C. PARAMECIUM AURELIA
Comme chez la plupart des autres Paramecium, on a constaté chez le Paramecium Aurélia une fissiparité, soit longitudinale, soit transversale. Lorsqu’une division transversale est sur le point de s’effectuer, on voit se former d’abord deux nouvelles vésicules contractiles. L’une d’elles apparaît devant l’une des deux anciennes vésicules, l’autre devant l’autre. Chaque nouvel individu se trouve posséder par suite une vésicule nouvelle et une ancienne. La vésicule ancienne est celle qui se trouve dans la partie postérieure du corps ; celle de la partie antérieure est de formation nouvelle. — Une fois les nouvelles vésicules contractiles formées, le nucléus s’allonge d’ordinaire quelque peu, cependant il ne se partage ordinairement en deux que lorsque la division du corps est
déjà très avancée. M. Ehrenberg rapporte avoir toujours vu le prélude de la division spontanée consister en un étranglement de la f lande sexuelle (nucléus). Ce n’est que dans les cas de division longitudinale qu’il a constaté la formation de nouvelles vésicules contractiles, tandis que nous avons souvent observé ce phénomène de la manière indiquée dans les cas de division transversale.
Nous n’avons malheureusement que peu de chose à dire sur la reproduction par embryons du P. Aurélia. Nous avons vu le nucléus 1 se diviser sans qu’il en résultât une scission du corps lui-même. Nous avons également constaté une intumescence considérable de ce nucléus, suivie de la formation de corpuscules globuliformes dans son intérieur. Plusieurs de ceux-ci renfermaient une tache claire et dans deux des plus gros, nous reconnûmes à cette tache des propriétés contractiles. Il n’y pas à douter que ce ne fussent là de jeunes embryons, mais malheureusement nous n’avons pas pu jusqu’ici poursuivre plus loin leur développement
Comme conclusion nous communiquons les mesures relatives à la formation des embryons du P. Aurélia :
Longueur moyenne du nucléus ovale du Par. Aurélia 01,m,,04
Largeur moyenne du nucléus ovale du Par. Aurélia 0, 02
Nucléus tuméfié en disque arrondi (prélude de laformation desembryons) 0, 065
Petits globules (jeunes embryons) de l’intérieur du nucléus 0, 004 — 0,014
Toutes les observations faites par nous sur la reproduction des Parmecium au moyen d’embryons ont eu lieu durant le mois de novembre et dans le commencement de décembre. M. Focke a étudié également les embryons du Parmecium Bursaria dans l’arrière-saison. M. Stem les a observés durant le mois de mai.
■1. Nous avons trouvé dans le Parametrium Aurélia, à côté du nucléus, un soi-disant nueléole, particularité que M. Stein dit n’avoir pas observée.
2. Depuis cette époque, nous avons vu fréquemment des Par. Aurélia, chez lesquels le nucléus s’était divisé en nu grand nombre de corps ovales et tuméfiés (15 on 29), qui remplissaient presque toute la cavité du corps. La formation de ces corps vient d’être décrite très en détail par M. Stein dans son bel ouvrage : Der Organismes der Infusionstbiere, Leipzig, 1859. (Note de 1860).
REPRODUCTION
DU
DIC YE M A nUELLERI.
Durant notre séjour à Yalloe, sur les bords du fjord de Christiania, au commencement du mois d’août 1855, nous eûmes l’occasion d’étudier un parasite des plus intéressants. Il appartient à cette classe d’animalcules qui ont été décrits sous le nom de filaments veineux des Céphalopodes , et qui ont été étudiés particulièrement par M. Erdl ’, puis plus tard par M. Koelliker. Ce dernier a créé pour eux le nom générique de Dicyema \
L’espèce observée par nous, et à laquelle nous donnons le nom de Dicyema Muelleri, est un animal qui, par sa forme extérieure, semblerait au premier abord devoir se
1. Prof. Erdl : Ueber die bewegiiehen Faden in den Venenanhàngeu der Cephalopoden. — Ericlison’s sousArchiv, 1845, p. 162.
i. Berichte von der Koniglichen Zootomisehen Anstalt zu Würzbnrg. — Bericht fur das Schuljahr, 1 8(4.7— 1 848 . Leipzig, 1849.
ranger parmi les vers, mais un examen un peu attentif de sa structure fait bientôt reconnaître que ses affinités véritables sont d’un tout autre genre. 11 est cilié sur toute sa surface, et, dans son intérieur, il n’est pas possible de reconnaître aucun organe particulier. Nous n’avons pas même réussi à constater, chez cet être singulier, la présence d’une ouverture buccale. En somme, les Dicyema possèdent probablement leurs plus proches parents parmi les Opalines.
