REPRODUCTION DES AC I N ETI NI ENS
(OPRRÏ ODEIVUROK AB1ET1KIHH.)
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Durant les mois de septembre et d’octobre 1855, nous nous trouvions à Glesnasholm, sorte d’écueil isolé de la mer du Nord, non loin de Sartor-Œ, île voisine des côtes de Norvège et située à peu près à la latitude de Bergen. La mer abonde en Zostera dans ces contrées et ces plantes sont ordinairement couvertes d’une l'ouïe d’animalcules marins, de Campanulaires en particulier. Sur ces polypes, nous découvrîmes un parasite singulier, que nous allons décrire ici en détail, car nous pensons devoir le considérer comme un infusoire et nous avons eu le plaisir d’étudier diverses particularités relatives à son développement. Nous avons en effet observé chez lui soit une gemmiparité externe, soit la production d’embryons internes.
Les premiers de ces animaux auxquels nous eûmes à faire avaient la forme de vers, surtout d’hirudinées (Y. PL V, fig. 2J. Tantôt ils se trouvaient sur les polypes euxmèmes, et dans ce cas ils semblaient choisir de préférence la surface extelne des cellules du polypier pour y fixer leur résidence, tantôt ils étaient fixés sur des algues parasites qui croissaient sur les Campanulaires.
L?extrémité antérieure de ces espèces de vers présentait une espèce d’enfoncement spécial, que nous crûmes d’abord devoir considérer comme une bouche ou comme une ventouse de succion, mais que nous reconnûmes bientôt n’être qu’une fossette indi-
quant l’ouverture d’une cavité dans laquelle était logé un long organe rétractile que nous aurons à décrire plus loin.
L’extrémité antérieure était assez transparente, tandis que la partie postérieure était en général beaucoup plus sombre et opaque. Cette extrémité antérieure s’agitait d’une manière toute particulière et en tous sens, à peu près comme le bras d’un aveugle qui cherche avec inquiétude quelque chose à tàton. Le corps tout entier pouvait se contracter, de manière à produire de profondes rides à sa surface. Dans l’intérieur de l’animal on apercevait ordinairement de petits corpuscules tout à fait semblables aux organes urticants des Campanulaires. Ils étaient dispersés dans toutes les parties du corps. Ces corpuscules étaient du reste extrêmement variables quant à leur nombre. Parfois, et c’était le cas le plus rare, ils manquaient totalement; parfois aussi ils remplissaient le corps de l’animal au point de lui enlever toute transparence.
Nous ne réussissions en général à découvrir aucun organe chez cet animal singulier, à l’exception d’un corps obscur, dont on pouvait apercevoir parfois vaguement les contours. C’était probablement le nucléus. Çà et là l’on rencontrait des individus plus transparents, dans lesquels on pouvait distinguer une place relativement claire, dans laquelle il ne nous fut cependant pas possible de reconnaître avec certitude des contractions.
En compagnie de cet animal à forme de ver, s’en trouvaient d’autres dont le corps était pour ainsi dire plus trapus, offrant l’apparence d’un œuf dont la pointe serait tournée vers le bas. Quelquefois aussi l’on rencontrait des individus, qui, tout en présentant également une forme ovoïde étaient cependant plus allongés, si bien qu’on trouvait tous les passages possibles de la première forme que nous avons décrite à la seconde. Chez les exemplaires de forme ovoïde, on remarquait un enfoncement situé un peu sur le côté, non loin du sommet de l’extrémité libre. A cette place, l’animal pouvait faire saillir un long organe comparable à une trompe (V. PL V, fig. 1). Lorsque cet organe était complètement retiré dans l’intérieur du corps, on ne pouvait le discerner que comme un corps ridé, en forme de massue, qui s’étendait jusqu’à l’enfoncement, ou fossette, que nous venons de mentionner. Faisait-il au contraire, saillie au dehors, sa longueur égalait celle du corps ou même était, parfois double et davantage. Cette sorte de trompe allait s’amincissant graduellement vers son extrémité. Dans sa partie libre, sur une longueur, qui, dans le moment de la plus grande extension, équi-
valait à un tiers environ de la longueur de l’animal, elle présentait 15 à 40 petits ramuscules qui s’écartaient d’elle sous un angle plus ou moins aigu. Ces ramuscules surtout lorsque la trompe était dans son état d’élongation maximum, présentaient un mouvement des plus vifs, s’élevant et s’abaissant à peu près comme les piquants d’un oursin. Cela formait un spectacle des plus intéressants. En somme cet organe singulier présentait quelque analogie avec un sapin implanté sur un rocher. De là le nom d ’Ophryodendron abietinum que nous avons donhé à notre animal. — La trompe était intérieurement munie de stries longitudinales et sa surface externe présentait des rides profondes, qui se marquaient surtout dans le moment de la contraction. La partie du corps de l’animal qui formait comme une espèce de bosse au-dessus du point d’insertion de la trompe était parfois comme excavée, ou même rejetée en arrière (Pî. V, fig. 1 et 6).
