V. Stein, p
ET LES RHIZOPODES. 973 Quant à la soie saltatrice, elle a été vue, par M. Dujardin, chez les individus marins dont ila fait son Uronema marina ; mais elle existe également chez les formes d’eau douce. et sa présence ne peut donc justifier, comme cet auteur l’a cru, l'établissement d’un genre spécial, ni même d’une espèce à part pour les individus marins. Le nucléus est un corps arrondi.
La taille du Cyclidium Glaucoma varie infiniment, suivant les localités. La longueur
moyenne est d'environ Omm,04.
90 Cyclidium elongatum. (N. PI. XIV. Fig. 5.) DiAGNOSE. Corps très-étroit et très-long ; soie buccale fort longue.
Cette espèce a été observée par M. Lachmann, dans le fjord de Christiania, près de Vallie. À en juger d’après ses notes et ses dessins, la soie buccale aurait une direction inverse de celle que nous lui voyons chez le Cyclidium Glaucoma ; elle serait recourbée vers l'extrémité antérieure , et la vésicule contractile serait placée près de l'extrémité postérieure. Aussi sommes-nous tentés de nous demander, si, ce que M. Lachmann nomme ici l'extrémité antérieure, n’est pas identique avec ce que nous appelons lextrémité postérieure chez la précédente. L'animal s'arrête souvent immobile auprès de quelque amas de détritus, et forme, à l’aide du mouvement de ces cils, une espèce de fourreau irrégulier dans lequel il se précipite subitement la tête la première (c’est-à-dire la partie antérieure de M. Lachmann). Jusqu'ici il n’y a pas eu de soie saltatrice observée. L’anus est situé sur la face ventrale, tout près de la vésicule con-
tractile.
Le Cyclidium margaritaceum Ehr. ne peut rester dans le genre Gyclidium tel que nous lPavons défini. Nous en ferons un Glaucoma. Les C. planum Ehr. et C. lentiforme Ehr. sont trop imparfaitement observés pour qu’on puisse dire s'ils appartiennent réellement au genre Gyclidium. Il en est de même des animaux auxquels M. Dujardin a donné les noms d’Enchelys nodulosa, Enchelys subangulata, Acomia vitrea, Acomia Cyclidium, et dont quelques-uns peut-être sont synonymes du Cycl. Glaucoma,
tandis que d’autres n’ont rien à faire avec la famille des Colpodéens.
4 Genre. —PLEURONEMA.
Les Pleuronema sont très-voisins des Gyclidiums, dont ils se distinguent par la présence d’un faisceau de soies implantées sur le côté ventral et se dirigeant à la rencontre des soies qui sortent de la bouche. L'ensemble de ces soies forme une espèce de nasse dans laquelle viennent souvent se jeter imprudemment de petits mfusoires. Ceux-ci, rencontrant de tous côtés des soies qui s’opposent à leur évasion, ne tardent pas à se jeter d'eux-mêmes dans la bouche du Pleuronema, sinon ils y sont amenés par une contraction des soies.
M. Dujardin, qui le premier à établi le genre, ne l’a fondé que sur les soies qui sortent de la bouche. Sa caractéristique conviendrait donc encore plus exactement à notre genre Cyclidium qu’à notre genre Pleuromena. Du reste, cet auteur a méconnu les véritables fonctions de l’orifice buccal, car il prétend ne pouvoir considérer comme une vraie bouche, servant à l’introduction des aliments solides, cette large ouverture latérale par laquelle sortent les filaments.
Comme les Gyclidium, les Pleuronèmes restent souvent immobiles dans l’eau, sans faire mouvoir le moins du monde les cils de la surface du corps, qui restent roïdes
comme des aiguilles.
ESPÈCES
1° Pleuronema Chrysalis. Perty. Zur Kenntn., etc., p. 146. y SN. Paramecium Chrysalis. Ehr. Inf., p. 532. PI. XXXIX, Fig. 8.
Pleuronema crassa. Duj., p. 474. PI. VE, Fig. 1, et PI. XIV, Fig. 2. Pleuronema marina. Duj., p. 475. PI. XIV, Fig. 3.
(V. PL. XIV, Fig. 8.) DrAGNOSE. Partie antérieure du corps munie d’une auréole de soies saltatrices très-fines.
