‹ Études sur les inondationsChapitre 59 sur 81 · LEVÉES DES VOIES EN FER ET DES CANAUX · texte numérisé non relu

LEVÉES DES VOIES EN FER ET DES CANAUX

vue général ce sont les digues longitudinales de la pire espèco; on conçoit d'ailleurs qu'à une époque où ce dernier système de rencaissement des rivières a été l'objet des plus vives sympathies, on a dû se '• préoccuper fort médiocrement de rétablissement ‘ dansuos vallées de ces longues lignes de remblais; , • qui sait même si on ne les a pas considérées comme . . , '

éminemment favorables, au point de vue même des " inondations, comme remplaçant une partie des travaux et économisant une partie des dépenses à faire pour résoudre la question hydraulique. On a pu • croire, pour nous servir d'une expression vulgaire, mais caractéristique, qu’on faisait d'une pierre deux coups.

Mais si les observations que nous avons produites au sujet des vices de l’endiguement longitudinal sont fondées; si l'on reconnaît qu’au lieu d'encaisser les fleuves, il faut, au contraire, recevoir, avec quelques précautions toutefois, leurs débordements sur les plaines, on ne tardera pas sans doute à regretter que les tracés des chemins de fer et des canaux n'aient pas été envisagés au double point de vue de leurs conditions propres et de celles relatives aux inondations, et qu’on ait ainsi toléré, sur un des côtés des vallées, quelquefois sur les deux, des ouvrages qui, par rapport aux effets des crues, devraient être sinon radicalement supprimés , tout au moins sensiblement abaissés.

Il y a là un inconvénient réel dont l'avenir payera les frais; car, pour annuler ses fâcheuses conséquences, il sera nécessaire de développer sur une

plus grande échelle Fétablissehiefit des réservoirs permanents, et très-probablement d’augmenter les dépenses des réservoirs temporaires à établir en amont et en aval des villes.

Toutefois, dans l<;s vallées où existent déjà des digues longitudinales, et dans la supposition où l'on reconnaîtrait qli’oti ne peut se soustraire à la factieuse nécessité île les conserver, l’existence d’une seconde levée pourrait, suivant la disposition des lieux, être utilement mise à profit pour circonscrire sur de moindres étendues les effets des ruptures des digues. On aurait ainsi deux lignes de défense au lieu d'une; la seconde servirait de limite aux irruptions que la première n’aurait pu prévenir, et quelques obstacles transversaux joignant l’Uhè à l’autre arrêteraient les courants et les empêcheraient de développer leurs funestes actions sur du longues étendues.

Mais, dans les vallées qui sont dépourvues de digues, où les eaux peuvent s’épandre librement, le mal existe sans compensation. Hans ces localités, les remblais des chemins de fer et dès canaux enlèvent quelquefois à lemmagasinemenl des eaux de vastes espaces situés derrière eux, et deviennent une cause directe dü relèvement des niveaux dans l’étendue comprise entre eux et la rivière.

Cela tient à ce qu'en général, lorsqu’un tracé coupe ainsi en deux les plaines d une vallée dans le sens . de leur longueur, on ne se propose guère, en l’étudiant, que de déterminer le débouché nécessaire pour quo les ouvrages d’art conduisent à l'artère

LEVÉES DES VOIES EN FER ET DÉS CANAUX. 8f>5

principale les cours d'eau secondaires interceptés, et on ne songe pas assez qué les quantités de liquide que la rivière, dans ses inondations, peut faire remonter vers ces affluents de second ordre et dans les vallées où ils sont situés, ont une tout autre importance que celle des volumes d’eau qu’ils débitent eux-mèmes.

Nous pourrions citer un canal qui, sur un parcours de 8 kilomètres, produit ces effets d’une manière très-prononcée, et nous avons eu occasion de vérifier que, depuis sa construction, le niveau des inondatiohs dans les plaines adjacentes a été relevé . de üm,45.

Telles sont les considérations principales que nous avons à présenter sur ce sujet. Il est regrettable, nous le répétons, qü'eb s’occupant de ces projets ôn n’ait pas suffisamment pris en considération les conditions hydrauliques des localités dans lesquelles ils devaient être exécutés. Le mal n’est pas sans remède, sans doute, mais, il s’écoulera peut-être un lorig temps et il se produira beaucoup de désastres avant que ce remède soit appliqué. Dans tous le& cas , les dépenses à faire seront grevées d’une notable nuginenlatiott.

DEUXIÈME SECTION

Eûmes de divers ifilèmea proposé* pour combattre les inondations.

Des canaux de dérivation.

C’est une idée séduisante au premier abord que celle qui consiste à ouvrir sur les fleuves des dérivations destinées à les soulager dans un moment donné, à recevoir une partie des eaux qui y affluent, à les conduire par des canaux spéciaux, et à diminuer ainsi les hauteurs si menaçantes des inondations.

Mais, lorsqu’on entre dans les divers détails relatifs à l'établissement de ces ouvrages , lorsqu'on étudie leur effet utile, et surtout lorsqu’on compare cet effet à la dépense qu’il faudrait entreprendre pour le réaliser, on ne tarde pas à voir surgir de si nombreuses et de si grandes difficultés, qu'on est forcé de reconnaître combien seraient vaines les espérances qu’on voudrait fonder sur l’emploi de ce moyen.

Nous allons essayer de justifier ces assertions.

Il existe en France une sorte de travaux qui a beaucoup d’analogie avec ceux dont il est ici question : ce sont les canaux de navigation. La construction de ces ouvrages est aujourd'hui assez développée dans notre pays pour qu'on puisse sc rendre compte et de la nature des difficultés et de l’importance des dépenses qui les concernent. Nous n’avons donc pas

CANAUX DE DÉRIVATION

à nous livrer à cet égard à des justifications qui sont entrées depuis longtemps dans le domaine public, il nous suffira d’invoquer l'expérience, de citer des faits plusieurs fois contrôlés et dont l’authenticité ne saurait être contestée. Or, d une part, on sait que la dépense de ces ouvrages est fort considérable; on les évalue en moyenne à raison de 120,000 fr. le kilomètre, mais il en est qui coûtent plus cher; ce sont ceux qui sont latéraux aux rivières, c’est-à-dire ceux qui précisément présentent le plus d’analogie avec les canaux de dérivation. Le canal latéral à la Loire a exigé une dépense de 157,000 fr. par kilomètre, le canal latéral à la Garonne a été primitivement évalué à 198,000 fr. le kilomètre, et il en a coûté beaucoup plus en exécution.

D’un autre côté, lorsqu’un canal est établi dans une vallée importante, il faut s’attendre à rencontrer de grandes difficultés à la jonction des différents affluents, parce qu'on traverse toujours ceux-ci dans le voisinage de leur embouchure, c'est-à-dire en des points où leurs débits et leurs largeurs atteignent le maximum, dans des plaines généralement basses et larges, sur le champ commun des inondations du fleuve principal et de l’affluent même.

Cela posé, portons d’abord notre attention sur le point de départ d’un canal de dérivation qu’il s’agirait de construire. Plus on remontera dans les parties supérieures de la vallée principale pour y établir la prise d’eau, plus la pente moyenne dont on pourra disposer pour le canal sera considérable, et plus, pour un même débit, on pourra diminuer l’é-

ÉTUDES SUfl LES INONDATIONS.

tendue de la section; c’est |ù un avantage, sanscon? tredit; mais il sera peut-être amplement compensé, parce que, d'une part, les difficultés de terrain augmentent généralement à mesure qu'on s'élève plus haut dans les vallées, l’espace dans lequel on peut se mouvoir est plus resserré, les gorges étroites sont plus fréquentes, les terrains de rochers plus abondants; parco que, d’autre part, le nombre d’affluents à traverser sera beaucoup plus considérable, et que, soit qu'on veuille recevoir les uns dans le canal, soit qu’on se détermine à laisser les autres indépendants de son cours, il en coûtera toujours fort cher, quelque parti qu’on prenne.

