Abhandlungen der Akademie, p
ET LES RHIZOPODES. 79 organes sexuels des infusoires. La croyance aux théories de M. Ehrenberg, à ses ovaires, ses vésicules spermatiques, déjà ébranlée par lui, fut complètement renversée par d’autres, comme MM. de Siebold, Keælliker, Cohn, Stein, et aujourd'hui M. Ehrenberg reste sur la scène à peu près seul représentant de ses idées. Nous croyons done inutile de les combattre plus au long, car nous ne ferions que reproduire les arguments des savants que nous venons de nommer. La théorie de la reproduction, telle que M. Ehrenberg l’a esquissée, appartient complètement au passé. Ce n’est qu’un chapitre intéressant de l’histoire.
En procédant par ordre chronologique, nous arrivons maintenant à M. Nicolet, qui a étudié le développement d’un Rhizopode, une Actinophrys". Suivant cet observateur, les Actinophrys se reproduisent, soit par scissiparité, soit par œufs. Les œufs sont au nombre de 50 ou 60, et paraissent être pondus par une décomposition subite de l’animal. L’Actinophrys, au moment de l’éclosion, se présente sous une forme bien différente de celle de l'animal-mère. C’est l'Halteria grandinella Duj. *. Elle reste sous cette forme jusqu'à ce qu’elle ait atteint un certain volume ; alors ses cils locomoteurs s’affaissent et s’accollent à la surface inférieure de son corps. Ses rayons se projettent dans tous les sens en ligne droite, et l’Actinophrys est formée.
Tel serait le premier exemple du développement d’un Rhizopode, et la chose mériterait d’être examinée de près. Toutefois la suite de la description ouvre une porte à la méfiance dans l’esprit de l’observateur. L’Actinophrys qui engendre des Haltéries naît, selon M. Nicolet, de germes déposés ou prééæistants (?) dans le Rotator (Rotifer ?) inflatus, et se développant à la mort de celui-ci. Le cadavre se remplit de granules et prend un aspect mamelonné. Chaque mamelon se transforme plus tard en une épine. Si l’on ouvre alors le corps du rotateur, on reconnait que chaque mamelon s’est dévèloppé en un tube aveugle irrégulier, affectant diverses formes. Bientôt l'extrémité de ces épines s'ouvre pour donner passage à la matière qu’elles renferment. Celle-ci forme
sur chacune de ces épines un corps globuleux, doué de mouvement, et par conséquent
1. Comptes-rendus de l'Académie des Sciences de Paris, p. 114. — 1848. 2. Cette malheureuse Halleria Grandinella, dont on à donné jusqu'ici de si mauvaises figures qu'il n'est guères possible de la reconnaître, semble ne pouvoir réussir à légitimer son indépendance spécifique. Nous verrons que
M. Stein a voulu la faire naître d’une Podophrya.
de vie, auquel 1] pousse des cils locomoteurs* C’est encore une Halteria qui s’en va en sautant et qui, ayant déjà tout son accroissement, se transforme presque immédiatement en Actinophrys. Quelquefois, par une cause inconnue à M. Nicolet, la transformation de l’Halteria en Actinophrys s'opère avant même que l'animal se soit détaché du cadavre, et si l’épine est simple et qu'elle ne porte qu'un seul animal, celui-ci prend le nom d’Actinophrys pedicillata Müll. ?. Quand l’épine est ramifiée et que plusieurs Actinophrys y restent attachées, l'ensemble devient le genre Dendrosoma Ehr. — Nous remarquerons en passant que le développement d’une Actinophrys qui sort d’un œuf dure, d’après M. Nicolet, plusieurs jours. On pourrait presque regretter que cet auteur ne nous ait pas indiqué par quel moyen il a cherché à se mettre à l’abri des erreurs durant ce laps de temps. Nous croyons que ces observations n’ont pas besoin d’être commentées.
