INFUSOIRES SUCEURS
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L’érection des Acinétiniens en un ordre spécial est un fait nouveau dans la science, et, cependant, depuis que M. Lachmann nous a fait connaitre l’organisation de ces infusoires, il est devenu impossible de les laisser parmi les infusoires cihiés, et leur transfert parmi les infusoires flagellés, ou cilio-flagellés, serait tout-à-fait injustifiable. Nous n’hésitons donc pas à former pour eux un ordre spécial; d'autant plus que les limites de cet ordre sont trop tranchées pour qu’il soit possible d’avoir les moindres doutes sur son étendue. Les Acinétiniens sont, en effet, des infusoires incapables de se mouvoir à l’état adulte, et se nourrissant au moyen de suçoirs nombreux et rétractiles. Aucun infusoire cilié ne peut se confondre avec des êtres semblablement organisés. Parmi les infusoires flagellés, il existe un seul être connu, qui semble faire un passage réel aux Acinétiniens. C’est la Synerypta Volvox Ehr., ou un animal fort voisin d'elle, qui est muni d’une part d’un flagellum, et d’une autre part de suçoirs qui paraissent organisés de la même manière que ceux des Acinétiniens.
On a déjà observé, dès longtemps, que les alentours des Acinétiniens étaient une sorte de cimetière. Les infusoires qui arrivaient en contact avec les rayons de ces singuliers animaux semblaient comme paralysés. Ils restaient là immobiles, perdant visi-
blement leurs forces, et finissaient par périr. C’est déjà ce qu'a remarqué Otto-Friederich
Mueller. «Il n’est pas rare, dit M. Stein’, que les infusoires, qui arrivent en contact avec une Actinophrys (Podophrya fixa”), restent prisonniers entre les tentacules de celle-ci, qui s’entrelacent confusément, pourvu, du moins, que ces infusoires ne soient pas assez forts pour vaincre ces entraves. Mais, lorsque leurs forces le permettent, comme c’est le cas, par exemple, pour le Paramecium Aurelia et la Stylonychia pustulata, is s’enfuient en entrainant avec eux l’Actinophrys (lisez: Podophrya) qui reste suspendue à Jeur corps, et ils finissent par se débarrasser de cette charge incommode au moyen de contorsions et de secousses appropriées à ce but. Parfois aussi, après de vains gt longs efforts, 1ls n’en restent pas moins la proie de l’Actinophrys (lisez: Podophrya); ils s’arrêtent et meurent*.» — Il ne faut cependant point croire que M. Stein veuille dire par là que l’infusoire soit dévoré ou sucé par la Podophrya. Tout au contraire. Aïlleurs, il reproche à M. Ehrenberg de s’être figuré que les Acinétiniens sont susceptibles de suc2r des corps étrangers à l’aide de leurs rayons. Ce. reproche n’est, du reste, point fondé, car le passage de M. Ehrenberg est conçu en ces termes: « Aussitôt que la Trichodina { Halteria) grandinella vient à rencontrer les tentacules (Fühlborsten) de la Podophrya, et c’est ce qui arrive fréquemment, vu qu'on trouve très-ordinairement ces animaux ensemble, elle est à l'instant capturée. Elle cesse subitement de faire vibrer ses cils, rejette ceux-ci en arrière (opisthotonos), est attirée de plus en plus près du corps de la Podophrya et reste là suspendue fort longtemps, tandis qu’on remarque alors, à n’en pas douter, que le contenu diminue, après quoi la peau tombe“. »
Il est possible que M. Ehrenberg, en écrivant ces lignes, ait eu un vague pressentiment de la vérité, mais il n’a pas su la saisir dans toute son étendue. Il est impossible de se figurer, d’après sa description, de quelle manière il s’est représenté le phénomène. En effet, le mot de Fähborsten (soies tactiles) qu'il emploie, ne peut servir qu’à désigner des organes du toucher et non des suçoirs. D'ailleurs, dans la des-
cription du genre Podophrya, il ne parle aucunement de semblables organes, et dé-
Stein : Die Infusionsthiere, p. 141.
. Nous verrons plus bas que M. Stein n’a pas distingué les Podophrya des Actinophrys. . M. Perty s'énonce, au sujet du phénomème en question, d'une manière toute analogue. . Y. Ebrenberg, Inf., p. 306.
clare avoir vu chez ces animaux une place claire qu’il a considérée comme la bouche. Cette place claire n’est pas autre chose que la vésicule contractile.
