I. AC IN ETA MYSTACINA
Celte Acineta a été décrite par M. Ehrenberg dans son grand ouvrage sur les infusoires. Depuis lors, M. Stein en a donné de très-bonnes figures et l’a considérée comme issue d’une métamorphose de la Cothurnia crystallina , ainsi que nous avons déjà eu l’occasion d’en faire mention dans un des chapitres précédents. Le corps de cette Acinète (PI. I, fig. 1 ,2 et 3) est renfermé dans une coque qui a été très-bien décrite par M. Stein. Cette coque se rétrécit en arrière de manière à former une sorte de pédicule creux et se ferme du côté opposé au moyen d’un certain nombre de plaques triangulaires, scalénoïdes, dont les sommets convergent vers le haut. L’Acinète fait saillir ses suçoirs au travers des fentes qui subsistent entre ces triangles. Ces organes peuvent s’allonger parfois d’une manière vraiment incroyable. Nous avons vu des cas où ils atteignaient 0mm,14 de long et davantage, tandis que le corps de l’animal ne dépassait pas 0mrn,034. La vésicule contractile et le nucléus arrondi ont été déjà observéspar M. Stein.
L’ Acineta mystacina remplit, suivant les cas, une partie très-variable de sa coque. Il n’est pas rare de voir une grande coque, pour ainsi dire vide, ne renfermer qu’un corps excessivement petit. Mais il arrive souvent que cette petite Acinète venant à trouver une nourriture abondante dans quelque gros infusoire, double de volume dans l’espace d’une heure et remplisse alors sa coque précédemment à peu près vide.
Nous ne pouvons ajouter que peu de chose aux observations de M. Stein, si ce n’est que nous avons observé trois fois la division spontanée de Y Acineta mystacina. Ceci est cependant un point digne de remarque, attendu que, si l’on fait exception d’une observation de M. Cienkowsky relative à la Podophrya fixa , l’on n’avait pas observé jus-
qu’ici d’exemple de fissiparité dans la famille des Acinétiniens. D’ailleurs cette division spontanée présente des particularités tout exceptionnelles.
Chez une Acinète qui avait mangé en abondance , nous remarquâmes la présence d’une seconde vésicule contractile. Bientôt un sillon se dessina entre les deux vésicules et ce sillon alla pénétrant toujours plus profondément, jusqu’au point d’opérer une division totale. L’une des moitiés se glissa alors entre les deux plaques qui fermaient l’ouverture de la coque et resta immobile à côté de cette coque même. Elle étendit bientôt ses suçoirs au dehors. Malheureusement, il se trouvait sur un amas de débris divers qui rendaient l’observation si difficile qu’il ne nous fut pas permis de décider si la gemme fissipare (Theilungs prœssling , dirait ici M. Stein) était cilié sur sa surface ou non. Dans un second cas, nous crûmes reconnaître avec certitude des cils sur toute la surface du corps.
Depuis lors nous avons eu l’occasion de constater avec une parfaite certitude que l’une des moitiés résultant delà division est bien réellement munie de cils vibratiles et s’éloigne à la nage. C’est là une variété du phénomène de fissiparité qui est des plus intéressantes. Nous verrons du reste que ce n’est point un fait isolé. L ’Urnula Epistylidis nous fournira un exemple tout à fait analogue.
M. Stein a observé de un à six peti ts corps ovales munis chacun d’une vésicule contractile, placés sur la coque de YAcineta mystacina et enveloppés chacun pour son compte dans une espèce de gelée. Il les considère comme des embryons qui, de bonne heure, et avant d’être parvenus à màturité, auraient été expulsés en dehors de la coque par le parent. Quelques-uns de ces corps ovales montraient d’un côté une fossette dans laquelle paraissait se trouver des cils. Ces animalcules, ciliés sur leur surface, s’agitaient parfois dans leur enveloppe gélatineuse. M. Stein a observé également trois coques (YAcineta mystacina qui, au lieu de contenir un corps d’Acinète avec un nucléus, une vésicule contractile et un contenu granuleux, ne renfermaient plus qu’une enveloppe munie de prolongements en cæcum. Cette enveloppe contenait six corps ovales, munis chacun d’une vésicule contractile. Chez deux de ces corps ovales il crut reconnaître un enfoncement cilié comme chez ceux qu’il avait observés dans la gelée à l’extérieur de la coque. Il incline par suite à les considérer comme des embryons ciliés, résultés d’une division du corps entier, division qui aurait été probablement inau-
gurée par une division du nucléus’. — M. Stein ayant observé un nucléus d ’ Acineta mystacina allongé et étranglé dans son milieu, il est probable que les embryons résultent en effet d’une division du nucléus.
