‹ Études sur les infusoires et les rhizopodes;Chapitre 76 sur 210 · Nom tiré de la mythologie scandinave · texte numérisé non relu

Nom tiré de la mythologie scandinave

ESPÈCES

1° Ægyria Legqumen.

Sxx. Ervilia Legumen. Duj. Inf., pe 455. PI. X, Fig. 15.

(VRP EXV ARS 210;)

DGnosE. Ægyria très-large, à péine rétrécie en avant, munie d’une arète sur sa face aplatie et dépourvue de tache pigmentaire.

Cette espèce est très-large, surtout en arrière. La valve plane est plus courte en avant que la valve convexe, mais cependant à peine échancrée. L’arête ou côte dont elle est munie est rapprochée du bord dorsal et parfaitement droite. Le pied est court. L'appareil dégluteur est droit et sa paroi est épaissie à son bord buccal, de manière à former une saillie tranchante à l'intérieur. Les vésicules contractiles sont au nombre de deux. Toutes deux sont ventrales. |

Nous ne croyons pas nous tromper en rapportant cette espèce à l’Ervilin Legumen observée par M. Dujardin dans la Méditerranée. Elle est, dans tous les cas, spécifiquement très-voisine de cette espèce.

Cette espèce paraît très-répandue dans la mer du Nord. Nous l'avons rencontrée dans le fjord de Bergen, dans le fjord de Christiania, dans le port de Christiansand et

près de Glesnæsholm.

2 Ægyria angustata. (V. PI. XN, Fig. 21-23.) DIAGNOSE. Ægyria très-large, mais à partie antérieure étranglée ; valves sans arêtes: pas de tache pigmentaire.

Cette espèce, voisine de la précédente, s’en distingue facilement par le grand rétrécissement de sa partie antérieure et par l'absence de côte élevée sur sa face plane. — Nous déerivons cette espèce d’après des dessins et des notes de M. Lachmann, qui remarque expressément que la valve large et bombée est la gauche, tandis que la valve étroite et plane est la droite. Toutefois, les dessins ne sont pas parfaitement d'accord avec celle remarque, car si les figures 21 et 23 représentent en effet la valve droite comme étant étroite et plane, c’est le contraire dans la figure 22. L’analogie avec d’autres espèces nous fait supposer que cette dernière figure représente le véritable

état de choses.

Les vésicules contractiles sont disposées précisément comme chez l’espèce précé-

dente. — Gette espèce a été observée dans la mer du Nord, sur la côte de Norwége.

3 Ægyria Oliva. (N. PI. XV, Fig. 14-15.) DraGxose. Ægyria à valves lisses; partie antérieure ornée d’une tache pigmentaire d’un noir intense.

Cette espèce est remarquable par son épaisseur, qui est si grande, qu'on peut à peine dire que le corps soit comprimé comme celui des autres Dystériens. Le dos n’est plus réduit à l’état d’une simple arête, mais forme un véritable cintre qui confond insensiblement l’une des valves avec l’autre. Il résulte de là que lanimal rappelle par sa forme extérieure les mollusques du genre Olive. Le sillon ventral qui sépare les deux valves de la carapace est ici d’une très-grande largeur, et, en outre, la carapace parait n'être, chez cette espèce, qu'une apparence produite par une raideur de téguments, à peu près comme cela a lieu chez les Euplotes.

La partie antérieure est ornée d’un point noir intense, qui rappelle celui des Ophryoglènes, et qui est placé tout près du bord dorsal. — Le pied est situé moins en arrière que chez les autres espèces, et immédiatement derrière lui se trouve un faisceau de cils plus longs que les autres cils ventraux. L'appareil dégluteur est étroit et court. Nous n'avons pu reconnaître ni nucléus, ni vésicule contractile.

Tous les individus que nous avons observés étaient colorés d’un rouge foncé, et si peu transparents, que l'étude de leur forme était assez diflicile. Nous ne pensons cependant pas que cette couleur soit caractéristique. En eflet, ces Dystériens paraissent se nourrir exclusivement de débris de Ceramiums, qui étaient sans doute la cause de leur couleur.

L'Ægyria Oliva atteint une longueur de Om 10. Nous l'avons observée dans la mer

du Nord, à Glesnæsholm, près de Sartorôe.

4 Ægyria pusilla. (N. PI. XV, Fig. 5-6.) DIAGNOSE. Ægyria à corps étroit el valves dépourvues d’arètes; pas de tache pigmentaire.

Cette fort petite espèce se distingue de toutes les précédentes par son peu de lar-

geur et l’absence d’arêtes sur ses valves parfaitement lisses. Elle est épaisse et large-

ment béante sur la face ventrale. Nous l’avons observée dans la mer du Nord, à Glesnæsholm, près de Sartorôe. Nous n’osons pas en distinguer spécifiquement une Ægyria de forme un peu différente, qui n’est pas rare dans la Sprée, près de Berlin, mais chez laquelle la petitesse des dimensions nous a empêchés, comme chez cette espèce-ci, de

discerner l'appareil dégluteur.

4e Genre. — HUXLE YA.

Les Huxleya se distinguent de tous les autres Dystériens par l’absence de carapace. — Nous ne pouvons nous défendre de l’idée que les Trochilia de M. Dujardin, dont la carapace est censée fermée sur le ventre, ne soient de véritables Huxleya. Rien du moins n'indique, dans les figures que M. Dujardin donne de sa Trochilia sigmoides (Duj. Inf., PI. 10, Fig. 15), que cet animal possède réellement une cui-

rasse.

1° Huxleya sulcata. (N. PL. XIV, Fig. 14.)

DIAGNOSE. Corps très-comprimé; cuticule ornée de sillons obliques.

+ La cuticule de cette petite espèce est striée, comme celle de la plupart des infusoires ciliés, mais les cils vibratiles n’en sont pas moins restreints à la région ventrale. En avant, le corps se termine en une pointe obtuse ; en arrière, il est largement arrondi. Le pied est petit et tout-à-fait ventral. Vésicule contractile unique. Nous n’avons pas réussi à reconnaitre l'appareil dégluteur.

La H. sulcata est longue d'environ 0wm,095. Elle a été observée dans le fjord de

Bergen, en Norwége.

2° Huxleya crassa. (NV. PI. XIV, Fig. 11-13.)

DiAGNoSE. Corps à peine comprimé, presque aussi épais que large et présentant en arrière sa plus grande épaisseur ; cuticule lisse.

La forme de la partie postérieure est tout-à-fait caractéristique chez cette espèce.

Non loin du bord postérieur se trouve, soit sur le côté droit, soit sur le côté gauche,

une corniche saillante, qui augmente considérablement l'épaisseur de cette région. — Le pied est situé à l'extrémité postérieure, mais plus près du côté dorsal que du côté ventral. La partie antérieure n’est point atténuée, comme chez l'espèce précédente, mais largement arrondie où même tronquée. La vésicule contractile est unique. — Nous n'avons pas réussi à reconnaître l’appareil dégluteur.

La 1. crassa est longue d'environ 0mm,085. Nous l’avons observée dans le fjord de

Bergen, en Norwége.

VENI Famille. — TRACHÉELEN A.

La famille des Trachéliens est formée par des infusoires essentiellement dégluteurs, dépourvus de spire régulière de cirrhes buccaux, et manquant de pied. Ges infusoires sont en général remarquables par la contractilité excessive de leur parenchyme, contractilité qui atteint son maximum chez certains Amphileptus et surtout chez les Lacrymaires. Chez quelques genres, savoir les Prorodon, les Nassules, et peut-être les Urotricha, cette contractilité devient cependant à peu près aussi nulle que chez un Parameeium ou un Pleuronema.

Nous considérons notre famille des Trachelina comme formant un groupe extrèmement naturel, aussi naturel même que celui des Vorticellines. La faculté que possèdent ces animaux de happer leur proie au passage, sans l’attirer à eux par un tourbillon produit à cet effet dans le milieu ambiant, se retrouve, il est vrai, au même degré chez les Dystériens et les Colépiens; toutefois, les Dystériens forment une famille trop bien caractérisée pour qu'on puisse élever des doutes sur sa circonscription naturelle,

et le seul genre Trichopus, parmi les Trachéliens, offre une certaine afinité avec elle.

Quant aux Colépiens, on pourrait, au besoin, les réunir aux Trachéliens, mais ils sont si clairement caractérisés par leur cuirasse à jour que personne ne nous blämera de les laisser dans une famille à part.

La famille des Trachéliens, quelque naturelle qu'elle soit, n’a pas été établie, avant nous, dans les limites que nous lui donnons. Elle n’a de commun que le nom avec la famille des Trachelina de M. Ehrenberg. Les infusoires qu’elle renferme étaient répartis, par le célèbre micrographe de Berlin, pêle-mêle avec les formes les plus hétérogènes, dans ses quatre familles des Enchelya, Trachelina, Ophryocercina et Colpodea. Lorsque nous passerons à l’étude des genres, nous aurons l’occasion de montrer combien ces associations étaient souvent peu en harmonie avec les exigences d’une classification naturelle. M. Dujardin n’a pas mieux entrevu que M. Ehrenberg le groupe des Trachéliens. Il répartit les animaux qui le forment dans ses familles des Trichodiens, des Paraméciens et même des Plæsconiens, où ils doivent souvent être étonnés de Paspect étrange des voisins qu'il leur donne. Quelques-uns paraissent avoir aussi trouvé place dans sa famille des Enchélyens. — Enfin M. Perty est bien certainement celui qui à le mieux saisi les affinités réciproques des Trachéliens. Il les répartit, il est vrai, dans quatre familles — Holophryina, Decteria, Tracheliina, Ophryocercina, — qu'il à eu tortde séparer les unes des autres par des groupes qui n’ont pas la moindre parenté avec elles, mais ces quatre familles ont du moins l’avantage d’être formées exelusivement par des Trachéliens, et, en général, les genres y sont bien groupés d’après leurs plus grandes affinités respectives.