Nous avons trouvé ces animalcules dans les mêmes organes où M. Erdl et M. Kolliker les avaient signalés , à savoir, dans les reins d’un Céphalopode, VEledone cirrhosa, Lam. M. Erdl n’indique pas dans quelle espèce il observa les filaments mobiles , mais il paraît en tous cas que c’était un Octopus.
L’animalcule observé par M. Erdl était, d’après ses descriptions un long blâment cilié sur toute sa surface, terminé à sa partie antérieure, par un disque glabre, dans le centre duquel se trouvait une ouverture. Celle-ci était, peut-être, au dire de M. Erdl, une bouche. M. Kolliker n’a point vu d’ouverture semblable chez son Dicyema para doxum, pas plus que nous chez le Dicyema Muelleri.
En revanche, la partie antérieure du Dicyema Muelleri est munie d’une armure très-singulière (V. PI. XI, 1 — 3 et 5 — 6). Elle a été reconnue d’abord par M. Joli. Mueller, qui se trouvait avec nous à Valide. Cette armure se compose de deux ou trois rangées de plaques, juxtaposées à peu pfès comme les écailles sur une carapace de tortue. Les plaques de la rangée antérieure sont des triangles sphériques, scalénoïdes, dont les sommets se réunissent pour former l’extrémité antérieure de l’animal. Les plaques de la seconde et de la troisième rangée sont des espèces de trapèzes ajustés immédiatement derrière les triangles de la première rangée. La forme même de l’animal est très variable. Tantôt c’est un long filament, à peu près partout d’égale largeur; tantôt sa partie antérieure est fort large, relativement à la partie postérieure qui est mince et très allongée , tellement que l’animal ressemble alors au têtard d’un batracien (PL XI, tig, 1); tantôt, enfin, le corps est pour ainsi dire contracté, relativement court et large. Nous regrettons vivement que des circonstances diverses nous ayant forcés d’interrompre nos observations, nous ne puissions pas indiquer exactement le nombre total des plaques de l’armure sur la face dorsale; chaque rangée est formée par deux plaques.
La consistance du corps de l’animal rappelle tout à fait celle du corps des Opalines et de beaucoup d’autres infusoires ciliés. Les plaques elles-mêmes ne semblent point formées par une substance particulière. C’est plutôt une simple apparence, produite par une rigidité locale des téguments, comparablé à la rigidité des téguments des Euplotes.
Le Dicyema MueUeri présente dans son intérieur une cavité qui reproduit assez exactement la forme extérieure du corps. Ces parois sont d’une épaisseur assez variable (comparez, par exemple, la fig. 1 et la fig. 3). Elle renferme un contenu tout à fait diaphane et seulement un peu granuleux.
Chez certains individus, on trouve cette grande cavité remplie de son contenu ordinaire, et renfermant en outre un nombre très-variable de globules sphériques (PL XI, fig. 2), à structure homogène et de couleur très claire. Ces globules sont distribués indifféremment dans toutes les régions de cette cavité. Chez d’autres individus, on trouve ces globules, à consistance homogène, associés à d’autres dans lesquels se montre une tache obscure. Lorsque l’on considère attentivement ces derniers, on s’aperçoit que ce sont des corpuscules munis de cils et renfermés chacun dans une enveloppe spéciale PL XI, fig. 3). On ne tarde même pas à en trouver un certain nombre qui s’agitent vivement dans leur étroite cellule. Ce sont là les embryons du Dicyema, résultés probablement de modifications dans les globules précédemment mentionnés.