Lorsque, des considérations relatives à la prise d eau, on passe à celles qui concernent l'embouchure, les hésitations ne font qu'augmenter.

Si l'on se détermine à conduire directement le canal jusqu'à la mer, il faudra le plus souvent lui donner une longueur telle que l'énormité de la dépense équivaudra à une véritable impossibilité; p’est cp dont le lecteur va être convaincu tout à l’heure; d ailleurs, dans ce cas et à très-peu d'exceptions près, les plus grandes difficultés se rencontreront pour la bonne conservation de cette embouchure, sans cesse exposée aux encombrements produits, soit par faction des vents, soit par celle des marées.

Si, pour éviter ces inconvénients, qp fait déboucher le canal dans le lit même du fleuve ou dans un de se> affluents, on aura dépensé f}es sommes considérables pour n'obtenir qu’un résultat fort incomplet, comme nous le ferons voir par un exemple

CANAUX DE DÉRIVATION

très-concluant; si, enfin, on dirige le canal de manière à le conduire dans un bassin tout à fait étranger au premier, on naura pas détruit le mal, le plus souvent on n'aura fait que le déplacer.

Bailleurs, la possibilité de joindre un bassin à un autre qui en est complètement isolé, à laide d’une ligne de pente, sinon continue, du moins inclinant toujours dans le même sens, si elle n’est pas nulle est du moins si rare, et, lorsqu'elle est mathématiquement possible, conduit, dans la pratique, à un tel développement de travaux pt à de telles dépenses que, sur Jes nombreux canaux de navigation qui, en France, servent à réunir des Ikissins différents, il n’y en a pas un seul pour lequel un tel mode de jonction ait pu être tenté, bien qu'il eût eu pour résultat de diminuer beaucoup le nombre des écluses et d’introduire une très-grande simplification dans la question si importante et si compliquée des approvisionnements d'eau.

Mais à ces difficultés qui concernent la prise d'eau et l’embouchure des canaux de dérivation s’enjoignent de non moins grandes pour le parcours de ces canaux entre ces deux points extrêmes; elles résultent principalement, comme nous l avons dit, de la rencontre du cours d'eau artificiel avec les divers affluents.

Les inconvénients des atterrissements qu’un affluent forme dans un canal de navigation lorsqu'il dégorge dans sa cuvette sont trop connus et d'une trop grande importance pour que, dans la construction de ces ouvrages d'art, on n'ait pas cherché à *

les éviter; aussi, à la traversée de tous les cours d’eau naturels, le canal est-il élevé sur de forts remblais, et les eaux des vallées sont-elles conduites sous lui à l’aide d’aqueducs, de ponceaux ou de ponts, suivant l’importance des débits. Les travaux de ce genre coûtent quelquefois fort cher; nous pouvons citer le pont-aqueduc du canal latéral à la Garonne sur le Tarn, dont l’évaluation primitive s'est élevée à deux millions.

Mais qu’est-ce que le volume d’eau que conduit un canal de navigation, que sont les dimensions de ce canal auprès des débits et des sections qu’il faudrait donner aux canaux de dérivation pour qu’ils eussent quelque efficacité; les premiers sont, par rapport aux seconds, de véritables infiniment petits, et nous en donnerons bientôt la preuve; nous n’exagérons rien en disant que le débouché des uns est à peine le 1/30 de celui des autres et que les débits sont dans le rapport de 1 à 500.

Qu’on se représente par la pensée un volume de 1,000 mètres cubes d’eau par seconde (et nous montrerons que, dans la plupart des cas, il n’est pas possible de donner moins aux canaux de dérivation) auquel il faudrait faire franchir par des ouvrages d’art les divers affluents de la Loire près de leur confluent, comme le Beuvron, l’Indre, le Cher, la Vienne, l’Ailier; qu’on prenne en même temps en considération que, dans les moments de crue, ces aftlaents atteignent eux-mêmes des niveaux élevés, et que leur écoulement doit rester sans entraves, et ou sera effrayé, c’est le mot, de l’immense développement

CANAUX DE DÉRIVATION. 3fil

qu’il faudrait donner aux travaux en longueur, largeur et hauteur, de l’énormité des dépenses auxquelles il faudrait se livrer si on voulait conserver une complète indépendance entre le liquide conduit par le canal artificiel et celui débité par les cours d’eau naturels.

Des constructions aussi gigantesques ne sauraient être raisonnablement entreprises. Outre quelles présenteraient en exécution des difficultés de premier ordre qui rendraient le succès fort incertain, outre que c’est toujours par millions qu’il faudrait compter les dépenses pour la traversée de quelques affluents, de pareils canaux, s’élevant en relief sur les plaines, les dominant à une grande hauteur, renouvelleraient, en cas d'avaries, cette série de désastres donl nous avons entretenu le lecteur au sujet de la rupture des digues longitudinales, et constitueraient peut-être de nouveaux dangers plus encore qu’ils n’apporteraient un remède au mal qu’on veut guérir.

Il faudra donc se résigner à laisser libre la communication des eaux du canal avec celles des affluents et à subir tous les inconvénients résultant de la rencontre de courants venant se heurter dans des directions différentes et qui produiront <\ chaque crue d’inévitables encombrements, soit dans le lit du canal, soit dans celui de l’affluent, suivant l impor- ’ . * . tance respective des débits de chacun.

Nous ne devons pas, d’ailleurs, négliger de faire remarquer que cette libre communication aura en exécution ses exigences particulières, qu’il ne sera pas toujours facile de surmonter; l’accord des ni-

veaux respectifs» du canal et des pours d'cRU pourra le plus souvent ne pas exister au point môme de rencontre déterminé par le tracé le plus naturel et le plus économique du premier. Il faudra, pour réaliser cet accord, faire dévipr le plus souveut la ligne normale qu'il aurait été le plus convenable desuivre et se jeter dans de fâcheuses, mais inévitables difficultés.

Ajoutons enfin qu indépendamment des ouvrages d’art dont nous venons de parler, il y en aurait encore de fort importants à créer sur tous les points où le canal rencontrerait des voies de cornmupicar tion dont le réseau, depuis la construction des chemins vicinaux, s’est considérablement développé.

Exemple particulier de la construction d'un canal de dérivation dans une partie de la vallée de la Loire.

Mais supposons un instant que toutes les difficultés dont nous vouons de présenter le tableau n’existent pas; supposons qu’un canal de dérivation ne doive pas rencontrer d affluents, n’ayons aucun égard aux ouvrages d'art nécessités pour la traversée des routes et des chemins, simplifions la question autant que possihle, ne tenons pas compte de ce qu'il y a de plus inévitable et de moins chanceux dans des travaux de ce genre, c’est-à-dire des terrassements et des acquisitions de terrains, et après avoir ainsi fait disparaître les plus graves complications, essayons de déterminer ce qui nous restera à faire de dépenses. Pour ne pas rester dans le vague, et donner à nos calculs une sorte de consécration pratique, nous

CANAUX DE DtiRIVATlQN. 363

avons cherché à en faire l’application à un cas particulier, dont les diverses circonstances fussent bien définies et faciles à saisir, pour lequel la comparaison entre notre système et celui (les dérivations fi\t très-concluante.

