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Si maintenant nous jetons un coup-d’œil rétrospecuf sur toute la série des phénomènes que nous venons de passer en revue, nous sera-t-il possible d’esquisser un plan général du mode de reproduction des infusoires? C’est ce que nous allons tenter de faire en sentant nous-mêmes, par avance, combien notre ébauche laisse à désirer, par suite des lacunes qui restent encore à combler par l'observation.
Nous avons, en somme, constaté trois modes de reproduction dans la classe des imfusoires : fissiparité, gemmiparité et production d’embryons internes. Le premier seul peut jusqu'ici élever des prétentions à une généralité incontestable. Observé dans tous les groupes, il est peu probable qu'aucune espèce s’y soustraie. Le second n'avait été observé jusqu'ici que chez les Vorticellines, nous en avons également trouvé des exemples chez les Acinétiniens. Nous avons vu, du reste, l'impossibilité de poser des limites tranchées entre la fissiparité et la gemmiparité. Ce n’est en somme qu’une différence du plus au moins : ce sont deux variétés de la division spontanée. Nous trouvons par suite que deux grands modes seulement de reproduction essentiellement différents, sont répandus chez les infusoires. L'un, la division spontanée, se
trouve partout; l’autre, la formation d’embryons internes, à été constaté dans un
ET LES RHIZOPODES. 9267 nombre de familles très-considérable (Acinétiniens, Colpodéens, Trachéliens, Oxytrichiens, Bursariens, Vorticellines, Opalines, et même en dehors des infusoires, chez un Rhizopode). De plus, les modifications que nous avons vu naître dans le nucléus de beaucoup d’autres infusoires, permettent de supposer que la formation des embryons n’est pas restreinte seulement à ces groupes-là. Il est même probable qu'il s’agit là d’un phénomène très-général chez les infusoires. Ces embryons résultent toujours d'une division du nucléus, qui. à ce point de vue, mériterait d’être considéré comme un embryogène.
Une fois ces deux grands modes de reproduction bien constatés, Indépendamment de leurs variétés, il est permis de se demander quelles relations existent entre eux. Existent-ils l’un à côté de l’autre parfaitement indépendants de relations réciproques ? Un individu donné peut-il à loisir se multiplier par division spontanée, ou bien engendrer des embryons, selon que la fantaisie lui en prend? C’est là une supposition peu probable. Il est plus loisible d'admettre que ces deux modes de génération reviennent à tour de rôle, à des périodes distinctes. Nous avons même un cas dans lequel nous pouvons dire qu’une espèce de périodicité existe, à savoir celui des Epistylis. Jusqu'ici, en effet, nous n'avons trouvé d'individus prolifiques que sur des arbres bien et dûment développés. Un individu, sorti d’une Epistylis, sous forme d’embryon, va sans doute se fixer quelque part, où il se métamorphose en Epistylis et produit par division spontanée une famille toute entière. Une première génération fissipare donne naissance à un arbre à deux branches; une seconde, à une famille de quatre individus ; une troisième, à une famille de huit, et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’arbre ait pris son développement définitif, et, dans ce cas, cet arbre forme chez une Epistylis plicatilis un corymbe dont tous les individus appartiennent à une génération de même rang. Ge n'est qu'à ce moment là que de nouveaux embryons paraissent pouvoir être engendrés, et, à ce point de vue là nous avons déjà une alternance, sinon dans la forme des individus adultes, du moins dans le mode générateur.
Mais il y a plus. Tout arbre d’Epistylis qui est arrivé à sa croissance définitive, ne produit pas forcément des embryons. Bien au contraire : les familles prolifiques sont relativement rares, et forment jusqu'ici, pour ainsi dire, l'exception. Dans le cas ordi-
naire, lorsqu'une famille a atteint un certain degré de développement, ses membres se
munissent d’une couronne de cils postérieurs, s’éloignent vers tous les points de l’horizon, et vont, chacun pour son compte, donner naissance à une nouvelle famille, à un nouvel arbre, par division fissipare. Il-est fort possible que les individus de cette famille, lorsqu'elle est complétement développée, puissent devenir prolifiques, mais il est plus probable qu’il y a, en général, répétition du même phénomène que la première fois, et fondation de familles fissipares de troisième ordre par les individus qui formaient les familles de second ordre, lorsque celles-ei se sont dissoutes. Y a-t-1l une certaine régularité dans la répétition de ce phénomène, une loi qui la régisse ? C’est là une question que nous ne pouvons trancher, mais nous serions plus tentés d'y répondre par l'affirmation que par la négation. Il est en effet assez probable que les familles produites par la division d'individus détachés de la famille précédente, doivent se succéder un certain nombre de fois avant d'arriver à produire des individus prolifiques. En un mot, il est probable que l’alternance offre un certain degré de régularité.
