IU
icux.
43mm,8 13 ,2
Juillet 1 852. . . .
Septembre 1832.
ouiiiiut'b puni ic» (Minus ui moyennes [unir les débits
Les indications que nous allons déduire de ce tableau seront concluantes. - Et d'abord, on remarquera que, pour des durées égales, soit en hiver, soit en été, les quantités de pluie
recueillies ont toujours été plus considérables, nonseulement dans leur ensemble, mais encore dans presque tous leurs détails, sur le bassin du Bouchât, que sur celui de la Grenetière, c’est-à-dire sur les terrains dénudés, que sur les terrains couverts. Ce nouveau fait vient donc s’ajouter à tous ceux que nous avons déjà produits pour prouver 1a vérité de notre conclusion, que les forêts diminuent plutôt quelles n'augmentent la quantité de pluie annuelle.
En second lieu, si on compare chaque débit moyen à la pluie correspondante, on trouvera que, pour chaque millimètre de hauteur de pluie tombée, il a coulé, savoir:
Par le ruisseau de Grenetière :
En hiver 0m,679
En été 0 ,062
Par le ruisseau du Bouchât :
En hiver 0m,299
En été ...... 0 ,053
Il n’y a donc pas une très-grande différence entre les régimes d’été des deux ruisseaux, et, à cet égard, ces nouvelles observations conduisent à la même conséquence que les précédentes.
Mais la différence devient énorme, elle dépasse la proportion du double, lorsqu'on établit la comparaison entre les régimes d’hiver des deux cours d'eau. Cette différence est d’ailleurs toute favorable, au point de vue de la régularité des écoulements, au ruisseau du Bouchât; d’où il faut conclure que si, en été, c’est-à-dire de mai à septembre, les amoncelle-
mehts de liquide ne sont pas plus à craindre dans un bassin que dans l’autre, il n’en est pas de même, à beaucoup près, dans le semestre compris d’octobre à mai, c'est-à-dire dans celui pendant lequel se produisent les plus redoutables inondations ;duns ce cas, les bassins boisés ont un désavantage trèsprononcé.
Finalement, les effets comparatifs des pluies d hiver et d'été dans le bassin boisé de la Grenetièresont tels, qu’ils fournissent respectivement des débits qui sont entre eux dans le rapport de 679 à 62, ou de 11 à l’unité, tandis que, pour le bassin déboisé du Bouchai, ce rapport devient celui de 6 à 1.
On peut donc dire que l’irrégularité des écoulements entre la saison chaude et la saison froide varie du double au simple, suivant que les versants sont boisés ou qu'ils ne le sont pas.
Ainsi, non-seulement ce principe si souvent répété dans le public, si généralement admis par lui, que les forêts jouissent de la propriété d’équilibrer les écoulements des deux saisons, n’est pas exact, mais l’expérience vient nous démontrer que c est tout le contraire qu’il faut croire; qu’en conséquence, au point de vue du mouvement des eaux à la surface de la terre, la disparition des forêts a été chose utile, et que le reboisement, si souvent et si énergiquement demandé, ne serait qu’une funeste opération.
Les forêts 11e jouissent pas de la propriété de régulariser le régime des sources.
Passons maintenant aux considérations relative»
aux sources, et cherchons h savoir ce qu’il faut penser de leur régime d’hiver comparé à celui de l’été.
M. Belgrand s'est aussi occupé d’envisager la question à ce point de vue ; à cet effet, il a étudié avec beaucoup de soin la marche des écoulements de la rivière d'Ource, qui doit sa principale alimentation à des sources nombreuses. Nous reproduirons ici en entier son travail, car les divers détails justificatifs dans lesquels il entre ne pourraient supporter l'analyse sans perdre beaucoup de leur intérêt.
« Il était, dit-il, très-intéressant de déterminer l’in- « fluence des bois sur le régime des sources.
« On a vu au commencement de cette notice que « les auteurs qui ont écrit sur celte matière pensent « qu’une plus grande partie des eaux pluviales doit « profiter aux sources dans les terrains boisés.
« Les expériences faites en 1852 sur la rivière » d'Ource font voir ce qu’il y a de fondé dans celte « opinion.
« La forme graphique des crues de cette rivière « prouve quelle est alimentée à peu près uniquement « par des sources.
« Son bassin est en effet très- perméable, et si l’on « fait abstraction de quelques lambeaux d’argile à « bélemnites de la formation du lias, disséminés au « fond des vallées dans la partie supérieure, on n’y « trouve que des calcaires oolithiques très-absor- « bants. D’immenses forêts en occupent au moins les « deux tiers, ou peut-être les trois quarts.