On peut facilement faire sortir artificiellement ces embryons de leur parent, au moyen d’une pression adroitement exercée. Mais il n’est aucunement nécessaire de recourir à ce moyen, car ces jeunes individus se trouvent en abondance à l’état de liberté dans les reins de YEledone cirrhosa, au milieu des adultes. Leur forme est notablement différente de celle de ces derniers. Les embryons ont, en effet, assez exactement la forme d’une toupie (PL XJ, fig. 4). Le sommet en est parfaitement glabre. La partie qui s’amincit eu pointe, est, au contraire, munie de cils excessivement longs, relativement beaucoup plus longs que ceux de l’adulte. Le contenu est identiquement le même chez tous. C’est, d’une part, une espèce de nucléus assez fortement réfringent, enfermé dans une espèce de grande cellule ou cavité, et, d’autre part, une accumulation de globules doués également de propriétés très réfringentes, et qui font l’impression de gouttelettes
huileuses. C’est sans doute là une provision de matière plastique, destinée à servir au développement ultérieur du jeune animal. Enfin, au-dessus de la cellule qui renferme le nucléus réfringent, se trouve une vésicule claire qu’on serait tenté, au premier abord, de prendre pour une vésicule contractile. Nous n’avons jamais pu cependant observer de contractions chez elle.
M. Erdl a étudié également le développement de ces Dicvema. 11 a constaté' la présence de ces mêmes globules dont nous avons parlé, seulement ils sont, suivant lui, rassemblés dans la partie postérieure du corps. Les embryons se trouvaient, au contraire, dans la partie antérieure, et il était facile de suivre toutes les phases de leur formation, depuis barrière jusqu’à l’avant de l’animal. A une certaine place du corps de ce dernier , se trouvait un élargissement en forme de sac , renfermant une substance granuleuse, et ce n’était qu’à partir du moment où les œufs (c’est ainsi que M. Erdl nomme les globules) arrivent dans ce sac, qu’ils commençaient à se développer. M. Erdl attribue, en conséquence, à ce sac les fonctions d’organe fécondant, de testicule en un mot.
Chez notre Dieyema, les choses ne paraissent pas se passer ainsi. Nous n’avons vu chez lui aucun organe en forme de sac, pouvant jouer le rôle de testicule. D’ailleurs, nous n’avons jamais vu les globules, non développés en embryons, accumulés dans la partie postérieure du corps. Ils sont, au contraire, disséminés indifféremment dans toute la cavité. Il en est de même des embryons ciliés (PI. XI, tig. 3), bien que d’après la description de M. Erdl, ils ne dussent se trouver que dans la portion antérieure.
M. Erdl a pu suivre plus complètement que nous la formation des embryons dans ses différentes phases. Les œufs (nos globules) possèdent, suivant lui, un nucléus qui se résout en une masse granuleuse. Celle - ci s’accroît de manière à devenir bien plus grosse que le nucléus primitif, puis les granules dont elle, se compose , se réunissent pour former trois ou quatre petites boules homogènes. Plus tard , ces œufs se transforment en embryons, en se munissant de longs cils. Ces petites boules qu’on trouve dans les embryons ne sont point de nature graisseuse, au dire de M. Erdl. Elles lui semblent être dures, cornées, et lui ont laissé
ET LES PiHIZOI’ODES. 205
apercevoir sur leur équateur une espèce de sillon qui rappelle tout à fait les ventouses d’autres animaux.
Cette partie de la description de M. Erdl concorde peu avec ce que nous avons vu. Ces ventouses ne sont probablement pas autre chose que l’amas de globules , dont nous avons déjà parlé , comme d’urie agglomération de substance plastique. Mais nous n'y avons jamais vu la moindre trace du sillon en question. Leur nombre était du reste beaucoup plus considérable que celui des corpuscules cornés que mentionne M. Erdl. Cependant la petite figure qu’il donne de l’embryon, dans cet état, concorde beaucoup mieux avec la nôtre que celle de l’animal adulte.
Nous ne doutons pas que ces embryons ne prennent assez rapidement une forme parfaitement semblable à celle de leur parent. Nos observations ont été de trop courte durée pour nous permettre de poursuivre ce développement. M. Erdl a du reste constaté tous les passages de la forme embryonnaire à la forme adulte de son animalcule, il est donc probable que la même chose a lieu pour le Dicyema de VEledona cirrhosa.
