PROROCENTRUM
Ie Genre. - CERATIUM.
Les Ceratium sont des Péridiniens dont le corps est orné de prolongements en forme de cornes.
MM. Michaëlis et Ehrenberg attribuent à beaucoup d’espèces de ce genre la propriété de pouvoir luire pendant la nuit. Des expériences répétées sur ce sujet (surtout avec le C. tripos) ne nous ont conduits qu’à des résultats négatifs.
ESPÈCES
1° Ceratium cornutum.
Stn. Peridinium cornutum. Ehr. Inf., p. 233, PI. XXII, Fig. 17.
Ceratium Hirundinella. Duj. Inf., p. 377, PI • V, Fig. 2.
(Y. PI. XX, Fig. 1, 2.)
Diagnose. Corps comprimé, quadrilatéral, convexe sur le dos, concave sur le ventre. Moitié antérieure, portant deux cornes non recourbées en arrière ; moitié postérieure en portant une seule.
Cette espèce, de forme très-bizarre, a déjà été observée par différents auteurs, qui en ont donné des figures en général peu exactes. Les meilleures sont encore celles de M. Eh-
ET LES RIIIZOPOBES.
renberg. Longtemps nous avons cru d’une manière positive qu’elles ne possédaient qu’un seul flagellum. Cependant, à plusieurs reprises, nous avons conçu des doutes à cet égard, et M. Lieberkühn nous affirme qu’en effet le flagellum est double. Si ce fait devait se confirmer, le C. cornutum devrait former un genre à part. Dans tous les cas, l’un des fïagellums est fort long, dépassant le double de la longueur du corps; M. Ehrenberg ne lui accorde cependant que la moitié de la longueur de celui-ci , et
M. Dujardin ne le représente guère plus long. Il est, en effet, difficile de percevoir le
flagellum dans toute son étendue, parce qu’étant fort long et fort mince et s’agitant sans cesse dans l’eau, il ne se trouve jamais que partiellement au foyer du microscope. L’échancrure ventrale de la carapace est fort profonde et fort large : elle s’étend du bord antérieur jusque fort près de l’extrémité postérieure; aussi la lacune de la carapace est-elle à peu près aussi grande dans la moitié postérieure que dans la moitié antérieure. Le flagellum est implanté sur la face ventrale, tout près du bord droit de la carapace ; et si M. Dujardin dessine un fouet sur le dos, c’est une erreur manifeste.
Le corps de l’animal, vu de face, est un quadrilatère qu’on peut presque taxer de parallélogramme et dont trois angles sont prolongés en cornes. Le sommet du quatrième angle est formé par le point où passe le sillon transversal sur le côté droit. La plus longue des trois cornes est celte qui termine la moitié postérieure. Elle est fortement recourbée et tourne sa concavité du côté gauche. La seconde, qui est un peu plus courte, est en quelque sorte la continuation du bord droit au-delà du niveau du bord antérieur ; elle est inclinée et un peu recourbée vers la gauche. La troisième, enfin, est beaucoup plus courte et se comporte relativement au côté gauche de l’animal, comme la seconde relativement à son côté droit. M. Dujardin n’indique aucunement cette troisième corne dans ses figures, ce qui pourrait faire supposer qu’il a eu une autre espèce sous les yeux. Toutefois, comme il la mentionne dans sa description comme un tubercule oblique plus ou moins saillant, il n’est pas douteux que ses figures ne renferment une erreur à cet égard. Le sillon transversal forme une ligne sinueuse qui contourne le bord gauche à la base même de la troisième corne, c’est-àdire tout près du bord antérieur, puis descend obliquement sur le dos en formant deux sinuosités, dont la première tourne sa convexité vers l’avant, et la seconde vers l’arrière, et finit par atteindre le bord droit de l’animal à une distance moindre de la
corne postérieure que de la grande corne antérieure. De là, elle revient sur la face ventrale, où elle atteint le bord de l’échancrure opposé à celui où elle était partie. Les cils vibratiles sont implantés comme chez tous les vrais Péridiniens, sous le bord antérieur du sillon transversal et non le long des deux bords, comme l’indiquent les dessins de M. Ehrenberg.
Nous ne croyons pas qu’il soit possible de distinguer spécifiquement du C. cornutum un Ceratium observé par M. Bailey, à Grahamville, dans la Caroline du Sud, et désigné par ce savant sous le nom de Peridinium Carolinianum1 . La corne postérieure de ce Péridinien paraît être un peu plus longue que celle de la plupart des individus que nous avons observés jusqu’ici, mais ces appendices sont, chez les Péridiniens, sujets à de trop grandes variations pour qu’on puisse baser là-dessus une distinction d’espèce.
Le test est élégamment guilloché. A un fort grossissement sa structure se résout en une foule de petits champs polygonaux séparés les uns des autres par des intervalles plus élevés. — Le Ceratium cornutum est en général coloré d’un brun un peu verdâtre. Nous l’avons trouvé en abondance dans la mare comme sous le nom de Saupfuhl, près du Friederichshain, aux environs de Berlin.
