‹ Études sur les inondationsChapitre 11 sur 81 · ni. c · texte numérisé non relu

ni. c

saurait être question de déterminations spéciales, applicables seulement à telle ou telle autre localité. Ce sont des résultats généraux moyens que nous cherchons à obtenir, parce que, seuls, ils sont aptes à nous conduire à la connaissance des faits principaux • concernant de vastes étendues, et à nous donner une * idée des lois générales qui président à la production des phénomènes naturels considérés dans leur ensemble.

Voilà pourquoi, en faisant application des calculs précédents à des rivières dont les sources, parlant des régions centrales de la France.se dirigent les unes vers le midi, les autres vers le nord, nous avons pu apprécier ainsi ce qui doit moyennement se produire dans notre pays ; voilà aussi pourquoi cette première connaissance étant acquise pour la France, qui jouit d’un climat moyen par rapport au reste de l'Europe, nous avons pu admettre quece qui a lieu chez nous est très-probablement la représentation de ce qui se passe en moyenne sur la totalité de cette grande division de la terre ; c’est, enfin, par ce motif que nous avons pris pour mesure de l'évaporation le taux moyen de 4 millimètres par jour. Ce taux aurait dû varier, si nous avions eu pour but spécial de déterminer séparément, soit ce qui concerne le midi, soit ce qui concerne le nord ; mais, dans l’intention où nous étions ‘d’apprécier la valeur d'une moyenne, c'était aussi de la valeur moyenne de l'évaporation que nous devions faire usage.

Cette valeur est-elle rigoureusement exacte? Les observations ne sont pas assez nombreuses pour qu’il

Digttized by Googje

ÉVATORATION.

soit possible de l'affirmer; mais tout concourt à faire admettre quelle est certainement fort approchée de la vérité. Pour s'en convaincre, nous donnons cidessous, d'après M. de Gasparin, le relevé de tous les renseignements recueillis en Europe sur l'intensité annuelle de l’évaporation. Les nombres qui figurent ■ dans ce tableau expriment des millimètres.

Londres.

mm.

Rome

mm.

Cutané

Poitiers

Gênes... ....i.,,,.

Lille

Vienne.

Midlebourg

Lons-le-Saulnier. .•

Rotterdam

Pontarlier. .......

Rreda.

Troyes

Sparendam. ......

Montmorency. . . , .

Delft

Mnnltliriier

Rieux.

Toulouse

Haguenau

Genève

Gœtlingue

Orange

Maulieim. . , ......

Cavailloo

Copenhague. . . . . ,

Arles

Stockholm

Marseille

Total

Moyenne pour l’année et pour PEuropo

A cette moyenne' pour l’année en correspond une par jour de 2“m,,8l, qui diffère d'environ un tiers de celle que nous avons adoptée, tàais il importe de remarquer que, tandis (pie les observations dout nous venons de donner le détail ont été faites à l’ombre et ‘ à l’abri, l’évaporation que nous nous sommes proposé d’évaluer a lieu, au contraire, au grand air, en plein soleil, sous l'influence des courants naturels, et

quelle doit être, par conséquent, beaucoup plus énergique. En ayant égard à ces conditions, toutes éminemment favorables à un excès de production, le taux adopté de 4 millimètres paraît être dans un rapport convenable avec celui de 2““, 81.

Au reste, une incertitude à cet égard ne saurait avoir aucune grave conséquence, et cela lient à ce que, d’une part, cette incertitude doit être fort légère, et, d’autre part, à ce que la tranche annuelle de la partie d'évaporation terrestre que nous venons d’évaluer a finalement une très minime importance, comparativement à celle de la pluie ; elle n’en représente guère que le centième, et cette fraction est si petite, qu'elle pourrait être négligée à peu près en entier, sans grands inconvénients. C’est même là ce qu’offre d'essentiel cette première partie de nos recherches; mais il était d’autant plus utile de rendre cette conclusion inattaquable, qu’en matière d’évaporation il existe beaucoup de préjugés, même parmi les hommes éclairés.

2° A ln surface du sol mouillé, «prés la pluie.