Or, après un examen attentif du cours de nos grands fleuves, il nous a paru que nous ne pouvions mieux faire, pour remplir le but que nous nous proposons, que d’entrer dans les détails de l'établissement d'un canal de dérivation à ouvrir sur la rive gauebe delà Loire, dans l'étendue comprise entre le bec d'Allier et le confluept du Beuvron, au-dessous de Blois.

Dans cette partie, en eflfet, la vallée est suffisamment large, le terrain est peu accidenté, et il n'existe aucun affluent important; d ailleurs, ainsi que nous l’avons dit, nous eu ferons abstraction, et nous agirons de même pour les communications interceptées sur les voies de terre.

La première chose à faire sera de déterminer la pente moyenne par mètre du canal.

Il résulte des statistiques officielles 1 que la Loire a les pentes suivantes :

Do Digoin à Briaro 0“,0005 par mètra.

De Briarc à Comlileux ( près Orléans ),

de ’. 0», 00045 à 0“,0004

Do Combleux à l’extrémité “du département de Loir-et-Cher 0”,0004

On peut, d’après cela, admettre une pente moyenne de 0", 00045.

Portons maintenant la discussion sur le volume • Voir l'ouvrage do M. Grangez sur les voiosj.navigables, p. 31 7.

d’eau que devrait débiter le canal. Nous avons déjà montré, à la suite de l’analyse que nous avons faite de la crue de 1816, que, pour réduire avec efficacité la portée des inondations à Roanne, il fallait emmagasiner en amont de cette ville tout au moins 175 millions de mètres cubes d’eau.

Nous avons aussi prouvé la nécessité d’établir des réservoirs sur l'Ailier ; il faudrait donc qu’un canal qui aurait son point de départ situé à l’aval de la jonction de ces deux fleuves, et qui devrait résumer à lui seul les effets cumulés des travaux de réserve entrepris dans les deux vallées, fût construit de manière à débiter beaucoup plus que 150 millions. Toutefois, bornons-nous à ce chiffre; cela suffira pour rendre décisifs les effets de la comparaison que nous cherchons à établir.

Pour que l'établissement du canal soit réellement efficace, il faudra évidemment qu’il donne passage aux 150 millions ci-dessus, pendant la période ascendante de la crue; cherchons donc la durée de cette période.

Nous avons fait voir que pour Roanne elle est égale à soixante heures. Pour les points situés à l’aval, elle commencera et finira un peu plus tard; mais il est certain que la différence entre les deux retards sera à l’avantage du prolongement de la crue, parce qu’à mesure que l’on descend sur le fleuve les pentes et les vitesses d'écoulement diminuent; d’ailleurs, n’en serait-il pas ainsi, que nous n’en raisonnerons pas moins dans cette hypothèse toute favorable à la diminution des dépenses d’établissement du canal.

CANAUX DE DÉRIVATION

Afin même de ne laisser aucune prise à la critique, nous admettrons que la crue a commencé à se manifester au bec d’ Allier en même temps qu'à Roanne, et nous ajouterons par conséquent à la durée de soixante heures qui concerne cette ville toute celle qu'a mis le maximum de la crue pour descendre de Roanne au bec.

Nous avons déjà eu occasion de constater que la moitié de ce trajet s’est faite en quatorze heures; il en faudrait donc compter vingt-huit pour la totalité. Cette détermination résulte d une certaine évaluation de la vitesse du courant que nous avons admise d'après M. l'ingénieur en chef Boulangé; mais, pour ne laisser aucun doute à cet égard, nous pouvons recourir à des faits positifs.

En 1816, les eaux ont commencé à descendre à Roanne le 18 octobre à midi, tandis qu'à Orléans le mouvement de descente n’a commencé que le 20 à minuit1. Le maximum de la crue a donc mis soixante heures pour franchir la distance comprise entre Roanne et Orléans.

D’un autre coté, en 1856, le maximum de la crue a été signalé à Roanne le 30 mai à dix heures du soir, tandis que ce n'est que le 2 juin à midi, c’est-àdire après un intervalle de soixante-deux heures, qu’il a été observé à Orléans.

Ces deux résultats d'expérience sont très-concordants , et démontrent qu'en temps de forte crue, et à l’époque du maximum, les eaux mettent, en

« Annales des ponts et chaussées, année 1852, 1" semestre, planche 20.

366 ÉTUDES sun I,ES inondations.

mdyehne, sdixanté-ühe heures pour descendre de l utte de ces villes à l'autre.

Oh, si I on remarque que le bec d’ Allier est placé, à très-peu de chose près, è moitié distance de Roanne ét d’Orléans, mais qü’il est un peu plus rapproché toutefois de la première que de la seconde. Si l'on remarque en outre que les pentes et vitesses d’écoulement sont plus Considérables entre Roanne et le bec qu entre ce dernier point et Orléans, on sera conduit à admettre que, pour franchir la première moitié dé cette distance, il faudra aux eaux un peu moins de moitié des stiixante-une heures ci-dessus, ce qui nous ramène très-exactement à la première évaluation de vingt-huit heures. Toutefois, afin de nous mettre, autant que cela peut dépendre de nous, é l’abri de toute chance d'erreur, nous adopterons finalement une durée de trente heures, de sorte , que ce sera dans un intervalle de quatre-vingt-dix heures que les 151) millions de mètres cubes devront trouver leur écoulement dans le canal.

Cela posé, on trouvera, par un calcul facile, que, pour qüe celle condition soit satisfaite, le débit moyen dans le Canal, pendant toute cette durée, doit être de dt>3 mètres cubes par seconde. Mais, comme ô l’origine de l’écoulement il ne coule rien dans le canal, et que le débit augmente ensuite peu à peu, à mesure que la crue monte, on voit que pour que ce débit moyen soit réalisé, il faudra que la section du canal soit telle que l’écoulement, lorsqu'il sera parvenu à son maximum, soit le double du nombre -163, soit 926.

canaüx de dérivation. 3C7

Occupons-nous iflftirtteliantdb détbHtiinér lés dispositions lus plus favorables pour satisfaite, autant que possible, aux conditions d'économie dans les dépenses.

Le canal à ouvrir devra avoir son plafond aü point de départ et au point d'arrivée, au mèuie niveuu que le fond du lit de la Loire, et être établi dans le reste de son parcours suivant une pente à peu prés uniforme de Üra,UU045 par métré.

Lesfouilles faites pourcet objet seront retroussées sur les bords du canal, et nous supposerons qu elles ne sont soumises à auctln transport éloigné. Or, dans ces circonstances, ce qu’il y a de mieux à faire, au point de vue de l’économie, c'est de tâcher d obtenir la section d’écoulement nécessaire, en pal lie à l’aide des fouilles faites, eh partie à l’aide de l’encaissement formé par le retroussement de ces fouilles disposées sous forme dé digues.

Or, plus on entreprendra les déblais sur une largeur considérable» plus on Un augmentera le nombre, et plus on aura de terres eh excès pour la eon-. struction des digues; c'est un écueil qu’il importe d’éviter. Moins au contraire on donnera de largeur aux fouilles, moins on aura de terrassements à faire 5 mais il se pourrait, si Ion descendait à une limite trop basse, qu’on n’en eût pas une quantité suffisante pour les digues. C’est entre ces deux extrêmes qu'il convient de se placer.

Il y a donc utilité, avant tout, de se rendre compte de la quantité do terrassements nécessaires pour les digues. Dans ce but, essayons de déterminer les con-

ditions générales de l'établissement de celles-ci.