Le Pleuronema Chrysalis a un corps comprimé ovale, dont le bord dorsal est plus
convexe que le bord ventral. Au milieu de ce dernier est une fosse large dans laquelle
ET LES RHIZOPODES. 275 se trouve la bouche, et qui se prolonge en arrière en une espèce de sillon très-marqué. C’est dans ce sillon que sont logées les soies ventrales caractéristiques du genre. Elles sont nombreuses, et leur pointe est dirigée en avant pour venir rencontrer la pointe d’une soie fort longue, qui, sortant de la bouche en se dirigeant en avant, ne tarde pas à se courber en arc pour revenir en arrière. Cette longue soie vibre continuellement. Aussi eroit-on en voir ordinairement deux fort éloignées l’une de l’autre dans leur position arquée, mais confondues à leurs extrémités. Nous avons cru nous convaincre que ce n’est là qu'une pure illusion d’optique, et que la longue soie est unique. M. Dujardin compte, lui, huit à douze filaments infléchis en arrière, mais ce nombre si élevé provient de ce qu'il n’a distingué, ni dans sa description, ni dans ses figures, les soies du sillon ventral de-celle qui sort de la bouche. La figure de sa PL. marina, espèce qu'il base à peu près uniquement sur son habitation marine, est beaucoup plus exacte, et l’on y reconnaît distinctement deux faisceaux de soies allant à la rencontre l’un de l’autre, le faisceau antérieur représentant la longue soie buccale arquée, et le faisceau postérieur représentant les soies ventrales. M. Ehrenberg n’a pas non plus distingué les deux ordres de soies, et il nous paraît vraisemblable que le groupe de longs cils à apparence membraneuse qu'il dessine représente, dans quelques-unes de ses figures, les
ssoies ventrales, et, dans d’autres, la soie buccale. Une seule de ses figures (Fig. VIT, 1) semble indiquer vaguement les deux groupes distincts. — Dans la partie supérieure de la fosse buccale se trouve, de plus, une soie moins longue que les précédentes, dont la pointe est dirigée contre la bouche. Cette soie facilite l'introduction des aliments
dans l’orifice buccal.
Lorsque l'animal nage, il retire à lui toutes les soies de la nasse, qui viennent alors s'appliquer contre la surface du corps, dans le sillon ventral.
L’œsophage est un tube membraneux excessivement court.
La partie antérieure de l’animal est ornée d’une auréole de soies roides longues et extrêmement fines, qui n’ont été signalées, jusqu'ici, par aucun auteur. Ce sont elles qui confèrent à l'animal la propriété de faire des bonds subits et les mouvements saccadés qui lui sont particuliers, et qui ont été fort bien décrits par M. Perty.
276 ÉTUDES SUR LES INFUSOIRES La vésicule contractile est située dans la paroi dorsale, tout près de l'extrémité antérieure. Le nucléus est gros et rond, et logé dans la partie postérieure du corps.
Le PI. Chrysalis, qui n’est pas rare aux environs de Berlin, atteint une longueur d'environ Onm 085.
20 Pleuronema Cyclidium. (V. PI. XIV, Fig. 6.)
Di: GNOSE. Partie antérieure du corps muvie d’une seule soie saltatrice très-longue.
Cette espèce ressemble extrêmement au Cyclidium Glaucoma, soit pour la taille, soit pour la forme, soit pour la position de la vésicule contractile, du nucléus et de la soiè saltatrice. Elle ne s’en distingue que par la présence des soies ventrales propres au genre Pleuronema. — Cette grande ressemblance nous a conduits à nous demander si le prétendu Cyclidium Glaucoma ne serait pas au fond un véritable Pleuronoma. En effet. la petitesse de l'animal pourrait facilement expliquer le fait que les soies ventrales auraient échappé jusqu'ici aux observateurs. Cependant, nous avons eu beau examiner très-scrupuleusement une foule de Cyclidium dans des circonstances trèsfavorables, nous n’avons jamais pu découvrir chez eux les soies ventrales des Pleuro-
nèmes. Nous considérons done le PL. Cyclidium, que nous avons rencontré à diffé-
rentes reprises dans le Thiergarten de Berlin, comme distinct du Cyclidium Glaucoma.