Essayons maintenant de déterminer la perte produite par l’évaporation qui se développe à la surface du sol mouillé, après la pluie. Celte perte doit être à très-peu près proportionnelle au nombre de jours de pluie, puisque c’est ce dernier phénomène qui y donne lieu. Or, il résulte des relevés météorologiques faits à ce sujet qu'on a pour l'Europe les résultats suivants 1 :

1 Voir la Météorologie de Kaemtz, p. 13!).

Digilized by Goaglc

Dé'iKnaliOD des contrées.

Angleterre et France occidentale

Centre de la France

Allemagne centrale

Bude (Hongrie)....

Kazan (Russie)

Intérieur de la Sibérie. .......

Scandinavie

Russie

Nombre de jours de pluie.

Total............. 936

Moyenne 117

Les deux derniers renseignements qui concernent la Scandinavie et la Russie ont été extraits du Cours d'agriculture de M. de Gasparin.

Celte moyenne n’est pas complète, elle manque de l’élément relatif aux contrées les plus méridionales, de l’Europe, savoir : le sud de la France, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, 1a Turquie. Heureusement, nous pouvons y suppléer, d’une part, à l’aide d’un renseignement fourni par M. de Gasparin, qui attribue à la région méditerranéenne d’Europe 91 jours de pluie annuelle; d’autre part, et eu égard à une certaine similitude dans le climat, à l’aide de ceux du nord de l'Afrique, que nous devons à l’obligeance de M. Béguin, ingénieur en chef des ponts et chaussées à Alger. 11 résulte d’une série d'expériences qui embrassent les dix années comprises de 1898 à 1847, expériences faites avec beaucoup de soin par M. Vidal, médecin en chef de l’hôpital militaire de Constanline, que, dans cette dernière province, le nombrç annuel de jours ou de nuits pluvieux est moyennement de 112; en employant ces doux nombres con-

jointement arec les précédents, on trouve pour résultat moyen 114 jours de pluie.

Quant à la hauteur de la tranche d'eau ainsi évaporée à la surface du sol, nous ne croyons pas pouvoir l’évaluer, en moyenne, pour chaque pluie, à plus de 1 millimètre. Sur les eaux stagnantes, ainsi que nous l’avons dit, ou admet que la moyenne journalière pour toute l'année, dans nos climats tempérés, est de 4 millimètres. Or. sur le sol mouillé, qui est un mélange d’eau et de terre contenant une bien plus forte proportion de celle-ci que de celle-là, qui est en outre privé de celte propriété des liquides, si favorable à l’évaporation, la mobilité, la perte doit être beaucoup moins grande.

Il faut d'ailleurs remarquer qu’il n’en est pas à beaucoup près do même do l’évaporation à la surface des amas d'eau et de celle qui s’opère sur le sol mouillé, après la pluie. Si la première atteint une valeur journalière moyenne de 4 millimètres, c’est qu elle s’effectue régulièrement chaque jour, à chaque instant, et quelle profite en entier des chaleurs de l’été, pendant lesquelles l’alimentation même de l’évaporation, l’eau, ne manque jamais. Dans la seconde espèce d’évaporation, au contraire, la pluie est, sinon plus intense, du moins plus’ fréquente dans la saison froide, c’est-à-dire an moment oh la force aspiratrice a le moins de valeur, et elle manque, au contraire, le plus souvent dans la saison où celte force atteint son maximum.

D’ailleurs, combien ne compte-t-on pas de pluies dans l’année qui n’atteignent pas même -4 millimé-

