‹ Etudes sur les infusoires et les rhizopodesChapitre 146 sur 198 · LEURS RESTES · texte numérisé non relu

LEURS RESTES

Les Péridiniens sont des êtres de nature un peu douteuse. M. Leuckart les a relégués parmi les plantes, mais sa manière de voir ne paraît pas avoir trouvé grand écho jusqu’ici. Dans le fait on ne connaît encore rien dans la construction organograpliique de ces êtres qui fasse pencher la balance d’une manière positive, ni en faveur de leur animalité, ni en faveur de leur végétalité. Leurs organes locomoteurs, à savoir leur ceinture ciliaire et leur flagellum, trouvent des analogies aussi bien dans le règne végétal que dans le règne animal. Nul n’a su jusqu’à l’heure qu’il est reconnaître dans leur intérieur la présence d’une vésicule contractile.

Toutefois nous avons fait sur divers Péridiniens de la côte Norwège ( Ceratium Fusus, Ceratium Tripos et Ceratium Furca ), quelques observations qui semblent rendre probable l’existence d’une ouverture buccale chez ces animaux , ce qui trancherait la question en faveur de l’animalité J.

1. Ce chapitre a été envoyé en supplément à l’Académie des sciences de Paris au printemps de l’année 1837. Nous l’intercalons ici. (Note de 18G0).

2. Depuis lors nous avons eu l’occasion de développer ailleurs ce point important. Nous renvoyons donc pour de plus amples détails à la lre partie de ces Études. Tome Ier, p. 392. (Note de 1890).

Il n’y a eu jusqu’ici qu’un petit nombre de Péridiniens décrits. Les eaux de la mer paraissent cependant en renfermer un grand nombre. Du reste, soit les espèces, soit les genres, n’ont été fixés que d’une manière insuffisante. M. Ehrenberg, parexemple, a distingué le genre Glenodinium du genre Peridinium par l’existence d’un œil chez le premier et son absence chez le second. Mais cet œil prétendu n’est qu’une goutte d’huile colorée, dont la position, la forme et la grosseur varient d’un individu à l’autre, comme on peut s’en assurer en comparant entre elles les figures 3, 4, 6, 9, 13, 14, 16 et 18 de notre planche XIII. Parfois un seul et môme individu présente plusieurs de ces taches (fig. 5 et 17). La même espèce peut, tantôt être munie de l’œil prétendu (fig. 3). tantôt en être dépourvue (fig. 1 et 2) 1 .

Une circonstance qui rend la détermination des Péridiniens fort difficile, c’est l’abondance des formes nues, c’est-à-dire privées de cuirasse. 11 est fort probable, en effet, qu’il ne faut par voir dans ces Péridiniens nus des espèces particulières. Ce ne sont sans doute que des états particuliers de Pér idiniens cuirassés. Ces formes nues se rencontrent, soit dans les eaux douces (fig. 5), soit dans la mer (fig. 21). Elles sont, du reste, munies comme les autres deci!s vibratiles et d'uri flagellum.

En outre, on trouve une foule de Péridiniens à l'état de repos. Ils ont perdu leur flagellum et leur ceinture ciliaire, et ne sont plus susceptibles d’aucun mouvement. Ces Péridiniens à l’état de repos peuvent se présenter sous trois formes : les uns sont encore revêtus de leur cuirasse habituelle, d’autres sont nus; d’autres enfin sont enfermés dans un kyste particulier.

Par fois le Péridinien à l’état de repos ne se distingue du Péridinien mobile que par l’absence des cils et du flagellum; la forme de l’animal est restée la même; le sillon transversal est là comme naguères. Nous avons représenté dans la figure 6 de la planche XIII, un Péridinium sous celte forme. Nous ne savons malheureusement le rapporter avec certitude à aucune des espèces décrites. Il a été trouvé dans un étang du parc (Thiergarlen) de Ber lin. Les figures 7, 8 et 9 représentent le Peridinium cinctum nob. ( Glc nodinium cinctum Ehr.) ; les figures 7 et 8 n’ont pas le soi-disant œil et devraient, même

i. Nous avons vu ailleurs, qu’il est par suite fort probable que l’espèce décrite par M. Ehrenberg sons le nom de Peridinium cinctum n’est pas autre chose qu’un Glenodinium labulatum sans tache rouge. (Note de 18G0. )

d’après M. Ehrenberg, rentrer dans le genre Peridinium) à l’état de repos et conservant encore sa forme habituelle. Dans la figure 8 on voit tomber les deux moitiés de la cuirasse, entre lesquelles le Péridinien reste nu et immobile. — Dans d’autres cas, le Péridinien se contracte en boule dans l’intérieur de la cuirasse et ne laisse plus rien reconnaître du sillon circulaire. C’est ce qu’on voit fréquemment chez le Peridinium labulatum (Glenodinium tab . Ehr.) (fig. 2 et 3) et chez beaucoup d’autres espèces. La figure 24 de la planche XIII représente cel état chez un Peridinium marin de la côte de Norwège, qu’il faut sans doute rapporter au Ceratium divergeas ( Peridinium Ehr.). (La fig. 23 représente celte même espèce à l’état mobile; les figures 24 et 25 indiquent les détails du têt.)