Il atteint une longueur de 0m,010.
3° Pleuronoma natans. (N. PI. XIV, Fig. 7.)
Diagxose. Corps dépourvu de soies saltatrices.
Cette espèce, dont la taille égale presque celle du P/. Chrysalis, est relativement beaucoup plus large et munie d’une fosse buccale beaucoup plus spacieuse. La partie supérieure de cette fosse buccale présente une soie ondulée correspondant à la soie arquée du PL. Chrysalis, mais beaucoup moins longue qu’elle, et, en outre, plusieurs autres soies plus courtes et point ondulées, dont la pointe est dirigée vers la bouche. La partie inférieure de la fosse buccale qui correspond au sillon ventral du PI. Chrysalis est armée des soies caractéristiques du genre, qui sont longues et dirigées en avant.
L'appareil buccal est donc parfaitement analogue à celui des deux espèces précé-
dentes. En outre, le nucléus et la vésicule contractile sont placés à peu près comme chez le P{. Chrysalis; la vésicule est seulement située plus exactement à l’extrémité antérieure.
Par tous ces caractères, le P/. nalans appartient évidemment au genre Pleuronème. Il se distingue cependant essentiellement des deux espèces précédentes par l’absence de soies saltatrices. Aussi ne présente-t-il point les mouvements brusques et saccadés qui caractérisent, soit le Cyclidium Glaucoma, soit le Pleuronema Chrysalis et le
PE: Cyclidium. M nage tout simplement à la manière d’un Paramecium, sans faire de bonds.
Le PI. natans a été observé par nous, dans les tourbières de la Bruyère aux Jeunes-
Filles (Jungfernhaide), près de Berlin.
5e Genre. — GLAUCOMA.
Les Glaucoma sont des Paraméciens plus ou moins déprimés, Chez lesquels la
bouche est comprise entre deux lèvres perpétuellement vibrantes.
ESPÈCES
4° Glaucoma scintillans. Ehr. Inf., p. 335, PI. XXXVE, Fig. 5.
Diacnose. Corps ovale; bouche située entre le bord antérieur et le milieu du corps; pas de dépression en forme de sillon.
Cette espèce est bien connue, grâce aux études de plusieurs savants,, surtout de MM. Ehrenberg et Stein. Ce dernier est le seul qui ait reconnu l’existence de deux lèvres vibrantes. MM. Ehrenberg et Dujardin ne parlaient que d’une seule. La vésicule
$ ] P q contractile qui est située dans la paroi dorsale présente souvent une forme étoilée,
produite par le commencement des vaisseaux qui en partent.
2 Glaucoma margaritaceum.
Svn. Cyclidium margarilaceum. Ebr. Inf., p. 216. PI. XXII, Fig. 2. Cinelochilum margarilaceum. Perty, Z. K., p. 148.
(V. PI. XIV, Fig. 4)
DraGNose, Corps ovale; bouche située entre le bord postérieur et le milieu du corps; une dépression en forme de sillon oblique allant dé la bouche à l'extrémité postérieure.
Cette espèce, que M. Ehrenberg rapportait au genre Cyclidium, ne possède pas la soie buccale particulière à ce dernier ; en revanche, sa bouche est comprise entre deux lèvres tout-à-fait semblables à celles du Glaucoma scintillans, infusoire dont M. Perty l’a déjà rapproché à bon droit. Sa surface est profondément et obliquement striée et présente un sillon très-marqué qui s'étend obliquement de la bouche à l’extrémité postérieure. Aussi cette dernière parait-elle échancrée: M. Ehrenberg a noté l’échanerure sans remarquer le sillon. — La vésicule contractile est placée dans la partie postérieure de l’animal, entre le sillon et le bord droit.
Le Gl. margaritaceum est muni à son extrémité postérieure d’une soie longue et fine, qui est implantée sur le bord gauche de l’échancrure terminale et qui est toujours inclinée vers la droite. Bien que cette soie rappelle tout-à-fait les soies saltatrices d’autres infusoires, en particulier celle des Urotricha, qui est inclinée de la même
manière, nous n'avons pas remarqué que le Gl. margaritaceum soit un animal sauteur.
VBE° Faumilie. — DYSTEIREN A.