Comme M. Nicolet, M. Pouchet* a adopté l’idée de la sexualité des infusoires. Reconnaissant pourtant l'impossibilité de voir dans une vésicule régulièrement contractile une vésicule spermatique, il en a fait avec raison le centre du système circulatoire. I a cru constater, durant ses études sur les animalcules des infusions, que quelquesuns de ceux-ci sortent de l’œuf en offrant déjà la forme qu'ils auront plus tard, ainsi les Kerona (Oxytrichiens) et les Vorticelles; que d'autres au contraire, comme les Kolpodes et les Dileptes doivent, durant leur développement, subir des métamorphoses tellement considérables, qu’on a fait souvent rentrer la forme jeune et la forme adulte dans deux genres différents. C’est ainsi que le Glaucoma scintillans ne serait qu’une phase fœtale ou état imparfait du Ko/poda Cucullus Müll.
Les œufs des Vorticelles ont, d’après M. Pouchet, un diamètre de Omm,0% (sie). Cet observateur prétend avoir constaté une rotation du vitellus comme chez un mollusque.
Il reconnaît l’évolution du fœtus à la formation de la vésicule contractile, l'appareil
1. Il est à peine douteux pour nous que cette partie de l'histoire du développement des Actinophrys soit basée sur l'observation de la germination d’un Chytridium dans l’intérieur d’un Rotateur. Les prétendues Haltéries, seraient alors les zoogonidies du Chytridium. (Note de 1860).
2. L’Actinophrys pedicillata Müll. est une Podophrya (P. fixva Ehr.), qui n’a rien de commun avec les Actinophrys.
3. Comptes-rendus de l’Académie des Sciences, 1849. Note sur le développement et l’organisation des infu-
soires.
ET LES RHIZOPODES. 81 cardiaque ce punctum saliens de tout embryon. Lorsque l'embryon a atteint son développement complet, son mouvement de rotation fait place à des contractions du corps entier du jeune animal, lequel cherche à briser la coquille de l'œuf.
Il est facile de se rendre compte de ce qu'a vu M. Pouchet. Il ne s’est pas inquiété de ce que ces œufs étaient aussi gros que les Vorticelles elles-mêmes. Ce sont tout simplement des kystes que M. Pouchet a pris un peu à la légère pour des œufs. Du reste on ne peut s'empêcher de nourrir quelque méfiance à l'égard des observations de M. Pouchet, lorsqu'on le voit décrire chez les Vorticelles un appareil respiratoire particulier, dont les fonctions avaient jusqu'alors échappé à tous les observateurs. Get appareil n’est en effet pas autre chose que le vestibule, la bouche et l’æsophage de la Vorticelle. On voit des cils s’agiter dans son intérieur, et c’est là, pense M. Pouchet, ce qui a conduit quelques observateurs à hasarder l’idée de la formation de vacuoles dans le corps de ces animaux. — Nous ne savons trop laquelle des deux opinions est la plus hasardée.
En outre de la reproduction par division spontanée et par gemmation, il existe, tout au moins chez certains infusoires, une production d’embryons internes, plus ou moins semblables à Panimal parent. Un certain nombre d’exemples de ce mode de reproduction ont été décrits jusqu’à ce jour, dont plusieurs toutefois ont passé inaperçus. Le premier qui ait découvert ce fait important, est M. de Siebold, dont les observations ont porté sur l’un des infusoires ciliés parasites de l’intestin de la grenouille. Ces observations remontent à l’année 1835, où elles furent insérées en passant au milieu d’un travail helminthologique. Elles se trouvaient là en compagnie des intéressantes découvertes que M de Siebold venait de faire au sujet de la reproduction du Wonostomum mutabile. Mais tandis que ces dernières faisaient leur chemin par le monde et agitaient les hautes sphères de la science, les autres passaient inaperçues comme un fait sans importance et dormaient oubliées de chacun, même de M. de Siebold, à ce qu'il parait.
