Grünsand
2. Nous ne voulons pas combattre ici les arguments par lesquels M. Ehrenberg a voulu justifier le rapprochement des polythalames et des bryozoaires. Ces arguments ont été déjà suffisamment réfutés par M. Williamson (On the structure of the shell and soft animal of Polystomella crispa ; with some remarks on lhe zoological position of the foraminifera, by W. C. Williamson of Manchester. Transact. of the micr. Soc. Vol. II, 1849, p. 159).
formes qu’elles émettent. Lorsque ces expansions, ou pseudopodes, se rencontrent, elles se fondent ensemble, comme M. Dujardin a été le premier à le constater, et comme M. Max Schultze l’a développé plus en détail. M. Ehrenberg s’élève, il est vrai, vivement contre cette manière de voir. Les expansions ne peuvent pas, suivant lui, se fondre de manière à n’en former plus qu’une seule, mais elles s’entortillent les unes dans les autres, se comprimant mutuellement si bien, qu’on ne peut plus reconnaître les lignes de démarcation qui les séparent. Cette opinion est, a priori, bien plus séduisante, bien plus en harmonie avec toutes nos idées physiologiques, que celle qu’on lui oppose. Cependant, nous sommes obligés de céder devant l’évidence des faits. Une observation scrupuleuse des pseudopodes des polythalames enseigne jusqu’à l’évidence que ces organes sont bien réellement doués des propriétés singulières qui leur sont attribuées par l’école Dujardin-Schultze. Les granules qu’on voit circuler dans ces expansions passent au point de fusion de l’une dans l’autre avec la plus grande facilité, ce qui ne pourrait avoir lieu si ces expansions étaient simplement enchevêtrées les unes dans les autres. La même chose a lieu dans les pseudopodes des Gromia, des Lieberkuehnia, etc.
Les Amœba, les Difhugies, les Arcelles, se comportent d’une manière bien différente, si du moins nous ne comprenons dans le genre Amœba qu’une partie de celles qui ont été décrites sous ce nom, si nous en excluons par exemple l’ Amœba porrecta Schultze. Ces animaux n’émettent pas un grand nombre d’expansions effilées, excessivement fines comme les Polythalames ou les Gromies, mais des pseudopodes relativement larges, épais, arrondis à l’extrémité, ou terminés en pointe mousse, et ne présentant pas la circulation de granules si caractéristique des polythalames. Jamais nous n’avons vu les expansions des Amœba, des Arcelles ou des Difhugies se souder les unes avec les autres. Ce caractère essentiel des Polythalames et des Gromies paraît leur être complètement étranger. Une seule fois nous avons rencontré une Arcella vulgaris présentant deux expansions unies en une seule à leur extrémité. Mais nous n’avons pas vu que ces deux expansions eussent été précédemment séparées l’une de l’autre dans toute leur étendue, et cette séparation ne s’effectua pas non plus pendant que nous observâmes l’animal. Il est donc fort possible que nous ayons simplement eu affaire à une monstruosité.
ET LES RIIIZOPODES.
Les Rhizopodes que M. Ehrenberg a classés parmi ses Polygastriques offrent certainement une affinité bien plus grande avec les infusoires que les autres. Soit les Arcelles, soit les Dilllugies, soit les Amœba, paraissent être tous munis d’une ou de plusieurs vésicules contractiles et d’un ou plusieurs organes identiques à ce qu’on est convenu d’appeler le nucléus des infusoires. Or, jusqu’ici ces organes-là n’ont été trouvés ni chez les Polythalames, ni chez les Polycystines1, qui, elles aussi, doivent être maintenant considérées comme des Rhizopodes. Cette circonstance, jointe à la différence dans la manière dont se comportent les expansions, pourrait déjà justifier la séparation des rhizopodes amœbéens du reste de ce groupe.
Mais il y a plus. R est fort probable que toutes les Polythalames, lesGromies, les Lieberkuehnies, etc., sont douées sans exception delà faculté de prendre de la nourriture à une place quelconque de leur corps, ou du moins à toute place d’où naissent des pseudopodes. C’est un fait constaté par la plupart des observateurs que les polythalames, par exemple, enveloppent de leurs expansions des objets étrangers, tels que des diatomées ou des infusoires. Les expansions qui ont contribué à la capture de la proie se soudent les unes aux autres, et l’objet étranger, quel qu’il soit, se trouve emprisonné dans un amas de substance glaireuse. Nous ne savons pas positivement ce qu’il advient alors de lui. R se peut que dans certains cas il soit amené jusque dans l’intérieur de la coquille, puisque nous savons par MM. Ehrenberg et Williamson 2 qu’on trouve parfois des diatomées dans l’intérieur des chambres des polythalames, et M. Schultze a observé lui-même comment des diatomées enveloppées par les bras des polythalames sont attirées dans l’ouverture de la coquille3 ; il se peut aussi que lorsque les objets sont trop gros pour pouvoir être introduits dans l’intérieur de la coquille, ils soient digérés parles expansions elles-mêmes. M. Williamson 4 émet déjà l’opinion que les pseudopodes des Polystomella servent à l’absorption de la nourriture, et cette opinion semble plus probable que celle de M. William Clark5, qui veut en faire des or-
1. Max Schultze décrit cependant des corps comparables aux nucléus des infusoires, chez les Groniies et chez une Ovuline. (V. Schultze, iiber den Organismes der Polythalamien (Foraminiferen) nebst BemerKungen überdie Rhizopoden ira Allgemcinen, p. 22. Leipzig, 1851.)