Les tableaux synoptiques obligeant à caractériser les genres d’une manière un peu laconique, il en résulte souvent que ces tableaux renferment des données un peu insuffisantes. C’est ce qui explique quelques imperfections du tableau qui va suivre. Les Phialines sont, par exemple, placées parmi les Trachéliens dont la bouche est située à l'extrémité antérieure, tandis qu'à prendre les choses au pied de la lettre, cette bouche est latérale, puisqu'elle se trouve à la base de l’appendice conique. Toutefois, on peut désigner cette bouche comme terminale à peu près à aussi bon droit qu’on appelle {erminal Vorifice buccal des Prorodon, bien que cet orifice ne soit presque Jjamais exactement polaire. La bouche des Phialines n’est point latérale au même degré

que celle des Amphileptus ou des Nassules, et toute confusion nous paraît impossible

à cet égard. Nous avons dû passer par dessus cette imperfection, pour laisser les Phialines à côté des Lacrymaires, leurs parents naturels. — De même, nous avons placé les Amphileptus parmi les Trachéliens dépourvus d'appareil dégluteur, et cependant lœsophage de PA. gigas présente des plis longitudinaux qui rappellent singulièrement l’appareil des Chilodon. L’A. gigas est en effet un Amphileptus pur sang, et n’a rien à faire avec les Trachéliens à bouche non terminale, qui possèdent un appareil dégluteur (Chilodon et Trichopus). Les Chilodon sont extrêmement déprimés, tandis que les Amphileptus, lorsqu'ils sont aplatis, sont toujours comprimés et jamais déprimés. Quant aux Trichopus, qui sont comprimés, ils s’éloignent infiniment de l’A. gigas par leur faisceau de cils en forme de pied et par leur dos glabre. Ces imperfections, inévitables dans un tableau synoptique, seront suflisamment corrigées dans l'examen détaillé des genres et des espèces.

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1e Genre. — LACRYMARITA.

Le genre Lacrymaria est formé par des infusoires non aplatis, dont la bouche est située, à l'extrémité d’un col plus ou moins long, sur un petit appendice conique entouré, à sa base, de cirrhes plus longs que les cils qui revêtent la surface du corps. Ce col est parfaitement comparable à celui d’une bouteille bouchée. L’appendice conique correspond au bouchon ; le sillon, qui l'entoure à sa base, trouve son analoguedans celui qui sépare le liége du bord du verre, et le col lui-même répond au col de la bouteille. — L’anus est terminal ou à peu près.

Le genre Lacrymaria, tel que nous l’entendons, comprend les genres Lacrymaria et Trachelocerca de M. Ehrenberg. Cet observateur n’a évidemment pas eu une idée très-claire des analogies et des différences réciproques qui existent entre les animaux qu'il a classés sous les noms de Lacrymaria, Trachelocerea et Phialina. Il basait ces geures essentiellement sur la position de la bouche et de l’anus. Il admettait que chez les Lacrymaria la bouche et anus étaient deux ouvertures terminales et opposées l’une à l’autre (Enantiotreta), tandis que chez les deux autres genres une seule de ces deux ouvertures était terminale (A/{otreta), à savoir la bouche chez les Trachelocerca, et l’anus chez les Phialina. Il en résultait que, d’après la classification de M. Ehrenberg, ces animaux, si proches parents les uns des autres, étaient répartis dans trois familles différentes, les Lacrymaires se trouvant appartenir aux Enchelia, les Phialines aux Trachelina, et les Trachélocerques aux Ophryocercina. Nous avons déjà montré ailleurs de combien peu de valeur sont ces différences dans la position de la bouche et de l’anus, ce qui nous dispense d’y revenir maintenant. D'ailleurs, nous le répétons, M. Ehrenberg n'avait pas une idée très-claire des différences qu'il établissait. En effet, il n’a nullement reconnu la vraie position de la bouche chez ses Lacrymaires et ses Trachélocerques. Au lieu de la représenter comme étant exactement terminale, il la place dans le sillon qui sépare l'extrémité du cou de l’appendice conique, qui surmonte celle-ci, en d’autres termesil lui donne exactement la même posi-

tion que chez les Phialines. On n’a qu’à prendre les figures que M. Ehrenberg donne q S q 5

de ses Lacrymaires, de ses Trachélocerques et de ses Phialines, et l’on s’assurera que chez toutes la bouche est située à la même place. Nous conseillons surtout comme point de comparaison la Lacrymaria Proteus Ehr. (Inf., PI. XXXI, Fig. XVII, 4.0’), la Trachelocerca viridis Ehr. (Inf./ PI. XXXVIII, Fig. VIT, 4.0‘) et la Phialina vermicularis Ehr. (Inf., PL XXXVI, Fig. HI, 3,0‘) comme présentant toutes les trois une position latérale de la bouche parfaitement identique. Et, cependant, d’après la classification de M. Ehrenberg, les Phialines seules devraient avoir la bouche située latéralement, tandis que les Lacrymaires et les Trachélocerques devraient avoir la bouche terminale. Comment expliquer cette contradiction évidente ? M. Ehrenberg a-t-il peut-être reconnu la vraie position de la bouche chez les Laerymaires et les Trachélocerques, et s'est-il simplement trompé en l’indiquant sur ses planches? — Non; M. Ehrenberg n’a jamais reconnu que chez ces animaux la bouche est placée au sommet de l’appendice conique qui surmonte le cou, et si, néanmoins, il appelle cette bouche terminale, bien qu'il l'appelle latérale chez les Phialines, cela provient d’une espèce de vague, d’un manque de détermination des expressions employées. M. Ehrenberg s’est, pour ainsi dire, laissé tromper par les termes mêmes dont il se servait. L’appendice conique qui surmonte le cou, et qui ressemble au bouchon d’une bouteille, est désigné, par lui, tantôt sous le nom de front, tantôt sous celui de lèvre. Chez les Phialines, il le nomme un front, et la bouche, se trouvant placée à la base de ce front, n’est pas terminale ; elle est latérale. Chez les Lacrymaires et les Trachélocerques, il le nomme une lèvre, et la bouche se trouve, partant, terminale, seulement un peu dépassée par la lèvre supérieure! C’est là une étrange réaction des termes sur les idées. M. Ehrenberg serait bien embarrassé de trouver une différence essentielle entre ce qu’il nomme dans certains cas une lèvre et ce qu’il désigne ailleurs sous le nom de front. La partie du corps qui dépasse la bouche en avant chez les Amphileptus est parfois aussi longue que le reste du corps, ou même davantage. M. Ehrenberg la nomme néanmoins une lèvre. Sentant, du reste, toute la singularité de l'expression, il s’empresse de la spécialiser un peu plus en se servant du terme de lèvre supérieure en forme de front (stirnartige Oberlippe). Cependant, il y a certainement une ressemblance bien plus grande entre la lèvre d’une Lacrymaire et le

front d'une Phialine, qu'entre la lèvre d’un Amphileptus et la lèvre d’une Laerymaire !

La différence que M. Ehrenberg croit avoir observée dans la position de la bouche, chez ses différents genres, repose, nous le répétons, sur le vague des termes qu’il employait. C’est ainsi que, chez les Lacrymaires, il désigne l’appentice conique qui porte la bouche, comme étant une bouche renflée en tête et munie d'une lèvre (« Emen kopfartig angeschwollenen und mit Lippe versehenen Mund »), définition fort imexacte, puisque le même objet se trouve compris à la fois sous deux rubriques, à savoir sous celle d’un renflement en tête où en bouton et sous celle d’une lèvre. Quelques lignes plus loin, il dit que la bouche n’est qu'à peine dépassée par une lèvre courte, en forme de trompe, et parfois distinctement articulée.

Aujourd’hui que nous connaissons plus exactement la vraie position de la bouche chez les animaux en question. il est bon de s'entendre sur la valeur des termes. Nous appelons Lacrymaria les espèces qui ont la bouche terminale, non pas dans le sens de M. Ehrenberg, mais réellement terminale, sans être surmontée par rien qu’on puisse appeler ni front, ni lèvre, tandis que nous réservons le nom de Phialina à celles dont la bouche est située à la base de l’'appendice qui surmonte le cou, et que M. Ehrenberg nomme tantôt un front, tantôt une lèvre.

Le nom de Trachelocerca se trouve, par suite de ces circonstances, rayé de la nomenclature. Nous avons préféré conserver celui de Lacrymaria, qui a pour lui l’avantage de l’ancienneté. L'espèce dont M. Ehrenberg fait le type de son genre Trachelocerca, la T. Olor, avait été nommée précédemment, par lui, Lacrymaria Olor, et nous lui rendons son ancien nom. Le nom de Lacrymaria est, du reste, en lui-même préférable à celui de Trachelocerca, attendu que les espèces de ce genre ne sont pas toutes terminées en queue, ce qu'on semblerait cependant avoir le droit d’inférerde ce dernier nom.

M. Dujardin a déjà opéré la fusion des genres Lacrymaria et Trachelocerca, en se basant sur ce que M. Ehrenberg n’a distingué ces deux genres-là et le genre Phialina que d’après la position supposée d’une bouche et d’un anus. Ç'a été là un coup de main heureux de la part de M. Dujardin; mais il ne faudrait pas en conclure que cet observateur ait mieux compris les animaux en question que le savant de Berlin. Il s'est maintenu, au contraire, dans un vague d'expressions encore plus incertain que ce dernier. En effet, les Lacrymaires sont, pour lui, des animaux à corps allongé

en manière de cou, avec une apparence de bouche indiquée par des cils près de l'extrémité.

De son côté, M. Perty a maintenu les genres Trachelocerca et Lacrymaria, mais il a réuni les Phialina aux Trachélocerques, il est vrai sans dire pourquoi. M. Perty n’a parlé nulle part de la position de la bouche.

M. Ehrenberg parle, soit de ses Phialines, soit de ses Trachélocerques et de ses Lacrymaires, comme étant complètement glabres. Il donne cependant, çà et là, à entendre qu'elles pourraient bien être ciliées sur toute leur surface, comme elles le sont en effet. M. Dujardin se contente de rapporter, à ce sujet, l'opinion de M. Ehrenbersg ;

toutefois, 1l signale l’habit ciliaire chez sa Lacrymaria tornatilis.

ESPÈCES

4° Lacrymaria Olor. Ehr. Abh. der Akad. d. Wiss. zu Berlin. 1830, p. 42.

Svx. Trachelocerca Olor. Ehr. Infus., p. 342. PI. XXXVII, Fig. VIL Trachelocerca viridis. Ebr. {nf., p. 342, PI. XXXVIIL, Fig. VIN. Trachelocerca linguifera. Perty. Zur Kenntniss., ete., p. 159. PI, V, Fig. 17. Trachelocerca biceps. Ehr, Inf., p. 345. PI. XXXVIII, Fig. IX. Lacrymaria Proteus. Ebr. Inf., p. 310. PI. XXXI, Fig. XVIL

(VAPILEXNI Fig-5287)

DiaGNosE. Lacrymaire à col allongé, très-souple, munie de plusieurs vésicules contractiles et d’un nucléus double et nueléolé.