très ; il est facile de s’en faire une idée en remarquant que la moyenne de la tranche d’eau pluviale en Europe ne dépasse pas pour l’année 0m,552 \ ce qui, eu égard au nombre de fois que tombe la pluie, donne pour chaque fois une tranche moyenne de d““, 8. Il est donc certain que beaucoup de pluies sont loin de fournir 4 millimètres. Cela posé, si l’on admet, avec la plupart des ingénieurs, qu'en considérant, non pas quelques terrains en particulier de nos zones tempérées, mais leur ensemble, les 3/7 des eaux de pluie coulent à la surface pour se rendre dans les cours d'eau, il restera, pour ce que retient le sol, après chaque pluie, une tranche de 2'"”, 7 : or, toute cette quantité ne s’évapore pas ; l’imbibition à travers les terres, destinée à alimenter la végétation et les sources, en soustrait nécessairement une très-grande partie. Nous croyons donc ne pas nous écarter beaucoup de la vérité en admettant que, distraction faite de ce prélèvement, nue trahehè' de 1 millimètre au plus est reprise par l’évaporation, après chaque jour de pluie; d'où il suit que le volume d'eau que nous cherchons à apprécier en ce moment a pour valeur annuelle une tranche de 0m,114 de hauteur.

3» Pour les besoins de la vie végétale.

La troisième partie des eaux qui rentrent dans l’atmosphère par évaporation est comprise dans

* Nous ferons connaître plus loin les données sur lesquelles cette appréciation est fondée.

celle que retiennent les terres, après la chute de la pluie.

Cette partie ne retourne pas immédiatement, comme les deux premières, dans les couches aériennes; ce n’est que peu à peu, et à mesure que le développement de la végétation s'effectue que ce retour a lieu. Nous ne pouvons donc espérer obtenir quelques notions précises sur cette phase du phénomène de l'évaporation qu’en étudiant quelquesuns des actes de la vie des plantes. Pour éclairer ce sujet, qui a de 1 importance, non-seulement pour ce qui concerne la pluie, mais encore au point de vue agricole, nous nous sommes livré à des recherches que nous allons exposer.

On compte qu’il existe en France une surface de 1,198,198 hectares de prairies naturelles, lesquels produisent 105,203,888 quintaux métriques de foin, et il suit de là que chaque hectare rapporte en moyenne 2,560 kilogrammes, soit 0\250 par mètre - carré.

Mais les diverses natures d’herbes qui composent les prairies perdant eu moyenne, par la fenaison, 66 pour 100 pour arriver à l’état sec, on on conclut qu'il faut trois parties d’herbes fraîches pour une de -, fourrage sec.

En conséquence, les 011, 256 récoltés sur chaque mètre carré contenaient, au moment de la coupe, 0\512 d’eau.

Cela posé, quelque exagérée que doive paraître cette hypothèse, admettons que, chaque jour,. depuis le commencement de la germination jusqu’à celui

de la fauchaison, les plantes reçoivent, pour les besoins de la nutrition, une quantité d'eau sans cesse renouvelée et égale à celle ci-dessus. Comme on peut évaluer en moyenne à 120 le nombre de jours écoulés depuis le moment où la germination commence jusqu'à celui où. la maturité est arrivée, il > s’ensuit que la quantité totale d’eau exigée par les herbes des prairies naturelles serait représentée par un poids de Glk,44, ce qui, sur un mètre carré, répond à une tranche de O”, 06144 de hauteur .Voudrait-on y ajouter un cinquième pour le regain, qu’on ne dépasserait pas 0“,074 pour la hauteur de la tranche.

Mais, nous le répétons, comme tout porte à croire qu’il y a exagération dans l’hypothèse que nous venons de faire, nous sommes conduit à conclure qu'il faut considérer la valeur ci-dessus comme une limite qui, à coup sûr, ne sera pas atteinte, et que, par suite, la quantité que nous cherchons à déterminer, restant en dessous de cette limite, doit avoir une valeur un peu moindre que celle qui vient d’être déduite des considérations précédentes.

Cette conclusion nous paraît d'autant plus admissible, que, de toutes les terres exploitées par l’agriculture, si l’on en excepte le jardinage, c’est dans celles à prairies qu’on rencontre la plus forte proportion de surfaces soumises à des arrosages artificiels.

Dans ses observations très-remarquables sur les courants intersticiels du sol arable, M. Baudrimont nous apprend que Haies a trouvé qu’un pied de houblon perdait 4 onces d'eau par jour. Il résulte de

cette observation qu'un arpent anglais, qui contient 9,001) pieds de houblon, doit perdre par exhalation 2,250 livres d'eau par jour..