Mais quels sont, au fond, les caractères qui distinguent l’un de ces modes de génération de l’autre ? Jusqu'ici nous ne pouvons en produire qu'un seul. Les embryons, en effet, naissent par une sorte de gemmiparité énterne, tandis que dans l’autre cas nous avons à faire à une fissiparité, ou à une gemmiparité terne. De plus, un bourgeon vxterne semble pouvoir se former à une place quelconque du corps; le plus souvent, il est vrai, chez les Vorticellines, à la base du corps, mais aussi parfois en d’autres points de sa surface, même au péristome. La production d’embryons internes est, au contraire, liée à un organe déterminé, le nucléus, organe que M. Ehrenberg, par un hasard singulier, avait déjà relié à la génération, en le considérant comme une glande spermagène, à côté de laquelle il voulait, il est vrai, trouver encore un ovaire. Ce nucléus est donc un embryogène, une espèce de glande génératrice. Si donc la production d’embryons internes est un phénomène tout asexuel, c’est dans tous les cas un mode de gemmiparité d’un tout autre ordre que la productions de bourgeons externes. Il y à ici une localisation déterminée.
Mais il est fort possible que ces embryons soient produits autrement que par une simple gemmation, et voilà pourquoi nous avons préféré le nom général d’embryon à celui de gemme interne. On se récriera peut-être lorsqu'on nous entendra soutenir
l'hypothèse de l'existence de sexes chez les mfusoires. M. Ehrenberg a eu tellement à
ET LES RHIZOPODES. 269 souffrir pour s'être laissé aller à les créer avant d’avoir des preuves de leur existence !.. Mais nous ne partons pas du même point de vue que M. Ehrenberg. Nous ne pensons pas à priori devoir retrouver chez les animaux inférieurs les organes des animaux supérieurs, et nous ne défendrons d’une manière positive l’existence des sexes chez les infusoires, que lorsque nous aurons trouvé des individus mâles et que nous les aurons vus fonctionner comme tels. Cependant, en face des faits connus Jusqu'ici chez les animaux radiaires, des helminthes, des tuniciers, des insectes, où 1l existe deux modes de générations, et où l’un de ces modes offre un caractère de sexualité incontestable, tandis que l’autre est asexuel, en face de ces faits, disons-nous, n'est-il pas permis de songer à la possibilité de trouver un jour des infusoires sexués? Nous pouvons même relever en passant la circonstance déjà mentionnée, que, chez certains individus appartenant à l’'Urnula Epistylidis, on voit se former des cavités globuleuses, remplies de petits corpuscules en proie à une vive agitation. Mais nous ne nous sommes pas permis de décider si ce n’était à qu'un mouvement bronnien, ou bien s’il fallait y voir quelque chose d’analogue aux zoospermes des animaux supérieurs. Une décision basée sur ce seul fait serait par trop hasardée, nous désirons seulement attirer l'attention des observateurs sur ce point.
Qu’on nous permette de citer l'exemple des Rotateurs, où l’on a longtemps nié l'existence de sexes distincts, parce qu'on croyait que tous les individus portaient des œufs, et chez lesquels, cependant, les observations attentives de MM. Brightwell, Dalrymple et Leydig nous ont fait connaître des mâles pleins de zoospermes. Ces mâles n'apparaissent probablement qu'à une seule époque de l'année, suivant certaines circonstances, à la conclusion d’un certain cycle : de là leur rareté et le fait qu'ils avaient jusqu'à MM. Brightwell et Dalrymple, échappé à tous les observateurs. Nous ne regardons point comme improbable que les infusoires soient appelés à nous offrir un second exemple de ce fait.