La Lacrymaria Olor est un infusoire très-répandu et très-variable quant à sa taille. I s’agite avec élégance dans l’eau, contournant son col élancé avec beaucoup de grâce, l’allongeant et le rétractant avec une grande vivacité. Parfois il l’étend jusqu’à une longueur qui dépasse cinq ou six fois celle du corps, pour le retirer subitement au point de le faire disparaître en totalité. La Lacrymuria Olor est, en un mot, l’un des infusoires chez lesquels la contractilité du parenchyme atteint le degré le plus remarquable.

La cuticule est striée dans deux directions croisées, ce qui donne au corps de l’animal une apparence réticulée très-évidente, que M. Ehrenberg a représentée fidèlement dans.sa Lacrymaria Proteus. Selon les mouvements de l’infusoire, l'un des systèmes de stries ressort d’une manière plus évidente, tandis que l’autre disparait momentanément, pour ainsi dire, tout-à-fait. C’est ce qui explique pourquoi M. Ehrenberg

» . . . . , x = n'indique, chez sa Trachelocerca Olor et sa T. viridis, qu’un seul système de stries.

ET LES RHIZOPODES. 2 Les cils fins, mais bien fournis, sont uniformément répandus sur toute la surface du Corps.

L’appendice conique qui termine le cou est entouré, à sa base, d'une couronne de cirrhes, qui s’agitent d'ordinaire en tourbillon. Ces cirrhes sont susceptibles de se presser tous à la fois contre l’appendice conique en faisant converger leurs pointes vers le sommet de celui-ci, de manière à faire entrer de force de petits objets dans l’ouverture buccale. Gette dernière conduit dans un œsophage membraneux en forme d’entonnoir pointu, qui présente des stries longitudinales reconnaissables à un fort grossissement seulement. Nous n'avons pu décider d’une manière certaine si ces stries sont dues à l'existence de véritables baguettes semblables à celles des Chilodon, ou bien s’il ne faut y voir que l’expression de plis longitudinaux de la membrane. Les objets qui pénètrent dans cet œsophage descendent lentement dans le cou, où il est difficile de les poursuivre à cause de la prestesse des mouvements de celui-ci, et arrivent enfin dans la cavité spacieuse du corps. Celle-ci est limitée par des parois assez épaisses. L’anus est situé à l’extrémité postérieure du corps. Ghez les individus dont la partie postérieure est arrondie, il est exactement terminal ou peu s’en faut. Lorsque cette partie postérieure est au contraire effilée, l’anus n’est jamais situé à l'extrémité même de la pointe. M. Ehrenberg, qui ne rangeait sous le nom de Lacrymaria Olor que les individus à extrémité postérieure effilée, a déjà reconnu que l’anus n’est pas exactement terminal, et il dit que celui-ci s’ouvre du côté dorsal. C’est là une question difficile à juger, parce qu'il n’est pas commode de discerner le ventre du dos chez un animal dont la forme est plus ou moins celle d’un solide de révolution, et dont le corps est souvent en proie à des mouvements de rotation autour de son axe. Sans done vouloir contester l'exactitude de l’assertion de M. Ehrenberg, nous nous contentons de dire que l'anus s'ouvre, chez les individus à train postérieur aflilé, non pas à l'extrémité, mais à la base de la pote.

Nous avons trouvé les vésicules contractiles en général au nombre de trois. L'une d’elles est régulièrement située non loin de Pextrémité postérieure et les deux autres près du milieu, lune un peu plus en avant que l’autre. Chez beaucoup d'individus, cependant, nous n'avons pas été en état d’en découvrir plus de deux. M. Ehrenberg

n’a pas été heureux dans la recherche des vésicules contractiles chez ses Trachélocer-

ques et ses Lacrymaires. La Trachelocerca biceps est la seule chez laquelle il en ait trouvé une. Il dit en effet que, chez cette espèce, la vésicule postérieure du corps lui paraît être une vésicule spermatique, attendu qu'il l’a vu disparaître. — Il n’y a, du reste, rien d’improbable à ce que le nombre des vésicules contractiles ne soit pas toujours le même chez la Lacrymaria Olor, car nous connaissons plusieurs infusoires (Podophrya quadripartita, Ophryoglena flava, ete.) chez lesquels le nombre de ces vésicules varie également.

M. Ehrenberg n’a constaté l'existence d’un nucléus chez aucune de ses Lacrymaires ni de ses Trachélocerques, et MM. Dujardin et Perty, qui n’attachent en général aucune importance à cet organe , ne nous ont naturellement pas renseignés plus exactement à cet égard. Nous avons trouvé, pour ce qui nous concerne, le nucléus de la Lacrymaria Olor composé de deux corps ovalaires unis ensemble, comme les deux moitiés d’un.petit pain (V. PI. XVI, Fig. 5 a). Sur la ligne de jonction de ces deux corps ovalaires se trouve appliqué un corpuscule arrondi, semblable à celui qu'on trouve adjacent au nucléus de plusieurs autres infusoires, et que l’école uni-cellulaire a baptisé du nom de nucléole.

Il nous reste à justifier maintenant l’anéantissement dont notre synonymie de la Lacrymaria Olor menace plusieurs des espèces établies par M. Ehrenberg. — La Trachelocerca viridis Ehr. ne peut très-certainement pas subsister comme espèce, attendu qu'elle est basée uniquement sur la présence « d’ovules verts. » Or, ce que M. Ehrenberg appelle des ovules verts, sont des granules de chlorophylle disséminés dans le parenchyme, granules dont nous ne connaissons pas la valeur physiologique, mais qui, dans certaines circonstances, sont susceptibles de se former chez toutes les espèces d’infusoires. Du veste, de toutes les figures de Lacrymaires qu'a publiées M. Ehrenberg, celles de la Trachelocerca viridis sont celles qui donnent idée la plus juste de la Lacrymaria Olor, que nous venons de décrire. M. Perty a, sans dire pourquoi, transformé le nom de Trachelocerca viridis en celui de Trachelocerca linquifera, qui n’a aueun droit de bourgeoisie dans la science.

La Trachelocerea viridis Ehr. est donc très-décidément synonyme de notre Lacrymaria Olor. On pourrait, par contre, conserver quelques doutes sur l'identité de celle-

ei avec la Trachelocerca Olor Ehr. En effet, dans les figures que M. Ehrenberg donne

de cette dernière, il ne dessine pas l’appendice conique qui termine le cou, appendice caractéristique des Lacrymaires telles que nous les avons définies. Mais les dessins de la Trachelocerca Olor portent évidemment, dans l’ouvrage de M. Ehrenberg, un cachet de moins grande exactitude que ceux de la Trachelocerca viridis ou de la Tr. biceps, et remontent probablement à une époque plus ancienne, où M. Ehrenberg ne s'était pas encore bien familiarisé avec l’organe qu'il appelle une lvre. Cela est d'autant plus probable, que M. Ehrenberg, en signalant les différences qui peuvent servir à distinguer la Lacrymaria Proteus de la Trachelocerca Olor (distinction qu'il accorde être souvent fort épineuse), ne fait nullement entrer la lèvre en ligne de compte. Aussi ne pensons-nous pas nous tromper en considérant notre Lacrymaria Olor comme synonyme de la Trachelocerca Olor de M. Ehrenberg.

La Trachelocerca biceps Ehr., dont M. Ehrenberg n'a eu qu’un exemplaire, n’est très-certainement pas une espèce à part, mais une monstruosité, comme ce savant le supposait déjà, ou, ce qui est beaucoup plus probable, un commencement de division spontanée. M. Perty représente une L. Olor (Trachelocerea linguifera Perty) dans un état de division spontanée, qui est évidemment un degré un peu plus avancé de division que celui que figure M. Ehrenberg (cf. Perty. Zur Kenntniss, ete. PI. V, Fig. 16). Nous-mêmes, nous avons observé un individu qui présentait une duplicité marquée, non pas en avant, comme dans les cas précités, mais en arrière. L'animal avait deux corps et un seul cou. C'était là, à notre avis, un commencement indubitable de divi- Sion spontanée, et ce serait folie que d'y voir une espèce nouvelle.

Enfin, nous ne savons trouver, entre la Lacrymaria Proteus et la Lacrymaria Olor, qu'une seule différence, consistant en ce que l’extrémité postérieure est arrondie chez la première et eflilée chez la seconde. Nous ne saurions accorder aucune importance réelle à cette distinction. L’individu que nous avons représenté a la partie postérieure effilée, et devrait, par conséquent, rentrer dans le genre Trachélocerque de M. Ehrenberg, mais nous l’avons trouvé pêle-mêle avec d’autres, dont plusieurs ne présentaient qu'un appendice caudal très-minime, et quelques-uns même en étaient complètement dépourvus. Déjà M. Perty remarque que la Lacrymaria Proteus est tantôt arrondie, tantôt eflilée à l’extrémité (et il conserve néanmoins les genres Trachélocerque et Lacrymaire !). Il ajoute qu'il en est de même chez sa Trachelocerca linquifera. H résulte,

ot

il est vrai, de là qu'il ne subsiste plus aucune différence appréciable entre la Lacrymaria Proteus et la Trachelocerca linquifera; mais M. Perty ne paraît pas s’en inquiéter beaucoup. Il y à plus : nous nous sommes assurés que le même mdividu peut avoir un appendice caudal, ou n’en point présenter du tout selon qu’il a peu mangé ou qu'il est distendu par une grande quantité de nourriture. Une fois que cet appendice a disparu, il est facile de croire l’anus situé exactement dans la prolongation de l'axe du corps, bien qu'il soit réellement quelque peu en dehors de cet axe. Nous croyons donc devoir réunir la Lacrymaria Proteus et la Lacrymaria Olor, aussi longtemps qu’il n’est pas démontré qu'il existe une Lacrymaire à extrémité postérieure arrondie, qui se différencie par quelque autre caractère positif de a vraie Lacrymaria Olor.

La taille de la Lacrymaria Olor varie, comme nous l'avons dit, très-considérablement. Les plus gros exemplaires que nous ayons rencontrés dans les eaux dormantes des

environs de Berlin mesuraient 0=,20, le col non compris.