« Les sources qui alimentent la rivière forment « deux groupes très-remarquables. Le premier se
« trouve dans la partie supérieure du bassin, au ni- « veau d’eau déterminé parle contact de l’oolithe in- « férieure et des marnes à bélemniles. Il donne nais- « sanccà une multitude, de ruisseaux tributaires de « l’Ource.
« Le second groupe ne se trouve pas à un niveau « déterminé; il existe au fond delà vallée principale u et d'un vallon secondaire, dans la traversée des k marnes d’Oxford. Les autres vallées secondaires « très-nombreuses qui sillonnent le bassin dans cette « formation restent habituellement sèches.
« Cependant, à la suite des grandes pluies d’hiver, « ainsi que je le dirai plus bas, certaines de ces val- « lées sèches donnent naissance à des sources consi- « dérables, mais éphémères, et qui ne résistent pas « à une longue sécheresse.
« Les deux régions de sources sont séparées par K une étendue de 15 à 20 kilomètres de terrains secs « dans lesquels on ne remarque que quelques sources « correspondant aux marnes de la terre à foulon. « Dans les étés peu pluvieux, les eaux de la rivière « viennent se perdre entièrement dans ces terrains, « de telle sorte qu’il n’est pas rare de trouver son « lit à sec pendant plusieurs mois sur 3 ou 4 kilo— « mètres de longueur.
« Il n’y a, au contraire, jamais absorption com- « plèle de la rivière à l'aval du second groupe des « sources.
« Ces premiers faits font voir déjà quelle différence « considérable il existe entre le régime d’été et le ré- « girae d’hiver des sources du premier groupe, puis-
« que leurs produits, en été, peuvent être absorbés « entièrement par le lit même de la rivière, tandis a qu’en hiver celle-ci conserve toujours un débit très- « abondant.
« En effet, bien que les premiers mois de 1852 « aient été peu pluvieux. l’Ource s’est maintenue à un a niveau constamment élevé en janvier et en février;
« de faibles pluies dans ces deux mois, et en novem- .
« bre et décembre, ont toujours produit une recru- « descence sensible. Il n’en est plus de même en été.
« A la suite des sécheresses extraordinaires de la «fin de février, de mars, d’avril, et du commence- « ment de mai, le niveau de la rivière baisse lente- • « ment, et finit par arriver au plus bas étiage.
« Des pluies très-abondantes, du 25 au 31 mai et « au commencement de juin, ne suffisent pas pour « relever notablement son niveau. Vers le milieu de «juin, il faut six jours de pluie abondante (0ra,036)
« pour produire une crue assez forte.
« Du 27 juin au 17 juillet, nouvelle sécheresse qui « amène une baisse des eaux. Une énorme pluie de «42"œ, 5, tombée le 18, ne produit pas de recru- « descence.
« Il en est de même des pluies de la fin de juillet, «du commencement d'août; du 26 juillet au 13 « août, il tombe 82mm,6 d’eau, sans que le niveau de «la rivière change d'une manière sensible; scule- « ment ces pluies continuelles empêchent ce niveau « de tomber très-bas, comme en avril.
« Enfin, une pluie de 0m,035 , tombée le 18 août, «et suivie de plusieurs jours pluvieux, détermine
« une forte crue, qui, de même que toutes celles «de la même rivière, dure un mois environ. Il n’a « pas fallu moins de 0“,143 de pluie pour pro- «duire cette crue, qui est fort extraordinaire, car « de mémoire d’homme on n’en avait pas vu de sem- « blable dans la saison chaude.
« Dès que le régime d hiver est établi, de très- « faibles pluies produisent des effets considérables. « Ainsi, du 30 octobre au 6 novembre, une série de « petites pluies de 16m",60 relèvent sensiblement le « niveau de la rivière. Des pluies de 3m“,80, 6m*,20, « tombées du 13 au 14, du 16 au 17 du même mois, « amènent des variations de niveau encore plus mar- « quées; enfin, une série de pluies de 31 ““,8, tombée « du 20 au 25 novembre, détermine une forte crue, * plus forte que celle du mois d’août.
« La hauteur totale de pluie tombée du 30 octobre « au 25 novembre est de 58“”, 40, et cette hauteur a « produit une crue plus considérable que les 0a,143 « tombés en août et septembre.
