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Ce n’est que dans ces dernières années qu'on a constaté ce mode de propagation, lequel, si l’on n’a pas encore le droit de le qualifier de sexuel, paraît cependant devoir être considéré comme le mode de reproduction essentiel, par opposition à la fissip:rité et à la gemmiparité, qui ne sont que des modes de reproduction plus ou moins végétatifs.
Chacun sentait dès longtemps qu'il est à supposer que les infusoires possèdent une autre manière de se reproduire qu'une multiphieation toute végétative, aussi ne manquait-on pas de chercher chez eux, soit des œufs, soit des germes quelconques. Gleichen ‘ croyait déjà avoir reconnu quelque chose de semblable chez les Vorticelles. A une époque plus récente, M. Ehrenberg croyait devoir considérer comme des œufs différents granules colorés qu'il voyait se former chez certains infusoires, et dont la grosseur lui semblait répondre assez exactement à celle des plus petits individus appartenant à ces espèces. M. Perty, guidé par de semblables instincts, imagina sa théorie des lasties, sortes de germes auxquels il ne veut pas donner le nom d'œufs, parce qu'il est décidé, 4 priori, à ne voir chez les imfusoires qu'une constitution trop
imparfaite pour pouvoir rendre une différenciation sexuelle possible chez eux. Ces
1. Gleichen : Abhandlung über die Samen- und {nfusionsthierchen. Nürnberg, 1778, p. 153.
ET LES RHIZOPODES. 253 différentes théories étaient justifiables aussi longtemps qu'on ne savait rien de positif sur la formation d’embryons chez les infusoires, mais aajourd'hui que nous connaissons cette formation chez un certain nombre de familles, ces théories perdent toute espèce de valeur et doivent rentrer dans l’ombre.
Nous avons déjà dit que la première observation ‘ faite sur la formation d’embryons chez un infusoire, passa complétement inaperçue. En revanche, celle de M. Focke *, sur le Paramecium Bursaria, n'en fit que plus d'éclat, et fut bientôt confirmée par plusieurs observateurs. M. Eckhard * n'eut pas autant de succès dans ses observations sur les Stentors, non plus que M. Oscar Schmidt‘. Ce ne furent, dans le fait, que les intéressantes découvertes de M. Stein *, sur les Acinétiniens et le Chilodon Cucullulus, qui conquirent, à la reproduction des infusoires par embryons, une place définitive dans la science.
L'existence d’embryons chez les imfusoires et en particulier chez toute une famille, celle des Acinétiniens, était donc démontrée. Mais on ne savait pas encore de quelle manière ces embryons ( Schwwrmsprésslinge de M. Stem) se forment, bien que M. Stein eût émis l’idée que leur naissance était reliée d'une manière quelconque à l’organe connu sous le nom de nucléus, opinion qu'il étaya de preuves puisées dans des observations nombreuses. Cependant les idées de M. Stein étaient loin d’être fixées sur ce sujet. Dans l’origine, il croyait que le nucléus entier se transformait en un jeune individu. Toutefois il ne tarda pas à abandonner cette manière de voir pour adopter l’idée que l'embryon ne devrait sa formation qu'à une partie de l'organe. Mais il ne resta pas même fidèle à cette opinion là, supposant en dernier lieu * que le nucléus du parent développait une excroissance destinée à devenir le nucléus du produit.
M. Cohn, dont les observations sur le développement des embryons du Paramecium Bursaria font foi d’une grande exactitude, se refuse cependant à admettre que le nu-
cléus donne naissance aux embryons. En eflet, la présence fréquente, ou mème, comme
Faite par M, de Siebold.
Autlicher Bericht der Naturlorscherversanmmlung zu Bremen. 1844, p. 110,
+ Wiegmann's : Archiv für Naturgeschichte, 1546.
. l'roriep’s Notizen 1849.
. Wiegmann’s Archiv, 1849. — Zvitschrilt für wiss, Zoo!, Hier Bd, — Die Iufusionsthierchen, ete, Leipzig, 1834. 6. Loc, cit, p. 199. ,
il se le figurait à tort, constante de plusieurs de ces germes enfermés simultanément dans la cavité de la mère, parlait suivant lui contre une telle idée, et s’opposait complétement à son admission. \
Cependant nous avons démontré avec certitude chez certains infusoires (Æpistylis plicatilis et Paramecium putrinum) et chez beancoup d’autres, avec une probabilité qui touche de bien près à la certitude elle-même, que les embryons se développent aux dépens du nueléus. Nous avons reconnu que le partage préalable de ce nucléus est une circonstance tout à fait accessoire. Tantôt il se divise, tantôt non, mais dans tous les cas les embryons se forment, ou bien dans le nucléus tout entier, ou bien dans l’un des fragments de cet organe. L'idée énoncée dans l’origine, par M. Focke, se trouve donc confirmée.