Ces nombres correspondent ù 2,. >21 kilogrammes d’eau par jour et par hectare, ou environ 250 grammes par mètre carré.

Si l'on admet qu'en moyenne la végétation fonctionne pendant six mois de l année, on peut conclure de ces faits que les végétaux cultivés, en remplissant leurs fonctions physiologiques, extraient du sol une quantité d eau qui correspond à 0m,0i5 de hauteur.

Nous allons, enfin, rapporter une observation qui nous paraît très-directe, et qui jette un grand jour sur la question \

On s’occupe beaucoup, dans ce moment, d’expériences ayant pour objet de résoudre l'important problème de 1 absorption directe et immédiate de l’axote de l'air par les plantes; parmi les études qui ont été faites dans ce but par M. Y ille, il en est une , sur laquelle nous allons nous appuyer.

.. M. Ville a pris deux quantités égales de blé, trente grains, représentant un poids de 75 grammes; il les a placés dans deux pots remplis d’un égal poids,

•4 kilogrammes de terre de rnôine nature, et ayant une surface de 3 décimètres carrés.

L'un de ces pots a été exposé à 1 air libre, et a, par conséquent, végété daus les conditions ordinaires.

L autre, au début de l’expérience, a été placé dans un seau contenant trois litres d eau, puis il a été recouvert par une cloche en verre, et n a plus été alimenté,

1 Voir le journal le Cosmos, 28 avril 1854, page 515.

Uigifeed b/Googlc

depuis lo commencement de la germination jusquù l'époque de ]a maturité, par d'autre eau que colle qui, à l'origine, avait été déposée sous la cloclie.

On faisait, d’ailleurs, passer tous les jours sous cette cloche deux mille litres d'air, afin que les . planter enfermées fussent aussi bien aérées que les autres.

Voici maintenant ce qui a été observé.

Les grains venus à l’air libre ont produit, savoir :

En paille desséchée. . . , 10*r>,23

En grain». ........... 2 03

Total 12er-,8G

D'un autre côté, les graines enfermées ont donné :

En paille desséehée. ' 22*r-,20-

» En grains. • 2 76 * .

Total 24sr-,96

La quantité de grains, dans les deux cas, est donc sensiblement la même, mais celle de lu paille est plus du double dans le second. '

« Dans la cloche, dit AI, Ville, l’air était sans cesse « saturé d’humidité. A l'air libre, les cultures ont « éprouvé les alternatives d humidité et de séchoa resse, par lesquelles une plante passe inévitable- « ment lorsqu’elle ne reçoit d’eau que par la pluie.

« Dans la cloche, les racines des plantes plongeaient « dans une nappe d’eau ; ces différences sont sul'fi- « sautes pour expliquer l’excès de paille obtenu. »>

Alaintenanl, qu’on le remarque bien, dans ces - , deux essais comparatifs, tout est semblable : même

quantité de semence, même quantité de terrain, même nature de celui-ci, même surface, même aération.

Une seule chose a pu varier, c’est la quantitéd'eau, et il est impossible de ne pas attribuer à cette varia- * tiou, comme le fait M. Ville, la différence obtenue dans les résultats. Or, puisque cette différence est celle du simple au double, ne doit-on pas en con- ; dure que les plantes qui ont végété à l'air libre n’ont eu que la moitié au plus du liquide qui avait été - •

primitivement donné à celles qui ont poussé sous la cloche ?

Nous disons la moitié au plus, parce que si nous savons que le volume d'eau n’a pas été supérieur à trois litres, nous ignororis s’il n’en restait pas à la fin de l’expérience. C’est là une circonstance que M. Ville, qui poursuivait un autre but que le nôtre, ne nous fait pas connaître.

Cela posé, la conclusion est fort simple à déduire. . ..