Et, d'abord, la hauteur de leur couronnement nous paraît devoir être portée à 7m,50 en contrehaut de Létiage ou du plafond du canal. La Loire s'est élevée, en effet, à Orléans, à une hauteur de 6'°,78 en 1846, et de 7”, 20 en 1856. En présence de ces résultats, on admettra sans doute que la cote 7m,50 ne présente rien d'excessif. Ce ne serait même pas assez si les hauteurs de crue que nous venons de mentionner devaient être atteintes , puisque le sommet des digues ne s’élèverait que de 0m,30 audessus du niveau des eaux. Mais, comme l’existence du canal aura pour but de réduire notablement les hauteurs actuelles des inondations, nous pensons que, tout bien considéré, on conclura avec nous que la cote 7m,50 est convenable, quelle ne pèche ni par excès ni par insuffisance.

Une largeur de 4 mètres au moins est nécessaire pour le couronnement des digues; leur talus intérieur sur lequel l'eau coulera devra être établi à raison de un et demi de base pour un de hauteur, à cause de la nature très-probablement sableuse des terres mises en œuvre. Quant aux talus extérieurs, nous les supposerons réglés à 45 degrés.

Cela posé, si on s'établissait, pour l’ouverture du canal, sur une ligne de terre qui fût précisément à 7ol,50 au-dessus de l étiage, c’est-à-dire si on devait obtenir en entier la section d’écoulement dans les fouilles, on se convaincra par le calcul qu’il faudrait extraire par mètre courant un minimum de 384 mètres cubes de déblai, qui n’auraient d’ailleurs aucun emploi

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CANAUX DE DÉRIVATION

utile au point de vue du problème à résoudre, et pour le dépôt desquels il faudrait faire en pure perte la dépense d’acquisitions de terrains.

Si, allant d’un extrême à l’autre, la ligne de terre sur laquelle serait construit le canal était prise au niveau même de l'étiage (chose d’ailleurs impossible, à moins de rester en rivière), toute la section d'écoulement serait formée par le remblai des digues, et le volume de ces remblais serait dans ce cas de 201 mètres cubes.

Ce parti serait moins coûteux sans doute que le premier, mais nous n'avons pas besoin d'insister pour faire comprendre combien il serait irrationnel à tous égards.

Or, si l'on étudie la décroissance que subit le volume des terres nécessaires pour la construction des digues, à mesure que leur relief au-dessus du sol diminue, on trouve les résultats suivants:

Pour T”, 50 de hauteur 2ülmc, » pour les deux digues.

On voit, d’après cela, que s’il ne s’agissait que de diminuer le volume des terrassements, on pourrait descendre à cet égard aussi bas qu’on voudrait. D'ailleurs, pour obtenir le reste de la section d’écoulement, il suffirait de mettre les digues à la distance

que le calcul montrerait être nécessaire pour cet objet. Mais alors lés acquisitions de terrain pourraient être fort considérables, et feraient plus que compenser, dans certains cas, l'économie obtenue sur les terrassements. 11 y a donc à établir une balance entre ces deux natures de dépenses qui agissent en sens contraire l'une de l’autre.

11 est de plus important d'observer que si nous avons reconnu que la section totale du canal doit être telle quelle donne au maximum un débit de 920 mètres cubes, c'est à la condition très-nécessaire que les combinaisons adoptées pour sa forme définitive auront pour résultat de donner, pendant les quatre-vingt-dix heures dcl'écoulcment, une moyenne à peu près régulière de 108 mètres cubes. Si cette condition n'était pas réalisée, le résultat prévu ne serait pas obtenu, et le canal n'aurait pas toute l'utilité sur laquelle on compte.

Par exemple, avec des digues qui ne s’élèveraient qu'à 2”, 50 au-dessus du sol, et par conséquent avec des fouilles qui descendraient jusqu'à 5 mètres, le tableau ci-dessus montre que 30 mètres cubes de terre seraient suffisants. Or, avec la forme trapézoïdale que nous avons définie ci-dessus, fl ne faudrait pas même s abaisser jusqu'à 5 mètres pour obtenir ce volume; on voit donc qu'on rencontrerait pour premier inconvénient celui d'être obligé de faire un travail de déblai plus considérable que le nécessaire. Quant nu débit maximum qui correspondrait à la section fouillée, il serait de 55 mètres cubes, de sorte que pendant tout le temps que la crue se serait élevée

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de l'étiage à une hauteur de 5 mètre», <• esl-à-dire pendant les deux tiers de son ascension, le débit moyen du canal n’aurait été que de 27mr ,50, tandis que dans la supposition, assez peu éloignée de la vérité, où la crue s'élèverait proportionnellement au temps, il faudrait que le débit moyen fût d’environ 309 mètres. On voit, d’après cela, combien on serait loin de compte.

Ainsi, en résumé, on conclura de cette discussion que pour résoudre de la manière lu plus convenable la question relative à l’établissement du canal, au double point de vue de l’économie des dépenses et de l’importante condition des écoulements réguliers qui y doivent avoir lieu, il faut procéder à diverses combinaisons, dans lesquelles on aura égard à la fois : 1° aux dépenses respectives des terrassements et des acquisitions de terrains; 2“ aux deux divisions en lesquelles sera partagée la section totale, savoir: celle pratiquée dans les fouilles et celle comprise entre les digues formées par les remblais; 3° aux débits qui couleront dans chacune d’elles.

Nous ne rapporterons pas ici le détail des nombreux tâtonnements auxquels nons avons dû procéder pour essayer d’obtenir entre ces divers éléments le meilleur accord possible ; nous nous bornerons à faire connaître le résultat de ces recherches.

Nous avons trouvé, savoir :

1° Que la ligne de terre la plus favorable serait celle qui aurait son niveau à 3 mètres au-dessus de l’étiage, ce qui assignerait par conséquent aux digues 4”, 50 de hauteur; 2° que la distance entre la

ligne extrême des fouilles et le pied des digues devrait être de 27 mètres.

En conséquence, le volume des terrassements serait, d’après le tableau précédent, de 87 mètres cubes par mètre courant, et exigerait, avec des talus de un et demi de base pour un de hauteur, une largeur au plafond de 25 mètres; quant à la largeur totale de la zone à acquérir, soit pour les fouilles, soit pour l’emplacement des digues, soit pour la distance comprise entre ces deux ouvrages, et destinée à compléter la partie supérieure de la section d’écoulement, elle aurait une valeur de 118 mètres.

Nous ne voulons pas dire pour cela que, dans la localité qui nous occupe, les circonstances se prêteront à ce que la ligne de terre ci-dessus définie soit adoptée, et que quelques considérations, notamment celles relatives à un trop grand rapprochement des berges du fleuve, ne forceront pas à modifier un tel projet. Nous voulons seulement donner comme certain, que si cette ligne est possible, c'est elle qui, en satisfaisant convenablement aux exigences hydrauliques de la question, réalisera un minimum de dépense; si on est obligé de reporter le tracé du canal sur un relief plus élevé, la solution pourra être tout aussi bonne, mais elle coûtera plus cher.

Procédons maintenant à l’évaluation du coût des travaux.

Nous admettons que tous les terrassements seront employés sur place, en regard même des fouilles; la distance horizontale des transports sera d’un relai et demi qui, à cause de l’ascension verticale moyenne

CANAUX DE DÉRIVATION. 373

des terres, doit être porté à deux ; dans ces conditions, nous croyons rester dans les limites d'une évaluation modérée, en portant le prix du mètre cube

à 0(r,70\ y compris le pilonage et le dressage des talus. Sur le canal latéral è la Garonne, l’évaluation primitive portait les terrassements au prix de 0rr,78c, et certes, à cette époque, la journée d'ouvrier 9e valait pas ce quelle vaut aujourd'hui;

En conséquence les 87 mètres cubes, par mètre courant, coûteront, ci 60tr,90c.