Nous devons encore, dans le cours de ces considérations, mentionner le lait singulier, découvert d’abord par M. Kélliker, ou peut-être par M. Leclere, et dont nous avons parlé sous le nom de conjugaison ou de zygose. Ce phénomène avait été constaté par divers observateurs chez deux espèces d’Actinophrys, chez la DiMugia Helix et chez la
Podophrya fixa Ehr ; nous avons reconnu son existence chez plusieurs autres Acinéti-
niens, une Vorticelle, un Carchesium et deux Epistylis. Il est probable, par conséquent, qu'on lui découvrira un jour une extension plus considérable encore. Quelles sont les relations qui existent entre cette zygose et la génération? C’est ce que nous ne pouvons dire. Nous ne pouvons pas même affirmer qu'il y en ait de bien certaines. En faveur de ces relations nous ne pouvons citer jusqu'ici que la formation de huit embryons dans un zygozoite résulté de la conjugaison de deux Podophrya Pyrum. N'est possible qu’il n’y eût là au fond que la réunion, dans une cavité commune, de quatre embryons de chaque mdividu composant, embryons formés tout à fait indépendamment de la zygose. Mais c’est fort douteux, et il n’est en tous cas pas possible d'admettre, avec M. Stein, que la zygose de deux infusoires soit un fait purement accidentel. Il est certain, toutefois, que ni les Acinétiniens, ni les Vorticellines n’ont besoin d’une zygose pour engendrer des embryons imternes, et que si l’on devait jamais reconnaitre, dans la zygose, l’analogue d’une fécondation, il faudrait nécessairement distinguer deux espèces d’embryons : les uns produits asexuellement par une division du nucléus, les autres engendrés par le concours des sexes. Nous n’avons malheureusement pu observer les embryons de la Podophrya Pyrum en dehors de leurs parents conjugués, et nous ne savons, par conséquent, s’il existe une différence objective entre les embryons issus d’un individu non conjugué, et ceux qui sont engendrés par un zygozoïte ‘. Mais c’est du reste peu important. Ces embryons seraient parfaitement semblables de forme entr’eux, qu'ils se distingueraient suffisamment les uns des autres par leur mode d’origine. En effet, dans le sens de M. Steenstrup, il n’est point nécessaire, pour satisfaire aux conditions de la génération alternante, que les différents termes de la série qui séparent deux termes identiques dans le développement d’une espèce, offrent des différences extérieures de forme. Il
suffit que les uns soient produits sexuellement et les autres asexuellement.
1. Remarquons en passant qu'il est des cas où nous connaissons deux espèces d’embryons internes : des macro gonidies et des microgonidies animales, S'il était permis d'employer ici les termes de M. Alex. Braun. Nous en avons vu des exemples chez la Podophrya quadripartita, lOphryodendron abielinum, le Stentor polymorphus, et probablement aussi chez les Vorticellines ,l'Urnula Epistylidis, etc. Dans l’un des cas, les embryons sont gros et isolés, où en fort petit nombre; dans l’autre, ils sont petits et fort nombreux. Nous n’avons cependant rien vu jusqu'ici qui pût nous faire supposer avec vraisemblance qu'il y eût une différence dans le mode suivant lequel ces deux genres d'embryons sont produits. Il est dans tous les cas aujourd'hui évident que les petits embryons ne peuvent être assimilés à des microgonidies, c'est-à-dire à des éléments mâles, (Note de 1860).
Nous ne pouvons malheureusement rien dire de positif à cet égard, et le fait que la conjugaison n’a pas lieu seulement entre deux individus, mais aussi entre trois, quatre, cinq, six, sept et peut-être davantage, vient nous avertir de procéder avec circonspection avant de nous décider à voir dans ce phénomène une copulation dans toute l'étendue du terme. Nous avons cependant déjà vu ailleurs que ce n’est pas là une dufticulté insurmontable. — La zygose d’un bourgeon d’Epistylis, encore attenant à son parent, avec un individu adulte, semble aussi peu en faveur avec les idées de fécondation, car il semble difficile d'admettre qu’une gemme à demi formée ait déjà atteint sa maturité sexuelle. D'un autre côté, nous avons vu des Stentors occupés à se diviser, renfermer déjà des embryons, et la fissiparité de ces animaux ressemble singulièrement à une production de gemmes. C’est une circonstance qu'on pourrait exploiter en sens inverse.
