‹ Études sur les infusoires et les rhizopodes;Chapitre 77 sur 210 · Stein, p · texte numérisé non relu

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vert-bleu qu’elles affectent parfois provient des débris des algues qu’elles ont avalées. Que la couleur jaune-rouille ou rouge de brique qu’elles présentent le plus souvent ait pour cause un stade plus avancé de la digestion des Oscillariées, c’est ce dont nous n'avons pas réussi à nous convaincre jusqu'ici. Mais, quant à l’accumulation constante de granules violets que présente, dans une région déterminée de sa partie antérieure, la Nassule que M. Ehrenberg nomme Chilodon ornatus, nous ne croyons pas qu’elle ait une origine semblable. Les granules dont elle se compose ne paraissent pas prendre part à la circulation des matières alimentaires. Sans donner notre assentiment à l’organe biliaire de M. Ehrenberg , nous croyons devoir considérer cet amas de granules violets comme un organe particulier à fonction encore inconnue.

M. Perty a fondé, pour une nouvelle espèce de Nassule, le genre Cyclogramma. La définition qu'il donne de ce genre nouveau convient parfaitement à tout le genre Nassule, et, comme il néglige de nous donner une définition de ce dernier, nous sommes “ort embarrassés de dire par quoi M. Perty veut distinguer les deux genres l’un de l'autre. Il est vrai que M. Perty place sept à huit soies (baguettes) dans la bouche de ses Cyclogramma, et qu’on serait embarrassé de justifier ce nombre pour toutes les Nassules. Cependant, nous ne pensons pas qu’on puisse baser un genre sur le nombre des baguettes de l'appareil dégluteur, puisqu'il n’est pas même démontré que ce nombre soit constant chez une seule et même espèce. Nous avons, du reste, retrouvé le Cyclogramma rubens de M. Perty, et nous n'avons pu le différencier des Nassules jusqu'ici connues que par un seul caractère, savoir l’existence de trichocystes dans ses téguments. Cette différence ne nous semble pas assez importante pour justifier la conservation du terme générique proposé par M. Perty. En effet, nous ne nous sommes servis nulle part des trichocystes dans la caractéristique des genres, et nous pensons avoir bien agi en cela, puisque, dans certaines circonstances non encore déterminées, des espèces à trichocystes, tel que le Paramecium Aurelia, se trouvent entièrement

dépourvues de ces organes.

ESPÈCES

1° Nassula flava.

Syx. Chilodon ornalus. Ehr., p. 358. PI. XXXVI, Fig. IX. (V. PL. XVII, Fig. 6.)

DiAGNOsE. Nassule cylindrique. Appareil dégluteur renflé sphériquement à sa partie antérieure et composé de baguettes ; partie antérieure montrant une dépression dans la région dorsale, et dans la partie correspondante de la cavité du corps un amas de granules violets; deux vésicules contractiles.

Cette Nassule est de forme cylindrique, en général trois ou quatre fois aussi longue que large; cependant on trouve des exemplaires beaucoup plus gros que les autres, chez lesquels la proportion de la largeur à la longueur n’est pas plus que celle de 1 : 2 ‘/, ou même 2. L'appareil dégluteur est assez long, et se distingue par le renflement sphérique de son extrémité buccale. A ce point de vue, cette Nassule se différencie du Chilodon ornatus de M. Ehrenberg, chez laquelle, d’après les dessins de ce dernier, l'appareil est linéaire, comme celui des Chilodon ou des Prorodon. M. Stein se demande déjà, à propos de sa Nassula ambiquu, qui offre un renflement analogue, si le dessin que M. Ehrenberg donne de l'appareil dégluteur de son Cilodon ornatus est bien exact. Il est parfaitement vrai que l'appareil même du Chilodon Cucullulus est susceptible de prendre, dans l’occasion, une forme plus ou moins analogue à celle de l'appareil de notre Nassule, à savoir dans le moment même de la déglutition. La partie antérieure de l'appareil se resserre alors derrière l’objet saisi, tandis que la région placée immédiatement au-dessous se trouve dilatée par l'objet luimême, ce qui produit dans la partie buccale de l'appareil dégluteur un renflement pyriforme. M. Ehrenberg a fort bien figuré cet acte de la déglutition. Mais le renflement que présentent la Nassula flava et la N. ambiqua est de nature toute différente. Il n’est point passager, mais constant. Il n’est point le produit d’une activité momentanée de lPappareil, mais il représente, au contraire, son état de repos. D'ailleurs, l'appareil dégluteur de la Nassula flava est susceptible de se dilater considérablement, pendant la déglutition, comme celui des Chilodon.

