L. ACIN ETA CUCULLUS
Un jour que nous nous étions livrés à la pêche pélagique dans les environs de
Bergen, dans le but de recueillir des animaux de la haute mer, comme des larves
d’échinodermes, des Appendiculaires, des Acanthornètres , etc., nous trouvâmes dans l’eau recueillie à l’aide de notre petit filet, une magnifique Acineta. Sa coque régulièrement conique, reposait par la pointe sur un pédicule très-long et très-mince. Ce dernier
était libre. Sans doute le filet l’avait détaché violemment de quelque Zostera ou de quelque algue. La relation entre le diamètre de la base du cône et sa hauteur était à peu près celle qui existe dans un pain de sucre ordinaire. La base du cône, c’est-à-dire l’ouverture dé la coque était fortement échancrée d’un côté. La surface de cette coque dont la forme ressemblait donc assez à celle d’un casque à mèche, était recouverte de petits cils ou plutôt de petites épines courtes, roides mais très-fines (V. PL 1Y, fig. 12). Peut-être n’était-ce là qu’une production étrangère , un végétal parasite. Cependant l’excessive régularité de ce ce revêtement d’épi nules semble parler contre cette hypothèse.
Le corps de l'animal était lui-même conique, bien qu’il ne remplît pas exactement l’intérieur de la coque qui restait vide dans le bas et n’était en contact avec le corps de l’Acinète que dans sa partie supérieure. Les suçoirs étaient disposés en deux faisceaux, un de chaque côté de l’échancrure. Leur longueur ne dépassait pas celle de la coque elle-même. Le corps de l’animal remplissait la coque jusqu’à son bord, mais ne s’élevait pas au-dessus de celui-ci. Dans sa partie supérieure il présentait une grande cavité dont le fond répondait assez bien au contour de l’échancrure du têt. Cette cavité renfermait six embryons, relativement assez gros, dont chacun était déjà muni d’une vésicule contractile. Plusieurs d’entre eux s’agitaient déjà dans l’intérieur de la cavité. Quant à l’Acinète elle-même , il ne nous fut pas possible de reconnaître sa vésicule contractile, ce dont il ne faut accuser que le peu de transparence de l’objet. Nous restâmes dans une incertitude tout aussi grande à l’égard du nucléus.
Nous réussîmes à épier le moment où le premier de ces embryons sortit de la cavité et gagna le large. Sa forme rappelait celle de plusieurs embryons d’Acirieta déjà connus. C’était un cylindre ou plutôt un ovoïde, muni d’une vésicule contractile (Y. PI. IV, fig. 13). La partie antérieure est parfaitement nue. La partie postérieure est ornée de plusieurs ceintures vibratiles superposées les unes aux autres et insérées chacune dans un sillon particulier.
Largeur de la coque de l’Acineta Cucullus
0mm,2fi
ET LES RHIZOPQDES.
SI. ACINETÀ NOTONECTÆ.
Nous n’amenons cette espèce sur le tapis que comme un argument de plus contre la théorie de M. Stein. Ce savant eût en effet été embarrassé de trouver une Vorticelline propre à lui être rapportée. Cette Acinète habite entre les poils qui ornent les pattes ou rames de la Notonecta glanca. Sa coque est allongée, en forme de cornet et ouverte vers le haut (V. PI. II, fig. 14). Le corps de l’animal, dont la couleur est d’un vert jaune très-vif, la remplit assez exactement. Les suçoirs sont portés par deux tubérosités et paraissent peu mobiles. Le nucléus est ovale. Nous laissons à M. Stein le soin de trouver une Vorticelline douée d’une coque semblable.
Longueur de la coque de YAcineta Notonectœ. . . 0mm,14
Largeur maximum 0mm,048
Longueur moyenne des suçoirs 0mm,04.
N. DENDROSOMA RADIANS.
Ce bel animal a été décrit par M. Ehrenberg le 11 décembre 1837 dans le Monatsbericht der K. Akademie der Wissenschaften zu Berlin , mais ce savant n’en a jamais publié de figures. Nous en avons trouvé malheureusement un seul exemplaire (V. PL II, fig. 15) durant l’hiver de 1854-1855 ‘. Cet individu était d’une grosseur réellement extraordinaire, dépassant un millimètre en longueur, si bien que nous n’avons pu le représenter sur notre planche qu’à un grossissement de 150 diamètres.
La Dendrosoma se présente sous la forme d’une espèce de buisson ou d’arbuscule, dont les branches deviennent plus minces vers l’extrémité. La couleur générale du corps est brunâtre; celle de l’extrémité des branches est rougeâtre ou même incolore. Parfois ces branches se renflent en une tête terminale un peu plus épaisse que le reste. De ce renflement partent des suçoirs plus ou moins nombreux, munis chacun d’un bouton à leur extrémité. M. Ehrenberg croyait que dans chaque branche se trouvait une vésicule contractile isolée. Comme il n’avait pas reconnu la vraie nature des suçoirs, la vésicule contractile (vésicule spermatique à ses yeux) lui semblait être le seul organe spécialisé dans chacun des membres de son individu composé. H avait en effet reconnu que le nucléus s’étend comme un ruban continu dans le tronc tout entier. Mais la vésicule contractile, centre du système circulatoire, n’est point particulière à chacun des capitules terminaux du Dendrosoma. On trouve en effet encore d’autres
I. Depuis lors, nous en avons retrouvé un autre, niais muni d’un nombre de ramifications beaucoup moins considérable.
vésicules contractiles semées dans tout l’arbuscule, et de plus ces différentes vésicules sont reliées les unes aux autres par un vaisseau qui envoie des rameaux dans chaque branche du Dendrosoma.