Il se présente ie1 trois hypothèses : ou bien le nucléus est réellement un utérus dans lequel les embryons se développent, ainsi que M. Focke l’a prétendu, ou bien c’est un ovaire dans lequel les œufs se développent avant de le quitter; ou bien, enfin, c’est un embryogène avec ou sans relation, avec des fonctions sexuelles. En présence de ces diverses suppositions, nous devons nous déclarer neutres. Le rôle à attribuer au soidisant nucléole, lorsque cet organe existe, est également incertain.
Parfois un seul embryon se développe dans le nucléus ou dans un fragment de cet organe, mais parfois aussi, et cela dans les mêmes espèces, il s’en développe un nombre plus grand, ou même souvent fort considérable. On ne peut toutefois rien voir dans ce fait qui annule de prime abord la possibilité de l'existence d’ovules chez les infusoires.
Les données des autres observateurs peuvent facilement se mettre d'accord avec nos propres observations, avec l’exception toutefois d’un cas rapporté par M. Stein, cas dans lequel ce savant crut devoir admettre que l'embryon se formait autour d’une partie du nucléus. [l observa en effet un corps qu'il considérait comme un embryon, et dont il vit la masse interne unie au nucléus du parent. On peut se demander, toutefois, si ce n'était pas là tout simplement une division spontanée du nueléus. Cela ne nous semble point improbable.
Nous avons toujours vu les embryons ainsi formés se recouvrir de cils sur tout ou partie de leur surface, et s’écarter à la nage. C’est là ce qui a lieu même chez les
espèces qui, à l'état adulte, sont glabres et dépourvues d'organes locomoteurs.
Nous avons maintenant à ajouter quelques mots sur les phénomènes observés par
M. Stein chez la Vorticella microstoma et la Vorticella nebulifera, par M. Cienkowsky
chez la Nassula viridis, et par nous chez l'Urnula Epistylidis. Chez ces différents ani-
maux, il se forme, dans certains cas du moins, une multitude de forts petits embryons, dont la naissance entraine la mort du parent .
Rapportons d’abord brièvement les observations de M. Cienkowsky, qui se trouvent complétées et expliquées par celles de M. Stein et par les nôtres. Get observateur trouva un certain nombre de kvstes de la Nassula miridis, dont le contenu devint indistinct, tandis que la vésieule contractile disparaissait, et que dans l’intérieur se formaient des cercles clairs, séparés les uns des autres par des intervalles plus obscurs. Ces cercles développèrent de petits prolongements tubuliformes qui percèrent les parois du kyste, s’ouvrirent à l'extérieur et livrèrent passage à une foule de petits êtres ressemblant à des monades.
On voit que ce phénomène concorde parfaitement avec nos observations sur l'Urnula Epistylidis. Malheureusement nous n’avons, pas plus que M. Cienkowsky, pu déterminer quelle était l’origine première des corps ovales que nous vimes apparaitre dans nos Urnula. L'hypothèse la plus probable, c’est qu'ils étaient résultés d’une division du nucléus. Ceci semble encore plus vraisemblable, lorsqu'on se rappelle les observations de M. Stein sur la Vorticella microstoma, où ce savant vit un phénomène tout semblable commencer par la division du nueléus en un grand nombre de petits corpuscules. Nous avons vu une division toute semblable du nucléus chez la Vorticella microstoma et aussi chez la V. nebulifera non enkystée, M. Stein vit ces petits êtres monadiniformes (auxquels on n’a cependant pas encore réussi à trouver de flagellum), produits dans le nucléus, grossir aux dépens du contenu du kyste dans lequel la Vorticelle s'était préalablement enfermée, et finir par le remplir exactement. Ils quittèrent plus tard le kyste de la manière déjà indiquée. S'il en est bien réellement ainsi, ce ne serait qu'une variété de la reproduction d’embryons par le nucléus*.
1. Nous avous déjà vu que les observations de M. Stein, comme ce savant la reconnu, ont rapport au dévelop
pement d'un Chytridium. Il en est évidemment de mème de celles de M. Cienkowski et peut-ftre aussi des nôtres relatives à l'Urnula Epistylidis, (Note de 4860).
256 ÉTUDES SUR LES INFUSOIRES La production d’embryons internes est done démontrée chez un nombre fort considérable d’infusoires, et paraît résulter toujours d’une modification du nucléus entier ou
d’une de ses parties. Jusqu'ici elle a été constatée dans les groupes suivants :
A. Infusoires flagellés (°?) :
Peut-être faut-il en effet ranger ici le développement du Chlorogonium euchlorum
étudié par M. Weisse.
BP. Infusoires suceurs :
A savoir, chez un grand nombre d’Acinétiniens appartenant aux genres Podophrya et Acineta, par MM. Stein et Cienkowskvy, ainsi que par nous, et de plus chez l'Ophryo-
dendron abietinum, dans lequel nous avons aussi vu se former des embryons.