La région que, par rapport à la position de la bouche, on peut nommer dorsale,

présente en général, chez la Nassula flava, une dépression assez évidente, située à peu

près sur le parallèle de la bouche. Cette dépression devient parfois méconnaissable chez quelques individus, surtout chez ceux qui ont beaucoup mangé et dont le corps se trouve par suite distendu. C’est immédiatement au-dessous de cette dépression que se trouve, dans la cavité du corps, l’amas de granules, tantôt violets, tantôt bleuâtres, que nous avons déjà signalé. Cet amas paraît être adhérent à la paroi du corps, ou du moins reste toujours en contact avec elle. M. Ehrenberg le signale comme une tache, vivement violette, à la nuque, expression qui désigne assez exactement sa position réelle.

Le nucléus est unique et arrondi; 1l est situé, en général, vers le milieu de la longueur du corps. Cependant, quelques individus le portent dans la partie antérieure, en avant du parallèle de la bouche, c’est-à-dire dans le front ou dans le bec, comme dirait M. Ehrenberg.

Les vésicules contractiles sont toujours au nombre de deux, et c’est là une circonstance qui, jointe à la forme de l’appareil dégluteur, empêche de rapporter avec une parfaite certitude le Chilodon ornatus Ehr. à la Nassula flava. En effet, le Chilodon ornatus n’a, au dire de M. Ehrenberg, qu’une seule vésicule contractile. Chez notre Nassula, l’une des vésicules est située un peu en arrière du premier tiers de la longueur totale, et l’autre dans le troisième tiers. Si l’on considère la génératrice du cylindre qui passe par la bouche comme divisant la face ventrale en deux moitiés symétriques, les vésicules contractiles sont toutes deux du côté droit, et en outre, si nous nous

souvenons bien (nous avons négligé de noter cette circonstance), la vésicule postérieure est dans la paroi dorsale. On pourrait supposer que M. Ehrenberg n’a aperçu qu’une des vésicules de son Chilodon ornatus, mais c’est une supposition que nous n’osons pas faire, parce que la position attribuée par cet auteur à la vésicule contracile ne coïncide exactement, ni avec celle de l’une des vésicules de notre Nassule, ni avec celle de l’autre. Elle est un peu trop en arrière pour être la vésicule antérieure de la Nassula flava, et beaucoup trop en avant pour être la vésicule postérieure. De plus, la vésicule contractile du Chilodon ornatus affecte, au moment de la contraction, une forme de rosette, causée sans doute par le gonflement des vaisseaux qui partent de cette vésicule, phénomène que M. Stein a aussi observé chez la Nassula ambiqua,

tandis que n'avons jamais rien observé de semblable chez la Nassula flava.

Ce sont ces différences qui nous ont empêché d’assimiler sans aucune hésitation le Chilodon ornatus à la Nassula flava. Nous n’aurions pu, du reste, conserver pour celle-ci le nom de Nassula ornata, parce que M. Ehrenberg l’a déjà employé pour une

autre espèce.

Tous les exemplaires de la Nassula flava que nous avons rencontrés jusqu'ici présentaient une teinte jaune de rouille, ou plus souvent encore rouge de brique, couleur dont M. Ehrenberg veut trouver la cause, chez son Chilodon ornatus, dans la présence d’ovules dorés, et qui s'explique, chez notre Nassule, par une grande abon-

dance de gouttelettes jaunâtres dans le contenu de la cavité du corps.

La Nassula aurea Ehr. (Ehr. Inf., p. 340, PL. XXXVIL, Fig. IT) est aussi proche parente de notre Nassula flava, mais elle n’a, suivant M. Ehrenberg, qu’une seule vésicule contractile et ne possède pas l’amas de granules violets. Il se pourrait done, à supposer que les granules violets ne fussent pas essentiels, que le Chilodon ornatus Ebr. et la Nassula aurea Ehr. formassent une espèce unique, mais différente de notre Nassula flava. West vrai que, d’après les figures de M. Ehrenberg, la Nassula aurea a une forme bien plus lourde que le Chilodon ornatus, mais c’est une différence de peu d'importance, car la Nassula flava présente des variétés de forme parfaitement correspondantes.

Nous avons trouvé la Nassula flava dans plusieurs localités des environs de Berlin.

Sa longueur varie en général entre Omm,11 et 0,20.

2° Nassula ambiqua. Stein. Inf., p.248. PL. VE, Fig. 42-44.

Diaëxose. Nassule en forme de cylindre court; appareil dégluteur sans baguettes, renflé en massue en avant ; une seule vésicule contractile.

Cette Nassule, que nous ne connaissons pas nous-mêmes, a été bien décrite et

figurée par M. Stein, dans son ouvrage sur les Infusoires. Son appareil dégluteur suffit

à la distinguer de toutes les autres espèces.