20 Lacrymaria Lagenula. (N. PI. XNHI, Fig. 7.)

Dragxose. Lacrymaire en forme de flacon à liqueur ; col court et peu extensible; nucléus unique et ovale; vésicule contractile située près de l'extrémité postérieure; espèce marine.

Cette Lacrymaire est impossible à confondre avec la précédente, qu’elle est bien loin d’égaler dans l'élégance et la grâce des mouvements. Son col est très-court et même n’est point distinct, comme dans la Lacrymaria Olor. Le corps cylindrique s’amincit plutôt graduellement en avant, et porte un appendice conique tout semblable à celui qui surmonte le col de la L. Olor. La cuticule est profondément sillonnée par des stries obliques parallèles les unes aux autres. Nous n’avons pas constaté l'existence d’un second système de stries croisant le premier. Les cirrhes buccaux forment une couronne implantée dans le sillon circulaire qui sépare l’appendice conique du col de la Lacrymaire.

La vésicule contractile est située à l'extrémité postérieure de l'animal. L'anus est sans doute placé tout auprès. Pourtant nous n’avons pas observé d’excrétion. — Le nu-

cléus est un corps ovale, plus ou moins allongé suivant les individus.

La Lacrymarie Lagenula atteint une longueur d’environ 0w®,07. Nous l'avons

Lâé 1

trouvée entre des floridées dans les eaux du fjord de Bergen et à Gleswær, près de

Sartorôe, également sur la côte de Norwége.

3° Lacrymaria coronata. (N. PI. XVII, Fig. 6.)

DiagNose. Lacrymaire en forme de flacon étroit; nucléus en ruban; vésicule contractile terminale ; appendice co— nique présentant un étranglement circulaire dans lequel est implantée la couronne de cirrhes buccaux; espèce marine.

Cette Lacrymaire est, par sa forme, très-semblable à la précédente, dont elle ne se différencie que par son nucléus allongé en ruban et parfois un peu sinueux, et par l’étranglement de son appendice conique. Soit chez la Lacrymaria Olor, soit chez la L. Lagenula, les cirrhes buccaux sont implantés à la base même de l’appendice conique. Chez la L. e0ronata, au contraire. ils sont portés par un sillon circulaire placé à mi-hauteur de cet appendice. Comme, de plus, les cils qui sont portés par le bord circulaire du col sont un peu plus longs que ceux qui forment le reste de l’habit ciliaire, la L. coronata semble ornée d’une double couronne de cirrhes buccaux.

La Lacrymaria coronata est striée obliquement comme l'espèce précédente. La taille est aussi à peu près la même. Toutefois, on rencontre des individus bien plus grands. Nous en avons eu qui atteignaient une longueur de Omm 15. Du reste, cette Lacrymaire est susceptible de s’allonger à volonté, de même que la L. Lagenula, mais à un degré bien moindre que la L. Olor.

Nous avons observé la Lacrymaria coronata dans le fjord de Bergen, en Norwége.

M. Ehrenberg décrit encore, dans son grand ouvrage, deux Lacrymaires sous les noms de Lacrymaria Gutta et L. rugosa. Toutes deux ne sont que très-imparfaitement observées, et 1l ne nous paraît pas même bien démontré que la seconde appartienne réellement au genre Lacrymaire. Rien ne semble indiquer que sa bouche soit plutôt à l’extrémité du col qu’à sa base, ni par conséquent que l'animal soit une Lacrymaire plutôt qu'un Amphileptus. — Plus tard, M. Ehrenberg donna une diagnose d’une espèce marine qu'il nomme Trachelocerea Sagitta (Monatsb. der k. preuss. Akad. zu Berlin. 1840, p. 202), mais il est impossible de se faire, d’après cette simple diagnose de deux lignes, une idée de l'animal auquel ce nom doit se rapporter.

M. Dujardin aite, sous le nom de L. versatilis, une Lacrymaire marine qui est trèsproche parente de la L. Olor et qu'Otto-Friederich Mueller a décrite sous le nom de Trichoda versatilis. £

Il est fort incertain que la Lacrymaria tornatilis de M. Dujardin (Duj. Inf., p. 471, PI. XIV, Fig. 1) appartienne réellement au genre Lacrymaire, attendu que cet auteur n’a reconnu ni l'existence de la bouche, ni même celle d’un appendice conique à l’extrémité du col. Quant à l’'infusoire que M. Dujardin figure dans sa planche VI sous le nom de Lacrymaria farcta et dont il ne donne aucune description dans le texte, nous ne mettons pas en doute que ce ne soit un Ampbhileptus voisin de l’Amphileptus Anaticula.

ge Genre. — PHIALINA.

fi

Les Phialines ne se différencient des Lacrymaires que par la position de leur bouche, qui, au lieu d’être exactement terminale comme chez ces dernières, est placée dans le sillon circulaire qui sépare le col de l’appendice qui le surmonte. Nous avons déjà discuté suffisamment cette différence à propos du genre Lacrymaire, ce qui nous

dispense d’y revenir maintenant. L’anus est terminal.

ESPÈCES

1° Phialina vermicularis. Ehr.. p. 334. PI. XXXVI, Fig. 3. (V. PI. XVIIL, Fig. 8.)

Diacxose. Phialine à appendice cylindrique et large, couronné à son sommet d'une rangée de cirrhes; nucléus ovale ; vésicule contractile placée à extrémité postérieure.

Cette Phialine, déjà observée par Otto-Friederich Mueller, est facilement reconnaissable par sa forme, comparable à celle d’une poire à poudre à très-large ouverture. M. Ehrenberg la compare très-heureusement à un Echinorhynchus. Cet auteur l’a figurée d’une manière assez exacte, seulement il a crue entièrement glabre, tandis

qu'elle est réellement ciliée. Il est vrai que les cils sont fins et difficiles à percevoir.

L'animal est surmonté en avant par un appendice tout-à-fait analogue à celui que présentent les Lacrymaires. Cet appendice est cylindrique, court et large. Les cirrhes ne sont point implantés, comme chez la Lacrymaria Olor, dans le sillon qui environne la base de l’appendice ; ils ne forment pas non plus, comme chez la Lacrymaria coronala, une couronne placée à mi-hauteur, mais ils sont disposés en vorticille tout-à-fait au sommet. La manière dont ils s’agitent est assez différente du mouvement présenté par les cirrhes des Lacrymaires. En effet, la pointe des cirrhes est en général dirigée en arrière, comme M. Ehrenberg le dessine déjà sur sa planche.

Nous n’avons pas été heureux dans la recherche de la bouche qui, probablement, ne frappe les regards, comme chez plusieurs Amphileptus, qu’au moment où l’animal mange. Mais M. Ehrenberg dessine la bouche d’une manière si évidente dans le sillon lui-même, que nous le supposons avoir surpris la Phialina vermicularis dans le moment même où elle mangeait. D'ailleurs, la direction singulière que prennent les cirrhes pendant qu'ils produisent un tourbillon, semble s'expliquer tout naturellement par la position de la bouche telle que M. Ehrenberg la représente. Si la bouche était terminale comme chez les Lacrymaires, 1l serait bien dificile que les cirrhes pussent contribuer à lui amener les particules nutritives, qu’elle doit happer à leur passage.

La vésicule contractile est placée tout près de extrémité postérieure où elle a déjà été signalée par M. Ehrenberg, et même par 0.-F. Mueller. M. Ehrenberg rapporte avoir remarqué chez quelques individus une seconde vésicule contractile, et il suppose, avec raison sans doute, que ces individus-là étaient sur le pot de se multiplier par division spontanée. Nous avons vu en général la partie postérieure de la cavité du corps remplie de granules fortement réfringents qui soustrayaient parfois complètement la vésicule aux regards.

Le nucléus, quine paraît pas avoir été vu par M. Ehrenberg, est un corps ovalaire, unique, qui occupe en général une position un peu oblique à l’axe.

Nous avons rencontré çà et là la Phialina vermicularis aux environs de Berlin. M. Ebrenberg lui attribue une longueur de ‘/, de ligne, ce qui coïncide tout-à-fait

avec la taille des mdividus observés par nous. à

M. Ehrenberg décrit sous le nom de Phialina viridis (Ehr. Inf., p. 334, PL. XXXVI, Fig. 4) une Phialine qui pourrait bien n'être pas spécifiquement différente de la précédente. La couleur verte ne peut, on le sait, entrer en ligne de compte. Toutefois, les exemplaires figurés par M. Ehrenberg sont notablement plus rétrécis en avant que

ne l’est la P. vermicularis.

3e Genre. —TRACHELOPHYLLUM.

Les Trachelophyllum rappellent, soit par leur forme, soit par leur bouche terminale, les Lacrymaires, mais ils s’en distinguent par leur forme très-aplatie. Cette différence pourrait, au premier abord, ne paraître pas très-essentielle, mais elle est reliée à une différence si grande dans le mode de natation, qu'il n’est pas possible de confondre un Trachelophyllum avec une Lacrymaire. En effet, les Trachelophyllum ne tournent pas autour de leur axe comme les Lacrymaires, mais glissent, pour ainsi dire, sur l’une de leurs faces à la manière des Loxophyllum ou des Chilodon. Aussi pourraiton être tenté de les confondre au premier abord. avec des Loxophylles, ou plutôt, comme le limbe transparent de ces derniers leur fait défaut, avec des Amphileptus. Toutefois, 1l est un critère qui peut toujours servir à les distinguer avec une certitude parfaite : les Trachelophyllum portent en avant un petit appendice comparable à celui que présente le col des Lacrymaires ; mais cet appendice n’est pas, comme chez ces dernières, entouré d’une couronne de cirrhes.

Le col des Trachelophyllum ne présente pas une élasticité aussi considérable que celui des Lacrymaires.

ESPÈCES

1° Trachelophyllum apiculatum.

Sy. Trachelius apiculatus. Perty. Zur Kenntniss., ete., p. 151, PI. VI, Fig. 13.

(V. PL. XVI, Fig. 1.)

DraGNosE. Trachelophyllum à col allongé et très-mince, contenant un æsophage rectiligne qui se dessine comme une ligne obscure dans l'axe du col; vésicule contractile située à l'extrémité postérieure ; nucléus multiples, arrondis.

