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UNIVERSITÉ DE LAUSANNE CHAIRE DE PSYCHIATRIE ET DE CARACTÉROLOGIE Professeur W. BOVEN

Par M. GRESSOT.

Introduction historique.

Comme l’étude des hallucinations conscientes, la recherche d’hallucinations volontaires est engagée depuis longtemps. On peut citer, au siècle dernier, l’exemple de

Goethe, capable de faire surgir devant ses yeux des visions de fleurs stylisées, et ceux

des physiologistes Wundt et Müller, qui obtenaiïent, celui-là des visions changeantes

de visages, celui-ci une succession d’images colorées les plus diverses, dès qu’il fermait

les yeux, fût-ce en plein jour. Mais c’est au médecin Viennois Urbantschitsch que nous devons les premières descriptions, en 1907, de phénomènes psychiques particuliers qu’il a nommés ,,subjektive optische Anschauungsbilder‘*. Il désignait ainsi, en les opposant aux simples images représentatives de la mémoire visuelle, des images dans les-

quelles une impression visuelle évanouie est revue subjectivement, après occlusion des

paupières dans l’obscurité, et parfois les yeux ouverts.

Mais les communications d’Urbantschitsch tombèrent dans l'oubli jusqu’en 1917. A cette date, le Prof. Æ. R. Jaensch, de Marburg, reprit l’étude systématique des phénomènes mentionnés, en déterminant les lois qui les régissent, et en démontrant

leur importance dans l’évolution des mécanismes perceptifs. Depuis 1917, les recherches

les plus étendues furent entreprises, sous les auspices de l’Institut de Psychologie de Marburg, sur ces images subjectives concrètes appelées désormais images eidétiques (TE).

Bien que l’on connaisse des IE auditives (Urbantschitsch, Dimmick) et olfactives (Henning), les visuelles sont les seules qui jusqu’à présent se soient prêtées à une étude expérimentale.

Les eidétiques sont, d’après Jaensch, des individus qui ont la faculté de revoir devant eux, avec une netteté sensorielle, un objet ou une image, après l’avoir considéré même pendant peu de temps. La définition du phénomène, donnée par Fischer et Hirschberg, est la suivante:

,, Les IE sont des images mnésiques visuelles, qui surviennent spontanément ou volontairement après examen d’un objet — ou aussi sans examen préalable —; qui dans les cas prononcés, reproduisent de l’objet une image fidèle, colorée comme lui, mais aussi parfois en coloration grise ou complémentaire; et qu’enfin l'individu voit littéralement, sans pour autant — dans la plupart des cas du moins — croire à la réalité extérieure d’un objet de perception."

Il éxiste deux autres espèces d’images visuelles subjectives, celles-ci communes à tous: les sensations consécutives négatives, expressions du contraste consécutif, reproduisant en coloration complémentaire des figures préalablement fixées pendant quelques secondes ; et les simples images de représentation mentale dépouillées de tout élément sensoriel et peuplant la mémoire visuelle.

D’après les lois qu’elle suit, l'IE serait un intermédiaire entre l’image consécutive (IC) et l’image mentale, ou de représentation; IC, IE et image de représentation for-

__ merajient une série continue d’images mnésiques.

8 M. Gressot

Voici la description du dispositif expérimental au moyen duquel les eidologues £

Marbourgeois découvrent ces images :

Un écran de projection de 45 x 60 em, recouvert de papier gris foncé uni, constitue : , , N . . . , # , OUE le fond, ou surface d'observation, des phénomènes visuels ; il est incliné d'environ 60

sur la table devant laquelle s’asseoit le sujet, le dos tourné à une fenêtre qui laisse . passer une lumière d’intensité moyenne. Les images objectives comprennent deux

carrés de papier rouge de 5 em de côté, avec et sans point noir central, ainsi que diverses planches du format d’une carte postale, avec des figures noires, en silhouette, sur un fond blanc ou coloré. La distance entre les yeux et l’image est de 50 cm.

On examine toujours pour commencer l’IC physiologique du carré rouge, pour familiariser le sujet avec l'observation d’images subjectives. Après qu'il ait fixé le point noir pendant 15 secondes, on retire le carré et on prie l'individu de continuer à regarder l’écran. Ordinairement, le sujet déclare qu'il voit un carré de même taille, mais de couleur complémentaire, soit bleu-vert. L'observation d’un carré de couleur originale (rouge) trahit déjà une disposition eidétique prononcée.

On agit de même pour examiner les IC de vignettes complexes. On fait également fixer un point situé vers le milieu de l’image, et après le retrait de celle-ci, on note le nombre, la netteté et la couleur des détails de l’image induite. Des images en couleurs complémentaires parlent pour un faible degré de capacité eidétique; ce degré est plus élevé si les images apparaissent en coloration originale.

Pour la recherche d’IE, le procédé est semblable, sauf que l’image objective ne doit pas être fixée, mais parcourue librement dans son ensemble, d’un regard constamment mobile. Si l’image provoquée par un tel examen du carré rouge a conservé les bords nettement délimités, c’est une IE. Il faut ici montrer des vignettes variées, AUSSI intéressantes que possible, car il arrive que certaines seules engendrent des IE, à l'exception des autres. Le temps d'exposition, pour les IE,comporte de 15 à 20 secondes, éventuellement davantage.

Tandis que l’IC classique ne reproduit, confusément, que les masses d’un dessin, une bonne IE a des contours nets, des couleurs vives, des détails minutieux. ,, Mais, bien qu’on voie apparaître de véritables photos eidétiques intégrales d'objets compliqués, le sujet peut aussi ne revoir de l’objet qu’un cliché extrêmement réduit ... Si cette image n’est pas une IC (nécessairement négative) renforcée par des représentations, ce sera, quelle qu’en soit la pauvreté, une IE‘ (Quercy).

Cette imprégnation sensorielle des IE, si changeante d’un sujet à l’autre, permet de distinguer des degrés de l’eidétisme. La classification de Jaensch en distingue arbitrairement 5:

1. Pas d'image sans fixation; la disposition eidétique est contrôlable seulement par l'intermédiaire de l’IC, qui montre quelques traits de l'IE.

2. La fixation n’est plus nécessaire dans tous les cas. On obtient des IE pour des objets simples seulement.

3. En plus du degré précédent, les sujets voient au moins quelques particularités d'objets complexes.

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