‹ Etudes sur les infusoires et les rhizopodesChapitre 147 sur 198 · DES · texte numérisé non relu

DES

INFUSOIRES CILIES ET UES KH1ZOPODES.

Les données que nous avons jusqu’ici sur le développement des infusoires ciliés se bornent à bien peu de chose. Un mode de reproduction est connu dès longtemps chez ces animaux : c’est la reproduction aussi bien longitudinale que transversale. Les meilleures observations que nous possédions sur ce sujet sont même fort anciennes : ce sont . celles que Trembley fit déjà vers la fin de la première moitié du siècle dernier sur les Vorticellines et les Stentor 1 . La connaissance de la multiplication des gemmes remonte aussi jusqu’au siècle dernier. Ce fut en effet Spallanzani qui, en 1776, fit connaître les gemmes des Vorticelles. Depuis cette époque jusqu’à nos jours, la science n’a pas fait grand progrès sous ce rapport, car, jusqu’ici, les observations sur la formation des

1 . Letter from M. Abraham Trembley with Observations on several newly discovered species of Fresb-water Polypi. — Philosophical Transactions ot' the Royal Society. Number 474, p. 175. Anno 1744.

gemmes se restreignent à la famille des Vorticelliens. On verra plus loin que nous avons retrouvé le même phénomène chez des Acinétiniens. — Nous ne nous étendrons pour le moment pas davantage sur la fissiparité et la gemmiparité, parce que nous comptons leur consacrer des chapitres spéciaux. Qu’il nous suffise de dire que la première a été constatée chez tous les groupes, ou peu s’en faut.

Parfois on a vu surgir dans la science l’idée d’une parenté des végétaux, non seulement avec les infusoires flagellés, mais encore avec les infusoires ciliés. M. Unger ne se laissait-il pas bercer par l’idée de voir sortir un Cyclidinm Glaucoma de la spore d’une Saprolegnia?

Croirait-on que les Vorticelles, elles-mêmes, ces animaux si vifs, si alègres, aient dû, elles aussi, se soumettre au sort d’être jetées pêle-mêle avec d’autres organismes inférieurs d’un règne à l’autre? C’est cependant ce qu’à fait Bory de St-Vincent’. « Simples végétaux durant une partie de leur vie, dit-il, elles produisent, à de certaines époques de leur développement des boutons, qui, au lieu de s’épanouir en fleurs, deviennent de véritables animaux communiquant leur faculté vitale aux rameaux qui les produisent. Devenus adultes ou mûrs, car ces deux expressions conviennent également ici, ces animaux-fleurs se détachent de leur pédoncule au temps qui leur est prescrit pour jouir enfin d’une liberté absolue. »

Évidemment Bory de St-Vincent a commis là une erreur grave en méconnaissant ce qui est la partie primaire dans une Vorticelle adulte. Tout observateur qui a suivi ces animaux avec quelque peu d’attention sait aujourd’hui que ce n’est pas le pédoncule qui végète d’abord pour son propre compte et qui produit plus tard l’animal; il sait aussi qu’on ne voit jamais de gemmes se développer sur ce pédoncule comme des bourgeons qui apparaîtraient sur une branche d’arbre, mais il sait que c’est l’animal campaniforme qui existe d’abord et qui sécrète plus tard son support; il sait que les gemmes naissent toujours sur le corps même de l’animal-parent et jamais sur son pédicule. Si Bory de St-Vincent avait fait attention à cette circonstance, il aurait évité de faire ainsi bourgeonner des animaux sur un végétal , phénomène jusqu’ici sans exemple dans la nature. Mais on revient avec peine de son étonnement, lorsqu’on voit Bory

1, Dictionnaire classique d’histoire naturelle, tome X, p. 545. — 1826.

écrire, comme une vérité apodictique, les lignes suivantes • « Nous n’essaierons pas de contester que les Vorticella cyathina, putrina et patellina , par exemple, ne vivent d’une manière animale très-décidée à certaine époque de leur durée, et dans toute l’étendue du mot vivre ; mais comme il nous est démontré que le développement du pédicule y précède le globule animé (?), et qu’avant que celui-ci ait apparu, ce pédicule constitue un véritable filet byssoïde végétant, nous ne voyons pas à quel titre on rayerait plutôt ces Vorticelles du règne végétal que du règne animal. »

Les faits, trop faciles à observer pour que nous nous y arrêtions, parlent d’une manière trop décidée contre M. Bory pour que personne songe aujourd’hui à classer les Vorticelles parmi les plantes, ni dans ce règne psychodiaire, où tout organisme se sentait mal à l’aise. Par contre, les idées les plus hétérogènes se sont fait jour sur la reproduction de ces animaux. Elles ont pour représentants MM. Ehrenberg, Pineau, Pouchet, etc.