M. Ehrenberg et M. Stein ont donc été à deux doigts de la vérité, sans même l’entrevoir. Les Acinétiniens sont, en effet, bien réellement des animaux doués d’un grand nombre de suçoirs sétiformes rétractiles. Les renflements en bouton qu’on voit à l’extrémité de ces soi-disant soies, ne sont autre chose que des ventouses à l’aide desquelles ils sucent leur proie. De là, l'explication toute simple du fait que l’Halteria grandinella reste si souvent suspendue aux rayons des Acinétiniens. Ses sauts imprudents et brusques l’amènent plus fréquemment peut-être qu'aucun autre infusoire en contact avec ces animalcules suceurs. De là, l'explication du fait également parfaitement bien observé par M. Stein, qu'un Paramecium qui n’a pu se libérer d’une Podophrya attachée à son corps par ses ventouses, finit par se ralentir, s'arrêter et périr.
Lorsque quelque infusoire vient à rencontrer les suçoirs d’un Acinétinien, on voit ces organes, auparavant en apparence si raides, se recourber avec une grande célérité pour atteindre limprudent qui se hasarde dans leur voisinage. Cette manœuvre a-t-elle réussi, l'animal raccourcit ses suçoirs de manière à amener la capture à une distance peu considérable de son corps. Deux, trois ou quatre de ces suçoirs s’élargissent un peu en diamètre, surtout dans les espèces à rayons très-fins, comme l’Acineta mystacina, et l’on voit sans peine un courant s'établir au travers de ces tubes, de la proie à l’animal suceur. Les granules passent directement et d'ordinaire assez rapidement du corps de l’un dans celui de Pautre. Ces granules arrivés dans l’Acinétinien, contnuent leur chemin, avec une rapidité assez notable, jusqu'à un point situé profondément dans le corps de lPanimal. À partir de là, ils prennent part à la circulation lente du liquide contenu dans la cavité du corps de PAcinétinien. — L'opération de la succion dure parfois plusieurs heures ; quelquefois aussi elle se termine plus tôt. On voit alors l’infusoire, dont lPAcinétinien a fait la proie, devenir de plus en plus incapable de mouvement; la vésicule contractile présente des pulsations de plus en plus rares ; enfin, l’animal meurt, ses téguments s’affaissent et l'Acinétinien n'a plus, entre ses suçoirs, qu'une masse informe. Il abandonne alors la proie, étend de nouveau ses suçoirs au loin et attend paisiblement qu'un autre infusoire veuille bien venir lui
servir de pàture.
Les Acmétiniens ont été jetés tantôt à droite, tantôt à gauche dans le système, et jusqu'ici leur position n’a pas été bien fixée, grâce à de nombreuses confusions avec des animaux qui n’ont rien à faire avec eux. Dans l’origine, M. Ehrenberg méconnut complètement les affinités réciproques, non seulement des différents genres de cette famille, mais encore des différentes espèces d’un même genre. En effet, sous les noms d’Acineta et de Podophrya, 1 fonda deux genres contenant des animaux qu'il n’est pas possible de distinguer génériquement les-uns des autres, et il relégua le premier parmi ses anentérés dans la famille des Bacillaria qui est formée à peu près exclusivement par des Diatomées, tandis qu’il assigna une place au second parmi ses in- : fusoires entérodèles, dans la famille peu naturelle des Enchélyens (comprenant en outre des Podophrya, non seulement des Trachéliens et des Bursariens, mais encore des Rhizopodes, comme les Actinophrys et les Trichodiscus). Toutefois, il ne tarda pas à reconnaître, pendant l'impression même de son ouvrage, quelle entorse il avait donnée aux aflinités naturelles, et il indiqua dans une note‘ que les Acineta devaient être réunis aux Podophrya et au nouveau genre Dendrosoma, pour former une famille à part, à laquelle il donna le nom d’Acinetina. Par cette modification, M. Ehrenberg avait circonscrit le groupe des Acinétiniens dans des limites parfaitement naturelles. C'était un coup de main heureux, mais, en quelque sorte, inconscient, puisque M. Ehrenberg n'avait qu'une idée bien vague de l’organisation des Acinétiniens et qu’il ne connaissait pas en particulier l’abime qui les sépare des Actinophrys.
Les successeurs de M. Ehrenberg ont fait un pas en arrière en détruisant la famille naturelle des Acinétiniens. M. Dujardin en fait des Rhizopodes qu'il réunit aux Actitinophryens; il fit même d’une Podophrya (P. fira Ehr.) une Actinophrys proprement dite sous le nom d’A. pedicellata (v. Duj., Inf., p. 266). Cette confusion s’est, dèslors, perpétuée, et nous la retrouvons, en particulier, dans les ouvrages de MM. Perty et Stein. Quelle distance, cependant, entre un Acinétinien armé de ses nombreux suçoirs portant chacun une ouverture buccale préformée et des Actinophrys susceptibles de prendre de la nourriture par un point quelconque de la surface de leur corps!
M. Stein considère la Podophrya, qu'il tient à tort pour une phase du développement