« On doit conclure de là que l’Ource doit avoir des «crues périodiques d’hiver dues au gonflement des « sources, et que les crues d’été doivent y être exces- « sivement rares, ou, en d’autres termes, que les « pluies d’été, malgré la grande étendue des bois du «bassin, ne profitent pour ainsi dire pas aux sour- « ces, tandis que celles d'hiver et de printemps y ar- « rivent en telle abondance, quelles produisent tous « les ans de véritables inondations, et c’est en effet « ce qui a lieu. L’origine de ces crues ne saurait être « douteuse; car si dans les premiers jours la rivière
« roule des eaux un peu troubles, elle ne tarde pas « à devenir complètement limpide. Elles sont donc « dues au gonflement des sources, car les eaux tor- « rentielles sont toujours boueuses.
« Outre les sources pérennes, les terrains oolithi- « ques renferment un grand nombre de sources éphé- « mères qui ne coulent que l'hiver, et souvent même « pendant quelques jours seulement, aux époques « de grandes pluies.
« La disposition de ces régions de sources est fort « remarquable. L’une d elles, située dans la vallée « d’Ource, se compose de quatre sources principales, « dont la plus basse est pérenne ; celle qui vient cn- « suite coule toujours l'hiver, mais tarit souvent « l’été ; la troisième est toujours à sec l’été , et la « quatrième coule à peine dans les hivers très- « pluvieux. Cette partie du bassin d'Ource est très- « boisée.
« On trouve cette disposition de sources dans a presque toutes les formations marneuses des ter- « rains oolithiques, c'est-à-dire que chaque région « de sources se compose d’un petit nombre de « sources pérennes, situées au fond de la vallée, et « d’un beaucoup plus grand nombre de sources éphé- « mères, étagées les unes au-dessus des autres, et « qui tarissent successivement en été. Ce qu’il y a « de singulier, c’est que les sources éphémères, lors- « quelles coulent, sont très-souvent les plus abon- « dantes. La source de la Peutegueule, à Chamoux, « près Vezelay (affluent de l’Yonne), celle de Chama preau, vallée du Serain, qui coulent rarement plus
« de quatre à cinq jours, produisent de véritables » inondations.
« Tous ces faits font comprendre comment le dé- « bit de certaines rivières, comme l'Ource, alimén- « tées uniquement par des sources, peut varier dans « le rapport de 1 à 30, et plus de l’été à l’hiver, et à « peu près périodiquement.
«Les terrains dont il vient d’être question sont « très-boisés; les bois sont donc loin de régulariser « le régime des sources, et, chose singulière, ces « grandes variations de débit n’existent pas dans les '< terrains déboisés ou relativement peu boisés. »
Nous aurons à ajouter nous-même quelques observations à celles de M. Bclgrand; mais comme elles sont une conséquence des principes que nous allons développer au sujet de la troisième question, leur exposition actuelle nuiraitè la liaison des idées; elles se présenteront naturellement dans le cours de la discussion ; occupons-nous donc maintenant de l’influence des forêts sur le phénomène des inondations. ■
Les déboisements diminuent plutôt qu'ils n’augmeutent l'intensité des inondations.
Si, lorsqu'on considère les effets de la pluie dans le cours de l’année entière, il est nécessaire de tenir compte, pour la supputation des résultats produits, de la puissance plus ou moins grande de l évaporalion, lorsqu'au contraire on se borne «\ étudier les effets des pluies d’orage, on peut négliger cette cause dg perte, car elle est à peu près nulle : d’abord,
parce que la durée de ces pluies est fort courte; en second lieu, parce que- le fait môme de la chute de la pluie est un indice que les actions évaporatrices doivent produire dans ce moment leurs résultats mini ma.
Si donc, à ces époques, les écoulements de surface ne représentent pas la totalité de la pluie versée, il est impossible d'attribuer la différence à une cause autre que celle de l'infiltration à travers les terres.
Nous n'ignorons pas que quelques ingénieurs ne calculent pas ainsi, et nous pourrions en citer qui, dans leurs appréciations, ont fait une part excessivement large à l'évaporation en temps d orage, môme dans les mois les plus froids de l'hiver. On est allé jusqu à en porter la valeur, pour une seule pluie, à une tranche de liquide de 0‘“,033 de hauteur. C'est là une évidente exagération dont un peu de réflexion aurait fait justice, et qu'il faut mettre sur le compte de cette croyance très-générale, contre laquelle nous n'avons pas manqué de protester, et qui a fait, pendant longtemps, attribuer à l'évaporation toute la différence qu on observe entre le débit de la pluie et celui de l'écoulement de surface.