Quoi qu'il en soit, l'existence de sexes.chez les infusoires, bien que rendue plus probable que précédemment, n’est pas encore reconnue, et l’existence d’une génération alternante, comme l'entend M. Steenstrup, est encore à démontrer. Il est seulement certain que chez les Epistylis un certain cycle de développement existe. Probablement quelque chose de tout analogue se trouve chez les autres infusoires. Nous regardons par exemple comme probable qu’un Stentor, né sous la forme d’embryon interne, n’engendre pas immédiatement de nouveaux embryons internes, mais doit auparavant se multiplier par une division spontanée répétée un certain nombre de fois. La même chose peut se dire des Paramecium, etc. Une exception serait formée par les Acmétiniens, chez lesquels la division spontanée paraît être relativement fort rare, et où un individu né sous la forme d’embryon doit reproduire aussi probablement des embryons. Nous remarquerons en passant que, soit chez les Acinétiniens, soit chez les Actimophrys, où la division spontanée est relativement rare, la zygose est au contraire trèsfréquente. L'avenir décidera s’il ÿ a une liaison quelconque entre ces deux circonstances.
Il existe donc des cycles générateurs chez les infusoires ciliés, et sans doute aussi chez les Rhizopodes, cycles comparables à ceux que l'on connaît chez les algues et chez les infusoires flagellés. Chez beaucoup d’algues et d’infusoires flagellés, on trouve, en
effet, une série de générations par simple division, à la suite de laquelle vient une géné-
972 ÉTUDES SUR LES INFUSOIRES ration de transition, parfois produite par une conjugaison, comme chez les Zygnémées, les Desmidiées, les Diatomées, parfois aussi sans conjugaison, comme chez les Volvocinées ou les Euglènes, et cette génération de transition inaugure un cycle nouveau”. Chez les infusoires cihés, et peut-être aussi les Rhizopodes, nous pouvons de même admettre un cycle formé par une série de générations fissipares, dont la dernière donne naissance à une génération de transition (celle des embryons), laquelle devient le premier terme d’un cycle nouveau. Peut-être sera-t-1l permis d'admettre un Jour deux espèces de cycles : 1° Un grand cycle, dont les générations seraient produites par la zygose de deux ou de plusieurs individus, donnant sexuellement naissance à des embryons; 2 dans ce grand cycle, des cycles de second ordre composés de générations fissipares, dont les générations de transition seraient caractérisées par la production asexuelle (sans zygose) d’embryons (gemmes) internes. La chose est encore douteuse, et il n'est même pas improbable qu’on vienne à reconnaitre un jour un caractère de sexualité à toute production d’embryons *.
Arrivés à la fin de ce travail, nous croyons devoir poser brièvement les conclusions auxquelles nous avons été conduits :
1° Parmi les organismes flagellés qu’on a voulu faire rentrer dans le règne végétal, il en est un grand nombre qui paraissent devoir être bien réellement considérés comme des animaux, à savoir tous ceux qui possèdent une vésicule contractile semblable à celle des infusoires ciliés et des Rhizopodes. Tels sont, par exemple, les Volvox, les Gonium, les Chlamydomonas, les Euglènes, les Dinobryons, les Cercomonas, les Heteromita, les Monades proprement dites, etc.
20 On trouve chez les infusoires ciliés, et aussi chez certains Rhizopodes, deux grands modes de reproduction :
A. Division spontanée, dans laquelle on peut distinguer deux sous-variétés ;
1. Nous remarquons en passant que chez les Algues soumises à la conjugaison comme les Zygnémées, les Desmidiées et les Diatomées, on n’a pas pas plus reconnu de différences sexuelles entre les individus conjugués que chez les infusoires ciliés et les rhizopodes, et que cependant leur conjugaison est nécessaire à la propagation de l'espèce.
2. Cette supposition est devenue de plus en plus vraisemblable après la découverte de filaments supposés spermatiques chez les infusoires, découverte que nous communiquämes à l’académie en 1857. (Voy. le chapitre précédent). Nous pouvons mème dire que les recherches plus étendues de MM. Balbiani et Stein, qui sont venues s'ajonter à celles de Joh. Müller, de M. Lieberkühn et aux nôtres, ont mis la sexualité des infusoires hors de doute. (Note de 1860).
ET LES RIIZOPODES. 973
a. Fissiparité, soit longitudinale, soit transversale ou oblique, constatée chez la plupart des infusoires ciliés et chez quelques rhizopodes, et donnant lieu d'ordinaire à des individus semblables au parent, ou bien parfois à des individus (Acineta mystacina, Podophrya fixa, Urnula Epistylidis), dont l’un est différent du parent.
b. Gemmiparité externe, constatée chez les Vorticelliens et les Acinétiniens.
