasses des glaciers. {*)
(*) Verhandiuogen der helv. naturforschenden Gesellschaft^ 1816, Bern. 8*.
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M. de Charpentier y après avoir longtemps repoussé les idées de son ami M. Venetz , examina aossi les faits sur lesquels elles sont basées ; et non seulement il en reconnut la parfaite exactitude , mais ce fot encore lui qui proclama le premier les nouvelles idées de M. Yenetz et qui en devint l'avocat le plus zélé. Cependant M. de Charpentier ne se borna pas à déve* lopper et à interpréter la nouvelle théorie valaisanne ; il l'étaya de nouvelles observations et de nouveaux faits ; et l'examen des roches polies qu'il a surtout poursuivies , devint une nouvelle preuve de la vérité des conclusions que M. Venetz avait tirées de ses propres observations. Partant de là, M. de Charpentier supposa que les glaciers pouvaient bien s'être étendus jadis jusqu'au Jura et y avoir transporté les blocs erratiques épars sur ses flancs. Cette théorie est développée dans une notice insérée dans le 8^ vol. des Annales des Mines et dans le 1®^ vol. de Frobel et Heer, Mittheilungen aus dem Gebiet der theoretischen Erdkunde. M. de Charpentier ajouta aussi des renseignemens curieux sur les petits lacs qui se forment souvent aux bords ou a l'extrémité des glaciers et sur les phénomènes particuliers auxquels ils donnent lieu.
Je ne parlerai pas ici des autres hypothèses qui ont été émises pour expliquer le transport des blocs erratiques ; il sera temps de les analyser, lorsque j'aborderai ce chapitre à la fin de mon ouvrage. Je