Vu leur importance, soit intrinsèque, soit historique, nous citerons les paroles mêmes de M. de Siebold * :
4. Th. v. Siebold : Helminthologische Beitrage, — Wiegmann’s Archiv für Naturgeschichte, L. Bd. 1855, p. 75 — C'est M Lieberküln qui le premier atira notre attention sur ce passage,
« Je ne puis, dit-il, passer sous silence le fait que j'ai déjà fort souvent, en particulier au printemps, trouvé dans le canal alimentaire des grenouilles une grande quantité d'animaux microscopiques que je ne puis pas considérer autrement que comme des animaux polygastriques. Un tel infusoire, doué d’une teinte gris-clair, se trouve dans le cloaque de la Rana temporaria en quantité inouïe. Un autre, qui appartient à une autre espèce ‘, et dont la couleur est blanche, se trouve dans le même organe. On rencontre également des animalcules semblables dans l'intestin. Tous sont couverts de cils qui vibrent avec vivacité. Dans le corps de l’une des espèces, je vis de la manière la plus certaine plusieurs taches transparentes (des estomacs vides *), et dans l'extrémité caudale une cavité diaphane (utérus) dans laquelle un grand nombre de jeunes individus s’agitaient très-vivement. Je vis plusieurs de ces derniers quitter cette résidence pour nager avec agilité dans l’eau comme leurs mères *. »
M. de Siebold laissa là cette intéressante observation. Il n’a pas approfondi la manière dont ces embryons s’élaient formés, et paraît même avoir complètement perdu de vue cette découverte qu'il ne mentionne pas dans son traité d’Anatomie comparée. L’honneur lui en reste cependant tout entier, dût-il rester avéré qu’il a admis autrefois l’utérus de M. Ehrenberg. Ce n’est du reste là qu’une question de termes peu importante. Si la cavité dans laquelle les embryons se développent n’est pas un utérus proprement dit, elle en joue, jusqu'à un certain point, le rôle.
Une seconde observation de ce genre, mais très-imparfaite, est due à MM .Eckhard *
et Oscar Schmidt ®. Nous aurons l’occasion d'en reparler à propos des Stentor.
1. On sait en effet qu'on trouve dans le cloaque et l'intestin des grenouilles des infusoires appartenant à des genres fort divers
2. Les parenthèses et leur contenu appartiennent à M. de Siebold lui-mème.
3. Il est intéressant, au point de vue de l’histoire de la zoologie, de constater que M. Siebold était, à celte époque, si bien imbu des idées de M. Ehrenberg, qu'il se pose la question si ces infusoires ne pourraient pas être de jeunes Trématodes semblables à la grande nourrice du Monostomum mulabile, et qu'à cette question il répond que « la structure, bien plus parfaite de ces animaux (les infusoires), qui sont munis d'organes digestifs et générateurs, permettront à tout observateur attentif de les distinguer de jeunes helminthes. » On se serait peu douté alors que M. de Siebold serait un de ceux qui contribueraient le plus à renverser les théories de M. Ehrenberg, et qu'il finirait par considérer les infusoires comme de simples cellules.
4. Eckhard : Die Organisationsverhältnisse der polygastrischen {nfusorien — Erichson’s Archiv f Naturgescht. 1847.
5. O0. Schmidt : Einige neue Beobachtungen über die Infusorien. — Schleiden und Froriep’s neue Notizen aus
dem Gcbiete der Natur- und Heïlkunde 1849.
Puis vint M. Focke, qui découvrit les embryons du Paramecium Bursaria Focke (Loxodes Bursaria Ebr.), observation qui fut répétée plus tard par M. Cohn* et par M. Stein *. C’est à ce dernier que nous devons les découvertes les plus intéressantes et les plus nombreuses sur le domaine du développement des infusoires. Il nous a fait surtout connaître les embryons d’une foule d’Acinétiniens. Nous passons rapidement sur ces découvertes, parce que nous aurons l’occasion d’y revenir, avec beaucoup de détails, lorsque nous traiterons du développement de ces différents groupes en particulier.
