ABSORPTION EN TEMPS DE PLUIE
Le lecteur trouvera peut-être que nous nous sommes longuement appesanti sur cette partie des études qui concernent la grande question des inondations. Mais, dans notre opinion, ce sujet est un de ceux qui méritent d être traités avec le plus de soin, et sur lequel il est surtout utile d'appeler l’attention des ingénieurs, car les travaux des réservoirs coûtent fort cher ; nous prouverons dans la suite de cet écrit que chaque million de mètres cubes d’eau emmagasiné représente une dépense de 80,000 fr. Or, pour un tleuve connue la Loire, la totalité de la capacité des réservoirs devrait contenir à peu près 200 millions de mètres cubes; il ne s’agit donc ici de rien moins que d’une vingtaine de millions à dépenser; or, ne serait-il pas déplorable que l’on s'exposât, faute 4e quelques avis, non-seulement ù faire un tel sacrifice en pure perte, mais encore à prendre des dispositions qui aggraveraient le mal au lieu de le diminuer. Nous avons cru que, pour éviter cet écueil, ce n'était pas trop exiger du lecteur que d'appeler son attention sur quelques pages de discussion.
Observations sur les intensités de l'absorption au moment même de la chute de la pluie.
Dans ce qui précède, nous avons traité de ce qui concerne l'infiltration des eaux à travers les terres, nous avons fait connaître le degré d’importance qu'il faut lui attribuer suivant la nature plus ou moins perméable des terrains, nous avons en outre évalué sa valeur pour quelques-uns de nos grands
bassins. Mais il n'a été alors question que des effets cumulés de l'absorption pendant le cours de l’année entière, et il faudrait se garder d'appliquer aux pluies d'orage les conclusions auxquelles nous sommes parvenu. De nouvelles explications à ce sujet deviennent ici nécessaires.
Lorsque, par exemple, nous avons énoncé que, d’une part, certains terrains des formations oolithiques absorbaient tout; que, d’autre part, les terrains soit du lias, soit des formations primitives, n'absorbaient rien, cela ne veut pas dire qu'il n’y aura jamais dans l’année quelques parties de la surface des premiers sur lesquelles on n’observera pas des traces d'écoulement. Une disparition aussi absolue, aussi instantanée des eaux dans les moments de trèsgrande pluie n'est pas possible. Mais, môme alors, les étendues sur lesquelles se manifesteront des écoulements superticiels seront peu considérables, l'intensité de ces écoulements n'aura qu'une faible valeur; ils ne prendront un peu d’importance qu'aux points où existent des sources, s’amortiront promptement à l'aval de ces points et ne transmettront aux artères principales que des quantités d’eau insignifiantes qui n'ajouteront presque rien aux volumes annuels de celles-ci.
De même, dans les terrains primitifs et basiques, la couche de terre végétale qui recouvre les roches sous-jacentes pourra être aussi absorbante dans ces terrains que partout ailleurs, et, à ce point de vuet cette espèce d’absorption joue, au moment des forts orages, uu rôle dont il est nécessaire de tenir