Les trois litres d’eau, répartis sur 3 décimètres carrés, occupaient une tranche deOm,lO de hauteur, et puisque les grains exposés à l’air libre n’ont donné que moitié récolte, et n'ont eu par conséquent, selon tonte probabilité, que moitié de l’eau qu’avaient les autres, il s'ensuit que la tranche liquide qui a été absorbée par les besoins de leur développement végétal doit avoir une hauteur sensiblement égale à 0m,05.

Nous retombons donc, par ce moyen, sur une valeur qui offre avec les précédentes l’accord le plus satisfaisant, et nous croyons être en droit de conclure que la tranche d’eau nécessaire aux besoins de

la vie végétale a pour mesure, dans nos climats tempérés, une hauteur comprise entre 5 et 6 centimètres.

Récapitulation.

Procédant maintenant à la récapitulation des divers résultats que nous venons d’obtenir, nous

trouvons, savoir :

1° Que la quantité d’eau annuellement évaporée à la surface des cours d’eau peut être représentée par une tranche

ayant une hauteur de. '. 0-,006

2” Que celle qui s’échappe à la surface du sol mouillé, après la pluie, est mesurée par une

tranche de 0 ,114

S" Enfin, que celle qui est absorbée et rendue par les végétaux correspond à une tranche de. . 0 ,055

Ce qui donne un total de O™, 175

Il nous semble donc qu'on peut admettre, avec un haut degré de probabilité, que la quantité annuelle d'eau qui fait évolution dans l'atmosphère, soit par suite de l’évaporation sur les continents, soit pour les nécessités de la vie organique des plantes, peut, dans nos climats, être représentée par une tranche d’eau de 0m,175 de hauteur moyenne.

Confirmation de l’hypothèse émise ci-dessus sur la compensation qui existe entre les eaux de pluie qui font retour à l'atmosphère et les vapeurs océaniques qui ne se déposent pas sous forme de pluie.

Les mesures udométriques accusent donc, nonseulement la précipitation des vapeurs de l'Océan, mais encore celle des vapeurs qui, de lu surface des

continents, font retour dans les couches aériennes. Mais, nous l avons déjà dit, la rosée et les brouillards fournissent en compensation une certaine quantité d'eau qui échappe aux instruments; de plus, selon les remarques de M. de Humboldl déjà citées, les feuilles des végétaux soustraient de leur côté de la vapeur à l'atmosphère; ajoutons, enfin, que les udomèlres ne rendent qu’un compte très-imparfait de la quantité d'eau tombée sous forme de neige, qu'à cet égard, ils sont presque toujours en déficit, que môme ils n’accusent pas avec une rigoureuse exactitude celle de la pluie, lorsque la chute de celle-ci coïncide avec le vent.

Il serait assez difficile d’apprécier les valeurs respectives de ces diverses quantités. Ainsi, les plus grandes divergences d’opinion existent sur limportance qu'il faut attribuer aux produits de la rosée.

Tandis que Dalton l'évalue pour l'année, en Angleterre, à 5 pouces, soit 0,n, 1 27, et Haies à 0m,08; M.Flangergues.pour le midi de la France, MM. Raddi et Nagea, pour Florence, ne lui assignent pas une valeur annuelle supérieure à 7 millimètres : on ne sait rien de la quantité d'eau que fournissent les brouillards et les vents humides; on n'est pas plus avancé sur les déficits que l'influence du vent fait subir à la mesure udométrique de la neige et de la pluie.

Les épreuves numériques nous échappent donc dans cette circonstance, et nous devrions À cet égard rester dans l’incertitude, si nous n’étions éclairés par quelques grands faits qui possèdent la remar-

- . ÉVAPOJUTION. » 35

quabte propriété de présenter qne synthèse sommaire et concluante des diverses particularités qui

nous occupent ici.

Lorsqu’on porte son attention sur les bassins de quelques-uues de nos grandes rivières, et qu’on cherche à se rendro compte des quantités respectives de pluie qu’ils reçoivent et de celles de liquide que leurartère principale conduit vers la mer, ou remarque que ces dernières représentent presque toujours des tranches moindres que celles de la pluie, mais qui vont sans cesse en augmentant et se rapprochant d’elles à mesure que la perméabilité des terrains diminue. Il existe môme des rivières, et il est presque inutile de faire remarquer que ce Sont celles dont les bassins août composés de terrains complètement imperméables, pour lesquelles la hauteur de la tranche d’eau correspondant à leur écoulement annuel est exactement égale à celle de la pluie.