Ge Trachelophyllum est figuré d’une manière assez reconnaissable par M. Perty,

qui le décrit comme étant un Trachelius à forme élancée, aminei en avant et terminé

ET LES RHIZOPODES. 307 à l'extrémité antérieure par une pointe arrondie. C’est cette pointe qui, très-exactement représentée par M. Perty, ne nous permet pas de douter que son Trachelius apiculatus ne soit synonyme de notre Trachelophyllum. Seulement, l'animal en question n’est pas un Trachelius, comme le croyait le professeur de Berne, car les Trachelius ont la bouche latérale, tandis que celle de lanimal en question est exactement terminale, c’est-à-dire sise à lextrémité de la pointe signalée par M. Perty. L’œsophage est formé par une membrane résistante qui se dessine d’une manière aussi prononcée que l'appareil dégluteur des Chilodon ou des Dystériens, et c’est cette membrane qui, faisant saillie en avant (de la même manière que l’appareil des Chilodon peut saillir à l'extérieur), forme la pointe caractéristique. Cet œsophage est fort long et se dessine comme une ligne obscure dans toute la longueur du cou. Il paraît n’être pas cilié à l’intérieur, pas plus que l’æsophage des autres espèces appartenant à la famille. Il est sans doute susceptible de se dilater considérablement, à en juger par la grosseur des objets avalés qu’on rencontre dans la cavité du corps de lPanimal. Toutefois, il n’est pas facile de saisir d’une manière distincte le moment de la déglutition, parce que l'animal, agitant son col en sens divers, il est rarement possible de conserver un instant celui-ci dans toute son étendue au foyer du microscope.

Le corps du Trachelophyllum apiculatum est recouvert de cils assez longs, mais seulement clair-semés, qui semblent s’agiter d’une manière peu régulière.

La vésicule contractile est une grosse vésicule située près de l’extrémité postérieure, où elle à déjà été signalée par M. Perty.

Les nucléus sont au nombre de deux. Ce sont des corps arrondis ou ovales, souvent difliciles à reconnaître à cause de l'abondance des substances avalées qui rendent le Trachelophyllum peu transparent. Chez certains individus qui se préparent sans doute à subir une division spontanée, les nucléus sont au nombre de quatre et disposés en carré (v. Fig. 7).

Les individus que nous avons observés près de Berlin, où le Trachelophyllum apr-

culatum n’est pas rare, avaient une longueur moyenne d'environ Omm 15.

2 Trachelophyllum pusillum.

SxN. ? Trachelius pusillus. Perty, p. 454, PL. VI, Fig. 42.

(NPA XNES Eie-22)

DiAGNOSE. Trachelophyllum à forme linéaire, sans col bien distinct; deux nucléus allongés; vésicule contractile terminale unique ; taille petite.

Le Trachelophyllum pusillum est très-étroit, un peu plus large en arrière qu’en avant, mais sans Col bien distinct. La partie antérieure présente un petit appendice, rappelant la saillie que fait l’'œsophage chez l'espèce précédente; mais cet appendice est ici relativement plus large. Nous n'avons, il est vrai, jamais vu manger le T. pusillum, mais néanmoins nous ne mettons pas en doute que sa bouche ne soit placée à l’extrémité antérieure.

La vésicule contractile est placée, comme chez l'espèce précédente, tout près de l'extrémité postérieure. Elle est souvent voilée aux regards par les granules réfringents qui s'accumulent dans la partie supérieure de la cavité digestive.

Les nucléus sont au nombre de deux. Is ont en général une forme linéaire, et sont placés l’un devant l’autre à peu près selon laxe longitudinal de l’animal.

Le Trachelophyllun pusillum est assez fréquent dans les eaux stagnantes des environs de Berlin. Il atteint une longueur d'environ Om 04.

I! nous a fallu un peu de hardiesse pour donner comme synonyme à notre Trachelophyllum un être aussi imparfaitement observé que le Trachelins pusillus de M. Perty. Ce savant n’a reconnu, chez son Trachelius pusillus, mi les cils de la surface du Corps, ni la vésicule contractile, ni les nucléus. Cependant, la forme générale de ce prétendu Trachelius coïncide assez bien avec celle de notre Trachelophyllum. M. Perty signale, de plus, à l'extrémité antérieure de son Trachelius une ouverture ronde, qui, à en juger par les dessins, pourrait bien être l’appendice qui surmonte la partie antérieure et porte la bouche chez les Trachelophyllum. — Dans tous les cas, si la bouche du Trachelius pusillus de M. Perty est, comme ce dernier paraît le croire lui-même, placée à l’extrémité antérieure, l’animal en question ne peut appartenir au genre Trache-

lius, dans lequel la bouche n’est jamais terminale.

ET LES RINIZOFODES. 309

4° Genre. — ENCHELYS.

Les Enchelys sont des infusoires globuleux qui présentent toujours la forme d'un œuf un peu allongé, l’une des extrémités étant largement arrondie, tandis que l’autre se termine plus ou moins en pointe. C’est à l’extrémité la plus étroite que la bouche se trouve placée. L’anus lui est directement opposé. Les Enchelys sont évidemment trèsproches parentes des Holophrya, dont elles ne se distinguent que par leur forme atténuée en avant. En effet, les Holophrva sont aussi larges en avant qu’en arrière et ne vont jamais en s’amincissant en pointe vers la bouche. Cette différence peut sembler bien peu essentielle pour fonder sur elle l’existence de deux genres; toutefois, c’est une différence facile à constater et qui nous permet de maintenir dans leur intégrité les deux genres Enchelys et Holophrya fondés par M. Ehrenberg. Les caractères que nous attribuons à ces deux genres sont, il cst vrai, bien différents de ceux qui avaient été signalés par ce savant; mais, nous n'hésitons pas à le dire, les Enchelys sont caractérisées, par M. Ehrenberg, d'une manière tout-à-fait erronée. M. Ehrenberg classe, soit les Enchelys, soit les Holophrya, dans sa famille des Enchelia, mais il considère les premières comme étant parfaitement glabres, et les secondes comme ciliées sur toute leur surface. Toutefois, les Enchelys sont bien réellement ciliées. M. Ehrenberg nous . objectera peut-être que nos Enchelys ne sont pas les siennes, mais nous ne nous arrêtons pas à cette objection, parce que nous sommes convaincus qu'elle n’est pas fondée. Nous avons à choisir entre deux alternatives : ou bien nous devons nous en tenir strictement aux termes de M. Ehrenberg, et donner des noms nouveaux aux infusoires ciliés, que nous sommes convaincus être dans le fond les Enchelys prétendues glabres de M. Ehrenberg, ct, dans ce cas, le genre Enchelys Ehr. se trouve anéanti de fait, ou bien il nous faut admettre que M. Ehrenberg a méconnu l'habit ciliaire de ses Enchelys, ct, dans ce cas, nous devons maintenir tous les noms formés par cet auteur, mais modifier la caractéristique du genre Enchelys. C’est à cette dernière alternative

que nous devons donner la préférence. I est d'autant plus plausible d'admettre que , 40

M. Ehrenberg a méconnu l’habit ciliaire des Enchelys, que les cils qui le forment sont en général fort courts, difficiles à percevoir et fort lents dans leur mouvement. La plupart des Enchelys ont l'air d’avoir de la peine à se mouvoir, comme si leurs cils n'étaient pas proportionnés à leur masse. Seuls les cils qui entourent la bouche sont un peu plus longs que les autres, et ceux-là ont été vus par M. Ehrenberg. Du reste, il ne faut pas oublier que, dans la même famille des Enchelia, M. Ehrenberg a également méconnu les cils chez un autre genre, savoir chez les Lacrymaires.

M. Dujardin n’a observé aucun infusoire appartenant au genre Enchelys, tel que nous Favons défini. Les infusoires auxquels il attribue ce nom générique rentrent dans le groupe des Cyclidium. Toutes les Enchelys de M. Ehrenberg, au contraire. quelque différente de la nôtre que soit sa diagnose générique, rentrent dans notre genre Enchelys.

Nous aurions pu ajouter encore un trait à notre caractéristique du genre Enchelys. La plupart des espèces, ou peut-être même toutes, paraissent être obliquement tronquées en avant. Cependant M. Ehrenberg n’a pas remarqué cette particularité et ne l’a notée chez aucune de $es espèces, à l'exception de l'E. nebulosa. Nous ne savons, par conséquent, si l’Enchelys Pupa Ehr., que nous n’avons pas observée nousmêmes, ne fait pas exception à cette règle. C’est ce qui nous a engagés à ne pas faire

entrer l’obliquité de cette troncature dans les caractères du genre. ESPÈCES.

4° Enchelys Farcimen. Ehr., p. 300, PI. XXXI, fig. 2.

DraGxose. Erchelys de pelite taille, à vésicule coniracüle unique, terminale, siluée tout auprès de l'anus; nucléus ovale.

Cette Enchelys est souvent déformée, comme M. Ehrenberg le remarque, par les gros objets qu’elle avale. Ceux-ci sont, en effet, parfois de taille plus considérable que PEnchelys elle-même. Les cils de la surface sont assez longs pour appartenir à une Enchelys; ceux qui entourent la bouche ne sont pas beaucoup plus longs que les autres. Ils sont peu abondants et distribués en rangées longitudinales assez écartées les unes des autres. L’extrémité antérieure est obliquement tronquée, cependant à

un faible degré seulement. L’anus est exactement opposé à la bouche.

La vésicule contractile, qui n’avait été que soupçonnée par M. Ehrenberg, est située tout auprès de lanus, non pas sur l’axe même du corps, mais à côté de cet axe. Le nueléus est un corps unique, de forme ovale, dont on ne peut guère reconnaître la présence que chez les individus dont la cavité digestive ne renferme pas d’aliments.

L'Enchelys Farcimen v’est pas rare aux environs de Berlin. Sa longueur la plus

habituelle est seulement de Omm 02-0,03.

2% Enchelys Pupa. Ehr., p. 300. PL XXI, Fig. 1.

Cette espèce, que nous n’avons pas rencontrée jusqu'ici, paraît ressembler beaucoup à la précédente, mais sa taille est beaucoup plus considérable. Elle mesure,

d’après M. Ehrenberg, jusqu’à un douzième de ligne.

3 Enchelys arcuata. (N. PE. XVI, Fig. 4.)

DiaGxose. Enchelys à cils très-courts ; vésicules contractiles nombreuses disposées en are longitudinal; nucléus oblong.

L’Enchelys arcuata présente à peu près la même forme que l'E. Farcimen, mais sa taille est plus considérable. Les cils qui recouvrent la surface sont fort courts, et l’infusoire semble avoir de la peine à exécuter, autour de son axe, les mouvements de rotation à l’aide desquels il progresse lentement en avant. La partie antérieure est obliquement tronquée et présente une fossette dans laquelle se trouve la bouche.

