RAVINEMENT DES MONTAGNES
Du ravinement des montagnes par les torrents.
Jusqu’à présent, nous avons principalement porté notre attention sur les effets produits par les inondations, dans les vastes plaines des vallées et dans les centres de population qu'on y rencontre; nous avons indiqué les moyens de diminuer les masses d'eau affluenles, nous avons fait voir qu'il était possible de prendre des mesures telles que les vitesses d'écoulement fussent très-sensiblement amorties dans ces plaines, et qu’à ces conditions il y avait plus d'avantages que d’inconvénients à permettre l'introduction des eaux sur les terres; mais, dans les pays montagneux et à pentes abruptes, il faut recourir à d'autres procédés. l)e simples digues en terre, outre quelles devraient se suivre à des distances très-rapprochées, à cause des grandes inclinaisons du sol, seraient tout à fait insuffisantes pour arrêter la violence des eaux courant dans leur lit sous forme de torrents; elles seraient promptement détruites, et il faudrait recommencer le travail après chaque orage.
Il ne faut pas croire, d'ailleurs, que, quelque déplorables que soient les dégâts occasionnés par les eaux dans les pays de montagnes, leur intensité soit comparable à celle des désastres qui affligent les parties basses des vallées; s'ils offrent des tableaux d'une nature plus saisissante, si la grande vitesse des courants, si le ravinement des terres, si la destruction des rochers et le transport de leurs blocs détachés font naître plus directement dans l’esprit l image do
ta destruction, on ne perdra pas de vue que, d'une part, les terrains ravagés sont loin d'avoir la valeur de ceux de nos grandes vallées, que, d'autre part, si, sur quelques surfaces de thalweg, on observe des désordres exceptionnels, ces surfaces n'offrent que de petites dimensions, soit en longueur, soit en largeur, arrêtées quelles sont par les ondulations d'un sol qui se relève promptement autour d'elles.
Serait-ce à dire pour cela qu il ne faut pas tenir compte de ces dommages, et qu'on ne doit pas s’appliquer à les faire disparaître? Non, sans doute; et il est d'autant plus utile d’y remédier que les moyens mis en œuvre pour les combattre serviront de protection , non-seulement à la localité même, mais encore à tous les terrains situés en aval. Heureusement, celte loi générale de protection providentielle, qui place toujours le bien à côté du mal, et qui ne deinaude que l intervention do l'homme pour que le premier vienne se substituer au second, ne nous fera pas défaut en cette circonstance. Si, dans les contrées où les eaux n'entraînent avec elles que des matières terreuses, de simples digues en terre sont suffisantes, dans celles, au contraire, où des matériaux plus résistants deviennent nécessaires, où les pierres doivent remplacer les terrassements ordinaires, la nature s'est chargée de nous les fournir elle-même; c’est là quelle a placé, en longues et hautes assises, ces bancs de rochers où nous trouverons la matière nécessaire pour l'œuvre de réparation; elle u fait plus encore, elle a travaillé à la division des masses par les effets combinés de toute*