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ABSORPTION EN TEMPS DE PLUIE

compte; mais une fois que les eaux, après trois, quatre, cinq ou six jours, suivant l’intensité de la pluie et l’épaisseur de la couche cultivable, atteignent ces roches inférieures, elles ne descendent pas plus avant dans le sens de la profondeur, elles glissent sur elles, se rendent ainsi dans les thalwegs des vallées, et c’est ce qui fait qu’eu égard à l’ensemble de l’année, on peut dire que dans ces terrains il n'y a rien de perdu, pour l’écoulement superficiel, de tout ce que verse la pluie.

Mais, au moment des orages, la terre de la surface forme comme une éponge qui s'imbibe de plus en plus à mesure que la pluie tombe, qui retient le liquide pendant un temps sensiblement plus long que sa durée, qui fait subir aux écoulements superficiels un salutaire retard et contribue ainsi, dans un certain rapport, à diminuer la portée des inondations.

On serait conduit à des résultats exagérés, si on ne tenait pas compte de cette soustraction momentanée des eaux de pluie. Mais dans quelle mesure fautil avoir égardàcette circonstance? c'est un point sur lequel régnent encore quelques incertitudes et, pour nous diriger dans cette voie, nous avons plutôt des appréciations personnelles que des résultats positifs.

M. de Prony a admis, dans son projet de dessèchement des marais Pontins, que la proportion d’eau absorbée est, pour le bassin de ces marais, égale au tiers de la tranche totale d'eau tombée; il admet en outre que pour les marais d'Arles cette proportion est de moitié.

D'ailleurs l'épaisseur de la tranche des orages qui sert de base pour le projet de dessèchement des marais Contins est de0m,0(>0 pour vingt-quatre heures, et celle qui sert de base pour les marais d’Arles est de (P, 09, de sorte que M. de Prony admet que le sol du bassin des marais Pontins est susceptible d’absorber, au moment même de l’orage, une tranche d'eau pluviale de O-, 02 de hauteur, et que Celui des marais d’Arles peut en absorber une de (T, 045.

Nous-môme, lorsque nous avons eu à rédiger le projet de dessèchement du lac de Grand-Lieu*, nous avons été conduit à admettre que, sur une tranche d'eau pluviale de <P,0f en vingt- quatre heures, l’absorption par les terres en fait disparaître, au moment même de l’orage, les 1/7, c’est-à-dire 0m,023.

Ces diverses évaluations prouvent qu'il faut se garder, en ce qui- concerne l'espèce particulière d absorption que nous considérons ici, de se laisser diriger seulement par les quantités absolues des tranches absorb es dans certains cas, puisque, dans les exemples cités, ces quantités varient du simple au double. Il est nécessaire, tout en ayant égard aux indications que peuvent fournir ces chiffres, et en en tirant profit dans la pratique, de tenir compte de l’épaisseur elle-même de la tranche d'eau pluviale tombée, ou, si l'on veut, du débit do la pluie ; en général, l'absorption, considérée dans ses valeurs absolues, doit suivre une marche, sinon exactement pro-

1 Annale» des jionts et chaussées, année 1848, 2m' semestre, p. 158 et suivantes.

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portionnelle, du moins ascendante ou descendante suivant que, pour une même durée, celle de vingtquatre heures, par exemple, le débit de la pluie augmente ou diminue. Quant à ses valeurs comparées à celles de la pluie et aux rapports qui en résultent, ces rapports seront plus grands et d'autant plus rapprochés de l unilé que la pluie sera plus petite, et ils iront ensuite en diminuant et en convergeant vers une certaine limite, car on est obligé de reconnaître que les terres n’absorbent pas indéfiniment, et qu'il arrive un point où, étant complètement saturées, la pluie peut continuer longtemps encore sans que le plus petit volume d'eau soit de nouveau retenu par elles.

Pour résumer ces observations par quelques indications numériques, nous dirons que pour des pluies très-faibles, et dans toutes les sortes de terrains, on doit considérer l'absorption comme égale à la valeur même de la pluie. Pour les forts orages, et dans les terrains primitifs et liassiques, où il n’y a d’autre imbibition que celle qui s'effectue à travers la terre cultivable de la surface, on ne doit pas compter que l'absorption soit supérieure à 1/4 ou 1/3 au plus de la pluie. Mais dans les formations naturellement perméables et dans lesquelles, indépendamment de l'absorption superficielle, les fendillements des roches permettent des infiltrations profondes, la quantité d'eau disparue pourra varier entre les 3/10 et les 9/10 de celle de la pluie, suivant le degré plus ou moins prononcé de perméabilité.

Dans chaque cas particulier, l'examen détaillé des

circonstances localrs devra venir en aide à l’ingénieur pour déterminer son choix entre ces diverses limites. Mais surtout il ne perdra pas de vue que lorsque les travaux qu'il sera chargé de projeter auront pour objet des réservoirs d'alimentation, comme ceux qu’on exécute pour les biefs de partage des canaux, il sera utile, afin d’éviter des mécomptes, d'admettre un chiffre d’absorption plutôt fort que faible; que lorsqu’au contraire il aura h supputer les quantités de liquide qu'il convient de soustraire à l’écoulement général, en temps d’inondation, il sera prudent de ne compter que sur une absorption médiocre. C’est ce que nous aurons occasion de préciser plus en détail dans les recherches qui vont suivre.

Observations sur les situations respectives des réservoirs placés é une

très-grande distance les uns des autres, dans des bassins différents, ? mais tributaires d'un même bassin principal.

Nous avons indiqué, dans une discussion précédente, les diverses considérations auxquelles il faut avoir égard pour déterminer le meilleur emplacement des réservoirs, dans une partie déterminée et relativement circonscrite du bassin d'une rivière. L’exemple sur lequel nous avons développé nos idées à cet égard embrasse une étendue de trente lieues environ de longueur à vol d’oiseau, sur six de large.

Mais lorsqu'on s’occupe de ce qui concerne un grand fleuve, comme la Loire, par exemple, il ne suffit pas de considérer seulement ce qui est relatif aux cours d'eau de second ordre qui coulent

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