Les vésicules contractiles sont nombreuses. Le nombre normal nous a paru être celui de cinq. Elles sont disposées de manière à former une ligne arquée longitudiuale. Le nucléus, qui présente une forme ovale allongée, est situé, en général, vers le milieu de la longueur du corps, obliquement à l'axe.

L'animal est toujours parfaitement incolore, ce qui est, du reste, aussi le cas pour VE. Farcimen.

Nous avons trouvé VE. areuata dans les tourbières de la Bruyère aux Jeunes-Filles

(Jungfernhaide), près de Berlin. Sa longueur est d'environ Omm,08.

L'Enchelys infuscata Ehr. a élé observée par M. Ehrenberg d’une manière trop insuffisante pour qu’il soit possible de dire avec certitude si c’est bien réellement une Enchelys, plutôt qu'autre chose. Quant à l'Enchelys nelulosa Ehr., nous ne savons trop la différencier de l'E. Farcimen.

Les Enchelys de M. Dujardin sont, comme nous l'avons déjà dit, des Cycli-

dium.

5e Genre. — HOLOPHRYA.

Les Holophryes sont des infusoires voisins, d’une part des Enchelys, et d'autre part des Prorodon. Elles se distinguent des premières par leur forme tout-à-fait globuleuse, en général pas amincie en avant, qui représente ou une véritable sphère ou un ellipsoïde. Si même parfois l’une des extrémités est un peu plus étroite que l’autre, c’est la postérieure. L'absence de l’appareil dégluteur les différencie, d’un autre côté, très-clairement du genre Prorodon. Un Prorodon privé de son appareil dégluteur, mais conservant la position de sa bouche à l’un des pôles et celle de lanus à Pautre pôle, serait une vraie Holophrya.

Le genre Holophrya de M. Dujardin coïncide, quant aux espèces qu'il renferme, avec celui de M. Ehrenberg, et, par conséquent, avec le nôtre, bien qu'il ne soit caractérisé par ce savant que d’une manière insuffisante. « Nous ne pouvons, dit en effet M. Dujardin, admettre, chez ces infusoires non plus que chez d’autres, l’anus terminal et opposé à la bouche, que M. Ehrenberg leur attribue. » Néanmoins, il est incontestable que, sous ce rapport, le bon droit est du côté de M. Ehrenberg.

Pour ce qui nous concerne, nous aurions préféré réunir complètement le genre Holophrya au genre Enchelys, parce que nous ne voyons pas entre cux une différence , bien essentielle, et que nous ne croyons pas qu’il soit possible de les distinguer exactement dans tous les cas, à moins qu’on ne fasse entrer d’une manière définitive

l’obliquité de la bouche parmi les caractères des Enchelys. Si donc nous avons admis

les deux genres comme distincts, c’est principalement pour ne pas être obligés de

changer des noms devenus habituels.

ESPÈCES

1° Holophrya Ovum. Ehr. Inf., p. 314. PI. XXXIE Fig. VI. QE PEXNIE Fis. 5.)

DrAGNOSE. Holophrya en forme d'ovoide plus ou moins cylindrique ; lèvres formant une petile saillie; vésicule

contractile tout auprès de l’anus.

L'Holophrya que M. Ehrenberg a décrite sous le nom d’Holophrya Ovum est, d'après les données de ce savant, colorée d’un vert intense, teinte qui serait inhérente à l'ovaire. Nous ne pouvons attacher d'importance à ce caractère, car nous savons que M. Ehrenberg considère comme des ovules verts les granules de chlorophylle, qui, dans des circonstances non encore déterminées, paraissent pouvoir se déposer dans le parenchyme de tous les infusoires. Nous pensons donc que VIT. Ovum de M. Ehrenberg doit pouvoir se rencontrer tout aussi bien incolore que verte. L'infusoire que nous lui rap= portions s’est toujours présenté à nous parfaitement incolore, ou diversement coloré par les matières qu'il avait avalées. Sa forme normale coïncide avec celle que M. Ehrenberg donne, dans ses planches, à l’ZE. Oum. Elle représente un cylindre à bases bombées. La bouche est indiquée par une petite élévation circulaire formée par les lèvres contractées, comme le serait un sphincter. Gette bouche est susceptible de se dilater très-considérablement. Lorsque l'Holophrya a beaucoup mangé, les lèvres s’effacent si bien, qu’il n’est plus possible de reconnaître la position de la bouche, et le corps devient tout-à-fait sphérique.

La cuticule est striée obliquement, mais les siries ne sont bien visibles que lorsque l'animal n’est pas trop rempli de nourriture.

La vésicule contractile est située auprès de l'anus. Elle est, par conséquent, opposée à la bouche.

Le nucléus est. unique et arrondi.

Nous avons trouvé l’Holophrya Ovum entre des conferves puisées dans les élangs

du Parc (Thiergarten) de Rerlin, La taille, d'un quarante-huitième à un dix-huitième

de ligne, qu'indique M. Ehrenberg, correspond à peu près aux variations de longueur Ce 2 Ï LD] ( G

que nous avons observées.

L’Holophrya discolor Ehr. (Inf., p. 314, PL XXXIT, Fig. VII), que nous ne connaissons pas par nous-mêmes, paraît se distinguer de la précédente, surtout par lamincissement de son pôle postérieur.

LH. brunnea Duj. (Inf., p. 497, PI. XII, Fig. 4) est une très-grosse espèce, que nous croyons avoir rencontrée quelquefois, mais que nous n’avons pas étudiée d’assez près pour entrer dans aucun détail à son sujet. Quant à l'A. Coleps Ehr. (Inf., PL XXXII, Fig. IX), 1l n’est guère possible de dire si elle appartient réellement au genre Holophrya, attendu que M. Ehrenberg n'indique ni la position de sa bouche,

ni celle de son anus.

6e Genre. — UROTRICHA.

Les Urotricha sont des infusoires proches voisins des Holophrya, dont ils se disünguent par la présence d’une soie saltatrice, analogue à celle des Cyelidium, dont est armée l'extrémité postérieure. Nous n'avons, il est vrai, pas constaté la position de l’anus chez la seule espèce du genre jusqu'ici connue; mais il est probable que l’anus est, comme dans les genres précédents, directement opposé à la bouche.

ESPÈCE. Urotricha farcta. (N. PL. XNIIL, Fig. 9.)

DrAGNOsE. Urotricha de forme plus ou moins ovoïde ou ellipsoïdale; lèvres formant une petite proéminence circulaire.

L'Urotricha furcta est un infusoire fort commun; aussi la petitesse de sa taille est-

elle, sans doute, la seule circonstance qui l’a fait échapper jusqu'ici aux investigations

des observateurs. Cet animal se distingue dès le premier abord par le mouvement tout

particulier des cils de sa surface, qui semblent s’agiter en désordre, sans rappeler aucunement le mouvement des cils vibratiles. L'Urotricha farcta s'agite, par suite de ce mouvement, en décrivant lentement des cercles d’un diamètre peu considérable. Parfois, elle fait un bond subit qui la transporte à une fort petite distance de son point de départ. Ce saut est produit par le mouvement de la soie saltatrice. Lorsque cette dernière est en repos, elle ne gît pas dans la prolongation de l’axe du corps,

mais elle affecte une position oblique.

La bouche est située au pôle antérieur, c’est-à-dire à celui qui est dirigé en avant pendant la natation. Elle est d'ordinaire complètement fermée, mais les lèvres forment souvent une petite proéminence circulaire, qui, lorsqu'elle est très-prononcée, donne à l'animal l’apparence d’une bouteille munie d’un col très-court. — Cette bouche est susceptible de se dilater très-considérablement dans le but de saisir une proie. En effet, l'Urotricha farcta appartient à la catégorie d’infusoires qui peuvent avaler des proies aussi grosses qu'eux-mêmes.

La vésicule contractile est située tout près de l'extrémité postérieure. Quant au nu-

cléus, nous ne l’avons pas reconnu d’une manière positive.

M. le professeur Johannes Mueller, qui a observé, comme nous, l’Urotricha farcta, pensait, à ce qu'il nous disait, devoir la apporter au Pantotrichum Lagenula de M. Ehrenberg. Ce dernier observateur plaçait ses Pantotrichum dans sa famille des Cyclidina, groupe fort peu naturel, qu'il caractérisait simplement par l'absence d’un canal alimentaire (!) et la présence d’appendices en forme de cils. Pour ce qui concerne les Pantotrichum mêmes, il n’est pas possible de déterminer avec une parfaite certitude ce qu'ils sont réellement. Les uns (P. Enchelys Ehr.) sont peut-être fort voisins des Gyclidium; les autres, et parmi eux le P. Lagenula Ehr., en sont bien décidément fort différents. — M. Lieberkühn ne pense pas que le rapprochement tenté par M. Joh. Mueller, entre le Pantotrichum Lagenula et l'infasoire que nous venons de déerire sous le nom d’Urotricha farcta, soit bien fondé. Il croit plutôt retrouver le Pantotrichum en question dans un infusoire flagellé, à nous inconnu, hérissé sur toute sa surface de soies courtes et roides. C’est cette communication de M. Lieberkühn qui

nous décide à ne pas assimiler le Pantotrichum Lagenula à notre Urotricha.

L'Urotricha farcta abonde aux environs de Berlin et apparaît souvent dans les in-

fusions; elle offre en moyenne une longueur de Omm,02.

7e Genre. — ENCHELYODON.

Les Enchelyodon sont des animaux d’une forme parfaitement identique à celle des Enchelys, dont ils ne se différencient que parce que leur bouche et leur æsophage sont armés d’un appareil dégluteur comparable à celui des Prorodon ou des Dystériens. On pourrait penser que la place de ces animaux serait plus naturelle dans le genre Prorodon lui-même que dans un genre à part. Mais il suffit de les voir pour comprendre qu'ils ont, dans le fait, une plus grande affinité avec les Enchelys qu’avec les Prorodon. Cette affinité ne consiste pas seulement dans l’analogie de forme (les Enchelyodon sont rétrécis en avant comme les Enchelys, ce qui n’est pas le cas pour les Prorodon), mais encore dans l'identité de la manière de se mouvoir. Les Enchelyodon (tout au moins l'E. farctus) sont revètus de cils fort courts, comme les Enchelys, et semblent, comme ces dernières, avoir de la peine à mouvoir leur corps, trop lourd pour leurs organes locomoteurs. Les Prorodon, au contraire, sont très-agiles dans tous leurs mouvements. Eu égard à la forme, on peut dire que les Enchelyodon sont des Enchelys à appareil dégluteur, tandis que d’un autre côté les Prorodon sont des

Holophrya munies également d’un appareil dégluteur.