Il est toujour s possible de déterminer' les Péridiniens immobiles, tant qu’ils sont renfermés dans leur cuirasse, mais dès que celle-ci vient à disparaître, la détermination devient impossible. Les figures 10 et II représentent des Péridiniens nus et immobiles des eaux douces des environs de Ber lin, que nous ne saurions pas rapporter à une espèce plutôt qu’à une autre. Il est très-fréquent de trouver le Peridinium cinclum ( Glenodinium Ehr.) coiffé encore d’une des moitiés de son têt (fig. 8), ce qui permet encore de le reconnaître.

Il ne nous est pas possible de dire d’une manière positive ce qu’il advient des Péridiniens une fois qu’ils ont perdu leurs organes locomoteurs et rejeté leur cuirasse- Il est cependant probable qu’ils ne tardent pas à s’envelopper d’une membrane particulière. On retr ouve en effet ces mêmes Péridiniens dans des kystes fort singuliers. — Les premiers kystes que nous observâmes furent pêchés dans la mer du Nord, près de Ber gen en Norwège. Ils avaient la forme d’un croissant incolore et transpar ent et renfermaient un seul gros Péridinien privé de fïagellum et de ceinture ciliée (fig. 19). Au premier abord, celte trouvaille nous sembla de signification un peu problématique. En effet, il était bien difficile de se représenter comment le Péridinien était venu se loger dans une pareille demeure, et comment il avait pu former ce kyste1, muni de deux prolongements tubuleux, recourbés et complètement vides. Bientôt nous trouvâmes des kystes tout semblables qui ne r enfermaient plus un seul gros individu, mais un grand nombre de petits (fig. 20). Il par aissait probable qu’une division spontanée de l’habitant du

l . La forme du kyste rappelle tout à fait celle d’un Closlerium Lunula Ehr.

kyste avait eu lieu dans ce cas-ci. De retour à Berlin, nous dirigeâmes notre attention sur les Péridiniens d’eau douce, et nous ne tardâmes pas à trouver en assez grande abondance des kystes qui rappelaient tout à fait ceux de la mer du Nord. Us avaient plus ou moins la forme d'un croissant (fig. 15 et 16), et renfermaient chacun un gros Péridinien de forme un peu allongée et recourbée. Les uns possédaient une tache rousse ou même plusieurs; les autres en étaient dépourvus. Les deux extrémités du kyste se terminaient en pointe assez aiguë. Ça et là se trouvaient des kystes dans lesquels il n’était plus possible de reconnaître le Péridinien (fig. 17 et 18) : le kyste entier était rempli par une matière granuleuse, renfermant une ou plusieurs gouttelettes d’huile colorée.

Il paraissait toujours difficile de se rendre compte de la manière dont les Péridiniens forment leurs kystes. Cependant nous ne tardâmes pas à trouver quelques formes intermédiaires qui semblent fournir quelques renseignements à cet égard. On rencontre en effet des Péridiniens enfermés dans une enveloppe membraneuse qui se moule parfaitement sur la surface de l’animal, montrant parfois encore un sillon transversal comme celui de la cuirasse primitive (fig. 4 et 9), mais qui est parfois aussi parfaitement lisse, sans dépression ni sillon aucun (fig. 12). D’autres individus ont pris une forme plus allongée, et le kyste, qui se moule sur eux, s’allonge en proportion (fig. 13). Enfin nous avons rencontré quelques individus dont l’une des moitiés était prolongée en pointe un peu recourbée (fig. 14). La membrane d’enveloppe avait pris la même forme, et il n’était pas difficile de reconnaître dans cette pointe l’une des extrémités du croissant formé par le kyste définitif. Il est probable que lorsque l’une des extrémités du croissant est formée, l’autre moitié du Peridinium s’allonge également et se recourbe en pointe pour former la seconde ; après quoi l’animal revient à la forme première. — Ces changements de forme n’ont en tous cas lieu que d’une manière excessivement lente, de sorte que les Péridiniens paraissent toujours jouir du repos le plus absolu dans leurs kystes.

Le kyste de la figure 20, trouvé dans la mer du Nord, semble indiquer que dans certains cas l’enkystement des Péridiniens a pour but la reproduction par division, ou tout au moins que leur multiplication par division a parfois lieu dans l’intérieur des kystes. Nous n’osons cependant point prétendre que le phénomène de la formation du

kyste ait toujours pour but la multiplication de l’espèce. En effet nous n’avons pas encore été assez heureux pour trouver dans les eaux douces dos kystes analogues à celui de la figure 20. Il est certain, dans tous les cas, que la division spontanée des Péridiniens n’exige point forcément la formation d’un kyste. M. Ehrenberg a déjà observé un cas de division spontanée chez son Peridimum Pulvisculus. Nous avons nousmêmes rencontré plusieurs fois des Péridiniens occupés à se diviser longitudinalement. La fig. 22 représente un petit Péridinien marin dans ce cas-là. Toutefois, nous n’avons jamais vu cette division se manifester que chez des individus sans cuirasse et de taille fort petite.

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