Les terrains, dans certaines parties de la vallée de la Loire, valent jusqu'à 20,000 fr. l'hectare; nous ne compterons pas même moitié; mais, comme on sait qu'en ces sortes de matières les surfaces achetées se payent toujours plus cher que leur valeur, nous ne croyons pas devoir descendre jusqu'au quart de cette somme.

L’évaluation primitive do 5,539 fr. l'hectare pour le canal latéral à la Garonne a été notablement dépassée; sur les 91 millions dont les dépenses d’exécution des canaux entrepris depuis 1823 ont dépassé les prévisions, on en compte 23 uniquement destinés à satisfaire les exigences des propriétaires ; nous croyons donc devoir adopter le prix moyon de 7,500 fr., ou 0fr,75c le mètre carré.

En conséquence, les 118 mètres de terrain nécessaires, par mètre courant, coûteront. ... 88 ,50

Ce qui donne, pour ces deux natures de dépenses 148fr,40°.

La longueur totale du canal étant d’ailleurs d’environ 230 kilomètres, il en résulte que le prix de re-

vient des acquisitions de terrain et des terrassements seuls s'élèverait à la somme de 34,132,000. Et si I on ajoute à cette dépense celle des ouvrages d'art qu'il faudra inévitablement construire à la traversée de toutes les voies de communication qui peuvent se rencontrer sur cette longueur de GO lieues, ce ne sera rien exagérer, croyons-nous, que de porter à 10 millions le chiffre délinilif des dépenses.

Or, qu'aura-t-on obtenu à ce prix? pas plus pour une partie très-limitée du cours de la Loire, que ce qu'auront produit pour la totalité du fleuve des réservoirs de 150 millions de mètres cubes, créés en amont de Roanne; on aurait en outre perdu le grand avantage de tenir en réserve des eaux précieuses pour les irrigations, on se serait privé des moyens de venir en aide à la navigation de nos rivières pendant les sécheresses, et on aurait enfin, malgré cela, plus que triplé les dépenses, puisque nous établirons que les travaux de réservoirs, ayant une capacité de 150 millions de mètres cubes, ne couleraient pas plus de 12 millions.

11 n’en faut pas davantage pour prouver, avec la dernière évidence, combien les canaux de dérivation seraient, à tous égards, inférieurs aux moyens que nous avons développés dans le chapitre cinquième de cet écrit.

Le grand avantage des réservoirs permanents, et il importe d'insister sur ce point, c’est que leur efûcacit • s'exerce sur la totalité du cours du fleuve situé au dessous deux; il n’en est pas de même des «maux, lîn ouvrage de ce genre, créé dans le but de

CANAUX DE DÉRIVATION

produire les mêmes effets que les réservoirs que nous proposons d'établir en amont de Roanne, devrait s'étendre depuis cette ville jusqu'à la mer, c’est-à-dire avoir une longueur au moins triple de celui que nous venons d étudier; sa dépense s’élèverait donc à 120 millions, et serait par conséquent décuple de celle avec laquelle on peut obtenir, non-seulement les mêmes résultats au point de vue de la diminution des eaux d inondation, mais encore les divers avantages que nous avons énumérés soit pour 1 irrigation des terres, soit pour la navigation d'été sur nos fleuves.

Nous pensons avoir convaincu le lecteur de la grande infériorité des canaux de dérivation, comparativement aux réservoirs; mais si nous repoussons cette nature, d'ouvrage comme système général de défense le long de nos fleuves, ce n’est pas à dire que nous voulons porter contre elle un arrêt de proscription absolue. 11 peut y avoir des circonstances particulières dans lesquelles, malgré le prix élevé des canaux, malgré les étroites limites entre lesquelles se trouve resserrée leur utilité, la nécessité de leur construction devient manifeste. On conçoit, en effet, que si de grandes richesses, si de puissants intérêts se trouvent concentrés sur une petite étendue du cours d’un fleuve, on ne devra pas hésiter à multiplier autour de ces points les moyens de défense. Or, la plupart des villes que baignent les rivières sont dans ce cas, et comme alors il faut protéger, non-seulement le sol, mais les constructions qui s'y sont élevées, les valeurs considérables qui y sont déposées, la vie des

hommes qui y ont établi leur demeure, on ne devra pas reculer devant la dépense de la construction d'un canal de 4, 5 et môme 10 kilomètres au besoin, pour défendre avec toute l’efficacité désirable, peut-être même avec excès, les zones exceptionnelles où le fléau des inondations frappe ses coups les plus multipliés et les plus redoutables.

Les exemples de ce genre de construction ne manquent pas en France; nous pouvons citer, dans la contrée que nous habitons, le canal de décharge de la Marne à Château-Thierry; mais, nous le répétons, il ne faut les considérer que comme des ressources locales accidentelles, et on doit se garder d'en faire labase d'un système général de défense contre les débordements.

Du système des rigoles horizontales creusées sur les terrains en pente.

Après la crue delà Loire en 1846, comme après les inondations qui ont signalé le printemps de l’année dernière, on s’est beaucoup occupé en France de toutes les questions relatives h l’écoulement superficiel des eaux ; quelques idées utiles ont été à cette époque mises en avant par des hommes capables; elles ont été à l’ordre du jour pendant quelques mois, puis on les a oubliées, et on en est finalement revenu â l’ancienne routine des digues longitudinales. 11 ne faut pas s’en étonner : c’est une épisode de plus à ajouter â celte perpétuelle histoire des oscillations humaines, dans lesquelles la force d’inertie joue le plus grand rôle. La science avait

voulu faire un mouvement en avant, mais bientôt les réactions de l’ignorance, de l'envie, de la paresse elle-même, qui consent quelquefois à faire un petit effort pour en éviter un grand, se sont attelées en sens contraire, et, après quelques mouvements alternativement progressifs et rétrogrades, dont les écarts ont été de moins en moins considérables, l’immobilisme a fini par triompher.

Parmi les idées qui furent alors produites, il en est une qui, si elle ne réalise pas <\ beaucoup près les espérances de l’auteur en ce qui concerne les inondations, peut du moins contribuer avec quelques avantages à combattre le fléau, et nous paraît d’ailleurs digne de fixer l’attention, par l’utilité de ses conséquences au point de vue agricole.

Nous voulons parlerdes propositions faites en 1847 par M. l’inspecteur divisionnaire Polonceau, et qui ont pour objet le creusement sur les terrains en pente de rigoles horizontales, fermées à leurs extrémités, formant une série de bassins susceptibles de conserver des quantités d’eau considérables, et très-propres, par conséquent, à diminuer l'amoncellement des eaux dans les fleuves; mais afin de n’apporter aucune altération dans la pensée de l'auteur, reproduisons ici les développements à l’aide desquels il l a présentée lui-même, dans le numéro de . février 1847 du Journal du Génie civil :

« Ce système, dit M. Polonceau, s’applique à tous « les terrains en pentes prononcées qui dominent « et bordent les gorges, les vallons des montagnes « et les parties supérieures des vallées ; il consiste à

« creuser, sur toutes les pentes, des rigoles horizon- « taies larges et profondes, fermées à leurs extré- « mités, pour recevoir et retenir les eaux pluviales « à leurs points de départ, et les empêcher de des- « cendre rapidement sur ces pentes, comme elles le « font dons l’état naturel. Les eaux retenues dans « ces rigoles, qui formeront des séries de petits ré- '< servoirs étagés les uns au-dessus des autres, à des « distances qui seront déterminées pour chaque « localité, ne pourront descendre aux vallons que « très-lentement, après s être infiltrées dans le sol; « elles n’arriveront donc aux grandes vallées que « fort longtemps après les chutes des pluies. Les « rigoles pourront avoir généralement 1 mètre de « largeur moyenne, sur 1/2 mètre de profondeur, « et contiendront par conséquent 1/2 mètre cube « d’eau par mètre courant.