Ce n'est pas ainsi qu'ont agi les ingénieurs, malheureusement en très-petit nombre, qui ont cherché à se rendre compte de la véritable marche des phénomènes. Nous pouvons nous appuyer à ce sujet sur une autorité qui ne sera méconnue par personne, celle de Prony. Dans son projet de dessèchement des marais Pontins, ce célèbre ingénieur attribue une grande valeur à l’absorption ; pour les marais d'Arles,
cetie valeur est plus grande encore; mais, dans aucun cas, il n’a cru devoir faire intervenir dans ses calculs la valeur de l’évaporation, au moment même de la chute de la pluie.
Au reste, dans la question spéciale dont nous nous occupons ici, avoir égard àl'évaporalion, ce serait agir en faveur de la thèse que nous cherchons à démontrer, puisque, de l’aveu de tout le monde, l’évaporation est moins active sur les terrains boisés que sur les terrains cultivés, et que par conséquent les écoulements de surface auront plus d'intensité sur les premiers que sur les seconds.
Mais, dans notre opinion, les différences résultant de cet ordre de considérations sont d une importance très-secondaire, et nous ne chercherons pas à nous en prévaloir.
Cela posé, comparons, au point de vue de l’absorption, le sol des forêts et celui des terres cultivées^
Dans les premières, nous trouvons Un sol battu, ferme, toujours humide; dans les secondes, une surface remplie d’aspérités, dans un grand état de division, souvent caractérisée par une grande sécheresse.
Dans les premières, la mousse, les herbes croissent à volonté, les lits de feuilles desséchées s’entassent chaque année les uns sur les autres et bouchent tous les interstices; les racines des arbres elles-mêmes pénètrent dans les fissures des rochers et les obstruent.
Dans les secondes, des sarclages fréquents enlèvent
avec soin les herbes parasites, divisent incessamment le sol et le mettent à découvert.
Dans les premières, les pentes plus ou moins inclinées présentent une surface dont l’uni n’est interrompu que par quelques reliefs naturels du terrain, qui peuvent arrêter momentanément les eaux, mais ne les gardent pas, et on n’y rencontre d’autres plis que ceux qui ont été créés par les écoulements naturels.
Dans les secondes, le sillonnage artificiel multiplie à l’infini les plis du terrain et donne à l’eau plus de temps et de facilités pour arriver dans le sous-sol.
Or, nous le demandons, dans quel cas l’écoulement superficiel sera-t-il le plus abondant?
Sera-ce sur un terrain ferme et battu, ou sur un terrain très-divisé?
Sera-ce sur un sol déjà humide ou sur celui qui est plus sec?
Sur celui qui est recouvert d’une véritable toiture d’herbes et de feuilles sèches et dont les fentes rocheuses sont envahies par les racines des arbres, ou celui qui montre à nu toute sa porosité, toutes ses fissures naturelles?
Sur celui qui n’a d’autres lignes d’écoulement que les ravins naturels, toujours dirigés suivant les lignes de plus grande pente, ou sur celui dans lequel le laboureur s’applique à détruire avec la charrue les effets des pentes naturelles, en creusant des sillons presque toujours rapprochés de l’horizontale?
La réponse à ces questions ne saurait être douteuse, et, quoi qu’on ait pu dire de la faculté qu’ont
les forêts de conserver l’eau, il doit être évident pour tous qu’au moment des orages, ce sont elles qui donnent naissance aux écoulements les plus abondants.
Sans doute, les forêts gardent l'eau, puisqu’elles sont toujours humides, mais ce nest pas de leau renouvelée qu elles gardent ainsi, c'est la même eau qui y séjourne longtemps. Acet égard, nous ne pourrions que répéter ici tout ce que nous avons déjà dit au sujet du drainage. Voilà pourquoi leur sol, déjà saturé, est impropre à conserver une partie importante des nouvelles masses versées par les orages; voilà pourquoi l'absorption y est presque nulle; voilà enfin pourquoi les écoulements superficiels y sont plus abondants que partout ailleurs. Si l'on ajoute à ces circonstances celle d’un plus facile et plus prompt écoulement par les lignes de plus grande pente, on n'aura aucune peine à comprendre que, toutes choses égales d’ailleurs, et contrairement aux idées reçues, les forêts sont beaucoup plus dangereuses pour les inondations que les terrains cultivés.
Il n'est pas inutile de donner ici quelques exemples de la grande rapidité avec laquelle s’accumulent les eaux d’orage dans les bassins entièrement boisés; nous les empruntons aux travaux de M. Belgrand.