La famille des Dystériens a d’abord été établie par M. Dujardin, sous le nom d’Er-
viliens, et caractérisée d’une manière assez exacte. Plus tard, M. Huxley' retrouva des
1. Thom. Huxley. On Dysteria : a new genus of Infusoria. Quarterl. Jour. of micr. Science. Jannary, 187, p. 78.
animalcules appartenant au genre Ervilia Duj., mais il ne paraît pas s'être douté que le savant de Rennes les eût déjà connus, et il fonda pour eux un genre nouveau sous le nom de Dysteria. Nous conservons ce nom de préférence à celui donné par M. Du-
jardin, parce que le nom d’Ervilia a déjà trouvé son emploi dans le système.
M. Dujardin caractérise les Dystériens comme étant des animaux de forme ovale plus ou moins déprimée, revêtus en partie d’une cuirasse membraneuse persistante, et pourvus de cils vibratiles sur la partie découverte, avec un pédoncule court en forme de queue. Nous pouvons conserver cette caractéristique telle quelle, en en retranchant
“toutefois ce qui concerne la cuirasse. Celle-ci n’est en effet pas essentielle, car nous
décrirons plus loin le genre Huxleya, qui en est dépourvu.
M. Huxley décrit très-exactement les mouvements de ces animaux, en disant qu'ils se fixent volontiers aux objets étrangers à l’aide de leur appendice en forme de pied, et que le corps entier tourne autour de ce support comme autour d’un pivot. C’est, en effet, là la position favorite des Dystériens.
M. Ehrenberg a déjà connu un Pystérien, savoir son Euplotes monostylus® de la Baltique, que M. Dujardin rangea avec raison parmi ses Erviliens. Il est curieux que, malgré l’absence complète d’analogie entre les Dystériens et les Euplotes, M. Huxley ait également cherché à rapprocher son genre Dysteria de ces derniers. « L’existence d’une sorte de coquille ou de cuirasse, dit-il, formée par la eouche externe et sans structure de la substance du corps, la présence d'une fosse (groove) submarginale ciliée autour de la plus grande partie du corps, et l’inégalité des valves latérales, : tout cela ne nous laisse pas d’autre alternative que de placer les Dysteria auprès de la famille des Euplotes ou bien dans cette famille même. » — Mais ceci est loin d’être exact. Les caractères en question ne sont point particuliers aux Euplotes. La cuirasse n’est rien d’essentiel dans la famille; d’ailleurs, la cuirasse des Dysteria est persistante, ce qui n’est pas le cas pour celle des Euplotes. La fosse ciliée est bien loin de montrer
une parenté entre les Euplotes et les Dysteria, puisque les premiers n'ont jamais d’au-
1. M. Eichwald figure sous ce nom un Dystérien qui paraît être différent de celui pour lequel M, Ehrenberg avait créé cette dénomination. Sa partie antérieure parait être ornée de deux taches pigmentaires noires. V. Eichwald, 9er Nachtrag zur Infusorienkunde Russlands, p. 127, PL IV, Fig. 26.
tres cils que la rangée des cirrhes fronto-buccaux. Enfin, l’appendice-pivot des Dystériens n’a rien de commun avec les extrémités marcheuses des Euplotes.