« Ces rigoles étant très-multipliées, les volumes « d’eau quelles arrêteront dans chaque vallon se- « ront déjà considérables, mais elles rempliront en- « core d’autres buts d’utilité; le premier, c’est que, « même lorsqu’elles seront remplies, formant des « gradins sur les pentes, elles feront diminuer la « vitesse de descente des eaux qui excéderont leurs « capacités, parce que cette vitesse sera rompue au « passage de chaque gradin de niveau que les rigoles « formeront, comme par les marches d'un grand « escalier.

« Le second but d utilité, c’est qu en réduisant de « beaucoup la vitesse d’écoulement des eaux plu- « viales, ces rigoles les empêcheront de délaver, d a*

« maigrir et de raviner les terrains en pentes, et que « de plus elles maintiendront sur ces terrains, par « l’infiltration lente de leurs eaux, une humidité « d'autant plus salutaire qu'ils sont généralement « arides, et elles les enrichiront par les vases et les « limons qui s’accumuleront dans les fonds, et que « l’on répandra sur ces terrains quand on curera a ces rigoles.

a Enfin, l’infiltration lente de leurs eaux augmen- « tera le produit des sources existantes, et même en « créera de nouvelles.

« Leur exécution ne consiste qu’en terrassements a simples et faciles à exécuter, sans exiger jamais « aucun travail d’art, parce que quand en les creu- « sant on rencontre un ruisseau, un ravin, un che- « min ou une arête de rocher, on se bornera à les « interrompre pour les reprendre du côté opposé.

« Ces rigoles peuvent être établies sur tous les ter- « rains, quelle que soit la nature de leur culture, « même quand ils sont en labours ( qui , générale- « ment sur les terrains en pente, se font par raies « horizontales), parce que les rigoles d'infiltration « empêchent les eaux d’entraîner les terres mobili- « sées par la charrue, et qu elles sont le seul moyen « d’irrigation qui leur soitapplicable. De même, pour « les bois, il est prouvé, par des expériences nom- « breuses et faites en grand par M. Eugène Chevan- « dier, que les bois qui reçoivent des eaux d'infiltra- « tion par des rigoles horizontales ont une croissance « plus rapide, et donnent beaucoup plus de produits.

« Ce mode de retenue a encore un avantage pré-

« cieux, en ce qu'il conserve toute l’indépendance de « la propriété, attendu que pour les exécuter nul n’a « besoin du consentement des voisins, et que per- « sonne n’en soutire ou n’a droit de se plaindre ; c'est « simplement l'exercice du droit naturel de retenir « et d’utiliser les eaux pluviales à leur passage sur « son terrain, et en les employant à faire des irriga- « tions par infiltration.

« Enfin, l’établissement des rigoles horizontales « d infiltratiou est le préalable nécessaire de tout re- « boisement sur les terrains en pente, et tout à fait « indispensable pour leur succès. »

Certainement il n'y a pas d'opération plus facile que celle qui consiste à ouvrir à la surface du sol des fossés horizontaux, et nous sommes tout disposé à croire que des travaux de ce genre produiraient sur beaucoup de terrains d'importantes améliorations, peut-être même, selon nous, est-ce là l’effet le plus directement utile du système de M. Polonceau. Toutefois, nous sommes obligé de constater que, même au point de vue agricole, quoique le prix de revient des travaux ne s'élève pas à plus de 30 fr. par hectare, et malgré l'initiative prise et les succès obtenus par quelques hommes intelligents, ce système n’a eu que que de très-rares applications.

Quelle différence entre le drainage qui, bien qu’il coûte moyennement huit fois pluscher, s'est propagé depuis trois ans avec une si remarquable rapidité ! Comment expliquer tant d'empressement d'un côté, et tant d'apathie de l'autre? Par des motifs trèsfutiles quelquefois, mais profondément enracinés

dans le cœur de l’homme, très-difficiles à combattre, plus difficiles encore à faire disparaître.

Qui ne sait combien l'idée de la possession est tenace chez les petits propriétaires, et nous en avons considérablement en France; qui ne sait combien d'entre eux ne craignent pas de s'exposer à de ruineux procès pour agrandir leurs champs par des anticipations souvent très-minimes sur les terres de leurs voisins? Or, établir tous les GG mètres, comme le veut M. Polonceau, des fossés de lm,50 d’ouverture qui seront à jamais improductifs, c’est évidemment perdre du terrain, et I on ne sait pas sy résigner. On aura beau faire observer que le reste du champ y gagnera, qu’il y gagnera même beaucoup, qu’en deux années les dépenses de l'opération seront remboursées, qu’À l’avenir les revenus auront des augmentations certaines, considérables, cette idée persistante de perdre de l'espace pour la culture prédominera, et on restera dans l'abstention.

Avec le drainage, c’est tout le contraire qui arrive; lorsque cette opération a été pratiquée sur une terre humide, les nombreux fossés dont il avait fallu la couvrir précédemment peuvent être remplis ; la charrue passe alors partout indistinctement, on a gagné du terrain , la séduction est puissante, et l'on est entraîné à faire des essais.

D’un autre côté, l’état permanent d’humidité des terres à drainer est toujours sous les yeux de l’agriculteur, en été comme en hiver, soit qu'il sème, soit qu’il récolte. Les inconvénients de l'entraînement des terres se présentent au contraire plus rarement, ils

ont quelquefois peu d'importance; plusieurs années peuvent s'écouler sans qu'ils se reproduisent ; on perd assez vite le souvenir des mauvaises chances, on espère plus encore en l'avenir qu’on n'est disposé à utiliser l'expérience du passé, et parce que le mal n’est pas sans cesse persistant, on s’endort dans une fausse sécurité.

Que faire à cela? Lutter avec énergie contre de si funestes tendances. C'est ce que font quelques esprits éclairés, mais ce n'est pas en un jour qu’on peut obtenir raison des passions et des préjugés des hommes.

Quoi qu’il en soit, d ailleurs, des motifs véritables qui se sont opposés à la réalisation des idées de M. Polonceau.que l’on ait eu tort ou raison de s’abstenir, ce qu'il importe surtout de constater ici, c’est le fait même de cette abstention; car, dès l'instant qu'un système qui est présenté comme ayant pour but une grande œuvre d’utilité publique, ne peutétre exécuté que par des intérêts particuliers, et que ces intérêts, quelle que soit l'étendue des avantages qu’ils devraient retirer de cette exécution, prennent le parti de ne rien faire, lorsque d’ailleurs il est impossible de prévoir quel sera le terme où ce refus cessera d'exister, n’est-on pas forcé de recourir à d'autres moyens qui, alors même qu’ils ne posséderaient pas toute la puissance d'action des premiers, auront du moins pour eux la possibilité d une exécution immédiate.

Or, quand on réfléchit au nombre considérable de propriétaires qui possèdent le sol de la France, au nombrç plus considérable encore des parcelles de

ce soi, n'est-il pas permis de craindre que si quelques hommes intelligents cherchent, dans l’intérêt de leurs terres, à faire l’application isolée du système de M. Polonceau, il faudra attendre bien des années encore avant que cette application soit devenue assez pratique, assez générale, assez universelle, pour opposer une barrière suffisante au fléau des inondations.