« Le 2& juillet 1851, une pluie de 0m,020 fut « donnée par un orage violent, tombé de trois à « quatre heures du soir. Dès que la tempête fut cal- « mée, je fis constater l'état du ruisseau de la Gre- « netière. Avant l’orage, le débit était de 9 litres;
« entre quatre et six heures, il s’éleva au maximum « de 97 litres; à six heures, il était tombé à 3i. ».
Voici encore un autre exemple qui forme un épisode de la fameuse inondation d'octobre 1840.
« Le samedi 17, à onze heures du matin, dit « M. Belgrand, je visitais les travaux des deux ponts « que je fais construire à Arcy. La crue s'élevait à « peine à 0m,30 ou 0m40 au-dessus de l’étiage. La « crue lia commencé à se faire sentir qu'à l'entrée « de la nuit. A huit heures du soir, elle s'élevait si « rapidement, que les ouvriers qui travaillaient aux « épuisements de l'un des ponts étaient forcés de « quitter précipitamment les travaux, laissant sur « place les pompes et autres agrès. Un instant après,
« le conducteur des travaux, pour sauver les registres « d’attachement et autres objets déposés dans une « baraque au bord de l’eau, était obligé de faire tra- « verser à la nage par un ouvrier les prairîes.cou- « vertes d’eau. Le lendemain, à huit heures du « malin, l’eau s'élevait contre les piles à 3m,50 au- « dessus de l’éliagc, et, le lundi 19, la rivière était « rentrée dans son lit. Ainsi la crue a duré à peine « quarante heures. Or, si l’on se reporte aux chiffres « qui donnent les hauteurs d cau tombée nous Tes « avons fait connaître, ainsi que les dates, pages « 78 et 79), on verra que la pluie a régné avec une « grande intensité depuis le 15 jusqu’au samedi 17, «c'est-à-dire pendant trente-six heures; par conte séquent, la crue n’a guère mis plus de temps à « s’écouler que la pluie à tomber. Les nombreuses
« forêts qui couvrent les versants de la rivière n ont
• * 4(i6 ÉTUDES SCR LES INONDATIONS.
« donc pas prolongé l’écôulëftiérit dè la érué et; par « coris*' fanent, ri’ont pu en diminuer la hdtiteur. »
De tels faits, (pii Tiennent ainsi donner iule éclatante confirmation dh* appréciations théoriques,
• nous Semblent très-propres à dissiper les doutes et il montrer oti l’on doit enfin chercher la vérité.
- Bfous ri insistons pas ici sur une Objection assez souvent invoquée, et qui est plus propre à séduire
- , le vulgaire qu’à satisfaire les esprits positifs. On a
dit que les forêts laissaient couler moins d’eau que les outres terrains, parce que leurs feuilles en retenaient Une notable quantité; comme si la surface lisse, nnie ét mobile de ces feuilles pouvait être tomparêe à cet égard à la porosité naturelle des terres végétales. Au reste, si l’on veut savoir ce qu’on doit penser de la quantité d Oau ainsi retenue, qu on prenne une feuille de papier ordinaire, ni trop mince, ni trop épaisse; qti ori la pèse à l état sec, qu on , la plonge ensuite! eit critier dans 1 eau, et qu ori la . pèse de nodveau à l étal humide, ou connaîtra ainsi
- la quantité d eau qh elle aura absorbée. Or, cette eau nè représentera pas, pour la surface entièie de la feuille, une tranché de plus de 1/10 de millimètre de hauteur. L’eau ainsi retenue est donc tout à fait insignifiante, comparai! Vefhcnf aux volumes fournis par les pluies et surtout par celles d orage.
C’est ici le lieu de revehir sur certains faits relatifs aux variations de régime de quelques lacs d Amérique, et que ttbus avons promis de reprendre avec plus de détail. Notis empruntons à M. Becquerel le réeit de ce qui s’est pdssé.
' . INFLUENCE DES FOllÊTS. 1 i 61
« Il existe plusieurs lacs sur les plateaux de la «Nouvelle-Grenade, à une hauteut- de 2,000 à « 3,000 mètres, où la température, toute l'année, est « de 14 à 16 degrés; les habitants du village dë Du-
* bâté, situé près des deux lacs qui étaient réunis il
* V a Une soixantaine d années, ont été témoins de « l'abaissement graduel des eaux; de telle sorte que
* les terrains qui se trouvaient sous les eaux, 11 y a « trente ans, sont aujourd'hui livrés à la culture.
t< M. Boussingault s’est assuré que ce Changement « est dû à la disparition de nombreuses forêts qui « ont été abattues. »
Ne résulte-t-il pas évidemment de là que les forêts, loin de disperser les eaux à la surface de la terre, tendent.au contraire, à les accumuler et à augmenter l’intensité des écoulements superficiels, et que les terrains cultivés produisent un effet contraire?
