SYSTÈME NERVEUX ET ORGANES DES SENS
Bien que M. Ehrenberg accorde un système nerveux à tous ses infusoires, 11 n’a pas été possible à d’autres auteurs de rien découvrir chez ces animalcules qu’on püt avec vraisemblance assimiler aux organes nerveux d’autres animaux. L’organe que M. Ehrenberg a désigné, chez divers infusoires flagellés, sous le nom de ganglion médullaire (Markknoten), existe bien réellement, mais nous n'avons aucune indication qui puisse justifier une hypothèse sur sa fonction.
On peut, jusqu'à un certain point, parler avec un peu plus de vraisemblance d’organes des sens. Sous ce chef, nous devons mentionner avant tout l'organe que M. Lieberkühn a été le premier à décrire chez les Ophryoglènes. C’est un corps solide en forme de verre de montre, lequel est placé sur le côté concave de la fosse buccale. La position même de cet organe singulier et sa constance permettent de supposer chez lui des fonctions sensitives. Mais est-ce la fonction de la vué, ou celle du goût, ou celle de lodorat qu'il convient le mieux de lui attribuer”? C’est ce que nul ne peut dire.
Les soies de certains infusoires doivent être considérées comme organes du tact. C’est surtout là le cas pour les longues soies de la partie postérieure des Lembadium, infusoires non sauteurs. Ces animaux nagent à peu près constamment à reculons, en tournant autour de leur axe longitudinal, et paraissent changer de direction lorsque leurs soies viennent à choquer des corps étrangers. Peut-être faut-il aussi ranger ici le faisceau de cils plus longs dont est munie la partie postérieure du Par. Aurelia.
Enfin, on trouve chez divers infusoires, soit ciliés, soit flagellés, soit cilio-flagellés, des taches pigmentaires que M. Ehrenberg a considérées comme étant des yeux. Sans vouloir nier que ces taches soient peut-être reliées dans certains cas à des fonctions visuelles, nous devons reconnaître cependant que, bien souvent, il n’est guère possible de voir en elles des organes des sens. C’est là surtout le cas pour les taches rouges dont sont ornés beaucoup d’infusoires flagellés et cilio-flagellés. Des taches toutes semblables se retrouvent en effet, comme chacun sait, chez des spores d'algues. Du reste, ces
D8 ÉTUDES SUR LES INFUSOIRES taches sont souvent peu constantes et offrent un penchant à devenir diffuses, qui est peu en harmonie avec l’idée d’un organe visuel.
Quant aux taches pigmentaires noires que présentent quelques infusoires ciliés (certaines Ophryoglènes et Freia), il n’est pas possible non plus de revendiquer pour elles, avec quelque vraisemblance, des fonctions visuelles.
Les organes singuliers qne nous décrirons plus loin, chez le Loxodes Rostrum, et qui ont été découverts primitivement par M. Johannes Mueller, ont également une fonc-
tion encore toute problématique.