Mais, pourrait-on dire, pourquoi l’Etat , cette grande association de tous les intérêts, n’intervientil pas dans cette circonstance ? Pourquoi, si ce système est utile, persisterait-on à le laisser dans l’oubli?

Ne serait-ce pas peut-être quon a instinctivement compris qu il s’agissait plutôt ici d’une amélioration agricole que d’autre chose, et que les grands avantages des idées de M. Polonceau portaient plus encore sur la propriété que sur les inondations. S il en est réellement ainsi, on s expliquerait 6ans peine l'abstention de l’Etat ; cor, quelque puissants que soient les motifs qui doivent le porter à être favorable à 1 agriculture , il est impossible que sous le prétexte accessoire et contestable d’une amélioration dans le régime torrentiel de nos fleuves, il intervienne directement dans la question des intérêts agricoles. Ces intérêts sont trop puissants, trop multipliés; les divers perfectionnements praticables sont trop nombreux, et exigeraient des capiluux trop considérables pour que l Etat pût satisfaire à toutes les exigences. Or, payer le travail pour les uns, sans en faire autant pour les autres, serait une distribution très-injuste de la fortune publique. Les fonds de 1 Etal ne

doivent sortir de ses caisses que pour acquitter les charges communes, les dépenses utiles à tous.

Au reste, ces diverses considérations ne sont pas restées étrangères à M. Polonceau lui-même; il a très-bien compris les effets de l'inertie des propriétaires; il s est rendu compte des sommes qu'il faudrait dépenser pour réaliser ses projets, et comme ces sommes, ainsi que nous allons l'établir tout à l'heure, ne laissent pas que d'être très-considérables, il a dû reconnaître qu'il était impossible que l Etat les prît à sa charge; aussi se borne-t-il à solliciter de simples primes.

«Les rigoles horizontales, dit-il, sont, à mon avis, «les ouvrages les plus indispensables; j'ai prouvé « que leur établissement est tellement dans 1 intérêt «des propriétaires, qu'ils devraient les faire de leur « propre mouvement et sans qu’on les y obligeât ; « mais on ne pourra pas compter de sitôt sur la per- « suasion générale d'un si grand nombre de person- « nés, et, pour obtenir la réalisation de cette mesure, « il faudrait, en la prescrivant, l'aider et l'encourager « au moyen de primes qui seraient payées par l'Etat « et les départements. »

Ces primes, d’après M. Polonceau, devraient être égales au sixième du montant des dépenses.

Le prix de revient de 30 fr. par hectare se trouverait donc réduit pour le propriétaire à 25 fr. Or, il est permis de douter que cette différence constituât un suffisant appât pour détruire d'anciens préjugés, pour vaincre les résistances, et déterminer subitement les propriétaires du bassin supérieur de

la Saône, dont M. Polonccau s’occupe spécialement, à dépenser en cinq ans les 50 millions qui resteraient encore à leur charge. L'auteur le croit si peu luimôme, qu'il n'hésite pas à appeler à son aide la contrainte légale.

« D'après les considérations qui précèdent, dit-il, «je pense que l’on peut et que l’on doit, sans hésila- « lion et sans scrupule, ordonner par une loi, comme «mesure d intérêt public, rétablissement dans tous « les bassins des fleuves et des grandes rivières des « rigoles horizontales, des réservoirs temporaires et « des bassins de limonage. »

11 faudrait, selon nous, que l'utilité publique fût au suprême degré engagée dans la question ; il faudrait que les moyens proposés fussent bien infaillibles, bien indispensables; il faudrait que leurs avantages fussent bien grands, et leurs inconvénients nuis, pour que des dispositions aussi coercitives (pie celles que propose l'auteur vinssent trouver place dans nos lois. Car il ne s'agit plu* ici des cas ordinaires d'expropriation dans lesquels, lorsque l'Etat veut disposer d'un terrain, il l'achète dabord et y exécute ensuite, à ses frais, les travaux nécessaires. Ici, au contraire, non-seulement l'Etat n'achèterait rien, mais encore il n'exécuterait pas. Travaux et terrains, tout serait à la charge des propriétaires. Ce serait de l’expropriation forcée au troisième et quatrième degré.

Occupons-nous donc maintenant d'étudier le système de M. Polonccau, moins encore au point de vue

agricole, comme nous l'avons fait jusqu'ici , qu'à

386 ÉTUDES StiR LES INONDATIONS.

celui de sa véritable utilité contre le3 inondations. Voyons s'il est réellement infaillible, indispensable, si sa supériorité sur tous les autres en rend l'adoption obligatoire.

Rappelons d'abord que les rigoles ont 0m,50 au plafond, 0m,50 en hauteur, et par conséquent lra,50 en gueule ; il résulte de ces dimensions quelles contiendront un demi métré cube par tnèlre courant. Comme elles sont espacées etllro elles de 66 mètres, il s'ensuit que le rigolnge de chaque hectare aura une capacité moyenne de 75 mètres cubes.

M. Polonceau a fait 1 application de ses idées au bassin de la Saône, et il trouve que l’établissement complet du système de rigologo sur l'ensemble des terres de ce bassin produirait une retenue d'eau de 150 millions de mètres cubes; c’est un peu moins que le volume de 175 millions qui, d'après nos recherches, devrait être emmagasiné dans les réservoirs à construire sur la Loire, en amont de Roanne. Mais comme la différence n’a qu’une assez faible importance, il nous sera facile de comparer ses idées avec les nôtres au point de vue de la dépense. Or, puisque chaque mètre courant de rigole contient un demimètre cube d'eau, il en faudra 300 millions de mètres pour retenir les 150 millions ci-dessus -, d'ailleurs, M. Polonceau admet une dépense de 20 centimes par mètre courant de rigole; par conséquent, l’ensemble du travail coûterait 60 millions. Mais, dans le système des réservoirs, l'eramagasinement du môme volume d’eau n'en exigerait que 12. On voit donc qu'en mettant de côté les considérations

agricoles, et eti se renfermant dans le ceTcle de la question hydraulique, les réservoirs ont un immense avantage sur leS rigoles.

Mais ce n’est pas tout : le système de M. PolonccaU, introduit dans la vallée de la Loire, n’aurait pas seulement l'inconvénient d’ëxîger une dépense quintuple, il serait inapplicable, faute d'espace ; il conduirait à une impossibilité.

En effet, nous venons de constater que les retenues d’eau par les rigoles devaient être fixées au taux dë 75 mètres cubes par hectare. Si I on divise les 150 millions à emmagasiner par 75, on trouvera que le nombre d’hectares nécessaires devrait avoir une valeur de 2 millions. Or, la totalité du bassin de la Loire supérieure à Koanne n’en contient que G 10,000, un peu moins du tiers de la quantité nécessaire. Ce ’ n’est donc pas 150 millions de mètres cubes, mais 50 seulement qu’on pourrait emmagasiner en amont de Roanne, ce qui réduirait considérablement l’efficacité du remède, et encore supposons-nous qile la totalité de ces 010,000 hectares, sans aucune exception, serait apte à recevoir des rigoles, ce qui ne serait vrai, ni pour les terrains de rocher, ni pour ceux qui, occupant les plateaux et les fonds des vallées, ne présentent aucune prise è l’action du ravinement. ' "

Il est en effet très-important de remarquer à ce sujet qu'il ne suffit pas, pour remplir le but qu’on se propose, d établir la possibilité de créer, à un point de vue général, tel ou tel volume de retenue dans le bassin d'un fleuve; il faut encore que cette retenue

puisse être obtenue dans une partie déterminée du cours de ce fleuve.