Citons un second fait, plus remarquable ëncüre qùe le premier :
« La vallée d’Ar.igua, province de Venezuela, si- « tuée à peu de distance de la côte, joint à un climat « très-favorable un sol d’une grande fertilité. Elle « est bornée au nord par la chaîne du littoral, au « sud par des montagnes, à l’est et à l’ouest par dès r collines qui la ferment de toutes parts îles rivières « qui y coulent n’ont donc point d’issuë vers l’Océan. <t En Së réunissant, elles donnent naissance au lacdë « Tacarigufi ou de Valenciana, qui, à l’époque Où le « Vit M. dëttuniboldt, au commencement de ce siècle, << éprouvaitdepuis une trentaine d’années un dëàSé-* « chement graduel, dont on ignorait la cauSe.
t Oviedo, historien de la province de Venezuela « dans le dix-huitième siècle, rapporte que la ville « de Nueva-Valencia fut fondéeen 1155, à une demi- « lieue du lac de Tacnrigna. Cette ville, suivant M. de « Humboldt, qui visita cette contrée en 1800, en était « éloignée de 2,700 toises, preuve du retrait des eaux, « qu'attestent du reste un grand nombre de faits. Il « attribua la diminution des eaux aux nombreux « défrichements qui avaient été faits dans la vallée. « En 1822, M. Boussingault apprit des habitants que « les eaux du lac avaient éprouvé une hausse très- « sensible; des terres jadis cultivées étaient alors v sous les eaux. Dans l’espace de vingt-deux ans, « la vallée avait été le théâtre de luttes sanglantes « durant la guerre de l'Indépendance ; la population « avait été décimée; les terres étaient restées in- « cultes; et les forêts, qui croissent avec une si pro- « digieuse rapidité sous les tropiques, avaient fini a par occuper une grande partie du pays. On voit « par là l’influence qu’exerce le boisage sur la quan- « tité d’eau qui coule ou qui séjourne dans un « pays. »
Ce double fait de la diminution d’abord, de la recrudescence ensuite des eaux du lac, coïncidant, le premier avec la disparition des forêts, le second avec le reboisement du pays, ne saurait laisser aucun doute sur la grande influence des arbres pour provoquer les amoncellements des masses liquides , comparativement à celle des terres cultivées pour activer leur dispersion ; il nous parait être une confirmation des plus remarquables, portant avec elle
son analyse et sa synthèse, des opinions que nous venons démettre et des considérations théoriques sur lesquelles nous nous sommes appuyé.
A la suite de cesexemples, M. Becquerel sedemande si la diminution des eaux provient d'une moindre quantité de pluie tombée ou d'une plus grande évaporation ? Les discussions précédentes nous permettent de répondre pertinemment à celte question. Non, pouvons-nous dire, la diminution des eaux ne provient pas d’une moindre quantité de pluie tombée, puisque nous avons prouvé que le déboisement augmente, au contraire, cette quantité; il faut l’attribuer en partie à la plus grande évaporation qui a lieu sur les terrains mis en culture, en partie surtout à la plus grande facilité d’absorption que prend le sol après le déboisement. Il y a donc dans ce cas deux puissances opposées, qui agissent l’une contre l’autre; d'une part, l'augmentation annuelle de l’eau qui tombe sur le sol; de l’autre, la double diminution du liquide de la surface, dont une quantité plus grande que par le passé rentre dans l’atmosphère, et dont une quantité plus grande encore se perd dans le sous-sol. Or, dans cette lutte, les pertes l'emportent sur le gain, et les mesures udomélriques prises par M. Boussingault dans les montagnes métallifères de Marmato, à l'occasion d’une diminution bien constatée du volume des eaux courantes dans la contrée, sont la double preuve de l’un et de l’autre des deux principes que nous avons essayé d'établir dans cette partie de notre écrit.