Quelques mots seulement en passant sur la reproduction du Chilodon Cucullulus, afin de ne pas être obligé de revenir ailleurs sur ce sujet. M. Stein * a observé l'enkystement de cet infusoire. Le but de cet enkystement est, suivant lui, la production d’embryons. On voit bientôt dans l’intérieur du Chilodon enkysté un corps recouvert de cils sétiformes, à surface évidemment striée. Ce corps s’agite autour de son axe, et il n'est pas possible d'y voir autre chose qu’un embryon. M. Stein n’a pas observé directement son expulsion au dehors de la cavité du parent. Il l’a toujours fait sortir artificiellement par pression, et il lui a reconnu la forme d’un infusoire qu’il croit être le Cyclidium Glaucoma Ehr. ou Enchelus nodulosa Duj. Lorsque cet embryon a atteint le développement voulu, il perce les parois du corps de la mère et les parois assez peu résistantes du kystes pour passer à l’état de liberté. Puis l’ouverture se referme, soit dans le kyste, soit dans le parenchyme du parent. M. Stein pense qu’un second embryon se forme alors, et ainsi de suite, jusqu’à l’extinction totale de la substance du Chilodon prolifique. Parfois le Chilodon sort de son kyste par l'ouverture qui a servi au passage de l'embryon, ou même il le quitte avant la sortie de l’embryon pour reprendre sa vie errante. La manière dont M. Stein décrit les mouvements de l'embryon de même que sa forme, coïncide parfaitement avec le Cyclidium Glaucona, qui ne serait point alors
une forme indépendante, mais simplement une phase embryonnaire du Chilodon Cueul-
lulus®.
\ 1. Amtlicher Bericht der Naturforscherversammlung zu Bremen, p. 143. 2. Zeitschrift f. wiss. Zoologie. LE. Bd. p. 277. 3. Die Infusionsthierchen auf ihre Entwicklung untersucht. Leipzig, 1834, p. 258. 4. Die lnfusionsthierchen, etc. Heterogonie des Chilodon Cucullulus, p. 126-138.
B. Il y a toutefois à objecter à cette manière de voir qu'on trouve très-souvent des eaux renfermant des myriades
M. Cohn ‘ enfin a observé dans un animal qu'il considère comme l'Urostyla grandis Ehr. * la formation de globules particuliers assez nombreux. Ayant écrasé un animal de cette espèce, il vit la plus grande partie de ces globules rester immobiles, mais d’autres se munirent de cils, et l’un d'eux s’écarta à la nage.
Il conviendra peut-être, en terminant ce chapitre, de dire quelques mots de la théorie de M. Perty sur la reproduction des infusoires. Ce savant croit avoir reconnu chez les infusoires ciliés une certaine classe de vésicules ou de corpuscules qui servent à la reproduction. Ce seraient là des germes comparables aux spores des végétaux inférieurs. M. Perty leur donne le nom de blasties. Il reconnaît ces blasties à ce qu'elles se présentent comme des corps indépendants lorsqu'on écrase l'animal ou que celui-ci se décompose *. Îl avoue n'avoir jamais vu trace de mouvement dans aucun de ces corps. — Chacun reconnaîtra que c’est là une manière de voir des plus hasardées, et tout aussi peu justifiée que l'admission des ovaires et des testicules de la théorie de M. Ehrenberg. En effet, toute substance douée d’nn certain degré de consistance, et susceptible de se présenter sous la forme d’un corps à contours nets au moment de la dissolution de l’infusoire, pourrait passer pour une blastie. Lorsque nous entrerons dans une description plus exacte de la formation des embryons internes, il pourra sembler au premier abord que M. Perty ait entrevu la vérité; mais il l'a plutôt pressentie qu'entrevue. II comprenait, comme beaucoup d’autres, que les infusoires devaient posséder un mode de reproduction autre que la division spontanée : c’est ce qui l’a conduit à sa théorie. A notre avis, on ne peut reconnaître un embryon, une blastie, pour parler le langage de M. Perty, qu’à des manifestations vitales, comme la présence d’un vésicule contractile, ou de l’ondulation de «ils vibratiles. Tout jugement qui ne repose pas sur de pareilles
bases est pour le moins prématuré.
de Cyclidium Glaucoma, et pas un seul Chilodon. De plus, M. Stein n’a point reconnu de bouche chez son prétendu Cyclidium. Or, les soies buccales étant précisément les caractères distinetifs du genre Cyclidium, nous croyons qu’il est fort permis de douter que les embryons en question soient réellement identiques avec le Cyclidium Glaucoma (Note de 1860).