3° Ceratium tripos. Nitsch. Beitrâge zur Infusorienkunde. 1 857 -
Syn. Peridinium tripos. Ehr. Inf. , p. 355, PL XXII, Fig. XVIII.
Peridinium macroceros. Ehr. Monatsber. d. Berl. Akad. 1840, p. 201.
Peridinium arcticum. Ehr. Monatsber, d. Berl. Akad.
Peridinium longipes. Bailey. Smilhs. Contr. to Knowledge. Nov. 1853, p. 12, Fig. 55.
(Y. PI. XIX, Fig. 1-4.)
Diagnose. Corps armé de trois longues cornes, dont deux portées par la moitié antérieure du corps se dirigent en avant pour se recourber bientôt en arrière, tandis que la troisième.
Cette espèce, qui fourmille dans la mer du Nord, présente des variétés de forme réellement innombrables. M. Ehrenberg distingue trois espèces : P. tripos , P. macroceros et P. arcticum, dont il n’a figuré que la première, et qui ne sont très-certainement que les trois principaux types de variation d’une seule et même espèce. Nous
1. Microscopical Observations made in South-Carolina, Georgia and Florida, by J. W. Bailey. — Smitbsonian Contributions to Knowledge. Déc. 1830, Plate 3, Fig. 4—5.
avons donné des figures de ces trois types principaux, auxquels on peut conserver les noms de M. Ehrenberg.
Var. a. Per. macroceros Ehr. (Y. PI. XIX, Fig. 1). Cette forme est caractérisée par la longueur et la minceur de ses cornes, ce qui lui donne un aspect d’une gracilité extrême. La corne droite se prolonge beaucoup plus en avant que la corne gauche, avant de se recourber en arrière. Elles divergent après s’être recourbées en arrière, et adoptent alors une direction presque rectiligne. Les trois cornes présentent à leur base des arêtes longitudinales anguleuses assez saillantes, qui sont nettement dentelées. Les deux cornes latérales sont en général aussi longues et souvent bien plus longues que la corne postérieure.
Var. p. Per. tripos Ehr. (PL XIX, Fig. 2). Cette forme est déjà beaucoup moins gracile que la précédente. Les cornes sont, en effet, un peu plus épaisses et beaucoup plus courtes. Les deux cornes latérales sont en particulier très-brèves, et, au lieu de diverger en ligne droite en arrière, elles sont, au contraire, courbées en arc, de manière à se rapprocher à leur extrémité. Les dentelures et les arêtes qui les portent sont en général moins marquées que chez la forme précédente.
Var. 7. Per. arcticum Ehr. (V. PL XIX, Fig. 3). Cette forme est la moins gracile des trois. Les cornes atteignent chez elle, surtout à leur base, une épaisseur énorme. Les dentelures sont devenues des épines extrêmement fortes. Les deux cornes latérales divergent à un très-haut degré.
Tels sont les trois types principaux; mais, entre eux, il est possible de trouver des myriades de formes intermédiaires. La longueur des cornes est des plus variables, et paraît même, chez le Cer. macroceros, être indéfinie. En effet, la partie de la carapace qui recouvre les extrémités des trois cornes est toujours chez lui très-délicate, incolore, et comme en voie de formation. L’angle sous lequel les deux cornes latérales s’éloignent de l’axe est extrêmement variable, suivant les individus. Chez les uns ces cornes affectent une direction à peu près parallèle à l’axe, chez d’autres, surtout chez la var. 7., elles sont à peu près perpendiculaires sur lui. La corne postérieure est en général rectiligne, mais il n’est pas rare de la trouver courbée du côté gauche; parfois, mais rarement, du côté droit.
Il ne faut cependant pas s’attendre à observer toutes les formes à la fois dans une
Kl
même localité. Les nombreuses variétés de cette espèce que nous avons rencontrées dans le fjord de Christiania, près de Valide, se rapprochaient en général du type du Cer. tripos. Aux environs de Bergen et de Glesnæsholm, sur la côte occidentale de Norwége, les formes voisines du type macroceros prédominaient de beaucoup. Enfin le type arcticum est, comme son nom l’indique, plus spécialement propre aux mers polaires. M. le Prof. Boeck, de Christiania, nous a communiqué plusieurs esquisses d’individus appartenant à cette forme et observés par lui près du Spitzberg. C’est d’après une de ces esquisses que nous donnons un dessin de ce type remarquable.
Afin de donner une idée de la variabilité de forme de cette espèce, nous avons mesuré les longueurs et les ouvertures d’angles les plus importants de divers Ceratium observés, le même jour, près de Glesnæsholm. Ces individus ont été choisis parmi des milliers d’exemplaires formant tous les passages possibles entre le type tripos et le type macroceros. Nous avons indiqué sur une figure au trait (PI. XIX, Fig. 1a) les lettres destinées à expliquer les lettres relatives aux longueurs collationnées dans le tableau suivant. Les majuscules A, B G, indiquent les sept indi-
vidus mesurés. La longueur ah est, dans chaque individu, prise pour moitié.
ah
ah
ad
ad1
dh
ai
(jk
Si nous
avions
; fait
entrer i
dans ce
tableau quelques formes
du type
arcticum, les
variations de chiffres auraient été encore bien autrement considérables.