Il n’est pas douteux pour nous, que plus on s’ap-
pliquera à réfléchir sur ces matières, et plus 00 tôt connaîtra que les faits nombreux qui s'y rattachent, sainement interprétés, viennent confirmer notre manière do comprendre la marche de cet ordre de phénomènes. Depuis que notre travail est terminé, nous avons pu recueillir de nouvelles preuves de l'influence très-directe que les progrès de la culture exercent pour diminuer, au profit de l'absorption, le volume des eaux superficielles. Nous n'en reproduirons pas ici la nomenclature, mais nous ne saurions passer sous silence les faits très-caractéristiques qu& cite à ce sujet M. l’ingénieur en chef de SaintHQaire dans sa description dn bassin (de l'Eure1 ;
« Dans teintes les vallées, dit-il, môme les moins « étendues, le fond est creusé par un ravin qui, au- « trcfojs, se remplissait assez fréquemment d'eau* « torrentielles ; depuis une douzaine d'années, il f? néq est plus de m^me, leur lit est presque toujours •< à sec; ce changement remarquable a pour capgp <1 certaine, et généralement reconnue dans le pays, j< les progrès de }’a gri culture, dont il pourrait à un n -certain pqinl donner ta mesure. Les jachères orpl k été supprimées; les laboprs devenant fréquents, j» ef prenant plus d extension, ont rendu le sol plus « perméable ; les cultivateurs, tirant meilleur parti »f de la terre, ont mieux apprécié sa valeur et veillé « avec plus de soin à sa conservation ; au moyen de u fossés, de plantations, d'endiguements bien plaît eés, le cours des euux pluviales a élc barré partout
' Annales des non/ s et chaussées, année 1857, !" semestre,
' 7'INFf.ÜESep DES FORÊTS. - ’• 47 J '
« où elles se réunissaient avec abondance, afin de « prévenir les érosions, de provoquer des coliïia- » tages fertilisants, et de faire disparaître peu è peu « les inégalités de la surface qui rendaient la culture « plus difficile; les eaux, ainsi arrêtées dans leur <r cours, ont pu s'infiltrer en grande partie dans un « sol ou un sous-sol perméables, et disparaître avant f d’arriver aux ravins.
« Ces améliorations agricoles, dans un pays où « les terres labourables occupent G1/10Q de l'éten- - « due du sol, ont donc atténué le volume des « eaux superficielles au profit des paux «d'infillra- « tion; elles ont rendu moins fréquentes et moins « redoutables à l'avenir Jes crues des rivières, qui « doivent être attribuées, dans lp bassin de l’Eure,
« plutôt à une excessive abondance d eaux super- « ficielles qu’au débit des sources, à peu près inva- « riables en tout temps. »
Ces détails ont un grand intérêt; Us sont, on peut le dire, la traduction expérimentale des principes cidessus exposés; ils corroborent pratiquement, avec une remarquable exactitude, les considérations théoriques que nous avons développées dans le but de prouver l’efficacité des progrès de la culture pour diminuer, dans une proportion notable, le volume des écoulements à la surface du sol.
Quant aux effets du déboisement sur les sources, il sera maintenant facile de s’en rendre compte.
Il est d’abord essentiel d’établir deux catégories do sources, les unes que j’appellerai superficielles, les autres profondes.
Les premières viennent déboucher sur des points de la surface très-voisins des couches mômes dans lesquelles se rassemblent les eaux qui les produisent; les secondes, au contraire, sont placées à des niveaux très-bas par rapport à ces couches, et les eaux, pour arriver à leur débouché, traversent quelquefois de longues étendues dans le sous-sol.
Les premières, généralement faibles, peuvent indistinctement appartenir à tous les terrains absorbants ou non ; mais les secondes, quelquefois trèspuissantes, appartiennent essentiellement et presque exclusivement aux terrains perméables.
Or, il est incontestable que l'humidité permanente du sol des forêts est favorable aux premières et doit entretenir dans leur faible débit un régime assez régulier. Il est donc très-probable que le déboisement qui fait passer la terre par des alternatives d'humidité et de sécheresse altérerait le régime de ces sources; que celles-ci seraient plus abondantes dans les temps pluvieux, quelles diminueraient en été et pourraient même être à sec plusieurs mois del'année.
C'est ainsi qu’on peut expliquer la disparition de certaines sources observée après des déboisements.
Quant aux secondes, qui sont alimentées par l’absorption très-abondante qui s’opère à travers les terrains perméables, il n’en saurait être ainsi. Il résulte en effet des détails que nous avons donnés sur la manière différente dont se comportent, au point de vue de l'absorption, les terrains boisés et ceux qui sont cultivés, que dans les premiers cette faculté est
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en grande partie détruite, tandis que dans les seconds elle est amplifiée. Déboiser les terrains perméables, c'est donc leur restituer la facilité de transmission des eaux que la végétation forestière, soit par le développement des racines, soit parla chute des feuilles, soit par la compacité du sol, leur avait fait perdre, et c’est contribuer par conséquent à une plus abondante alimentation des sources profondes. Aussi estil à remarquer que les plus abondantes d'entre toutes, surtout en temps d’étiage, sont placées au pied des vastes plateuux calcaires presque complètement dénudés. Bornons-nous à citer celles de Cahors et de • Louyssc dans le département du Lot, et la fameuse fontaine de Vaucluse, dont nous avons longuement parlé, pages 57 et suivantes.
