HAUTEUR OES TRANCHES REPRESENTANT
LA PLUIE irtnurllc.
L’ ÉCOULEMENT par les fleuves.
l'absorption par les terres.
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Il résulte de ces déterminations que tandis que les nombres de la première colonne diffèrent beaucoup les uns des autres, de manière à varier du simple au double ; que tandis que ceux de la seconde présentent des écarts beaucoup plus grands encore; ceux de la troisième, au contraire, conservent une valeur assez sensiblement uniforme : la plus grande différence des uns aux autres n’atteignant pas tout à fait 0", 10.
I)'un autre côté, rappelons ici que nous avons établi, dans le chapitre premier, que la quantité de liquide qui rentre annuellement dans l'atmosphère par voie d’évaporation a pour mesure, dans nos zones tempérées, une tranche de 0m,175, et remarquons à ce sujet qu'il ressort avec évidence des détails sur lesquels nous avons appuyé ce fait, que les va-
1 Annales des / xmts et chaussées , année 1852, 1er semestre, page 37.
* Dictionnaire des arts et manufactures, article Agriculture.
nations que pourrait subir celle mesure en passant d'une vallée à l'autre ne sauraient avoir qu’une assez faible importance. - - - .
Ainsi, soit qu’on s’occupe des eaux qui s’évaporent à la surface des continents, soit qu'on porte son attention sur celles que l'absorption fait disparaître, on est conduit à constater que leurs volumes respectifs ne subissent que de fort légères variations, quand on passe d’un pays à un autre.
Loi remarquable d'équilibre naturel déduite des déterminations précédentes.
Cette sorte de constance des quantités absolues d'eau que la terre reçoit ou conserve dans son sein, ou restitue à l’atmosphère par évaporation, comparativement aux grands écarts qui affectent celles de la pluie, nous révèle une loi d'équilibre naturel digne de toute notre attention.
La première condition pour l’humanité, c'est de vivre. Or, l’organisme de l’homme, s'il se prête à d’assez nombreuses diversités dans les détails, n’admet pas de grandes divergences dans ses principes constitutifs, qui sont à peu près immuables. De là la nécessité que les conditions de la vie animale de l'homme soient presque constamment identiques.
Or, pour que l'homme, qui est partout à peu près le même, vive aassi partout a peu près de la même manière, il faut que le développement des végétant s’accomplisse uniformément en tous lieux, il faut que l’air renferme incessamment une certaine quan- -
tité d'humidité comprise entre deux limites fixes et assez rapprochées l'une de l'autre.
Le phénomène de la pluie est destiné à satisfaire à ces grandes nécessités naturelles.
Mais si on se bornait à apprécier l'importance des effets de ce phénomène par les résultats annuels des mesures udométriques, on serait conduit à cette conclusion,que les conditions de la vie animale sont soumises à d'énormes variations, puisque, sans sortir de nos climats tempérés, la quantité annuelle de pluie varie du simple au double et môme au triple, suivant les localités.
C’est ici qu’intervient cette belle et grande loi d’équilibre, en vertu de laquelle ces variations considérables de la masse des eaux que l’atmosphère nous envoie s’effacent par l'effet do l’écoulement de surface, dans lequel elles se résument à peu près en entier, et 'disparaissent avec lui ; de telle sorte que la différence entre l cau tombée et celle écoulée par les fleuves, celle différence qui, en humectant les plantes, la terre et l’atmosphère, est, sur le globe, le principe de toute vie ; cette différence, disons-nous, reste à peu près constante, et produit en tous lieux une môme provision de ressourcesen regard d’une mêmesomme de besoins.
Sortons de nos zones tempérées, et allons interroger les climats situés aux deux extrémités de l'échelle des latitudes; que trouvons-nous sur les déserts , brûlants des régions équatoriales et dans les froides plaines du Nord? Là des sables arides, que l’eau traverse immédiatement après sa chute; ici un épais
manteau de glace séparant à tout jamais la terre de l’atmosphère ; là, jamais de liquide coulant à la surface; ici, toujours de l'eau, rien que de l’eau.
Il y a donc dans l’un et l'autre cas rupture de ce remarquable équilibre qui règne dans les zones tempérées, et sous l’influence duquel se développe une végétation doublement riche par sa puissance et par sa variété.
Aussi, les conditions ordinaires de l’organisation humaine, dans ces latitudes extrêmes, ne sont-elles plus semblables à celles que nous observons dans nos climats moyens. A la place de la race blanehe, dont l’activité progressive est sans cesse guidée par le flambeau de l’intelligence, nous trouvons, d’un côté, lenègfe n’obéissant qu’à ses féroces instincts; de l’autre l’Esquimau , plus intelligent peut-être , mais tout à fait incapable d’application, et enchaîné» comme les glaces qui l’entourent, dans les liens d’une fatale inertie.