Duns le sujet qui nous occupe, ce fait naturel a une trop haute importance pour que nous négligions d'en appuyer la justification sur quelques exemples.

Les ingénieurs italiens ont constaté que la quantité annuelle d’eau que laisse couler l’Adda, si elle était uniformément répandue sur toute l’étendue de son bassin, représenterait une tranche de de

hauteur Or, tout porte à croire que la valeur de la trauche d eau pluviale moyenne, en Piémont et en Lombardie, ne dépasse pas ce chiffre. En etfet,

1 Annule» des ponts et chaussées, année 1847, 1" semestre, p. 164.

la plus grande hauteur d’eau de pluie constatée par lés mesures udométriques faites dans ce pays et en Suisse est celle du grand Saint-Bernard, qui a pour valeur 1",555. Mettant donc en œuvre cette valeur mec celle de lo,,044 trouvée pour Milan, ville non loin de laquelle coule l'Adda, dans la partie inférieure de son cours, on a pour moyenne 1“,299, nombre très-rapproché de lm,290.

En France, la rivière de Cure, un des affluents de l'Yonne, conduit à une conséquence pareille. M. l'ingénieur en chef Yignon a trouvé que le débit annuel de cette rivière aux Sellons, à 4 kilomètres en amont de Monlsauche, est représenté par un volume d'eau de 57,857,849 mètres cubes \ Nous concluons, de notre côté, de la discussion des mesures udomélriques recueillies dans trois localités de celte contrée, Monlsauche, Corbigny et Pouilly, que la pluie verse annuellement dans la partie du bassin supérieure aux Seltons un volume de 58,903,000 mètres cubes, nombre qui ne dilfère du précédent que de un soixante-troisième du débit.

. Les études que uous avons faites nous-même sur le Lot nous ont donné un résultat analogue.

A la station de la Madeleine, qui forme la transition des terrains imperméables de ce bassin à ceux qui sont perméables, nous avons trouvé que les écoulements annuels, si leur volume total était uniformément réparti sur létendue du bassin

1 Annales des ponts et chaussées, année 1853, 2* semestre, p. 160 et suivantes.

supérieure à cette station, auraient les hauteurs suivantes : • < .

Années 1843, hauteurs

des tranches,

Total

Moyenne.

Cela posé, la tranche d’eau annuellement fournie par la pluie sur ce bassin est-elle sensiblement supérieure à ce nombre? Rien ne peut le faire supposer.

Remarquons d'abord que, même en admettant cette valeur, ce bassin, considéré dans son ensemble, serait, de tous ceux qui sont situés sur le versant V océanique, celui de France sur lequel il pleuvrait le plus. En outre, si nous voulons recourir aux indications udométriques connues, et c’est en résumé le seul point d'appui légitime dont il soit permis de faire usage, il faudra remarquer que la partie du Lot dont nous nous occupons ici devra, d une part, à cause du rapprochement de sa source vers le versant méditerranéen, participer de l’état pluvial de ce versant, et, d'autre part, à cause du reste de son cours, participer de celui du versant océanique. Or, en pre- ;

nant pour ce dernier la plus forte des cotes pluviales connues pour les plaines, qui s'élève a 0"\777 pour la

ville de àlarmande, puis la plus forte pour les mon-

ÉTUDES SÜll LES UlOftoATIOKS.

tagnes, qtli atteint 1",150 à Aurillac, et tes combinant avec celle de ta ville de Joyeuse, la plus

considérable de celles que, dans le voisinage de ces contrées, on a obtenues pour la région méditerranéenne, on trouve pour moyenne 1“,0G 4, qui ne dépasse que de 7 millimètres le nombre fourni par l'étude des débits du Lot.

Ainsi, pour le Lot comme pour la Cure et pour FAdda, il coule autant d’eau dans la rivière que les mesuré* udométriquos signalent de pluie dans l’année. Disons maintenant quelles Conséquences résultent de ces faits.