Terminons ees éludes sur la question du reboisement par l’examen d’une objection que nous avons souvent entendu reproduire et qui, loin d'infirmor nos précédentes conclusions, va nous conduire sur un terrain où nous trouverons un nouvel appui pour la confirmation de nos idées.
On a fait observer avec raison que, de tous nos * grands bassins, celui de la Seine est i ncontcstablement le plus boisé, il l’emporte Ù cet égard sur celui du Rhône, de la Loire, de la Garonne. Or, les volumes d’eau fournis par les crues de la Seine, comparativement à ceux d’étiage, sont très-notablement moindres que ceux des autres rivières; ces volumes d’eau sont également moindres dans leur valeur absolue ; ainsi, les plus forts débits de la Seine ne paraissent pas pouvoir s’élever à plus de 3,000 à 4,000 mètres
cubes, tandis que ceux de la Loire atteignent 40,000, et que ceux de la Garonne dépassent ce nombre.
De ces divers faits on a conclu que les terrains boisés introduisent plus de régularité entre les régimes d'hiver et d'été des rivières, et qu’en outre ils diminuent l'intensité des inondations.
Sans doute, si les bassins qu’on compare étaient géologiquement de môme nature , si les terrains avaient des étendues, des pentes, des facultés absorbantes égales, s’ils recevaient tous de la pluie les mêmes quantités d’eau, l'objection serait fondée, et il en faudrait accepter les conséquences ; mais on oublie, en raisonnant ainsi, que ces divers éléments, loin d'être les mômes partout, sont au contraire partout différents, et que dès lors toute comparaison devient impossible.
Lorsqu’on veut procéder à des études semblables, il faut, comme l a dit M. Belgrand dans les recherches que nous avons citées, que les conditions essentielles soient autant que possible identiques dans les deux cas, qu’il y ait surtout égalité dans les degrés de perméabilité; il ne faut pas raisonner sur des débits absolus, mais sup des débits rapportés à une môme mesure superficielle. Il faut enfin comparer ces débits à ceux de la pluie qui leur a donné naissance ; alors les résultats deviennent concluants et donnent les moyens de fixer les idées sur la véritable influence exercée par les forêts.
On voit donc que l'objection, telle quelle est posée, reste sans valeur, et que les comparaisons qu’on
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cherche ù établir pu suivant cct ordre d'idées ne sont pas aussi simples qu'on pourrait Je penser.
5Jais si nous avions trois ou quatre bassins de la Seine topographiquement et géologiquement identiques, tous taillés sur le même patron, qu’on mç passe le mot, recevant tous les mêmes influences de la part des agents extérieurs, et variant seulement entre eux par des proportions différentes de terrains boisés et de terrains déboisés, certes alors il serait facile d'être parfaitement fixé sur la question qui nous occupe. ." . * .■
Or, ces bassins, si remarquablement semblables les uns aux autres, nous les avons ; ce sont ceux de la Seine dans les dix^septième, dix-huitième et dix7 neuvième siècles. Tout y est égal dans chaque cas, si ce n'est l’étendue des forêts, qui a été sans cesse en diminuant. De sorte que si nous possédions des renseignements précis, des mesures exactes sur les plus fortes inondations survenues à ces époques, on pourrait facilement contrôler par l’expérience l'exactitude de nos appréciations théoriques.
Des observations de celte nature ont eu lieu e» effet; elles nous permettent de remonter jusqu'en 1G15, époque assez voisine de celle où l’industrie a commencé à se développer en France, et où, par conséquent, le déboisement a dùêtre pratiqué sur une
plus grande échelle. . , •
Nous avons ainsi à notre disposition un inter-r ’v' valle de cinq demi-siècles. Dans un mémoire publié en 1814, 1 ingénieur Egault a recueilli les remarques ; de ses prédécesseurs, les a discutées ,et est parvenu
à coordonner entre eux les niveaux de la plupart des grandes inondations signalées.
Nous réunissons les résultats qu’il a obtenus avec ceux qui ont été indiqués et mesurés depuis lui, et nous consignons le tout dans le tableau suivant :