Les mesures suivantes ont été prises par nous sur une Acineta mystacina pendant la division spontanée :
Longueur totale de la coque pédicellée. . .
Longueur de la partie ventrue de la coque
Largeur maximum de la coque
Diamètre de la gemme fistipare
K. ACINETA PATULA.
Sur divers points de la côte de Norwège, soit à Christiansand, soit à Bergen, soit à Glesnæsholm près de Sartor Oe, nous rencontrâmes fréquemment sur diverses espèces d’algues marines et sur des Zostera une très-jolie espèce d’Acinète dont le corps repose sur une espèce de coupe , à peu près comme une grosse pomme ou un melon sur une assiette à fruits (PL V, fig. 12 à 15). La coupe se termine en pointe à la partie inférieure et cette pointe repose sur un pédicule long et mince qui s’effile lui-même en pointe vers le haut. Il en résulte que le point d’union de la coupe et du pédicule est formé par une sorte d’hyperboloïde à deux nappes, ou, si l’on aime mieux, par deux cônes dis-
1. Il s’agit probablement là, comme M. Stein l'a reconnu depuis lors, du développement d'un Cbytridium. ( Noie de 1860).
Omm, 01 5 0, 06 0, 056 0, 045
posés sommet contre sommet (PI. V, fig. 12-17), à peu près comme dans une horloge de sable. La coupe elle-même est plus ou moins profonde suivant les cas, et les bords forment souvent un léger méplat également fort variable dans ses dimensions. Le corps de l’Acinète n’est fixé qu’au bord même de la coupe. Le milieu de la face inférieure est librement suspendu au-dessus de la cavité de la coupe ou de l’assiette. Il n’est pas rare de voir le corps se rétrécir immédiatement au-dessus du point d’attache (fig. 14) et dans ce cas il est souvent fort loin d’atteindre en hauteur le diamètre de la partie supérieure de la coupe. C’est probablement là une suite de ce que l’animal a jeûné pendant longtemps. Par contre il est assez fréquent de trouver des individus dont le corps est deux fois aussi haut que le diamètre de la coupe et même davantage. Dans ce cas le corps est plus uniformément sphérique ou ellipsoïdal, sans présenter d’élargissement au point de contact avec la coupe (fig. 12). Le corps est orné d’une seule vésicule contractile, d’un nucléus granuleux et contient ordinairement des granules brunâtres. Du côté libre on voit surgir des suçoirs très-graciles, en général assez nombreux et pourvus de boutons fort distincts. Pendant la rétraction, ces boutons continuent d’ordinaire à faire saillie au dehors, tandis que le corps même du suçoir rétracté forme comme un second bouton au-dessus du premier. L’Acinète présente par suite un aspect tout particulier (Y. fig. 15).
Nous avons observé une fois chez cette Acinète un commencement de conjugaison (V. fig. 13) de deux individus qui avaient complètement rétracté leurs suçoirs et s’étaient inclinés l’un vers l’autre au moyen d’une flexion des coupes sur leurs pédicules.
Chez un individu appartenant à cette espèce, nous avons été témoin de la parturition d’un embryon. Celui-ci était contenu isolément dans la cavité du parent. Nous n’avons malheureusement pas pu reconnaître avec une parfaite certitude s’il était cilié sur toute la surface ou bien s’il ne possédait qu’une ceinture de cils. Cependant nous avons cru reconnaître que le premier cas était le vrai. Le mouvement des cils de l’embryon était excessivement faible. Le jeune animal ne s’éloigna point de l’organisme parent, mais se transforma en Acinète alors qu’il reposait encore sur le corps de ce dernier. Les suçoirs commencèrent à se déployer avant qu’il eût perdu tous les cils (fig. 17). Cet embryon renfermait des granules brunâtres, une vésicule contractile et un nucléus parfaitement comme son parent.
Dans un autre cas nous trouvâmes une Acineta patula, renfermant trois corps
tsphériques qui paraissaient être des embryons. Comme cependant nous n’avons pu reconnaître de mouvements ni de vésicules contractiles dans leur intérieur, nous ne pouvons rien dire de certain à ce sujet (V. PI. V, fig. 16).
Il n’est pas rare de rencontrer une foule d’individus appartenant à cette espèce, entourés d’une auréole due à une enveloppe gélatineuse, qui est peut-être l’analogue du kyste d’autres infusoires.
Suivent quelques mesures relatives aux rapports de grandeur entre l’Acinète adulte et son embryon •
Hauteur moyenne de l’assiette ou coupe
Largeur de la coupe
Longueur moyenne de l’animal
Longueur de l’embryon figuré.
Largeur
0mm,30 à 0,043 0, 055