M. Ehrenberg est, on le sait, partisan des différences sexuelles chez les infusoires. Son idée retrouvera sans doute des adhérents un jour; mais M. Ehrenberg eut l’imprudence d’émettre son opinion comme un axiome à une époque où il ne pouvait l’étayer de preuves suffisantes. Il admit, sans qu’on puisse trop se représenter pourquoi, que certains organes devaient fonctionner comme vésicules spermatiques, d’autres comme testicules, d’autres comme ovaires. Dans ses premiers travaux, publiés dans les Mémoires de l’Académie de Berlin, M. Ehrenberg ne fait encore consister l’appareil mâle que dans la vésicule spermatique, et, tentative singulière, il essaie de chercher cet organe dans la vésicule contractile, bien que Wiegmann émît déjà à cette époque l’idée que c’était l’analogue d’un cœur. Ce ne fut qu’en 1836, peu de temps avant la publication de son grand ouvrage sur les infusoires, qu’il compléta l’appareil mâle par l’adjonction de la glande spermatique. L’organe auquel il donna ce nom est le même que l’école unicellulaire a nommé depuis lors le nucléus, terme assez peu approprié, mais dans tous les cas, vu le vague de sa signification, bien préférable à la dénomination adoptée par M. Ehrenberg. Ce système spermo-poétique était du moins basé sur des organes réels, susceptibles d’être retrouvés par chacun. Les ovaires, au contraire, étaient traités moins généreusement. M. Ehrenberg était obligé de les chercher dans des granules divers, qui, dans bien des cas du moins, étaient tout simplement une partie des

aliments. Ces granules constituaient pour lui ni plus ni moins que des œufs. On s’attendait à ce que M. Ehrenberg, pour vérifier son hypothèse, observât attentivement ces corpuscules et cherchât à en découvrir le sort véritable; mais persuadé a priori de l’exactitude de ses vues, il ne sembla pas en sentir le besoin. Dans plusieurs passages de ses différents travaux, on le voit dire avec assurance que le développement des infusoires, au moyen d’œufs, a été démontré par lui d’une manière suffisante. Mais c’est en vain qu’on parcourt tous les Mémoires de M. Ehrenberg : les passages désirés se réduisent à un seul, et encore celui-ci est-il des moins probants 1 2 .

Le seul exemple de développement qu'on trouve rapporté au long par M. Ehrenberg, est en effet celui de la Vorticella Convallaria Midi. Le premier stade de ce développement consiste, suivant lui, dans la formation de myriades de petits corpuscules de 0,001 de ligne en diamètre, qu’il a vu amoncelés autour des pédicules d’individus adultes. Ces corpuscules tremblent continuellement \ sans cependant s’éloigner les uns des autres, ce qui fait que M. Ehrenberg les suppose attachés à des pédoncules invisibles. Plus tard, dit-il, les animalcules sont déjà plus gros et laissent reconnaître, soit des pédoncules, soit de petits capitules ; on reconnaît même dans l’eau un tourbillon (produit sans doute par les cils). M. Ehrenberg croit reconnaître dans ces petits êtres les infusoires qui ont été décrits par Schrank sous le nom de Vorticella monadinica. M. Ehrenberg n’a jamais vu le pédoncule de ces soi-disant jeunes Vorticelles se contracter comme celui des adultes. Ce n’est que plus tard, lorsque .ces individus ont atteint une taille plus considérable, que cette contractilité se manifeste. « Il ne me manque, dit M. Ehrenberg, que d’avoir vu l’acte de la ponte lui-même pour avoir le cycle complet du développement. » M. Ehrenberg représente les pédicules de ses Vorticella Convallaria comme unis ensemble au moyen d’une souche ou racine rampante et commune. Cette souche lui semble être l’ovaire qui a crû avec les animaux eux-mêmes, en formant une espèce de réseau. Les pédicules des Vorticellines pourraient donc, pense-t-il, n’être que le développement du support d’œufs pédicellés.

En somme, c’est là le seul fait sur lequel M. Ehrenberg se base pour soutenir

1. Beitrage zur Kenntniss der Organisation der Infusorieri und ilirer geographiscben Verbreitung. — Abliandlnngen der Berliner Akademie der Wissenschaften, p. 79. — 1830.

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