J1 n’était pas rare non plus de trouver un individu fixé sur le dos d’un autre (PL V, fig. 4) et dans ce cas il arrivait fréquemment qu’un individu appartenant à la première forme que nous avons décrite fut fixé sur un individu appartenant à la seconde. On pouvait facilement se laisser aller à supposer que l’un était issu de l’autre au moyen d’un bourgeonnement. Si c’était bien réellement le cas pour ces individus là, c’est ce que nous ne saurions affirmer positivement, mais néanmoins c’est un fait certain que nos animaux étaient susceptibles de produire des bourgeons.
Chez quelques-uns, en effet, on remarquait sur l’espèce de bosse déjà mentionnée une sorte d’excroissance. Chez d’autres individus, cette excroissance possédait déjà une trompe rétractée, impossible à méconnaître (Y. PL Y, fig. 7). Enfin, on envoyait aussi quelques-uns où cette trompe faisait saillie au dehors, tandis que le corps de la gemme
était dans un état dç communication organique continue avec le corps de l’animal-mère.
C’est en vain que nous nous efforçâmes de surprendre nos Ophryodendron dans le moment où ils prenaient leur nourriture. Ces animaux singuliers avec leur trompe en forme de sapin dépourvu de branche dans la partie inférieure, dressaient le tronc de cet organe droit et raide, tandis que les ramuscules s’agitaient avec grâce, ou bien ils le raccourcissaient ou même le rétractaient complètement. Parfois ils le recourbaient et semblaient chercher quelque chose à tâtons autour d’eux, mais jamais nous ne pûmes les voir saisir de proie, ni prendre d’aliments d’aucune espèce.
Dans l’origine, nous pensions que les corpuscules fusiformes décrits précédemment dans le corps de Y Ophryodendron abietimm, n’étaient pas autre chose que les organes urticants de Campanulaires -qui auraient été dévorés par notre animal. Mais nous dûmes bientôt laisser tomber cette hypothèse. En effet, à cette manière de voir s’opposait déjà le fait qu’on trouvait un nombre vraiment extraordinaire de ces corpuscules dans des individus réunis au nombre de trois à six sur la loge d’une Campanulaire qui n’en vivait pas moins parfaitement intacte et qui ne paraissait nullement en souffrance. De plus, nous découvrîmes plus tard que les jeunes embryons de YOphryodendron abietimm renferment déjà, tandis qu’ils sont encore renfermés dans le corps de leur parent deux ou trois de ces corpuscules. Ceux-ci sont alors contenus dans une ou deux vésicules spéciales.
Il nous paraît fort probable que les branches mobiles de la longue trompe abiétiniforme de l’Ophryodenclron, sont analogues aux rayons des Acinètes et fonctionnent partant comme des suçoirs. Cet animal aurait par conséquent ses plus grandes allinités avec le groupe des Acinétiniens.
Chez quelques individus nous eûmes l’occasion d’observer la formation d’embrvons internes. Le corps sombre dont nous avons déjà fait mention et que, nous considérons comme le nucléus contenait parfois une grosse boule, composée , à ce qu’il nous sembla, de petites cellules. Cette boule remplissait à peu près complètement l’intérieur du nucléus et se partageait bientôt en deux (V. PI. V, fig. 9). Chez certains individus on pouvait distinguer dans cette grosse boule deux genres de corps différents : d’abord les petites cellules qui la composaient d’ordinaire, puis deux corps vésiculiformes plus gros (Y. PI. V, fig. 5), dont chacun renfermait de deux à douze de ces corpuscules déjà plusieurs fois mentionnés, et ressemblant aux organes urticants des Campanulaires.