3° Nassula rubens.

Sxx. Cyclogramma rubens. Perty. Zur Kenntniss, etc., p. 146. PI. IV, Fig. 10.

(V. PI. XVII, Fig. 8.)

DraGNosE. Nassule cylindrique, à appareil relativement gros et renflé dans la région buccale; parenchyme semé de trichocystes; une seule vésicule contractile.

Cette Nassule est environ trois fois aussi longue que large. Son parenchyme est rempli de trichocystes de taille vraiment colossale, relativement à la grosseur de l’animal. Ce sont ces organes qui nous permettent de rapporter avec quelque certitude cette espèce au Cyclogramma rubens de M. Perty. M. Perty n’a, il est vrai, connu les trichocystes chez aucun infusoire, mais il signale, chez son Cyclogramma rubens, un système de stries marginales concentriques (koncentrische Randstreifung) qu’il a aussi indiqué sur ses planches. Or, ce système de stries est, à n’en pas douter, l'apparence particulière produite par les trichocystes.

La bouche est située dans une dépression en général assez apparente. Il en existe, du reste, une semblable, mais moins évidente, chez la Nassula flava. L'appareil dégluteur fait une saillie assez prononcée ; il n’est point droit, mais se courbe brusquement en arrière immédiatement après son renflement buccal. M. Perty ne l’a vu que fort imparfaitement ; 1l le signale comme étant facilement reconnaissable chez certains individus, et absolument invisible chez d’autres. Parmi les sept figures qu’il donne de cette espèce, il n’en est qu’une (Fig. 10 f) sur laquelle l'appareil dégluteur soit indiqué, mais avec une direction renversée et sans trace de renflement.

La vésicule contractile est unique; elle est placée à peu près vers le milieu de la longueur du corps et à droite de la ligne médiane, celle-ci étant déterminée par la position de la bouche.

La couleur ordinaire de la Nassula rubens est un rouge de brique, tirant sur le rosé. Parfois cette couleur devient si pâle que l’animal en paraît presque incolore. Quelques individus sont aussi colorés d’un vert-bleu intense. Cette teinte paraît provenir d’Oscillariées à demi digérées.

Nous avons trouvé cette espèce dans les tourbières de la Bruyère aux Jeunes-Filles

(Jungfernhaide), près de Berlin. Sa longueur moyenne est de Omm,05.

4° Nassula lateritia. (N. PI. XNIL, Fig. 7.)

DIAGNOSE. Nassule ovoïde, ayant une échancrure en avant et un peu sur la gauche; appareil dégluteur formé de baguettes et renflé dans la région buccale; deux vésicules contractiles ; des trichocystes semés dans le parenchyme.

Cette espèce présente des trichocystes comme la précédente, dont elle se distingue à prémière vue par sa forme. La partie antérieure est en effet échancrée du côté gauche, à peu près comme la partie correspondante du Paramecium Bursaria ou du P. putrinum. Les trichocystes sont, du reste, relativement bien plus petits que ceux de la Nassula rubens.

L'appareil dégluteur est renflé dans la partie buccale, comme celui de toutes les espèces que nous avons déjà décrites.

Le nucléus est un corps discoïdal, situé dans la partie postérieure du corps.

Les vésicules contractiles sont au nombre de deux. Elles sont placées l’une et l’autre dans la moitié droite et dans la paroi dorsale du corps. L’une est située à peu près au niveau de la partie postérieure de l’appareil dégluteur, autre plus en arrière.

La couleur générale de la Nassula lateritia est un rouge de brique pâle, ürant sur le rosé. Le corps est strié longitudinalement.

Nous avons trouvé cette espèce dans les environs de Berlin. Sa longueur moyenne

est de Onm,05.

Sous les noms de Nassula ornata et de Nassula elegans, M. Ehrenberg décrit deux espèces que nous ne croyons pas avoir rencontrées Jusqu'ici, et dont les caractères ne nous semblent pas encore bien fixés. La N. elegans (N. Ehr. Inf., p. 339. PI. XXXVIF, Fig. 1) est proche voisine de notre N. flava et du Chilodon ornatus Ehr. Elle s’en différencie surtout par la couleur, caractère auquel nous ne saurions ajouter d'importance. D'un autre côté, elle possède, comme eux, l’amas de granules violets dans la nuque, pour s'exprimer avec M. Ehrenberg. Ce qui nous empêche principalement de réunir cette Nassule à notre N. flava, c’est la circonstance que M. Ehrenberg mentionne chez elle trois vésicules contractiles, et en outre une rangée de vésicules

contenant un suc bleuàtre, laquelle s'étend de la uque à l'anus. Nous ne savons trop

332 ÉTUDES SUR LES INFUSOIRES ce que peuvent être ces vésicules-là. Peut-être s’agit-il d'organes analogues à ceux du Loxodes Rostrum.