Ainsi, dans le cas actuel, ne pas soustraire 150 millions de mètres cubes au moins aux écoulements de la Loire, à partir de Roanne, ce serait laisser exister de grands dangers, non-seulement en amont de celle ville, mais encore dans toute la partie de la vallée comprise entre elle et le point où les 150 millions pourraient enfin être retenus par les rigoles, ce qui nous conduirait à peu près jusqu'à Nevers. Mais là se rencontre l’Ailier, sur lequel d’autres retenues doivent aussi être faites; le mal se propagerait donc encore plus loin, etchaque affluent important serait de nature à lui faire reprendre son inlonsilé. On arriverait ainsi jusqu’en des points situés d’autant plus loin dans les parties inférieures des vallées, que la nécessité agricole du rigolage devient en général moins impérieuse à mesure qu’on approche davantage des embouchures, parce que les escarpements sont moins rapides et moins étendus, tandis que les plaines, au contraire, s’élargissent davantage.

C’est là un des points les plus importants de la critique qu’on peut faire du système de M. Folonceau, et l’auteur ne parait pas s être occupé de cette catégorie de supputations, qui est pourtant si essentielle en celte matière.

Il est en outre nécessaire de remarquer, et cet or- ^ ' dre de considérations est très-dominant dans le débat, que les moyens indiqués par M. Polonceau peuvent, ou échouer complètement, ou ne produire, suivant les circonstances, qu’une très-minime partie

des heureux résultats qu’on en attend. En effet, il ne faut pas perdre de vue que les capacités ouvertes aux eaux par les rigoles sont fermées; que, par conséquent, on n'est nullement le maître de faire qu’à telle ou telle autre époque elles contiennent ou ne contiennent pas de liquide; qu’il est fort possible qu’au moment ou un débordement va survenir, elles soient occupées en partie ou en totalité par de l'eau précédemment recueillie; que, par conséquent, dans le premier cas, leur efficacité pourra être considérablement amoindrie, et, dans le second, complètement nulle.

Il n’en est pas ainsi pour les réservoirs, auxquels seront appliqués de puissants moyens d’évacuation, qu’on pourra tenir complètement à sec, non-seulement avant le moment des crues, mais encore plusieurs heures après quelles auront commencé, et dont on sera toujours en mesure de faire fonctionner la retenue à l'instant même où les événements viendront eux-mêmes en démontrer la nécessité. C’est là une faculté précieuse de laquelle doit dépendre presque toujours le succès des mesures prises contre les inondations. Or, cette faculté, il faut le dire, présente une fâcheuse lacune dans le système de M. Polonceau.

Ce système, en un mot, pour être efficace, devrait toujours présenter des capacités vides au moment des crues. Or, quelles soient vides ou pleines à ce moment, c’est un point qui dépend des sécheresses ou des pluies antérieures, et sur lequel l’intervention de l'homme n’a aucune prise.

Il importe aussi d’envisager les rigoles à un point

de me autre que celui des inondations. Nous avons déjà fait remarquer que, d'après les idées de l'auteur, leur capacité doit être fermée, et qu elles ne laissent échapper l'eau que quand elles sont complètement remplies II résulte de là qu elles arrêteront les pluies en toute saison. Or, si ce résultat est avantageux à l'époque des grandes perturbations atmosphériques, il peut avoir de grands inconvénients pour les pluies ordinaires du printemps et de l'été. On sait que c’est dans la première saison queprédomine l importance des irrigations; on sait, ep outre, que c'est dans la seconde que les eaux de nos fleuves sont le plus amoindries. Or, il serait fort à craindre, si le système de rigolage se généralisait, que nous tombassions dans une disette générale d'eaux courantes dans ces deux saisons. Ce point est trop important pour que nous ne lui consacrions pas quelques explications.

Les rigoles, une fois ouvertes, présenteront une série de bassins qui rempliront le double office, d’abord de recueillir les eaux de pluie au moment de leur chute, en second Heu de les laisser évaporer à leur surface, ou de leur permettre tle s'infiltrer dans les terres.

Or, 1g hauteur de la tranche moyenne d'évaporation pour toute l'année est de Üm,ÜOi par jour; mais, dans l'été, elle est beaucoup plus considérable, et on compte gén 'râlement qu elle s'élève au double.

Il suit de là que, dans un mois d'été, la hauteur de la tranche totale évaporée sera do Om,2iO. On peut donc compter que, la largeur moyenne de la surface évaporatpire des rigoles étant de lm$6, il

JUG0LE3 HOBIZONTALES. 891

se perdra ainsi, par mètre courant O^O d’eau. D’ailleurs, le nombre de mètres courants par heetare étant de 150, la perte totale d’eau correspondant à 1 beetare sera de 45 mètres cubes.

D'un autre côté, les rigoles en laisseront aussi perdre une partie par voie d’absorption. Dans les idées de M. Folonceau, celte perle aurait môme une assez grande valeur; toutefois, comme lcségoulle-r menls d’une rigole peuvent se rendre en partie dans la suivante, nous limiterons ce déficit au tiers seulement du précédent ; la perte totale de l’écoulement de surface par mois et pour chaque hectare sera donc de 60 mètres cubes.

Or, nous avons établi que la moyenne de la tranche d’eau pluviale en France est do 0"',719 pour l’année, soit 0m,06 en moyenne par mois. Cela produira donc sur les 10.000 mètres carrés dont se compose un hectare la quantité de 600 mètres cubes. Mais toute cette quantité ne coulera pas sur le sol, l’absorption et l’évaporation à la surfuee des terres en fera disparaître une grande partie. On estime généralement que cette perte, pendant la saison chaude, est comprise entre les 5/7 et les 6/7 de la pluie. Opérant cette réduction, il restera pour l écoulement de surface environ 129 mètres cubes; c’est sur cette quantité que la construction des rigoles opérera un retranchement de 60 mètres cubes, c’est-à-dire de près de moitié.

Un tel résultat mérite d’ôtre prison sérieuse considération. Lorsqu’on réfléchit aux faibles volumes d’eau que nos rivières laissent couler en été, ce n’est

pas sans quoique inquiétude qu'on peut envisager des travaux qui auraient pour résultat infaillible de les appauvrir dans une proportion telle que la navigation y deviendrait ù peu près impossible pendant quatre ou cinq mois de l’année.

Ainsi, on le voit, à mesure qu’on entre plus profondément dans l’examen du système de M. Polonceau, son utilité hydraulique s'atténue de plus en plus; ses dépenses sont excessives; la possibilité de son exécution est fort hypothétique, si on laisse les volontés libres, et hérissée des plus graves difficultés, si on veut les contraindre; son action ne pourrait, dans beaucoup de bassins, être généralisée au degré voulu, faute d’espace; son efficacité pourrait être en défaut dans les circonstances les plus critiques; enfin, pendant le printemps et pendant l'été, où les terres et les rivières ont un si grand besoin d'eau, il ferait subir aux écoulements superficiels des réductions qui deviendraient de véritables calamités.

Il ne reste donc guère ù ce système que scs avantages agricoles, sur lesquels, d ailleurs, il serait nécessaire que la discussion s'établît, et qui n’ont été que fort peu expérimentés jusqu'ici. Peut-être même sera t-on convaincu, par les détails qui précèdent, qu’au cas où ces avantages existeraient en cflet pour les terrains sur lesquels les rigoles seraient ouvertes, il n est que médiocrement à regretter, à d autres points de vue, que la mise en pratique de ces travaux soit à peu près complètement restée dans l’oubli.

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