Nous avons rencontré un grand nombre de Dicyema qui, outre les globules déjà mentionnés, ou premiers rudiments des embryons, renfermaient encore d’autres corps allongés (fig. u2). Ceux-ci n’étaient jamais fort nombreux: quatre ou cinq au plus dans le môme individu ; souvent ils étaient isolés. Dans ce cas, leur taille était fréquemment assez considérable. Chez de petits individus, ds atteignaient quelquefois une longueur égale à environ deux tiers de la longueur totale du corps (fig. 5). Chacun d’eux était enveloppé d’une membrane spéciale (fig. 7). Leur consistance paraissait assez homogène. À un fort grossissement on distinguait dans leur intérieur des granules à contours fort nettement dessinés (fig. 7). Nous n’avons pu constater chez ces corps singuliers aucune espèce de mouvement, ni autre signe de vitalité propre.
Nous regrettons de ne point pouvoir donner de mesures exactes, relativement à ces parasites et à leurs embryons, mais, comme nous l’avons dit, nous fûmes obligés d’interrompre brusquement nos observations, et, depuis lors, nous n’avons pas retrouvé d’Eledone. Cependant nous pouvons estimer à environ 3/4 de millimètres la longueur des adultes. Lorsqu’on coupe ou qu’on déchire un rein d’Eledone, on voit s’en écouler un liquide
20(î ÉTUDES SUR LES INFUSOIRES
trouble et jaunâtre qui fourmille de petits filaments blancs. Ces filaments s’agitent vivement, comme on le reconnaît déjà à l’œil nu. Ce sont les Dicyema. Notre figure 3 (PI. XI) donne assez exactement le rapport de grosseur des embryons aux adultes. L’embryon de la fig. 4 est beaucoup plus fortement grossi que les autres figures de la planche1.
1. Depuis la publication de ces lignes, nous avons publié une description du Dicyema Muelleri, dans mi recueil allemand (V. Müller’s Archiv, 1837, p. 535), comme supplément à un excellent mémoire de notre ami M. Guido Wagener sur le genre Dicyema. Nous renvoyons pour mie foule de détails, soit au mémoire de M. Wagener, soit à celui de M. Kôlliker, cjue nous n’avions pas encore pu nous procurer à l’époque de notre rédaction. Nous remarquerons seulement que, soit M, Kôlliker, soit M. Wagener, distinguent dans les espèces de Dicyema qu'ils ont observées deux espèces d’embryons, dont l’une présente la môme forme que les embryons décrits par nous, tandis que les autres sont allongés, vsrmiformes ( wurmfôrmige Embryonen Kôlliker). Il est fort possible (ou même probable) que les corps allongés que nous avons signalés chez, certains Dicyema Muelleri ne soient que le premier rudiment de cette seconde forme d’embryons. (Note de 1860).
REPRODUCTION
D’HIV RHiæOPOUE.
(üRNULA EPISTYLID1S.)
Sur les troncs et les branches des familles d’Epistylis plicatilis nous avons trouvé en grand nombre un animalcule vivant dans une coque ou urcéole en forme de bouteille (V. Pt. I, fig. 2, a, et PI. X, fig. 1). Cette coque s amincit en pointe vers son extrémité inférieure ; elle est fixée latéralement au moyen d’un petit disque d’encrassement sur l’arbre épistylien (PI. X, fig. 1). La partie qui avoisine son ouverture est rétrécie et en particulier comprimée sur les côtés, de sorte que cette ouverture forme comme une espèce de fente. La face ventrale de l’urcéole est rapprochée du pédoncule de l’Epistylis, de manière à ce que l’axe du parasite forme un angle très aigu avec ce pédoncule. Son ouverture est toujours tournée du côté de l’Epistylis.