Dans tous les cas, il est certain que les trois types sus-mentionnés ne peuvent aucunement être considérés comme spécifiquement distincts les uns des autres. Le Peridinium longipes de M. Bailey se rapproche, par son port gracile, du C. macroceros, mais sa corne postérieure est fortement recourbée, ce qui n’a pas lieu d’ordinaire dans la forme typique que nous avons décrite. M. Bailey dit que ses cornes sont
ciliées, mais ces prétendus cils ne sont évidemment que les dentelures, sans doute très-ellfîlées du têt. On doit donc conserver à ces formes le nom commun de Cer. tripos. Toutes les variétés de cette espèce ont la particularité que le sillon transversal change subitement de niveau pendant son parcours sur le dos. Il subit une dislocation comparable à celle que subissent les deux moitiés d’une couche géologique dans une faille. Cette dislocation est cependant plus ou moins saillante, suivant les individus.
La carapace, vue à un fort grossissement, présente une structure assez élégante (V. PL XIX, Fig. 4).
Jusqu’ici, nous n’avons vu cette espèce que dans l’eau de mer. Cependant, M. le docteur Pringsheim nous a affirmé l’avoir trouvée dans de l’eau douce, près de Berlin.
3° Ceratium Furca.
Syn. Peridinium Fuira. Ehr. Inf. , p. 258, PI. XXII, Fig. XXI.
Pcridinium lineatum. Ehr. Monatsber. d. BexI. Akad. 18M4-. p. 2ô8.
(Y. PL XIX, Fig. 5.)
Diagnose. Corps armé de trois longues cornes, dont deux plus courtes portées par la moitié antérieure du corps et dirigées en avant, et une troisième plus longue et située à l’extrémité postérieure.
M. Ehrenberg a déjà représenté correctement cette espèce, dans son grand ouvrage, en indiquant, comme cela est en effet toujours, que la corne antérieure droite est plus longue que la gauche. Plus tard, il a décrit, sous le nom de Per. lineatum , une forme tirée de la mer, près de Terre-Neuve, forme qui ne doit se distinguer du Cerat. Furca que par sa taille un peu plus pet'te et par les lignes longitudinales ponctuées de sa carapace. Comparant la ligure que l’auteur donne de cette prétendue espèce, dans sa Microgéologie, avec des individus vivants du Ceratium Furca, nous ne pouvons nous résoudre à admettre une différence spécifique entre les deux formes. En effet, tous les Ceratium Furca (espèce très-abondante dans la mer du Nord) présentent la structure de la carapace, que M. Ehrenberg considère comme propre au Per. lineatum, et si la figure du Cer. Furca , que ce savant a publiée dans son ouvrage sur les Infusoires, n’indique pas cette structure, c’est que M. Ehrenberg ne l’avait pas encore reconnue en 1838.
Chez cette espèce, comme du reste aussi chez la précédente et chez plusieurs au-
très, le flagellum s’agite souvent dans l’eau, de manière à décrire une espèce de cône, dont le sommet est au point d’insertion. Le mouvement étant fort rapide, on croit par suite voir deux flagellums divergents, ce qui n’est dans le fait qu’une illusion d’optique produite par les deux génératrices du cône qui se trouvent dans le plan focal.
M. Werneck1 rapporte avoir trouvé le Cer. Furca dans de l’eau douce, près de Salzburg (Salzkammergut). Nous ne l’avons jamais trouvé que dans la mer (Valloe, Christiansand, Bergen, Gleswær).
4° Ceratium Fusus.
Syn. Peridinium Fusus. Elir. Inf., p. 256, PI. XXII, Fig. XX.
(V. PI. XIX, Fig. 7.)
Diagnose. Ceratium à deux cornes fort longues, dirigées l’une en avant, -l’autre en arrière.
Ce Ceratium a dans le fond trois cornes, comme les deux espèces précédentes, mais l’une est si petite qu’on ne l’a pas aperçue jusqu’ici. L’échancrure ventrale de la carapace est très-étroite, bien que profonde, et c’est la corne placée sur son bord droit qui est développée à un si haut degré. La corne gauche est comme atrophiée ; souvent elle est réduite à l’état d’un simple mammelon ; mais, souvent aussi, elle est développée en une épine peu longue, trois ou quatre fois aussi haute que large. Le flagellum prend naissance, comme chez toutes les espèces, sur le bord droit de l’échancrure. La carapace présente une structure analogue à celle que nous avons décrite chez le Ceratium Fusus. Les cornes sont en général recourbées en arrière.
Observé à Valloe, dans le fjord de Christiania.
5° Ceratium biceps. (V. PL XIX, Fig. 8.)
Diagnose. Ceratium à trois cornes longues, dont deux dirigées en avant et comme accollées l’une à l’autre.
Cette espèce rappelle le Ceratium Furca, mais s’en distingue facilement par le rapprochement excessif des deux cornes antérieures l’une de l’autre. La corne droite