Si des causes autres que la pluie n’interVenaicnt pas pour augmenter la quantité d'eau que reçoivent les continents, il est évident que jamais une rivière ne devrait laisser couler autant de liquide que la . pluie en donne sur son bassin. Le maximum d'écouîétnent ne pourrait, en aucun cas, dépasser la différence qui existe entre cette pluie et la tranche de 0“,175 qui, faisant retour dans l’atmosphère, se trouve ainsi soustraite A l’écoulement de surface.

Par conséquent, puisque le contraire arrive, puisque le débit dès rivières peut surpasser cette différence, il faut adttietire qu’indépendanunent de la pluie, il y a d’autres phénomènes météorologiques qui contribuent à accroître l’arrosement du globe; c’est en effet ce que nous avons reconnu en principe, et nous avons dit que ces phénomènes sont : la rosée, les brouillards, l’aspiration par les végétaux. Mais il y a plus, et, puisque l'excès entre la pluie et l'écoulement par les lleuves peut être atténué jusqu’au point

de devenir nul, ne faut-il pas en Conclure que cette addition de liquide fournie par ces phénomènes, ad-* dilion dont les instruments ordinaires n’cnrcgistrent pas la quotité, est précisément égale au volume que l’évaporation soustrait à l’écoulement général. Il est évident, en effet, que lorsqu’on reconnaît qu’un déficit, sur lequel on devait naturellement compter, vient à faire défaut, lorsqu’on acquiert ainsi la conviction que la mesure de l’effet est supérieure à celle de la cause, on doit nécessairement admettre, pour faire justice d’une telle contradiction, qu i'» côté des causes apparentes, appréciées et mesurées, il en existe d’autres, moins bien connues sans doute dans les détails, mais dont l’effet définitif est d’ajouter un supplément exactement équivalent à l’insuffisance des premières.

Il nous semble donc qu’on peut attribuer une grande vraisemblance à l’hypothèse que nous avons émise au sujet d’une compensation qui existerait entre le volume d’eau qui rentre dans l’air, par voie d’év aporation, après là chute «le la pluie, et celui de liquide que l’atmosphère verse sur le sol sans le faire passer par l’état de pluie. D’ailleurs, les diverses appréciations numériques dont nous venons de donner les détails nous semblent de nature à montrer qu’au cas où cette compensation ne serait pus rigoureusement et complètement établie, la différence additive ou soustractive qui la remplacerait serait nécessairement dune très-faible importance et tomberait, très-probablement, avi-dessous des limites de l’approximation avec laquelle il est possible d’apprécier

aujourd’hui les deux éléments principaux du problème, savoir: la quantité annuelle de pluie qui tombe sur les espaces maritimes et continentaux et celle de l’évaporation à la surface des mers.

De l’infiltration à travers les terres.

Pour terminer ce qui concerne la distribution des eaux pluviales après leur chute, il nous reste à parler maintenant de la portion d'eau qui, pénétrant dans les profondeurs du sol, est définitivement soustraite aux actions de surface, et dont la fonction est ainsi limitée à l’alimentation des canaux souterrains et des sources : c’est ce que nous appelons l’infiltration à travers les terres.

Des expériences directes ont été faites pour évaluer ce volume d’eau.- M. Hervé-Mangon, dans le remarquable article sur la science agricole dont il a enrichi le Dictionnaire des arts et manufactures publié par M. C. Laboulayc, nous les fait connaître. L’appareil employé pour cet objet a été créé par Dalton et porte le nom de ce physicien.

« La jauge de Dalton, dit M. Hervé-Mangon, est un « cylindre en métal de 0m,30 de diamètre et de 0m,9l « de profondeur, fermé par un crible fin à sa partie «inférieure et terminé par un réservoir destiné à « recevoir l’eau qui s’y accumule. Ce cylindre, rempli « de la terre même du champ où l’on opère, est en- « foncé dans le sol de manière que sa base supé- « rieure affleure la surface. »

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