Dans cet urcéole se trouve toujours, tantôt plus ou moins librement suspendu dans l’intérieur, tantôt retiré dans le fond, un animal sur les affinités duquel on peut rester longtemps dans le doute, mais que nous croyons maintenant avoir des raisons suffisantes pour classer parmi les Rhizopodes. Cel animal a la forme d’un œuf un peu allongé. Sur son côté ventral, c’est-à-dire sur celui qui regarde le pédoncule de l’Epistylis on remarque d’ordinaire une petite échancrure. C’est de ce point que partent les expansions variables qui caractérisent notre animal en tant que Rhizopode. Ces expan-
sions ordinairement au nombre de deux à cinq seulement sont très minces, filiformes et s’agitent d’ordinaire très vivement. L’animal les retire souvent complètement dans son urcéole et les étend de nouveau au dehors. Parfois elles sont terminées en bouton ce qui fait qu’on serait tenté de les prendre pour les suçoirs d’un Acinétinien. Cependant la consistance de ces expansions parait s’opposer à cette manière de voir. Elles sont semées de petits granules comme les pseudopodes d'une Actinophrvs, d’une Acanthomètre ou d’une Gromie; elles peuvent non-seulement se rétracter, mais encore se diviser et prendre des formes irrégulières qui rappellent tout à fait ce qu’on voit chez les Actinophrys et d’autres Rhizopodes (V. PI. VI , fig. 2, a). Les granules sont eontinullement en mouvement comme dans les pseudopodes des Rhizopodes. On les voit couler pour ainsi dire, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Nous n’avons cependant pas encore observé de fusion entre deux de ces expansions fdiformes comme on le voit fréquemment chez d’autres Rhizopodes. La vésicule contractile est située du côté dorsal, à peu près dans son milieu.
La manière dont YUrnula Epistylidis se reproduit est un phénomène des plus intéressants. En effet, on ne connaît jusqu’ici aucun exemple de reproduction d’un Rhizopode, si l’on fait abstraction de la fissiparité observée par M. Schneider1 chez la DiffLagia Enchelys (?) Ehr. M. Schneider vit deux individus résulter de la division d’un seul. L’un d’eux sécréta une coque nouvelle tandis qu’il était encore intimement uni avec l’autre. M. Schneider nomme ce phénomène une gemmation (Kwspung) , mais on peut aussi bien le caractériser par l’expression de division spontanée, ou si l’on aime mieux de gemmation fissipare, puisque les deux individus avaient une taille égale. Les termes n’ont du reste ici qu’une importance tout à fait secondaire. — M. Schneider a vu également plusieurs individus (trois à cinq) ayant chacun leur coque distincte, unis par une expansion commune et il croit pouvoir interpréter la chose par une division semblable. S’il s’agissait là d’une conjugaison ou bien d’une scission, c’est ce qu’il est difficile de décider. Par contre M. Schneider croit devoir refuser le nom de conjugaison au phénomène déjà observé par M. Cohn ; et par M. Perty3 et constaté également par
î. Müller’s Archiv, 18 oi, p. SOS.
2. Siebold’s und Kolliker’s Zeitschrift fur wissencbaftliche Zoologie. lV,ei' Bd. p. 2t> 1 .
ô. Zur Kennlniss der kleinsten Lebensformeu. Bern, 1852.
lui-même, de la réunion de deux Arcelles, accolées l’une à l’autre, ouverture (du têt) contre ouverture. Nous avons observé souvent le même phénomène et comme, de même que ces observateurs paraissent l’avoir déjà vu, nous avons toujours trouvé l’un des têts ancien et opaque et l’autre nouveau et transparent, nous pensons devoir donner pleinement raison à M. Schneider1.
Notre Rhizopode forme un nouveau genre caractérisé par une coque ou têt, fixée au moyen d’une espèce de pédicelle. Ce têt consiste de même que celui des Arcelles en une substance organique qui n’est point encroûtée de substances étrangères comme la coque des Difflugies. Les pseudopodes sont peu nombreux, ordinairement filiformes, et naissent tous d’une place déterminée de la surface du corps.
Nous avons observé chez YUrnula Epistylidis non-seulement une multiplication par fissiparité, mais encore une reproduction au moyen de petits embryons.