Le seul procédé de multiplication que nous ayons constaté jusqu’ici chez les Dendrosomes, est la formation de gemmes ou de stolons, qui ne contribuent qu’à augmenter l’arbre acinétinien, la famille en un mot, mais qui ne peuvent engendrer directement d’autres familles distinctes. Nous trouvâmes en effet sur le tronc du Dendrosoma de petites verrucosités, dont la plupart portaient déjà quelques suçoirs. Sur l’une d’elles cependant, on n’en voyait encore aucun. Il n’est guère possible de douter que ces verrucosités munies de tentacules ne se développent peu à peu en branches (individus). Sur le tronc commun, nous trouvâmes aussi un gros stolon, qui, à en juger par son sommet simplement arrondi et dépourvu de toute espèce de renflement ou capitules, n’avait probablement jamais porté de suçoirs, mais qui était probablement destiné comme les stolons des polypes, des Campdnulaires, par exemple, à croître un certain temps avant de se munir des appendices caractéristiques
Nous ne nous permettons pas de décider si les premières ramifications de notre Dendrosoma s’étaient également formées par une véritable gemmation. A en juger par leur distribution exactement dichotomique, on pourrait être tenté de croire qu’elles s’étaient développées par fissiparité longitudinale.
Epaisseur du tronc principal 0mm,06
Epaisseur des ramifications 0mm,17
\ Longueur de la famille entière lmm,2,
1. M. Slein (Der Organisants der liilusiousthiere. Leipzig, 1 is 5 SJ , p. 95) se refuse à considérer le Dendrosoma radians comme une famille d'individus aggrégés. Ce n’est pour lui qu’un seul et unique individu. Nous n’ajoutons pas une plus grande importance à l’une des manière des manières de voir qu’à l’autre, car cet évidemment un cas où la question est aussi difficile, ou même impossible à trancher que dans une éponge, où l'on a aussi maintes raisons pour admettre la multiplicité des individus, sans pouvoir cependant déterminer les limites de chacun d’eux. {Noie de 1860).
Il est probable que si l’on vient à connaître un jour les embryons de tous les Acinétiniens, le mode suivant lequel les cils sont distribués à leur surface, donnera les caractères les plus sûrs pour diviser cette famille en genres, ou du moins pour établir des sous-genres dans les genres déjà existants. En effet, chez les uns, les embryons sont munis d’une simple zone ou ceinture de cils vibratils (pouvant former cependant plusieurs rangs) ’, chez d’autres, ils portent une espèce de calotte ciliée à l’une de leurs extrémités 2; chez d’autres enfin, la surface entière est ciliée3.
Dans la plupart des Àcinétiniens connus, dont nous n’avons pas spécialement traité, la forme des embryons n’est qu’inexactement ou même pas du tout connue. Ainsi parmi les Acinétiniens, dont nous devons une étude exacte à M. Stein, nous n’avons aucune notion sur les embryons de la Podophrya qui vit en parasite sur YEpistylis branchiophila Perty et de celle 4 que M. Stein croit être la phase acinétiforme de Zoothamnium affine. Nous ne connaissons pas davantage les embryons de la Podophrya digitata, ni ceux de la Podophrya qui vit en parasite sur YOphrydium versatile. Les Acinétiniens que M. Stein considère comme des phases du développement de Y Opercularia articulata Ehr. et de Y Opercularia Lichtensteinii St. paraissent avoir des embryons ciliés sur toute leur surface. L’embryon du Dendrocomctes paradoxus, observé par M. Stein, a la forme d’un coussin muni de franges (les cils vibratiles) sur tout son pourtour. Chez la Podophrya (Actinophrys Weisse) ovata, ainsi que chez Y Acineta Notonectœ, la forme de l’embryon est encore totalement inconnue. Chez Y Acineta patula, la Podophrya Lyngbyi et la Trichophrya Epistylidis, il est à désirer qu’on la constate plus exactement.
! . Sous ce premier chef tiennent se ranger, par exemple, les embryons des espèces suivantes : Podophrya fixa. P. Cyclopum, P. quadripartite , P. Carchesii, P Pyrum.
2. Ainsi, par exemple, Y Acineta Astaci ( Acinetc des Flusskrebses de M. Stein), et peut-être aussi V Acineta Cucullus, quoiqu’on pût aussi ranger cette dernière dans la division précédente.
3. Ainsi la Podophrya cotliurnata, la P. linguifera ( Acinele mit dem zungenfôrmigcn Fortsatz de M. Stein), la P. Trold (auxquelles on peut ajouter aussi la P. Ferrum equinum. — 1860).
4. M. Stein croit devoir rapporter cette Acinète à V Acineta luberosa Ehr., bien que celle-ci soit, à proprement parler, une espèce marine.