‹ Études sur les infusoires et les rhizopodes;Chapitre 158 sur 210 · DES DIVERS ÉTATS DES PÉRIDINIENS ET DE · texte numérisé non relu

DES DIVERS ÉTATS DES PÉRIDINIENS ET DE

LEURS RYSTES :.

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Les Péridiniens sont des êtres de nature un peu douteuse. M. Leuckart les à relégués parmi les plantes, mais sa manière de voir ne paraît pas avoir trouvé grand écho jusqu'ici. Dans le fait on ne connaît encore rien dans la construction organographique de ces êtres qui fasse pencher la balance d’une manière positive, ni en faveur de leur animalité, ni en faveur de leur végétalité. Leurs organes locomoteurs, à savoir leur ceinture ciliaire et leur flagellum, trouvent des analogies aussi bien dans le règne végélal que dans le règne animal. Nul n’a su jusqu’à l'heure qu'il est reconnaitre dans leur intérieur la présence d’une vésicule contractile.

Toutefois nous avons fait sur divers Péridiniens de la côte Norwège (Ceratium Fusus, Ceratium Tripos et Ceratium Furca), queïques observations qui semblent rendre probable l'existence d’une ouverture buccale chez ces animaux, ce qui trancherait la question en faveur de l’animalité *.

4. Ce chapitre a été envoyé en supplément à l'Académie des sciences de Paris au printemps de l'année 1837. Nous l'intercalons ici. (Note de 1860).

2. Depuis lors nous avons eu l'occasion de développer ailleurs ce point important. Nous renvoyons donc pour de plus amples détails à la 1re partie de ces Études, Tome Ier, p, 592, (Note de 1860).

Il n’y a eu jusqu'ici qu'un petit nombre de Péridiniens décrits. Les eaux de la mer paraissent cependant en renfermer un grand nombre. Du reste, soit les espèces, soit les genres,n'ont été fixés que d’une manière insuflisante. M. Ehrenberg, parexemple, a distingué le genre Glenodinium du genre Peridinium par l'existence d’un œil chez le premier et son absence chez le second. Mais cet œil prétendu n’est qu'une gontte d'huile colorée, dont la position, la forme et la grosseur varient d’un individu à l’autre, comme on peuts’en assurer en comparant entre elles les figures 3, 4, 6, 9, 13, 14, 16 et 18 de notre planche XHT. Parfois un seul et même individu présente plusieurs de ces taches (fig. 5 et 17). La même espèce peut, tantôt être munie de l’œil prétendu (fig. 3). tantôt en être dépourvue (fig. 4 et 2) ”.

Une circonstance qui rend la détermination des Péridiniens fort difficile, c'est l'abondance des formes nues, c’est-à-dire privées de cuirasse. Il est fort probable, en effet, qu'il ne faut par voir dans ces Péridiniens nus des espèces particulières. Ce ne sont sans doute que des états particuliers de Péridiniens cuirassés. Ces formes nues se rencontrent, soit dans les eaux douces (fig. 5), soit dans la mer (fig. 21). Elles sont, du reste, munies comme les autres de ci's vibratiles et d'un flagellum.

En outre, on trouve une foule de Péridiniens à l'état de repos. [ls ont perdu leur flagellum et leur ceinture ciliaire, et ne sont plus susceptibles d'aucun mouvement. Ces Péridiniens à l’état de repos peuvent se présenter sous trois formes : les uns sont encore revêtus de leur euirasse habituelle, d’autres sont nus; d’autres enfin sont enfermés dans un kyste particulier.

Paifois le Péridinien à l’état de repos ne se distingue du Péridinien mobile que par l'absence des cils et du flagellum; la forme de l'animal est restée la même; le sillon transversal est là comme naguères. Nous avons représenté dans la figure 6 de la planche XII, un Péridinium sous cette forme. Nous ne savons malheureusement le rapporter avec certitude à aucune des espèces décrites. Il a été trouvé dans un étang du pare (Thiergarten) de Berlin. Les figures 7, 8 et 9 représentent le Peridinium cinclum nob. (Gle-

nodinium cinctum Ehr.); les figures 7 et 8 n’ont pas le soi-disant œil et devraient, même

4. Nous avons vu ailleurs, qu'il est par suite fort probable que l'espèce décrite par M. Ehrenberg sons le nom de Peridinium cinctum n’est pas autre chose qu'un Glenodinium tabulatum sans tache rouge. (Note de 1860.)

ET LES RHIZOPODES. 71 d’après M. Ehrenberg, rentrer dans le genre Peridinium) à l’état de repos et conservant encore sa forme habituelle. Dans la figure 8 on voit tomber les deux moitiés de la cuirasse, entre lesquelles le Péridinien reste nu et immobile. — Dans d’autres cas, le Péridinien se contracte en boule dans l’intérieur de la cuirasse et ne laisse plus rien reconnaitre du sillon circulaire. C’est ce qu’on voit fréquemment chez le Peridinium tabulatum (Glenodinium tab. Ehr.) (fig. 2 et 3) et chez beaucoup d'autres espèces. La figure 24 de la planche XHT représente cet état chez un Peridicium marin de la côte de Norwège, qu'il faut sans doute rapporter au Ceratium divergens (Peridinium Ehr.). (La fig. 23 représente cette même espèce à l'état mobile; les figures 2% et 25 indiquent les détails du têt.)

