‹ Etudes sur les infusoires et les rhizopodesChapitre 175 sur 198 · DES INFUSOIRES · texte numérisé non relu

DES INFUSOIRES

La découverte de l’enkystement des infusoires, ce procédé par lequel ces animalcules s'enveloppent d’une coque résistante, fermée de toutes parts, n’est point une chose nouvelle. Déjà, dans le siècle passé, Otto Friederich Muller paraît avoir eu connaissance de l’enkystement du Colpoda Cuccullus, sans en avoir cependant bien saisi la signification, car il paraît n’y voir qu’une espèce de mue, opinion qui, de nos jours, devait retrouver un représentant dans la personne de M. Ehrenberg. Hinc decorticafionem, dit Muller, sive cutis mutationem uti in insectis apteris eit nonmdlis amphibiis suspicari licel. Mais le premier qui ait consacré à ce phénomène une attention réelle, et qui l’ait décrit d’une manière exacte, est Luigi Guanzati \ en l’an 1796. L’animal sur lequel il a fait ses expériences, et auquel il donna le nom de Protée, paraît être Y Amphileptus moniliger, Ehr. Comme sa description est réellement très exacte, nous tenons à la reproduire ici : « Peu avant cette métamorphose, dit-il, le corps entier de l’animal paraît complètement transparent, et sa forme semble plus longue et plus étroite qu’auparavant. On ne remarque plus alors ces places plus sombres qu’on apercevait naguères. Quanta ce qui concerne ses mouvements, l’animal paraît se contour-

1 . Osservationi e sperienze inlorno ad un prodigioso animaluccio delle infusioni, di Luigi Guanzati, dans les Opusculi seelti sulle scien/.e e sulle arli. Tonri. XIX. Milano, 1796, p. 5-21. — Une traduction de ce mémoire rare dont il a beaucoup été parlé dans ces derniers temps, a paru récemment dans la Zeitschrift fîir wissenscb. Zoologie. Vl‘w Rd. 1895, p. 452.

ner plus souvent que d’ordinaire : il ciiange constamment de place, jusqu’à ce qu’il s’arrête enfin, contracte son corps allongé, et il se raccourcit peu à peu de manière à prendre enfin la forme d’un globule. 11 se met alors à tourner sur lui-même sans changer de place. Peu de temps après on voit apparaître, tout autour du globule, un anneau plus transparent que le globule lui-même, et cet anneau n’est, comme j’eus l’occasion de m’en assurer plus tard, qu’une coque ou enveloppe autour de l’animal transformé en boule. On voit ce dernier continuer à tourner avec une grande régularité à l’intérieur de cette coque. La direction de ce mouvement de rotation change à chaque instant, car on voit l’animalcule tourner tantôt de droite à gauche, tantôt de gauche à droite, puis d’avant en arrière ou d’arrière en avant. Ces changements de direction ne s’opèrent qu’insensiblement et sans que le globule tournant change jamais de place. »

Tel est le passage qu’on a dit n’avoir pas été interprété très exactement par M . Ehrenberg lorsqu’il disait que Guanzati avait déjà décrit, comme un retour à l’étal d’œuf, un simple phénomène de mue. Le fait est que Guanzati n’a vu dans cet enkystement, ni une mue, ni un retour à l’état d’œuf. SI a beaucoup mieux saisi l’essence de ce phénomène que M. Ehrenberg lui-même. Nous lisons, en effet, plus loin les lignes suivantes :

« Tandis que je réfléchissais sur cette circonstance, il me vint à l’esprit de chercher à me procurer par ce moyen (la dessication) ce spectacle singulier, afin de pouvoir l’étudier mieux, car il ne m’arrivait que rarement de surprendre un Protée dans le moment où il se préparait à cette métamorphose. Je fis, par suite, diverses tentatives, et cellesci furent couronnées d’un succès complet. J’acquis en effet bientôt la conviction que, s’il est jusqu’à un certain point dans notre puissance de faire revivre le Protée, lorsqu’il est mort, nous possédons aussi le pouvoir de le soumettre à volonté à cette transformation. Pour cela, il suffît de laisser évaporer le liquide, dans lequel l’animal nage, jusqu’au point que celui-ci ne puisse plus se bouger, et de laisser tomber alors sur lui une gouttelette d’eau. Par ce procédé j’ai réussi à atteindre le but désiré. Il est besoin, cependant, dans cette expérience de beaucoup d’exercice et d’habileté, car, si l’on ne

1. Ueber die Formbeslàndigkeil timl den Entwicklungskreis der organischen Formen. — Monatsbericht (1er k. preussischen Akademie zu Berlin, 1852.

fait pas tombe! la goutte d’eau précisément au moment voulu, mais un peu trop tôt, c’est à dire lorsque l’animal est encore trop vif, l’expérience est manquée ; la même chose a lieu lorsqu’on laisse tomber la goutte un instant trop tard, c’est à dire lorsque le Protée a cessé tout mouvement et probablement aussi perdu la vie. En effet, dans le premier cas, l'animal reprend toute sa vivacité première, sans subir aucune modification ; dans le second cas, il reste immobile et se dissout sans donner signe de vie. »

A ces observations de Guanzati nous n’avons de fait que fort peu de chose à ajouter, car il est certain que la plupart des kystes d’infusoires ciliés qu’on rencontre sont dûs à l’influence d’agents extérieurs, qui ont rendu la vie incommode à ces animaux. Parmi ces agents l’évaporation de l’eau vient se ranger en première ligne, comme l’observateur italien l’avait déjà reconnu. Au nombre des infusoires qui s’enkystent avec le plus de facilité en pareil cas, sont précisément les Amphileptus et nous avons vu que le Protée de Guanzati appartient à ce genre. A chaque instant on rencontre par hasard sous le microscope un Amphileptus occupé à continuer son kyste. Souvent ce kyste est à peine achevé, que l’animal en sort pour en construire immédiatement un nouveau, comme si sa première construction lui avait déplu. Les partisans des instincts aveugles devraient placer dans le sensorium de cet animalcule l’image d’un kyste, image qui ne le quitterait pas et qu’il s’efforcerait constamment de réaliser. — Inversément on le voit fréquemment sortir de son kyste pour y rentrer immédiatement, comme nous l’avons souvent vu chez des Amphileptus logés sur une famille d’Epistylis. Mais le fait même qu’on voit si fréquemment ces animaux occupés à s’enkyster s’explique probablement par les circonstances anormales dans lesquelles ils se trouvent en général sous le microscope, n’ayant qu’une très faible quantité d’eau à leur disposition. Une fois ainsi enkystés les infusoires paraissent pouvoir supporter parfaitement la dessication, être transportés au loin par les vents et ne revenir à la vie active que lorsque leur kyste vient à tomber dans l’eau. Nous avons souvent desséché des kystes de Vorticelles et de Kolpoda et toujours nous avons, au bout d’un certain temps, trouvé leurs habitants parfaitement vivants.

M. Stein* rapporte avoir trouvé de petites taches rouges sur des feuilles de bouleau

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