Et même dans nos climats, que, dans certaines localités par exception, cet équilibre soit rompu; que la terre absorbe trop, ou n'absorbe pas assez, et le soi, transformé en landes ou en marais, devient impropre au développement normal de la vie.
Mais ces exceptions, tant s’en faut, ne sauraient devenir l’objet d'un grief contre la Providence; car ce que nous devons développer d’elïorts pour les faire disparaître n'est pas au-dessus de nos facultés. Dieu, avant tout, devait à l'humanité les choses nécessaires à la vie, et il les lui a données dans leur généralité. Quantaux exceptions apparentes à cette grande
loi providentielle; quant à ce désir incessant de bienêtre qui nous fait aspirer à vivre de mieux en mieux, qu’y pouvons-nous voir autre chose que la nécessité du travail, cette grande mission de l’homme sur la terre, qui constitue notre supériorité sur les êtres créés, et au bout de laquelle, en récompense de nos efforts, nous trouvons la satisfaction de nos désirs et les jouissances du progrès?
Nous pouvons donc dire avec vérité que dans les parties habitées du globe, et abstraction faite des exceptions de détail, partout où l’homme vit et se meut dans les conditions normales de son organisation, la proportion des eaux coulant à la surface sera d’autant plus petite, ou d’autant plus grande, que la quantité de pluie sera plus faible ou plus abondante; car le maintien des lois naturelles exige que la terre ne reçoive dans son sein ni plus ni moins que ce dont elle a besoin pour entretenir la vie à sa surface ; et si celte condition n'existait plus, toutes les autres seraient détruites.
Or, quand on remarque que cette relation, si essentielle entre l’importance de la pluie aniruelle et celle de l’écoulement de surface, est intimement liée à une heureuse dispersion des terrains perméables et imperméables, c’est-à-dire des formations géologiques ; quand on réfléchit que cette dispersion a été, depuis l’origine des temps et pendant une immensité de siècles, l'œuvre constante de la main de Dieu, l’esprit ne reste-t-il pas frappé d’étonnement en présence do ce merveilleux enchaînement , qui coordonne entre eux les espaces , les temps et la
matière, pour les faire concourir au plus parfait développement du but final de la création, la vie humaine?
Mais, dira-t-on, si un ordre admirable se fait remarquer dans la distribution île cette partie de la pluie que retient la terre, ou qui rentre dans l’atmosphère, pourquoi tant d’irrégularité dans celle quelle ne garde pas? Ne nous hâtons pas, en cette matière, de céder trop facilement aux premières inspirations de quelques trompeuses apparences; s’il nous arrive parfois de considérer nos fleuves comme trop riches, si l’abondance de leurs eaux fait naître dans quelques esprits l'idée du superflu, c'est que nous n’avons pas encore assez fait pour les utiliser. Sur plusieurs de nos rivières, les travaux d irrigation sont à. peine Commencés, et cependant l’exemple de ce qui se passe dans quelques localités où ces travaux ont reçu plus de développement prouve que cet excès n’est pas aussi grand qu’on serrait porté à le croire. Nous pouvons, à et* sujet, citer la Durance, à laquelle des canaux de dérivation enlèvent plus de la moitié des eaux d’étiage, et, dans les Pyrénées orientales, la Tet, sur laquelle les irri-r gâtions de la plaine du Roussillon ont fait tant de" prises, qu’à Perpignan, dans 1 été, le lit de la rivière est presque toujours à sec. D'ailleurs, 11e fallait-il pas que des forces motrices fussent répandues çà et là sur la surface du globe pour les besoins de 1 industrie? Ne fallait-il pas que nos grands fleuves-, vinssent déboucher à la mer avec un abondant tribut, afin que les bieufaits de la navigation, franchissant
la limite des côtes maritimes, pussent remonter jusqu’au centre des continents?
Un jour viendra, sans doute, où cet excès, en partie stérile, des eaux fluviales, conduit par les irrigations sur le sol de nos grandes vallées, non-seulement se sera transformé en une abondante richesse agricole, mais aura diminué cette masse d’efforts que nous entrevoyons aujourd'hui pour assurer le maintien de la navigation en basses eaux, car il y a plus de relations qu’on ne serait d'abord tenté de l’admettre entre la prospérité agricole et celle des lignes navigables.
Après nous être occupé, comme nous venons de le faire, des débits annuels des fleuves, le moment est venu d’étudier leurs écoulements, non plus dans leur ensemble, mais dans leurs détails, non plus en ce qui concerne la moyenne quantité de liquide à laquelle ils donnent passage, mais dans les circonstances exceptionnelles où, franchissant les bornes de leur lit, les eaux se répandent sur nos terres cultivées, envahissent nos maisons et menacent nos vies. Le tableau de ces violents désordres, de cette perturbation momentanée des lois naturelles qui régissent l’équilibre de bêlement liquide, mérite une place à part; cette partie de nos recherches intéresse trop l’humanité pour que nous ne l’enfermions pas dans un cadre spécial ; elle fera l'objet de notre troisième chapitre.