On a tenté un autre rapprochement, bien moins naturel que le précédent. M. Gosse” a voulu faire des Dystériens des Rotateurs. M. Dujardin avait déjà indiqué une certaine ressemblance entre ces animaux, mais il avait sagement décidé que cette ressemblance n’est qu’apparente (produite surtout par l'existence simultanée de la cuirasse et de l’appareil buccal) et que les Dystériens sont de vrais infusoires ciliés. M. Gosse tient l’aftinité entre les Dystériens et les Rotateurs pour parfaitement réelle. Nous sommes parfaitement de son avis, aussi longtemps qu'il se contente de démontrer que les Dysteria n’ont rien à faire avec les Euplotes; qu’un animal excessivement comprimé est assez différent d’un animal très-déprimé, ete. Mais les arguments dont 1l se sert pour prouver la parenté qu'il croit avoir trouvée nous semblent de bien peu de valeur. La vésicule contractile n’a pas d'importance aux yeux de M. Gosse, vu qu’elle existe aussi bien chez les Rotateurs que chez les Infusoires. Nous ne sommes pas tout-à-fait de cette opinion, car nous croyons qu’on peut fort bien distinguer la vésicule contractile d’un rotateur de celle d’un infusoire. La première est en communication avec des vaisseaux pourvus d’appendices vibratiles, caractère distinctif de tout système cireulatoire aquifère. Les vaisseaux quisonten communication avec la seconde ne présentent, au contraire, jamais d’appendices semblables, ce qui est une nouvelle preuve que le système circulatoire des infusoires est un système sanguin et pas un système aquifère. La vésicule contractile des Dystériens se comporte, sous ce rapport, précisément comme celle des infusoires. Ajoutons qu'un grand nombre de Dystériens possèdent plusieurs vésicules contractiles, particularité fréquente chez les infusoires, mais entièrement étrangère au type des rotateurs. — En second lieu, M. Gosse croit que l’absence d’un canal alimentaire, chez les Dysteria, n’est point démontrée. Il pense même que ces animaux possèdent une cavité alimentaire réelle, limitée, mais très-ample. C’est fort juste. Mais c’est aussi le cas pour tous les autres infusoires, et si M. Gosse persiste à réunir, à cause de cela, les Dysteria aux Rotateurs, il faut qu'il se résigne à rayer du système toute la
classe des infusoires. Une grande difficulté qui s'oppose à l’idée de M. Gosse, c’est 8 q PP
{. On the zoological position of Dysteria. V. Quarterly Journal of microscopical science. Avril, 1857, p. 158.
que M. Huxley a observé une reproduction par fissiparité, chez sa Dysteria armata. Or, nul n’a vu jusqu'ici de fissiparité chez les Rotateurs. M. Gosse s’est donc tiré de peine par le seul moyen restant encore à sa disposition : il a suspecté l'exactitude de observation de M. Huxley.
L'appareil buccal, auquel M. Gosse paraît attacher une grande valeur, s'éloigne fort des mâchoires des Rotateurs. Il n’opère pas de mouvements de mastication comme ces dernières; c’est bien plutôt un appareil dégluteur comme celui des Nassula, des Chilodon, des Prorodon, etc
Enfin, M. Gosse déclare trouver une grande parenté entre les Dysteria, d’une part, et les genres Monocerca et Mastigocerca, d’autre part; si bien qu'il assigne aux Dystériens une place dans la famille des Monocercadæ. Geci est une grave erreur. Le pied des Dysteria n’a aucune espèce de rapport avec celui des Monocerques. Chez les Rotateurs, le pied est l’extrémité postérieure du corps. Ces animaux sont plus ou moins vaguement divisés en segments, et la segmentation en anneaux se retrouve dans le pied ou queue. En un mot, le pied des rotateurs n’est point un organe appendiculaire. Chez les Dystériens, il en est tout autrement. Iei le pied n’est pas terminal; ce n’est pas la continuation du corps; c’est un véritable appendice uni à la face ventrale de Panimal par le moyen d’une articulation.
À notre avis, les infusoires dont les Dystériens se rapprochent le plus sont les Chilodon, et surtout les Trichopus. Ils sont, comme les premiers, ciliés seulement sur leur face ventrale et possèdent un appareil dégluteur. Cependant lPaflinité ne va pas plus loin, et nous rencontrons immédiatement des différences qui justifient suffisamment l'érection des Dystériens au rang d’une famille spéciale. C’est avant tout l'existence du pied, puis ensuite la compression latérale, qui donne à ces animaux une forme diamétralement opposée à celle des Chilodon, infusoires, comme l’on sait, tout-à-fait déprimés. La face ventrale cihiée est ici réduite à une bande étroite se montrant dans l’entrebâillement des deux valves du test. La face dorsale est également réduite à un mimimum d’étendue, étant parfois restreinte à un contour brusque unissant le côté gauche au côté droit. Ces deux derniers sont, par contre, excessivement développée. — L’aflinité avec les Trichopus est, par contre, bien plus réelle, puisque la compres-
sion et la distribution des cils est la même chez les Dystériens et chez les Trichopus.
Ces derniers ne sont, du reste, pas encore suffisamment étudiés et leur position n’est pas parfaitement fixée. Toutefois, l'absence d’un véritable pied paraît les distinguer
suffisamment des Dystériens.
