Focke. Isis
macs unis par un intestin'. M. Rymer-Jones, et d’autres, ont également attaqué avec succès la polygastricité des infusoires, et aujourd’hui il est inutile de chercher de nouveaux arguments contre elle, quels que soient les efforts que M. Ehrenberg ait fait et fasse? encore pour la défendre.
M. Dujardin, un des principaux adversaires de M. Ehrenberg, semble avoir été plus heureux que ce dernier dans Paccueil fait à l’ébauche qu'il a dessinée de la structure des infusoires. Toute action amène une réaction dont l’énergie est proportionnelle à celle de l’action première. M. Ehrenberg s’était complu à représenter les infusoires comme aussi compliqués dans leur conformation anatomique que les animaux les plus élevés dans la série. M. Dujardin, au contraire, s’attacha à les dépeindre comme possédant le degré d'organisation le plus simple qu’on puisse se représenter. Il admet que leur corps entier est formé par une substance homogène, devenue célèbre sous le nom de Sarcode. H refuse à beaucoup d’entre eux, aux Monades, par exemple, non seulement l'existence d’une bouche, mais encore celle de toute espèce de téguments. Dans l’origine, M. Dujardin déniait toute trace de canal alimentaire et d'ouverture buccale, même aux infusoires ciliés. Mais bientôt il dut modifier cette manière de voir et concéder tout au. moins l’existence d’une bouche chez un grand nombre d’entre eux. Lorsqu'un Paramecium, un Colpode, un Glaucome, une Vorticelle ou quelqu’autre infusoire cilié commence à produire le mouvement vibratile destiné à amener la nourriture à la bouche, le courant produit dans le liquide vient, suivant M. Dujardin, heurter incessamment le fond de la bouche, qui est occupé seulement par la substance glutineuse vivante de l'intérieur ; il le creuse en forme de sac ou de tube fermé par en bas et de plus en plus profond, dans lequel on distingue, par le tourbillon des molécules colorantes, le remous que le liquide forme au fond. Les particules s'accumulent ainsi visiblement au fond de ce tube, continue M. Dujardin, sans qu’on puisse voir en cela autre chose que le résultat physique de l’action même du remous. En même temps que le tube se
creuse de plus en plus, ses parois, formées non par une membrane, mais par la sub-
1. D’après M. Rymer-Jones, le mouvement des aliments aurait déjà été décrit à une époque antérieure à M. Carus. Il prétend, en effet, qu'il a déjà été mentionné par Gruithuisen chez le Paramecium Aurelia. — General outline of the organisation of the animal kingdom and manual of comparative anatomy, by Thomas Rymer Jones. London, 1845, p.42. 2. Ueber den Grünsand und seine Erlæuterung des organischen Lebens. Berlin, 1856.
stance glutineuse seule, tendent sans cesse à se rapprocher, en raison de la viscosité de cette substance et de la pression des parties voisines. Enfin elles finissent par se rapprocher tout-à-fait et se soudent vers le milieu de la longueur du tube, en interceptant toute la cavité du fond, sous la forme d’une vésicule remplie d’eau et de particules colorantes. C’est une véritable vacuole, une cavité creusée dans une substance homogène".
Cette théorie de M. Dujardin, grosse d'erreurs, a, chose singulière, fait fortune dans la science, et, sauf quelques modifications qu’elle a dû nécessairement subir, elle a trouvé assez d’écho de tous les côtés. M. Perty, en particulier, l’auteur d’un ouvrage étendu sur les infusoires de la Suisse, suit d'assez près M. Dujardin. Il pense * que les infusoires ne possèdent aucun organe essentiel, et il voit une preuve en faveur de cette opinion dans la circonstance que ces animaux peuvent se reproduire par fissiparité. C’est là un argument bien faible, car la fissiparité des infusoires n’est, comme toute fissiparité, qu’une division fort inégale, l’un des nouveaux individus gardant beaucoup plus d’organes de l'individu primitif que n’en garde l’autre. C’est au fond une vraie gemmiparité. Or, nous trouvons la gemmiparité non seulement chez les Cœlentérés, mais encore chez des vers (Naïdes, Syllis, Microstomes) et des molluscoïdes (Salpes, Ascidies), animaux qui tous possèdent des organes bien déterminés. M. Perty cite encore, en faveur de l’homogénéité des infusoires, le fait que des fragments de Stylonychie et d’Oxytrique peuvent continuer à vivre. Mais nous voyons le même phénomène se reproduire chez les polypes et les vers, et ne savons-nous pas que même des salamandres, excessivement mutilées, peuvent reproduire les parties qui leur manquent? D'ailleurs, nous croyons ne devoir admettre qu'avec circonspection l’observation de M. Perty. Il est vrai que les Stylonychies et les Oxytriques peuvent survivre à des lésions excessivement considérables, mais nous n’avons pas pu nous convaincre jusqu'à présent qu'un fragment quelconque de ces animaux fût en état de reproduire un animal complet. Les fragments de Stylonychie et d’Oxytrique s’agitent, il est vrai, longtemps encore dans
l'eau, mais il n’y a plus aucune espèce d'harmonie dans leurs mouvements; 1ls semblent