La division spontanée présente chez ce Rhizopode des particularités remarquables. On voit d’abord naître à la partie dorsale de l’animal, entre le milieu et la partie postérieure une seconde vésicule contractile. La partie antérieure commence à montrer des stries qu’on reconnaît bientôt être dues à la formation de cils très fins (PL X, fig. 2). Un sillon circulaire oblique se dessine à la surface et produit un étranglement qui finit par opérer une division complète (fig. 3). A l’aide de ses cils, l’individu cilié gagne le dehors de l’urcéole. Il a alors la forme d’un corps ovale (fig. 4) profondément strié et couvert de cils sur toute sa surface. Sa transparence est assez considérable. Dans la partie qui, pendant la natation, est dirigée en avant, on remarque un nucléus de consistance granuleuse. Nous n’avons pu voir chez ce nouvel individu rien qui pût faire songera l’existence d’une ouverture buccale. Malheureusement il ne nous a pas été possible de poursuivre l’animal nouvellement formé jusqu’au moment où il passe à l’état de repos. Mais nous regardons comme probable qu’il gagne quelque branche d’un arbre épistylien, qu’il s’y fixe et forme un urcéole nouveau tout en perdant son enveloppe ciliée.
Ce mode de division fissipare est des plus intéressants, en ce sens que les deux individus qui en résultent présentent un aspect tout différent l’un de l’autre. Nous avons
1. Depuis lors, nous avons été dans le cas de nous convaincre que souvent cet accollement de deux coques n’indique point la présence de deux Arcelles, mais qu’il a rapport à un changement de coque d’un seul et même individu. Voyez le Tome Ie1’ de ces Études. (Note de 1860).
du reste déjà eu l’occasion de voir un cas semblable chez Y Acineta mystacim . — L’un des nouveaux individus, bien qu’issu d’un Rhizopode dépourvu de toute espèce de cils revêt une enveloppe ciliée et s’éloigne à la nage comme un infusoire cilié. Cependant on ne peut point dire que l’individu cilié soit un embryon, ni une simple gemme produite par l’animal primitif. En effet, l’individu cilié garde pour son propre compte l’ancienne vésicule contractile, tandis que l’autre reste dans l’urcéole, conserve sa forme de Rhizopode et se munit d’une nouvelle vésicule.
Chez l 'Acineta mystacina les choses se passent tout à fait de la même manière. Nous avons vu l’une des moitiés de l’Acineta se recouvrir de cils et s’écarter à la nage. Dans l’un des cas observés ce nouvel individu se fixa immédiatement devant l’ancienne coque et se développa en Acineta. Cette observation se trouve du reste corroborée par la circonstance que M. Cienkowsky 1 a vu quelque chose de tout semblable se passer chez la Podophrya fixa .
Un second mode de reproduction dont nous avons également constaté l’existence chez notre Rhizopode est encore plus intéressant que le premier à plus d’un point de vue. Dans le premier stade de préparation à ce mode de reproduction, l’on voit FUrnula rétracter ses pseudopodes et prendre la forme d’un corps ovale, allongé, chez lequel les pulsations de la vésicule contractile deviennent de plus en plus lentes (PI. X, fig. 5). Peu à peu l’on voit apparaître dans l’intérieur de son corps un ou plusieurs noyaux assez gros (PI. X, fig. 6). Si ce noyau est identique avec le nucléus primitif, ou bien, lorsqu’il y en a plusieurs, s’ils sont résultés d’une division spontanée du nucléus, c’est ce que nous n’avons malheureusement pas pu observer d’une manière directe, attendu que le nucléus est, dans la plupart des cas, fort difficile à apercevoir. Mais, s’il est permis de tirer une conclusion des observations nombreuses que nous avons faites en pareil cas sur divers infusoires ciliés et d’appliquer cette conclusion à un Rhizopode, nous serons tentés de croire à une relation intime entre ces corps et le nucléus primitif. Chez les Epistylis, en effet, et le Paramecium Bursaria par exemple, c’est tantôt le nucléus entier, tantôt une partie seulement du nucléus, qui, lorsque ces animaux se préparent à se reproduire, subit des modifications tout à fait analogues à celles que nous allons décrire chez l’Urnula Epistylidis.