Il est toujours possible de déterminer les Péridiniens immobiles, tant qu’ils sont renfermés dans leur cuirasse, mais dès que celle-ci vient à disparaitre, la détermination devient impossible. Les figures 40 et 11 représentent des Péridiniens nus et immobiles des eaux douces des environs de Berlin, que nous ne saurions pas rapporter à une espèce plutôt qu’à une autre. Il est très-fiéquent de trouver le Peridi. ium cinctum (Glenodinium Ehr.) coiffé encore d’une des moitiés de son têt (fig. 8), ce qui permet encore de le reconnaitre.

ne nous est pas possible de dire d’une manière positive ce qu'il advient des Péridiniens une fois qu’ils ont perdu leurs organes locomoteurs et rejeté leur cuirasse. Il est cependant probable qu'ils ne tardent pas à s’envelopper d’une membrane particulière. On retrouve en effet ces mêmes Péridiniens dans des kystes fort singuliers. — Les premiers kystes que nous observämes furent pêchés dans la mer du Nord, près de Bergen en Norwège. Ils avaient la forme d'un croissant incolore et transparent et renfermaient un seul gros Péridinien privé de flagellum et de ceinture ciliée (fig. 19). Au premier abord, cette trouvaille nous sembla-de signification un peu problématique. En effet, il était bien diflicile de se représenter comment le Péridinien était venu se loger dans une pareille demeure, et comment il avait pu former ce kyste", muni de deux prolongements tubuleux, recourbés et complètement vides. Bientôt nous trouvämes des kystes tout semblables qui ne renfermaient plus un seul gros individu, mais un grand nombre

de pelits (fig. 20). Il paraissait probable qu'une division spontanée de l'habitant du

1. La forme du kyste rappelle tout à fait celle d'un Closterium Lunula Elr.

kyste avait eu lieu dans ce cas-ci. De retour à Berlin, nous dirigeèmes notre attention sur les Péridiniens d’eau douce, et nous ne tardämes pas à trouver en assez grande abondance des kystes qui rappelaient tout à fait ceux de la mer du Nord. Ils avaient plus ou moins la forme d'un croissant (fig. 15 et 16), et renfermaient chacun un gros Péridinien de forme un peu allongée et recourbée. Les uns possédaient une tache rousse ou même plusieurs; les autres en étaient dépourvus. Les deux extrémités du kyste se terminaient en pointes assez aiguë. Ga et là se trouvaient des kystes dans lesquels il n’était plus possible de reconnaître le Péridinien (fig. 17 et 48) : le kyste entier était rempli par une matière granuleuse, renfermant une ou plusieurs gouttelettes d'huile colorée.

Il paraissait toujours difficile de se rendre compte de la manière dont les Péridiniens forment leurs kystes. Cependant nous ne tardämes pas'à trouver quelques formes intermédiaires qui semblent fournir quelques renseignements à cet égard. On rencontre en effet des Péridiniens enfermés dans une enveloppe membraneuse qui se moule parfaitement sur la surface de l'animal, montrant parfois encore un sillon transversal comme celui de la cuirasse primitive (fig. 4 et 9), mais qui est parfois aussi parfaitement lisse, sans dépression ni sillon aucun (fig. 12). D’autres individus ont pris une forme plus allongée, et le kyste, qui se moule sur eux, s’allonge en proportion (fig. 13). Enfin nous avons rencontré quelques individus dont l’une des moitiés était prolongée en pointe un peu recourbée (fig. 14). La membrane d’enveloppe avait pris la même forme, et il n’était pas difficile de reconnaître dans cette pointe l’une des extrémités du croissant formé par le kyste définitif. I est probable que lorsque l’une des extrémités du croissant est formée, l’autre moitié du Peridinium s’allonge également et se recourbe en pointe pour former la seconde ; après quoi l’animal revient à la forme première. — Ces changements de forme n’ont en tous cas lieu que d’une manière excessivement lente, de sorte que les Péridiniens paraissent toujours jouir du repos le plus absolu dans leurs kystes.

Le kyste de la figure 20, trouvé dans la mer du Nord, semble indiquer que dans certains cas l’enkystement des Péridiniens a pour but la reproduction par division, ou tout au moins que leur multiplication par division a parfois lieu dans l'intérieur des

kystes. Nous n’osons cependant point prétendre que le phénomène de la formation du

ET LES RHIZOPODES. 73 kyste ait toujours pour but la multiplication de l'espèce. En effet nous n'avons pas encore été assez heureux pour trouver dans les eaux douces des kystes analogues à celui de la figure 20. Il est certain, dans tous les cas, que la division spontanée des Péridiniens n’exige point forcément la formation d’un kyste. M. Ehrenberg a déjà observé un cas de division spontanée chez son Peridinium Pulvisculus. Nous avons nousmêmes rencontré plusieurs fois des Péridiniens occupés à se diviser longitudinalement. La fig. 22 représente un petit Péridinien marin dans ce cas-là. Toutefois, nous n’avons Jamais vu cette division se manifester que chez des individus sans cuirasse et de taille

fort petite.

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