ESPÈCES

1° Enchelyodon farctus. (N. PI. XNIL, Fig. 3.)

DraGxose. Encheclyodon à apparcil buccal étroit; nucléus en bande longue et arquée ; vésicule contractile sise à

l'extrémité postérieure.

L’Enchelyodon farctus varie assez considérablement de forme, selon qu'il a beaucoup mangé ou peu. Certains individus ont exactement la forme d’un œuf de pigeon. D'autres sont relativement bien plus allongés.

L’œsophage est muni de baguettes, ou peut-être seulement de plis simulant des

baguettes, et pénètre très-avant dans la cavité du corps. Sa partie antérieure fait en général un peu saillie au-dessus du niveau de la surface du corps, comme le fait l’appareil du Trachelophyllum apiculatum.

La vésicule contractile est située tout-à-fait à l'extrémité postérieure. L’anus est tout auprès. Lorsque la vésicule se contracte, son contenu est chassé dans un sinus qui enveloppe cette vésicule de toutes parts, à l’exception du point qui est le plus voisin de la cuticule. Lorsque la vésicule est au milieu de la systole, on voit par suite sa membrane se dessiner comme un anneau tangent à la cuticule et environné de liquide de toute part. Cet anneau va se rétrécissant toujours davantage, tout en restant tangent à la vésicule, et finit par disparaître complètement. La systole est alors achevée et la totalité du liquide à passé dans le sinus. Bientôt la diastole commence ; la vésicule reparait d’abord comme un anneau infiniment petit, tangent à la cuticule. Cet anneau va grandissant par degré et finit par atteindre la grandeur primitive de la vésicule. La totalité du liquide a alors repassé du sinus dans la vésicule. Le jeu de la diastole et de la systole étant relativement lent, est d’une observation facile.

Le nucléus est une bande longue, arquée et étroite, disposée obliquement de l'avant et de la droite à l'arrière et la gauche.

Nous avons trouvé l’Enchelyodon farctus dans les tourbières de la Bruyère aux Jeunes-Filles (Jungfernhaide), près de Berlin.

Les plus gros exemplaires atteignaient une longueur de Omm,9,

29 Enchelyodon elongatus. (NW. PI. XIV, Fig. 16.)

DraGNosE. Enchelyodon à corps mince et allongé, muni d’un appareil buccal très-court; nucléus en forme de disque ovale.

L'appareil buccal de VE. elongatus est fort court, et l’on ne réussit à y distinguer ni stries, ni baguettes. L'animal se tourne autour de son axe comme une Enchelys ; parfois il recule brusquement pour s’avancer ensuite de nouveau. La vésicule contractile est située à l'extrémité postérieure, tout auprès de l’anus. — Cette espèce a été

observée par M. Lachmann, soit dans le fjord de Christiana, soit dans celui de Bergen.

&° Genre. — PRORODON.

Les Prorodon sont des infusoires de forme plus ou moins ovoïde, ayant la bouche située à l’un des pôles et l’anus au pôle opposé. Sous ce rapport, ils sont semblables aux Holophrya, mais ils se distinguent de celles-ci par la présence d’un appareil dégluteur résistant, présentant, en général, une armure en baguettes. Ce genre a été établi d’une manière très-claire par M. Ehrenberg. Il paraît être composé d’espèces nombreuses, et cependant M. Dujardin n’en à vu aucune.

La bouche des Prorodon n’est pas située aussi mathématiquement au pôle antérieur que la diagnose semble l'indiquer. Au contraire, elle paraît chez la plupart des espèces, à l'exception peut-être du Pr. niveus Ehr. et du Pr. teres Ehr., ne pas répondre exactement à l’axe longitudinal du corps. Elle affecte en général, par rapport à cet axe, une position quelque peu latérale, et le côté vers lequel elle dévie pourrait, par suite, être considéré comme le côté ventral. La position extra-polaire de la bouche pourrait faire craindre un passage graduel du genre Prorodon au genre Nassula. Toutefois, nous n’avons pas jusqu'ici rencontré d'espèce dont la position püût paraître douteuse. La bouche des Prorodon, tout en ne répondant pas exactement à l’axe longitudinal, n’en est pas moins toujours située dans la région polaire. Chez les Nassula, la bouche est au contraire bien décidément latérale.

M. Ehrenberg fait consister essentiellement le caractère des Prorodon dans la présence des baguettes de l'appareil dégluteur. Nous avons préféré ne pas insister trop sur ce point et caractériser plutôt le genre par la présence d’un appareil dégluteur résistant. En effet, chez l’une des espèces (P. edentatus) nous n'avons jamais réussi à reconnaître l’existence de baguettes.

Les baguettes paraissent exister bien réellement chez plusieurs espèces et ne pas être une simple apparence produite par des plis de l’œsophage. Elles sont sans doute formées par des indurations linéaires de la euticule.

Tous les Prorodon sont vifs et allègres dans leurs mouvements. Chez tous, la pro-

gression en avant est unie à un mouvement de rotation autour de l’axe longitudinal.

ESPÈCES

1° Prorodon niveus. Ebr. Inf., p. 315, PI. XXXIL, Fig. 10.

DIAGNOSE. Prorodon de forme elliptique, comprimé; appareil dégluteur comprimé, large, court et composé de baguettes; nucléus formant une longue bande courbée en S; vésicule contractile terminale.

Cette grosse espèce (elle atteint environ 0®®,3 de long) a été suffisamment bien figurée par M. Ehrenberg; aussi est-il inutile de nous en occuper en détail. La forme de son nucléus empêche de la confondre avec aucune des espèces suivantes. La bouche

est à peu près exactement polaire.

2° Prorodon teres. Ehr. Inf., p. 316, PI. XXXII, Fig. 11.

DiaGNose. Frorodon cylindrique ; appareil dégluteur non comprimé, composé de baguettes; vésicule contractile

terminale.

Nous n'avons pas observé de Prorodon que nous pussions rapporter avec certitude à cette espèce. M. Stein, qui paraît l’avoir rencontrée plusieurs fois, nous apprend que son nucléus est muni d’une nucléole comparable à celui du Paramecium Bursaria (V. Stein. Die Infusionsthiere, etc., p. 243). À en juger d’après les figures de M. Eh-

renberg, la bouche du Prorodon teres est exactement polaire, ou peu s’en faut. 30 Prorodon griseus. (NV. PI. XVIIE, Fig. 5.)

DiaGNosEe. Prorodon cylindrique, à bouche subterminale; appareil dégluteur comprimé, large, et formé par des baguettes ; nucléus ovale, présentant deux zones : l’une périphérique et incolore, l’autre centrale, granuleuse et munie

d’un nucléole; vésicule contractile à peu près terminale.

Le Prorodon griseus à la forme d’un cylindre à peu près deux fois ou deux fois et demi aussi long que large, et arrondi à ses deux bases. Sa surface présente des stries fines, longitudinales et très-rapprochées les unes des autres. C’est un animal en général assez transparent, qui présente une coloration grise lorsqu'il est vu par transparence, mais qui parait blanchâtre à la lumière incidente.

La bouche est sub-polaire. C’est une fente large et étroite, qui occupe une posi-

tion oblique par rapport à l’axe idéal de l’infusoire. Son bord est formé par l'extré-

mité des baguettes de l’appareil dégluteur. Les baguettes elles-mêmes deviennent toujours moins distinctes à mesure qu'on descend plus profondément dans l’œsophage et paraissent finir par s’évanouir complètement dans la cuticule qui tapisse cet organe. C’est, du reste, ce qu’on observe chez toutes les espèces à appareil en baguette. — L'appareil dégluteur n’est point droit comme chez le Prorodon niveus, mais légèrement courbé en are.

La vésicule contractile est une très-grosse vésicule située à l'extrémité postérieure de l’animal, comme chez la plupart des Prorodon.

Le nucléus est un corps discoïdal un peu ovale, placé, en général, un peu en arrière de la mi-longueur de lanimal. Il est formé principalement par une masse centrale granuleuse, sur le centre de laquelle se trouve appliqué un petit corps pyriforme, que, d’après la malencontreuse nomenclature de l’école unicellulaire, on doit nommer un nucléole. Tout autour de cette masse centrale granuleuse se voit une couche périphérique, ou limbe transparent, à apparence assez homogène.

Le Prorodon griseus atteint une longueur de Omm,40.

Nous avons rencontré cette espèce dans un canal d’eau stagnante formé, dans le jardin de l'École vétérinaire de Berlin, par un affluent de la Sprée, nommé la Panke.

4 Prorodon armatus. (N. PI. XNIIL, Fig. 2.)

DIAGNOSE. Prorodon de forme globulense un peu comprimée ; appareil dégluteur large, court et muni de baguettes; bouche sub-polaire ; moitié antérieure du corps armée de trichocystes, qui vont en diminuant graduellement de longueur à mesure qu'on s éloigne du pôle antérieur et qu'on marche vers l'équateur.

La forme normale de ce Prorodon est bien différente de celle de l'espèce précédente. Nous n'avons plus affaire à un cylindre, mais à un corps aplati, qui, vu de face, présente un contour à peu près circulaire, et, vu de tranche, offre une périphérie en ellipse plus ou moins allongée.

Le P. armatus se distingue facilement de toutes les autres espèces connues par la présence de trichocystes disposés, dans le parenchyme, perpendiculairement à la euticule. Ces trichocystes sont fort longs dans la région polaire antérieure, mais ils vont en diminuant rapidement de longueur à mesure qu'on s'éloigne du pôle. La partie

postérieure de l’animal paraît en être complètement dépourvue, et nous n’avons pas

ET LES RHIZOPODES. 321 même pu suivre les trichocystes jusqu’à la ligne idéale et transverse, qu’on peut nommer l'équateur du Prorodon.

La bouche est sub-polaire et forme une fente allongée, oblique à l’axe, et bordée par les baguettes de appareil dégluteur. Celui-ci est relativement assez court.

La vésicule contractile est située au pôle postérieur, tout auprès de l'anus. Lorsqu'elle se contracte, on voit régulièrement apparaître, autour de la place qu’elle occupait, un groupe de trois ou quatre vésicules, qu’on doit considérer comme des sinus analogues à celui que nous avons décrit chez l'Enchelyodon farctus.

