‹ Études sur les infusoires et les rhizopodes;Chapitre 30 sur 210 · SYSTÈME REPRODUCTEUR · texte numérisé non relu

SYSTÈME REPRODUCTEUR

Tous les infusoires sont munis d’un organe reproducteur au moins, auquel M. Ehrenberg donnait le nom de testicule ou glande séminale, et pour lequel l’école unicellulaire a créé le nom de sucléus, aujourd'hui si généralement en honneur. Nous ne voulons pas nous étendre ici sur ce sujet, parce que le prétendu nucléus sera suffisamment étudié, au point de vue anatomique et physiologique, dans la troisième partie de ce

Mémoire.

Affinité des Infusoires avee les groupes voisins,

La position des infusoires dans le système n’a pas, en général, été définie d'une manière bien précise dans les traités de zoologie. — L'école des philosophes de la nature avait assigné à ces animalcules une place sur le dernier rayon de l'échelle des êtres. Elle en faisait les protozoaires, et ce nom a subsisté jusqu'à ce Jour. Sans vouloir contester que les infusoires doivent être relégués parmi les animaux les plus simples, nous prétendons cependant que les protozoaires ne forment pas un anneau tout-àfait isolé à l'extrémité de la chaîne des êtres, mais que cet anneau est enlacé de la ma-

nière la plus intime dans ceux qui le précèdent.

C’est, avant tout, avec les polypes et les méduses que les infusoires ont une analogie incontestable ; et nous avons ici particulièrement en vue les infusoires ciliés, qu’on peut considérer comme formant la partie de l’anneau enlacée dans celui qui le précède (celui des polypes). — Déjà Blainville et Cuvier avaient mentionné l’analogie qui rapproche les Polypes et les Acalèphes, mais ce n’est que plus tard que la découverte de faits embryogéniques, jusqu'alors peu soupçonnés, vint rendre obligatoire la réunion de ces deux groupes en une seule classe. M. Leuckart a eu, le premier, le mérite d'opérer

cette réunion complète en fondant la classe des Cœlentérés.

Si nous esquissons rapidement le type de la classe des cœlentérés, nous dirons que ces animaux sont caractérisés par la présence d’une cavité générale spacieuse, remplissant la plus grande partie du corps et communiquant avec l'extérieur, tantôt directement, tantôt par l'intermédiaire d’un tube ouvert à ses deux extrémités. L'ouverture qui se trouve ainsi formée à la surface du corps est la bouche. La cavité générale sert de cavité digestive, ou, si parfois il existe une cavité digestive spéciale, elle est en communication ouverte avee la cavité générale. C’est cette disposition du système digestif qui justifie le nom de Cœlentérés.

Or, cette définition des cœlentérés s'applique parfaitement aux infusoires, et, si l’on ne spécifie pas le type de la classe, il faut considérer les infusoires comme formant une simple subdivision des cælentérés. Chez eux, en effet, on retrouve cette même cavité générale qui communique avec l’extérieur, tantôt directement, tantôt par l’intermédiaire d’un tube ouvert à ses deux extrémités.

La classe des cœlentérés proprement dits’ se distingue cependant facilement de celle des infusoires. En effet, les cœlentérés ont une structure radiaire ; les infusoires sont, au contraire, asymétriques ou bilatéraux ; les cœlentérés n’ont pas d'ouverture anale, leur bouche sert à la fois d'ouverture d’ingestion et d’égestion; les infusoires, au contraire, ont toujours un anus distinct de la bouche. — Ces différences ne sont pas, du reste, aussi essentielles qu’elles le paraissent au premier abord. En effet, il

existe des infusoires qu’on pourrait être tenté de regarder comme radiaires. M. Du-

1. Nous disons cœlentérés proprement dits, parce que d’après le sens strict du mot, le nom de cœlentérés devrait s'appliquer aussi aux infusoires.