La N. ornata (Ehr. Inf., p. 339. PI. XXXVII, Fig. 2) est une espèce beaucoup plus grosse que toutes les précédentes, dont elle se distingue surtout par sa forme plus ou moins discoidale. Elle n’a qu’une grosse vésicule contractile. Il est fort probable que cette espèce est la même que M. Dujardin décrit sous le nom de Nassula viridis (Duj. Inf., p. 495. PI. XI, Fig. 18).

Il est possible que le Chilodon depressus de M. Perty (Zur Kenntniss, etc., p. 146. PI. TE, Fig. 7) soit une Nassula. C'est, du reste, peu important à décider, car cet infusoire a été observé d’une manière trop insuffisante pour qu’il soit jamais possible de le retrouver avec certitude. La circonstance que cet animal nageait en tournant autour de son axe, montre suflisamment que, malgré sa forme déprimée (d’après les figures de M. Perty, on croirait plutôt cet infusoire tout-à-fait cylindrique), ce n’était

pas un Chilodon.

10e Genre. — CHILODON.

Les Chilodon sont des infusoires très-déprimés, chez lesquels la distinction d’une face ventrale et d’une face dorsale se fait toujours très-facilement. Ils rampent en appliquant leur face ventrale aux objets. La bouche est située entre le milieu et le bord antérieur de cette face ventrale, et elle est munie d’un appareil dégluteur en baguettes. La face dorsale est glabre ; par contre, la face ventrale est ciliée dans toute son étendue. Les cils du bord antérieur sont un peu plus longs que les autres. L’anus est terminal.

La cavité digestive ne remplit pas uniformément tout le corps, et lorsqu'on considère un Chilodon de face, on le voit entouré d’un limbe transparent, formé par une zone du parenchyme, dans laquelle la cavité du corps ne pénètre pas. Cette zone atteint son maximum de largeur en avant, où elle forme ce que M. Ehrenberg nomme une

lèvre membraneuse ou une oreillette en bec latéral.

Le genre Chilodon, très-bien compris par M. Ehrenberg, a été méconnu et mutilé par M. Dujardin, qui n’en a pas saisi les caractères essentiels ni les analogies. M. Dujardin a divisé les Chilodon en deux genres, qu'il a répartis dans des familles différentes, et il nous semble même probable qu'il a décrit une seule et même espèce sous deux noms dans ces deux genres. Les uns, auxquels il conserve le nom de Chilodon, sont classés par lui dans sa famille des Paraméciens. Il les caractérise comme des animaux à corps ovale, irrégulier, sinueux d’un côté, lamelliforme, peu flexible, avec des rangées parallèles de cils à la surface et une bouche obliquement située en avant du milieu et dentée ou entourée d’un faisceau de petites baguettes. Les autres, auxquels il donne sans raison justifiable le nom de Loxodes, déjà employé par M. Ehrenberg pour des infusoires tout différents, sont rapportés par lui à la famille des Plæsconiens. Il les différencie des vrais Chilodon par la présence d’une enveloppe membraneuse ou cuirasse qui revêt leur corps aplati, et par la circonstance que les cils sont restremts au bord antérieur seulement. D'ailleurs, les Loxodes doivent être privés d’un appareil dégluteur. On voit donc que l’union monstrueuse des Chilodon-Loxodes avec les Euplotes dans la singulière famille des Plæsconiens, est basée essentiellement sur la prétendue existence d’une carapace chez les Loxodes de M. Dujardin. Or, cette carapace n'existe pas. M. Perty lui-même, bien qu'habitué à marcher aveuglément sur les traces de M. Dujardin, déclare n’avoir jamais pu la voir. D'ailleurs, M. Dujardin en personne, après avoir établi en principe l'existence de la cuirasse, paraît douter lui-même de ce caractère. Il dit, en effet’ : « On distingue presque toujours le contour de la partie charnue vivante, au milieu d’une enveloppe plus transparente, mais qui, cependant, n'est pas une membrane persistante, comme le prouve la facilité qu'ont les Loxodes de s’agglutiner quand ils viennent à se toucher entre eux. » — Cest là, il faut en convenir, un singulier passage ! La prétendue cuirasse se trouve réduite à n'être pas même une membrane persistante! Cette phrase contient, du reste, plus d’une inexactitude. Le « contour de la partie charnue vivante » est de fait le contour de la cavité du corps, et ce que M. Dujardin considère comme la partie charnue vivante

est le contenu de cette cavité, le chyme, c’est-à-dire précisément ce qu'il y a de moins

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