B. Production d'embryons internes. Ces embryons sont toujours formés par ou dans l’organe connu sous le nom de #ucléus, organe qui est par conséquent un véritable embryogène ‘. — Dans une seule et même espèce, ces embryons peuvent être tantôt gros et en petit nombre, tantôt nombreux, et alors 1ls sont très-petits.
3 L'existence d’une conjugaison ou zygose entre deux ou plusieurs individus à été constatée chez les Actinophrys, les Acinétiniens, les Vorticelles, les Carchesium et les Epistylis. Il est permis de supposer que ce phénomène jouit d’une certaine généralité chez les infusoires, mais il ne nous à pas été permis de découvrir avec certitude ses véritables relations avec la génération.
4° On peut admettre chez les infusoires ciliés et certains rhizopodes des cycles générateurs, uais ensemble par des générations de transition, cycles analogues à l'alternance de génération qui a été décrite chez certaines algues par MM. Nägeli et Braun, et qui se retrouve également chez beaucoup d’infusoires flagellés.
a L'existence d’une génération alternante dans le sens de M. Steenstrup, c’est-àdire l’alternance de générations sexuées et de générations asexuées, n’a pas jusqu'ici été constatée avec certitude chez les infusaires ni les rhizopodes.
6° Il n’est pas improbable que la découverte définitive de différences sexuelles chez les Infusoires et les Rhizopodes vienne ramener un jour les cycles mentionnés plus
haut à une véritable génération alternante, dans le sens de M. Steenstrup *.
1. Aujourd'hui il est mème permis de dire que c'est un véritable ovaire, et que le testicule, d’après les recherches concordantes de plusieurs observateurs, parmi lesquels il faut nommer surtout MM. Balbiani et Stein, est un ovaire. (Note de 1860).
2. Aujourd'hui cette découverte est faite, comme nous l'avons indiqué à plusieurs reprises plus haut, et cette alternance de générations, dans le sens de M, Strenstrup, se trouve donc un fait parfaitement établi. (Note de 1860).
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JOHANNES LACHMANN,
NÉ LE 4e AOÛT 1832, MORT LE 7 JUILLET 1860.
La dernière page de ce livre est aussi le dernier jour d’une vie. Le 7 Juillet 1860 voyait s'étendre celui qui fut mon collaborateur et mon ami, laissant derrière lui une jeune femme éplorée et deux enfants à peine assez âgés pour conserver un souvenir de celui qui aurait dû être leur protecteur ; un troisième même, au jour de sa naissance, sera salué du triste nom d’orphelin. En face de l’abîime de douleur dans lequel cette famille est plongée, la science ose à peine dire ce qu'elle a perdu. Qu’on lui permette cependant de parler un instant par la bouche de celui qui fut l'ami, le compagnon d’études du jeune savant trop tôt enlevé à ses recherches; de celui qui partagea longtemps ses travaux, qui fut à ses côtés à la table de microscopie, dans la chaloupe battue par la tempête sur les vagues de l'Océan, au milieu de la tourmente de neige sur les äpres rochers de la vieille Scandinavie. Amis par le cœur, frères par l'étude, nous avons longtemps été agités des mêmes espérances, nous avons longtemps savouré à longs traits et en commun la coupe de l’enthousiasme en face de la belle et grandiose nature, cherchant la clef de ce mystère qu'on appelle la vie. Aujourd'hui, une tombe renferme pour l’un à la fois la recherche et la réponse, et l’autre, laissé seul, vient lui murmurer ici un adieu tardif.
Le nom de Lachmann S'est acquis une célébrité universelle et impérissable, grâce à l'illustre philologue qui porta ce nom. Nul doute que l'éclat dont il brille n’eût été largement doublé un jour, si la mort impitoyable ne fût venu moissonner la jeune étoile surgissant à l'horizon. Johannes Lachmann, neveu de Karl Lachmann, naquit le 4° Août 1832 à Brunswick, où son père exerce encore avec distinction la profession de docteur en médecine. Dès sa plus tendre enfance, il montra une grande propension à scruter tout ce qui a vie dans la nature. Les fleurs et les coléoptères étaient surtout l’objet de sa prédilection, et de bonne heure, grâce aux conseils d’un père, versé lui-même dans les sciences naturelles, ses recherches perdirent le caractèresuperficielqu’on serait en droit de leur