jardin à déjà formé chez les infusoires deux sous-classes, lune renfermant les infusoires symétriques, l’autre les infusoires asymétriques. La première est formée uniquement par le genre Coleps. Mais cette division de M. Dujardin repose sur une erreur. Si l’on peut, en effet, être tenté d'admettre chez le Coleps hrtus une distribution symétrique autour d’un axe longitudinal, c’est-à-dire une symétrie radiaire, examen d’autres espèces (C. amphacanthus, C. uncinatus) suffit à montrer que les Coleps possèdent, comme les autres imfusoires, un côté dorsal et un côté ventral.— Les Prorodon, chez lesquels on pourrait aussi admettre une structure symétrique, sont loin de satisfaire tous aux conditions scrupuleuses d’une nature radiaire. Chez beaucoup d’entre eux, la bouche n’est pas placée exactement au pôle antérieur, ma is sur l’un des côtés, et même chez ceux dont la bouche est réellement terminale, læsoph age n’est point placé suivant l'axe théorique de l’animal, mais il incline d’un côté ou de l’autre. En somme, si quelques infusoires, en particulier les Prorodon et certaines Enchelys et Lacrymaires, semblent se rapprocher du type symétrique radiaire, on peut cependant se convaincre que ce n'est là au fond qu'une pure apparence. On trouvera, en général, soit dans la position de la bouche, de lœsophage et de l’anus, soit dans la disposition de l’appareil circulatoire, des arguments parlant contre la symétrie supposée.

Si M. Dujardin veut parler chez les Coleps d’une symétrie bilatérale, cette symétrie se retrouve tout aussi bien chez d’autres infusoires, tels que les Holophrya, les Phialina, les Enchelys, les Prorodon, les Trachelophyllum, les Enchelyodon et bien d’autres. Mais ces genres-là sont, sous tous les rapports, trop proches parents d’autres genres à structure non symétrique, pour qu'on puisse les réunir dans une sousclasse à part.

La présence et l'absence de l’anus sont des critères d’une valeur encore moins absolue. En effet, M. le professeur Sars nous a montré à Chri stiania, en 1855, un polype de la Méditerranée, pourvu d’un anus. Ce polype était cependant un vrai cœlentéré et pas un bryozoaire. M. Leydig admet également l’existen ce d’un anus chez les Hydres.

L’analogie entre les infusoires et les cœlentérés s'étend encore au mode de reproduction. Beaucoup de cœlentérés possèdent, en effet, la propriété de se reproduire asexuellement par bourgeonnement ou par division. La même chose se voit chez les

infusoires. Les individus qui ont été produits asexuellement chez les cœlentérés ont un

ET LES RHIZOPODES. 61 sort divers : les uns se séparent plus ou moins rapidement de l’organisme-parent pour mener une vie indépendante et continuer à subsister isolément; les autres restent, au contraire, constamment unis à l’organisme qui les a produits, et, le bourgeonnement se répétant, 1l en résulte de véritables colonies ramifiées. C’est encore ce qu'on voit chez les infusoires. Nous n'avons, en effet, qu'à rappeler parmi ces derniers les colonies formées par un grand nombre de Vorticellines et d’infusoires flagellés ainsi que par certains Acinétiniens.

Les produits de la génération sexuelle se forment, chez les cœlentérés, dans les parois de la cavité générale. Is arrivent par suite d’une déhiscence de la peau à l’extérieur, où parfois aussi dans la cavité du corps. Les embryons des infusoires, qui sont formés aux dépens d’un organe propre (nucléus), adhérant aux parois de la cavité générale, subissent un sort analogue. Il est vrai qu'il n’est pas démontré que ces embryons se forment à la suite d’une fécondation.

D'un autre côté, les mfusoires montrent quelque aflinité avec certains vers, en particulier avec les Turbellariés. M. Oscar Schmidt a déjà signalé le fait que les téguments ét le parenchyme des jeunes turbellariés ont une grande analogie avec les tissus correspondants des Paramecium et des Bursaria (Frontonia). M. Perty" a attribué cette opinion à une observation superficielle, mais bien à tort, selon nous. La structure celluleuse du parenchyme des turbellariés est sans doute incontestable, mais souvent les cellules sont excessivement difficiles à démontrer, témoin la réserve avec laquelle M. Schultze* s'exprime à cet égard. Celui-ci dit, en effet, que les éléments anatomiques (cellules) dont est sans doute composée originairement la peau des rhabdocèles, se fondent avec le temps en une masse unique semblable au sarcode, et 1l considère le parenchyme du corps comme formé par la même substance contractile que l’on rencontre chez les hydres. Or, à époque où écrivait M. Schultze, les idées courantes sur la substance contractile des hydres étaient celles que représentait surtout M. Ecker : on ne connaissait pas encore de cellules chez ces polypes. Qui sait si le temps ne fera pour les infusoires

ce qu’il a fait pour les turbellariés et les hydres? Nous sommes fort disposés à le penser,

Page 1