Chez la plupart des espèces munies de cuirasse, et probablement même chez toutes, la valve gauche est plus étroite que la droite, et cette différence de largeur à lieu au détriment du bord ventral de la valve. La valve gauche est, en outre, en général, plus courte que la droite; elle est échancrée en avant. Lorsqu'on considère l'animal du côté gauche, on voit, par suite, la valve droite dépasser le bord de la valve gauche dans toute la région antérieure et ventrale. Dans l'intervalle entre les deux valves apparaît la euticule ciliée de l'animal. Les cils sont d’une longueur fort différente, suivant les espèces. Chez quelques-unes, ils passent à l’état de cirrhes excessivement vigoureux dans la partie antérieure. A l’aide de ces cils, les Dystériens peuvent nager assez rapidement; leur pied reste inactif pendant la natation, et leur corps est durant la progression couché sur le côté, ‘comme celui d’un Pleuronectes. Le pied est en général terminé en pointe et contient dans son intérieur une cavité, déjà signalée par M. Huxley.
La cuirasse offre des différences de forme très-considérables suivant les espèces, et comme cette famille paraît être fort nombreuse, on peut puiser avec avantage dans ces différences les caractères nécessaires à l'établissement des différents genres. Chez quelques-uns, les deux valves sont complètement séparées l’une de l’autre, formant d’une part une carapace bombée du côté droit, et d'autre part, un plastron aplati du côté gauche. Chez d’autres, elles sont réunies par une sorte de pont étroit placé immédiatement en arrière du pied, tandis que tout le reste du contour de l’animal présente un espace béant entre les deux valves. Chez d’autres, enfin, les deux valves sont unies
l’une à l’autre dans toute la longueur du côté dorsal.
M. Dujardin supposait que le genre Urocentrum pourrait peut-être rentrer dans le groupe des Dystériens; mais il n’y a, dans le fait, pas de parenté réelle entre les Dysteria et les Urocentrum. — Enfin, le même auteur a établi le genre Trochilia pour des Dystériens à cuirasse striée obliquement et ouverte seulement en avant, c’est-à-
dire dont les deux valves sont soudées l’une à l’autre sur leur pourtour presque com-
plet, même sur le côté ventral, de manière à être transformées en une véritable gaîne. Jusqu'ici, nous n’avons pas eu l’occasion d'observer ce genre-là, et lorsqu’on considère le mode d'implantation du pied et la position de la bouche chez les Dystériens en général, son existence peut paraître douteuse.
Les Dystériens paraissent être très-nombreux dans la mer. Les espèces observées par MM. Dujardin", Ehrenberg (Euplotes monostylus), Eichwald, Huxley et Gosse provenaient toutes de l’eau de la mer. Nous en avons nous-mêmes observé un très-grand nombre dans la mer du Nord. Cependant, ce n’est point une famille exclusivement marine, car nous avons trouvé souvent en grande abondance, dans les eaux douces des environs de: Berlin, un petit Dystérien appartenant au genre Ægyria. M. Lieberkühn
nous à dit l'avoir rencontré aussi fréquemment.
RéparUlion des Byslériens en genres.
Deux valves complètement distinctes....,.............,.... 1. IDUNA. M Les deux valves soudées seulement en Une cuirasse. k "= RESE Deux valves soudées ) ANTICT ONE RE secte ler ciiele els 2. DYSTERIA. DySTERINA. € l'une à l’autre. S Les deux valves soudées dans toute la longueur du dos................ 5. ÆGYRIA.
RUE ENT De Ré o etaNe en DRE A SU ARE AE A Sen 4. HUXLEYA.
1er Genre. — IDUNA*.
Le genre Iduna est formé par les Dystériens euirassés dont les deux valves sont parfaitement distinctes, c’est-à-dire ne sont soudées l’une à l’autre sur aucune parte
de leur pourtour. Nous n’en connaissons jusqu'ici qu’une espèce.
1. 11 serait possible toutefois qu'un animal trouvé par M. Dujardin dans de l'eau de Seine et décrit par lui sous le nom de Gastrochæta fissa (Duj. Inf., p. 38%, PI. VII, Fig, ) dans sa famille des Enchélyens, fût un Dystérien.