Le nucléus est relativement petit, elliptique.

Nous avons observé une seule fois cette espèce dans les environs de Berlin. Sa

longueur était de Omm 10.

9° Prorodon edentatus. (NV. PI. XVIII, Fig. 4.)

DraGxose. Corps en forme d’ellipsoïde allongé; bouche sub-polaire ; appareil dégluteur étroit, dépourvu de ba-

guettes, mais fort long, atteignant parfois la moitié de la longueur totale; nucléus ovale, allongé; vésicule contractile

terminale.

Le Prorodon edentatus présente, à la surface, des stries longitudinales assez écartées. Les cils sont partout d’une longueur à peu près uniforme, sauf au pôle postérieur, où ils s’allongent considérablement, à peu près comme cela se voit chez le Paramecium Aurelia.

Le caractère distinctif de cette espèce consiste dans son appareil dégluteur étroit, . formant un cône très-allongé, dont la base répond à la bouche et dont le sommet fait saillie dans la cavité du corps. Nous n’avons jamais réussi à reconnaître dans cet appareil la moindre trace de baguettes. Mais nous ne voyons pas dans cette circonstance une raison suffisante pour justifier l'érection de cette espèce et de la suivante en un genre particulier.

Le nucléus est un corps ovale très-allongé, placé obliquement à l’axe, et, en général, dans la moitié postérieure de l'animal. Il présente fréquemment une apparence mamelonnée.

Le Prorodon edentatus est l'espèce la plus commune aux environs de Berlin. Il

est en général parfaitement incolore. Sa longueur habituelle est de Gmm,10 à 0,15.

6° Prorodon marinus. (NV. PI. XVIIT, Fig. 5.)

DrAGNOSE. Prorodon cylindrique; bouche presque exactement polaire ; appareïl dégluteur très-étroit et très-court,

sans baguettes ; vésicule contractile terminale.

Le Prorodon marinus représente un cylindre environ deux fois ou deux fois et demie aussi long que large. Les quelques exemplaires que nous avons observés étaient tellement remplis de granules fins et fortement réfringents, qu’ils en paraissaient presque noirs, et qu'il était fort diflicile de reconnaître leur organisation intérieure.

La bouche est à peu près exactement polaire, et conduit dans un appareil trèsétroit et beaucoup plus court que chez aucune des espèces précédemment décrites. Nous n’avons pas réussi à reconnaitre de baguettes. Chez un exemplaire (celui que nous avons figuré), la partie postérieure de la cavité du corps était occupée par une large vacuole, remplie par un liquide qui tenait en suspension de petits corpuscules bacillaires, qu’on aurait pu prendre pour des trichocystes d’infusoire. Il est possible, du reste, que telle fût bien réellement leur nature, et que ces corpuscules fussent les restes d’un infusoire digéré par le Prorodon. Le nucléus s’est donné à reconnaître vaguement, dans la masse peu transparente du corps, comme un disque ovale et clair.

La longueur du corps est d'environ Omm,10.

Nous avons observé cette espèce, en 1855, dans le fjord de Bergen.

30 Prorodon margaritifer. (NV. PI. XVII, Fig. 1.)

DrAGNOSE. Prorodon cylindrique à bouche sub-polaire; appareil dégluteur muni de baguettes ; vésicules contractiles nombreuses, distribuées uniformément dans tout le parenchyme ; nucléus formé de deux corps elliptiques unis

ensemble par un disque circulaire plus petit.

Ce Prorodon se distingue, à première vue, de toutes les autres espèces par ses vésicules contractiles. Tandis que, chez tous les autres Prorodon la vésicule contractile est unique et située tout auprès de l’anus, les vésicules sont, chez le Prorodon margaritifer, très-nombreuses et dispersées dans tout le parenchyme. Peut-être aurait-on pu voir dans cette circonstance une raison suffisante pour fonder un genre à part. Toute-

fois, comme nous n'avons pas, en général, ajouté d'importance au nombre ni à la

position des vésicules contractiles, dans l'établissement des genres, nous avons préféré laisser notre infusoire dans le genre Prorodon, où il occupe une place toute naturelle.

La couleur du Prorodon margaritifer est (sous le microscope) un gris-brun analogue à celui du Prorodon griseus. Les vésicules contratiles offrent, par contre, la teinte rosée qui leur est habituelle chez la plupart des infusoires. Gomme ces vésicules sont très-nombreuses, et que tantôt l’un, tantôt l’autre se contracte, le Prorodon présente, en tournant vivement autour de son axe, un aspect tout particulier. On croirait presque voir un ciel grisâtre, laissant cependant percer les étoiles.

Le Prorodon margaritifer est strié longitudinalement par des sillons fins et rapprochés. La bouche est sub-polaire et forme une fente allongée, étroite et oblique à l'axe. Elle présente sur son pourtour des baguettes nombreuses, mais courtes.

Le nucléus à une forme toute particulière. Il est composé de deux corps elliptiques disposés obliquement à l’axe, de manière à converger en arrière l’un vers l’autre. Ils ne se touchent cependant pas l’un l’autre, mais sont unis médiatement par un petit disque circulaire. Chacun des corps elliptiques est composé d’une zone centrale plus obscure et d’une zone périphérique plus transparente, qui forme une sorte de limbe incolore. Ce nucléus compliqué paraît être en général libre dans la cavité du corps. En effet, bien que l’animal tourne continuellement autour de son axe, le nucléus présente toujours la même apparence et semble rester parfaitement immobile. On est forcé, par suite, d'admettre que l'animal tourae autour de son nucléus, quelque peu vraisemblable que cela puisse paraître en soi-même. M. de Siebold à déjà prétendu que, dans certains cas, les infusoires tournent autour de leur nucléus, assertion qui, d’après M. Eckhard, serait basée sur une pure illusion d'optique. L’observation que nous venons de rapporter nous paraît parler en faveur de M. de Siebold, car nous avons pu nous convaincre que l’image que nous avions sous les yeux n’était pas une simple coupe du nucléus suivant le plan du foyer du microscope, mais qu'elle

représentait bien la totalité du nucléus.

Le Prorodon voraz Perty (Perty. Zur Kenntniss, etc., p. 447, PI. HI, Fig. 9) doit se distinguer du P. niveus seulement par les baguettes plus délicates de son appareil dégluteur. Nous sommes disposés à croire que ce Prorodon est bien une espèce distincte, mais, malheureusement, M. Perty ne nous apprend rien sur son nucléus ; c’est là une lacune regrettable, puisque le Prorodon niveus est caractérisé essentiellement par son nucléus en forme de bande courbée en S. Aucune autre espèce n’a présenté jusqu'ici de semblable nucléus.

Le Habrodon curvatus Perty (Zur Kenntniss, p. 147, PI. V, Fig. 10) nous est resté inconnu jusqu'ici. Ce doit être un animal très-voisin des Prorodon, ou peut-être encore davantage des Enchelyodon. Les dessins de M. Perty semblent suffisants pour qu’on

puisse reconnaitre cette espèce dans l’occasion.

9e Genre. — NASSULA.

Les Nassula sont des infusoires dont la bouche est armée, comme celle des Prorodon, d'un appareil dégluteur ; mais, tandis que la bouche est terminale chez ces derniers, elle est latérale chez les Nassula. Il est vrai, comme nous l’avons vu tout-àl'heure, que la bouche des Prorodon est plus souvent encore sub-polaire que située exactement au pôle antérieur de l’animal, mais il ne peut cependant résulter de cette circonstance aucune incertitude dans la délimitation des deux genres. En effet, si chez certains Prorodon la bouche n’est pas exactement termirale, elle est du moins toujours située dans la région polaire, tandis que chez les Nassules elle est bien décidément latérale et dépassée en avant par une portion notable de la longueur du corps. À ce point de vue, les Nassules se rapprochent des Chilodon, mais elles s’en différencient par la circonstance qu’elles offrent une forme à peu près cylindrique, tandis que les Chilodon sont très-aplatis et même dépourvus de cils sur leur face dorsale.

Nous ne mettons ici, pas plus que chez les Prorodon, une grande importance aux

baguettes de l'appareil dégluteur, parce que M. Stein nous a fait connaître une espèce de Nassule dont l’appareil paraît être parfaitement lisse.

Le genre Nassula, ainsi délimité, coïncide parfaitement avec celui de M. Ehrenberg, qui est basé sur les mêmes caractères. Il est vrai que nous y faisons rentrer le Chilodon ornatus de cet auteur. Mais c’est évidemment par une méprise que M. Ehrenberg classait cet animal parmi les Chilodon; il était en cela en contradiction avec lui-même. D'ailleurs, il remarque en propres termes que son Chilodon ornatus serait peut-être mieux placé parmi les Nassules.

L'appareil dégluteur paraît souvent faire une saillie assez prononcée au-dessus du niveau des téguments. M. Dujardin remarque avec raison qu'il difflue facilement à la mort de l'animal, et qu'il ne jouit pas par conséquent d’une consistance bien ferme.

Certaines Nassules paraissent avoir constamment, dans une région déterminée de la partie antérieure de leur corps, un amas de granules colorés d’un bleu violet. M. Ehrenberg veut voir dans cet amas un organe sécrétant un suc propre à la digestion, peut-être de la bile (Saft- oder Gallorgan). C’est là, jusqu'ici, une pure hypothèse. M. Stein a donné une toute autre explication de cette coloration. « La nourriture de ces animaux, dit-il’, consiste essentiellement en Oscillariées ; ils en avalent même parfois des fragments si longs que leur corps se trouve par suite allongé audelà de la norme et déformé. Durant l'acte de la digestion, les éléments discoïdaux des Oscillariées se séparent les uns des autres, et prennent une couleur qui tire d’a-. bord sur le vert-de-gris, puis passe au bleu sale et plus tard au brun de rouille, pour se dissoudre enfin en une masse finement granuleuse, qui donne à tout le corps une teinte jaune-rouille uniforme. Ce sont ces fragments d’Oscillariées colorés d’un rougebleu qu'Ehrenberg a vus chez les Nassula, les Chilodon et les autres infusoires vivant d'Oscillariées, et qu'il a considérés comme des organes sécrétant un suc utile à la digestion. »

Nous n’osons pas suivre M. Stein dans tous les détails de cette explication. Il est parfaitement vrai que les Nassula vivent en général d’'Oscillariées, et que la couleur

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