‹ Études sur les inondationsChapitre 73 sur 81 · UTILITÉ DE LA TÉLÉGRAPHIE · texte numérisé non relu

UTILITÉ DE LA TÉLÉGRAPHIE

Utilité de la télégraphie électrique pour la complète efficacité des solutions proposées.

On ne saurait douter que les diverses dispositions que nous avons énumérées dans cet écrit, quelque efficaces quelles puissent paraître , n’auraient été probablement ni proposées, ni môme conçues il y a une vingtaine d'années. Il aurait fallu, pour en tirer profit, trouver le moyen de mettre une seule intelligence en rapport instantané avec un nombreux personnel disséminé su r des centaines de lieues ; il aurait fallu qu’elle pût recevoir les avis de ce personnel et lui transmettre ses ordres; quelle pût combiner les dispositions prises ou à prendre à l’aval des fleuves, avec les intensités des effets signalés à l’amont; en un mot, qu’à un moment donné, elle pût tout savoir, afin de pouvoir tout diriger. Or, non-seulement ce problème dont l’énoncé n’aurait soulevé que des incrédulités, et qui, môme aujourd’hui qu’il n’est plus un mystère pour nous, conserve toujours à un haut degré le prestige d’un grand étonnement, non-seulement, disons-nous, çe problème a reçu une solution inattendue, mais encore ses procédés pratiques rapidement vulgarisés dans le public, après avoir jeté sur l’Europe leur admirable réseau, franchissent les mers, et préparent pour un prochain avenir la communication intellectuelle de tous les peuples.

Subtile et rapide comme la pensée, l’électricité s’est chargée de la transmettre à toutes les distances, et en nous donnant la connaissance instantanée des faits actuels concomitants, elle nous permet de nous

mettre en garde contre leurs prochaines et fâcheuses conséquences.

Il est donc devenu aujourd’hui possible qu’un seul homme, dans le silehce et l’isolement de son cabinet, à de grandes distancés des localités où les événements se passent, suive dans son entier développement le cours d'un fleuve, connaisse toutes les phases de ses écoulements, les retarde ou les précipite à son gré, dirige et maîtrise le cours des eaux. Dans œs conditions, les ouvragés à exécuter acquièrent Un haut degré d’efficacité ; et s’il est permis de comprendre qu’avant la découverte de la transmission des dé^ péchés par voie électrique, la pensée de l’homme ait hésité il entreprendre des travaux dont les manœuvres et l’utilisation ultérieure paraissaient douteuses, on aurait aujourd’hui quelque peine à s’expliquer qu’on négligeât plus longtemps de s’occuper des moyens, lorsque le büt et la fin sont si facilement réalisables.

IIÊSIJMÉ.

Nous voici parvenu au terme de cette importante étude qui a pour objet l'aménagement général des eaux courantes à la surface de notre territoire; nous avons passé en revue tous les faits qui s’y rattachent; nous avons soumis au creuset de la discussion toutes les idées qui se sont produites au sujet des inondations; nous avons analysé tous les systèmes qui ont été proposés pour conjurer les désastres qu’engendrent les crues. En procédant à ces longues, laborieuses , mais utiles recherches , nous avons vu se développer une suite de considérations qui nous paraissent avoir un puissant intérêt pour l'humanité; qu il nous soit permis de les rappeler en quelques mots.

Après la submersion des continents, Dieu a fait alliance avec l’homme, et lui a donné la promesse que les torrents du ciel ne se déverseraient plus sur la terre, qu un nouvel et sage équilibre réglerait désormais le cours des eaux. Or, le lecteur a pu se convaincre combien sont belles et fécondes les harmonies qui résultent du développement des phénomènes naturels ; il a pu apprécier tout ce qu'il y a d admirable dans cette liaison qui existe entre l’eau qui tombe, celle qui court à la surface, qui humecte

le sol, et qui rentre dans l'atmosphère ; il a pu comprendre combien sont utiles les crues qui assurent la libre communication des terres avecl’Océan, qui apportent avec elles des engrais et de puissants moteurs, qui arroseront les récoltes de nos champs, et donneront une nouvelle activité au mouvement commercial de nos fleuves; il a pu enfin, secouant d'anciens préjugés, reconnaître que la destruction des forêts, retraites obligées des peuples barbares qui ne trouvent leur subsistance que dans la chasse, que leur remplacement par les cultures perfectionnées des nations civilisées concourent l une et l’autre à ce double but d'augmenter la production de la terre et de diminuer le ravage des eaux. Tendance providentielle, trop méconnue jusqu'à ce jour, à laquelle l'humanité a machinalement obéi, sans avoir conscience du mobile qui la dirigeait, et sur laquelle nous ne saurions assez méditer! Dieu n'a donc pas failli à sa parole, c'est maintenant à l’homme à ne pas faillir àsa tâche.

a Ce qui est arrivé après la grande inondation o de 1846 doit nous servir de leçon : on a beaucoup « parlé aux Chambres, on a fait des rapports très-lu- « milieux, mais aucun système n’a été adopté, aucune « impulsion nettement définie n’a été donnée, et l'on « s est borné à faire des travaux partiels qui, au dire « de tous les hommes de science, n’ont servi, à cause « de leur défaut d’ensemble, qu à rendre les effets « du dernier fléau plus désastreux »

1 Lettre de S. M. l'Empereur Napoléon III à M. le ministre des travaux publics.

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