Chez d’autres Ophryodendron on trouvait quatre de ces corps vésiculiformes au lieu de deux. Ils étaient un peu allongés et enveloppés dans une membrane. L’une des moitiés de leur surface était ciliée, et à l’aide de ces cils ils se tournaient assez vivement autour de leur axe. C’étaient évidemment là des embryons, nés dans l’animal qui les contenait, comme chez les Acineta. Il arrivait ordinairement que ces embryons, doués d’un mouvement de rotation, se divisaient spontanément chacun en deux. Nous les obligeâmes artificiellement à sortir de la cavité de leur organisme parent, au
moyen d’une pression qui fit éclater celui-ci, et ces embryons (V. PI. V, fig. 10) se montrèrent sous la forme d’animaux ovales ou allongés, dont l’une des faces était assez aplatie et l’autre légèrement convexe. La face aplatie était couverte de cils, qui se trouvaient être plus longs aux deux extrémités de l’animal qu’à son milieu. Dans l’intérieur de l’embryon on remarquait déjà le corps à apparence cellulaire qui enfermait les vésicules. Du côté cilié se trouvaient deux taches claires, qui ne se contractaient cependant pas. Les embryons ne résistèrent du reste pas à ce mode de parturition un peu anormal, et ils ne tardèrent pas à périr.
Chez quelques individus de Y Ophryodendron abietimm, nous trouvâmes un nombre d’embryons beaucoup plus grand, qui pouvait bien varier de 16 à 20, et même davantage. Lorsqu’on venait à écraser l’un de ces individus, on voyait ces embryons, devenus libres , s’agiter dans l’eau pendant une demi-heure, ou même une heure entière. Cependant leurs mouvements, d’abord très-vifs, ne tardaient pas à devenir plus lents, et les animacules finissaient par périr. Leur forme était semblable à celle des embryons déjà décrits, seulement ils étaient, comme cela s’entend de soi-même, notablement plus petits. On pouvait souvent reconnaître chez eux, avec une parfaite évidence, l’existence d 'une vésicule contractile. Tontefois, nous ne saurions garantir qu’il n’y en eût pas davantage. *
Avant d’avoir observé ces embryons, nous pouvions être encore dans l’incertitude à l’égard de la véritable place à assigner à notre Ophryodendron dans la série animale. L’absence de tout organe visible nous faisait cependant présumer, avec une grande vraisemblance, que nous avions à faire à un infusoire. Mais la présence d’embryons munis d’une vésicule contractile, associés à l’existence d’une gemmiparité externe, venait nous enlever toute espèce de doute à cet égard. L 'Ophryodendron abietimm , ne pouvait être qu’un infusoire. On connaît, il est vrai, des embryons ciliés appartenant à d’autres classes d’animaux, tels que les Planula des Polypes, la grande nourrice du Monostonum mutabile, etc. ; mais aucun de ces embryons ne possède de vésicule contractile. C’est là un caractère purement infusoriel.
S’il en est ainsi, les Ophryodendron devront bien prendre place dans le système à côté des infusoires. Les corpuscules particuliers qu’ils renferment sont peut-être comparables aux trichocystes d’autres infusoires.
Nous regrettons vivement que la saison froide nous ayant forcés de quitter les côtes de Norwège peu après avoir découvert cet intéressant animal, il ne nous ait pas été possible de poursuivre plus loin le développement de ces embryons et de constater si, une fois devenus libres, ils vont se tixer sur une Campanulaire pour s’y développer immédiatement en Ophryodendron , ainsi que l’analogie avec les autres Acinétiniens permet de le supposer '.
Nous faisons suivre quelques mesures relatives à Y Ophryodendron abietinum .
Longueur des individus vermiformes 0rnm, 131-0, 160
Largeur 0, 030-0, 044
Longueur moyenne des individus ovoïdes avec ou sans embryons. 0, 083-0, 131
Largeur > 0, 039-0, 059
Longueur de la trompe 0, 09-0, 16
Longueur d’un des plus gros individus renfermant des embryons. . 0, 227
Largeur du même 0, 092
Longueur de la trompe 0, 481
Longueur des ramuscules de 1a. trompe 0, 021-0, 023
Longueur des corpuscules (organes trichocystes?) *. 0, 006-0,0087
Longueur d’un embryon de la grosse variété 0, 043
Largeur du même 0, 028
Diamètre des globules (cellules?) dans cet embryon 0, 004
Diamètre des cellules renfermant les corpuscules 0, 006
Longueur d’un embryon de la petite variété 0, 022-0, 026
Diamètre transversal du même 0, 008-0, 012
Diamètre d’avant en arrière (du dos au ventre) chez le même 0, 013
I. L’ Ophryodendron abietinum a été observé depuis nous par M. Slretliil! Wright, qui lui a donné le nom de Corelhria Sertulariœ (V. Edinburgh new Philosophical Journal, new sériés, July 1 850). Le nom d'Opbryodendron ayant décidément la priorité, nous n’avons pas hésité à le conserver. (Note de 1860.)
KYSTES DE Ï/EPISTYLIS PL1CATÏLIS