I. Bulletins de l’Académie impériale de St-Pétersbourg. I8b;>.
ET LES RIHZOPODES. 511
Une fois que les corps sus-mentionnés ont fait leur apparition, ils augmentent de grosseur pendant quelque temps, et une cavité se forme à leur intérieur. Chez beaucoup d’individus, cette cavité laisse bientôt voir, dans son intérieur, une foule de petits corpuscules en proie aune vive agitation. Nous ne nous permettrons pas de décider si ce n’est là qu’un simple mouvement moléculaire, ou bien s’il faut y voir quelque chose d’analogue à l’agitation des zoospermes chez les animaux supérieurs (V. PI. X, fig. 7 et 8). Il est seulement certain que dans un grand nombre d’individus chez lesquels ces corps ovoïdes ont atteint un certain degré de développemenf , jusqu’au point de remplir complètement la cavité formée par les téguments de l’individu primitif, ces corps subissent des modifications très-profondes.
On voit de petits corpuscules, semblables à ceux dont nous venons de parler, s’agiter avec vivacité dans leur intér ieur pendant un certain temps, sans qu’il nous ait été possible de déterminer s’ils se forment dans la cavité même, ou bien si, engendrés dans d’autres, ils pénétrent de l’extérieur dans ceux où nous les avons observés. — Bref, leur agitation finit par cesser, et la substance qui forme les corps ovoïdes présente alors des modifications importantes. Ces corps se montrent d’abord sous la forme d’une cavité limitée par une paroi épaisse et uniforme. Bientôt cependant on commence à distinguer une différenciation dans la substance. Il s’y forme de petits globules, dont les contours gagnent graduellement en évidence, de sorte que la paroi finit par ne plus consister qu’en une couche de ces globules (fig. 9) , tapissant la membrane externe. Plus tard, cette membrane développe un ou plusieurs prolongements tubuleux et terminés en cæcum, jusqu’au point d’atteindre les parois de l’urcéole ou têt du rhizopode primitif, et ces prolongements finissent même par percer cette paroi (fig. 10). En même temps une partie des globules se détachent de la paroi du corps ovoïde, et se meuvent dans le liquide qui remplit la cavité. Une déhiscence ou déchirure ne tarde pas à s’effectuer à l’extrémité du tube aveugle qui a percé l’urcéole, phénomène qui se trouve probablement accéléré par la pression exercée par les corpuscules en mouvement. Ces petits êtres sortent alors, les uns après les autres, par l’ouverture et gagnent le large (fig. 9). Vu leur petitesse, il ne nous a malheureusement pas été possible de déterminer s’ils possédaient une vésicule contractile ou non. L’agitation perpétuelle dans laquelle ils se trouvaient était un obstacle de plus à cette détermination.
Cependant nous avons cru une ou deux fois pouvoir distinguer un organe de ce genre.
Nous nous abstenons de faire des hypothèses sur le sort de ces petits êtres et sur les métamorphoses qu’ils subissent avant de revenir à la forme normale de VUrnula Epistylidis. En effet, au bout d’une observation soutenue pendant une durée d’une heure à une heure et demie, nous avons toujours fini par les perdre de vue au milieu du labyrinthe ,de pédoncules d’Epistylis et de petites monades en mouvement1.
Nous fîmes ces observations de la mi-juillet au commencement d’août 1855.
I. Eu relisant ces observations cinq années après l’époque de leur rédaction première, nous sommes frappés de la ressemblance que ce second mode de développement offre avec l’évolution des Chytridium. Nous sommes amenés par suite à nous demander si ce second mode de prétendue reproduction ne doit pas être interprété comme un phénomène rentrant dans l’évolution d’un organisme végétal destructeur de VUrnula Epislylidis.
Jusqu’ici nous n’avions fait connaître VUrnula Epislylidis que par une diagnose dans la première partie de ces Études et par une courte mention dans les Annales des sciences naturelles (1838). M. Slein, dans le bel ouvrage qu’il vient de publier (Der Organismus der Infusionsthiere. Leipzig, 1859), croit pouvoir admettre que l’être auquel nous avons donné le nom d ’U. Epislylidis n’est que le résultat d'une métamorphose de VEpislylis plicalilis et point un organisme spécial. Il ne serait pas loyal de notre part de combattre sérieusement celte assertion, qui n'a pu être avancée que parce que nous n’avions pas encore publié de ligure ni de description détaillées de cet animal, qui n’a très-certainement rien à faire avec VEpislylis plicalilis ni avec aucune autre Vorticelline. ( Note de 1860).
ENKYSTEMENT