976 JOHANNES LACHMANN.
supposer. Après avoir terminé ses études préparatoires dans le gymnase de sa ville natale, il poursuivit l’étude des sciences naturelles et médicales, d’abord au Carolinum de Brunswick, puis successivement dans les universités de Berlin, de Würzbourg, de Gœættingue. En 1855, il obtint à Berlin le grade de docteur en médecine à la suite d’une brillante dissertation inaugurale sur la structure des infusoires. Immédiatement après sa promotion au doctorat, il obtint, sur la recommandation de Johannes Müller, la place d'aide au Musée d'anatomie, laissée vacante par la retraite de M. le professeur du Bois-Reymond. Sous l'égide du plus illustre des physiologistes modernes, il poursuivit pendant deux années ses recherches dans les différentes branches de l'anatomie et de la physiologie, dans l'intention de se vouer plus tard à l’enseignement académique dans l'Université même de Berlin. Toutefois, son mariage avec l’une des filles de M. le prof. Passow, lui ayant fait désirer rapidement une position fixe, il postula, en 1857, la place de professeur des Sciences naturelles à l'Institut royal d'agriculture de Poppelsdorf (Prusse rhénane). Cette place lui fut accordée, grâce surtout à l’appui de son protecteur, Joh. Müller, et il l’a remplie avec zèle jusqu’au moment où un anthrax est venu arracher à sa famille, à ses amis, à ses élèves.
La jeunesse même de Lachmann, et l'activité pratique des trois dernières années de sa vie, expliquent pourquoi le nombre de ses productions a été peu considérable ‘. Tous ceux qui ont joui de son intimité, qui ont été témoins de son activité infatigable, qui ont vu son coup-d'œil clair, rapide et sûr, sa rare pénétration ; tous ceux qui ont pu apprécier l’exactitude et le caractère de justesse dont ses observations les plus délicates étaient empreintes; tous ceux-là, dis-je, comprendront pourquoi et comment la mort de Lachmann est une perte pour la science. L'avenir était à lui, s’il eût vécu. Les disciples de Johannes Müller savent combien ce grand homme était avare d’éloges. Toujours prêt à aider ses élèves avec affection, toujours fier de leurs succès, lorsqu'ils en obtenaient, il pensait avec raison qu'il est plus funeste de prodiguer des paroles louangeuses que de les retenir, L’approbation silencieuse de Müller, jaillissant de son œil d’aigle, électrisait plus d’un disciple dans son laboratoire. I fallait des circonstances toutes exceptionnelles, et aussi des talents hors de ligne, pour
que Müller fit lui-même l’éloge des forces nouvelles qui germaient, bien petites encore, à lombre de son grand nom. Mais une de ces circonstances et un de ces talents entrèrent en scène lorsque Müller dût, en 1855, demander au ministre des Cultes et de l’Instruction publique, M. de Raumer, de pourvoir à la place d’aide au Musée d'anatomie, laissée vacante par la retraite de M. du Bois-Reymond. I désigna, sans hésiter, Lachmann, comme l’homme le plus apte à remplir ces fonctions, et le plus digne d’être aidé à parvenir à une chaire académique. « Derselbe (Dr Lachmann), écrivait Müller, dans une lettre à M. de Raumer, ist ein Talent von den grüssten Hoffnungen, den bedeutendsten wissenschaftlichen Kräften. Seine Inauguralschrift de infusoriorum imprimis vorticellarum structura, Berol. 1855 enthält eine Reihe wichtiger und glücklicher Beobachtungen aus dem schwierigsten Theiïle der feinern Anatomie und Physiologie, und weissich nicht manche Beispiele einer so frühen Auszeichnung in der Schärfe der Beobachtung und Reife des Urtheiles bei den reichsten Kenntnissen. Dr Lachmann empfiehll sich nicht minder durch den Ernst seiner Bestrebungen, die Gewissenhaftigkeit seiner Arbeiten und seinen zuverlässigen Character... » Dans une autre lettre, écrite deux ans plus tard à M. de Raumer, pour appuyer la candidature de Lachmann à la chaire d'Histoire na-
1. V. De infusoriorum inprimis Vorticellarum structura. Berol. 485. — Ueber die Organisation der Infusorien, besonders der Vorticellen (Müller’s Archiv, 1856, p. 340).— Ueber Knorpelzellen (Müller’s Archiv, 1857, p. 13) .. Enfin, différentes notes dans les Verhandlungen des naturwissenschaftlichen Vercins für die Rheinlande et dans les Landwirthschaflliche Mittheilungen der Poppelsdorfer Akademie.