‹ Études sur les inondationsChapitre 9 sur 81 · ÉTUDES · texte numérisé non relu

ÉTUDES

8ÜR

Qtk ySÊt'-Y.-

Bien dit à Noé :

« l.orsuue le fiel »er.i couve rl de nuages « et que (a pluie tombera sur la terre, je « verrai mon are dans les nues et je me « souviendrai de l’alliance perpétuelle qui « est entre moi et l'homme. «

Nécessité de procéder à une étnde trés-approfondie des données de la question.

Ce n est le plus souvent que parce que nous ne cherchons pas à nous bien pénétrer de tout ce que renferment les données d’une question, que nous nous trouvons placés dans la fâcheuse alternative ou de ne pouvoir la résoudre, ou de ne lui appliquer que de mauvaises solutions.

L’intéressant problème qui consiste à mettre les terres, les maisons, les richesses commerciales et industrielles, la vie des hommes à l’abri des funestes effets des inondations, n’échappe pas à cette grande vérité. On sera bientôt convaincu, nous l’espérons, que si on s’était sérieusement occupé de rechercher ce qu’est une crue, tout ce qu’il y a dans les crues soit en bien, soit en mal, on aurait été naturellement conduit, sans aucun effort et avec une grande précision, A la détermination fort simple des meilleurs moyens à mettre en œuvre pour utiliser ce qu’elles

ont de bôn, comme pour oombattre ce quelles ont de mauvais.

Mais, parce qu'on ne s’est pas suffisamment appliqué à étudier la marche des écoulements d'eau consécutifs delà chute delà pluie, parce qu’on a négligé de se demander si, à côté des désastres produits par l'accumulation des masses liquides, la nature n’avait pas placé de larges et belles compensations dont il était possible à l'homme de profiter, nous avons fort incomplètement connu les lois suivant lesquelles se produisent les épanchements des eaux de nos fleuves à la surface de la terre, et, en çe qui concerne plus particulièrement les crues, nous n'avons guère vu que leur violence, nous avons ignoré les nombreux avantages qu'avec un peu de travail elles peuvent procurer à la société.

Appelé par divers incidents de notre carrière à faire de nombreuses études de dessèchements et d’irrigations, à exécuter d’importants travaux hydrauliques sur deux rivières torrentielles dans le midi de la France, nos idées se sont souvent arrêtées sur les Considérations diverses qui se rattachent à la distribution et au régime général des eaux sur le globe. Il est résulté de ce travail incessant de la pensée un ensemble d observations spéciales, d'appréciations théoriques et expérimentales que nous avons plus tard réunies en corps de doctrine, et dont l’exposé nous paraît devoir précéder toute discussion qu’on voudrait sérieusement entreprendre sur le système de travaux à exécuter le long de nos fleuves.

Cornent pourrions-nous, en effet, avoir la préten-

tion d’arrêter efficacement les écarts que présente le phénomène de la pluie, si les lois qui régissent ce phénomène ne sont pas de notre part l’objet d'une étude suffisamment développée? Comment pourrions-nous avoir la conviction que les travaux que nous serions disposés à entreprendre pour conduire les eaux, faciliter leur cours ou le combattre, produiront des effets réellement utiles, si les causes premières des écoulements, de leur abondance comme de leur pénurie, de leur régularité comme de leurs caprices, nous sont en partie cachées? L’expérience s’est malheureusement chargée de répondre à ces questions, et nous ne dironsrien que de vrai en constatant ici que si les travaux entrepris jusqu’à ce jour pour conjurer les effets des crues ne sont pas essentiellement défectueux, ils sont tout au moins inefficaces. Les effrayants désastres dont sont aujourd’hui vietimes toutes nos vallées ne laissent aucun doute à cet égard.

Si donc nous voulons être en mesure d’apprécier avec exactitude les résultats que nous devons attendre de telle ou telle autre nature d’ouvrages, si nous voulons être fixés sur ce qu’il peut y avoir d’acceptable ou de dangereux dans les propositions si diverses, si nombreuses, mais, il faut le dire, si peu étudiées, que les inspirations du bien public ou celles de l’amour-propre individuel enfantent et propagent chaque jour, ce il’est qu’à la condition d’avoir préalablement procédé à une étude spéciale du phénomène de la pluie, de l’avoir analysé dans ses causes premières et dans ses conséquences pro-

chai rtes ou éloignées, d’avoir ainsi posé, dès le point de départ et sur la direction que nous devons suivre, des jalons sûrs, des repères invariables vers lesquels se reportera incessamment notre pensée lorsqu elle sentira le besoin d’éclairer les incertitudes de la discussion.

Ordre d’idées suivant lequel le problème des inondations nous parait devoir être résolu.

Nous avons la confiance qu’en suivant cette marche, qu’en procédant à un examen consciencieux des divers faits qui précèdent, accompagnent et suivent le phénomène que nous voulons étudier, nous Userons parvenu à dégager la question des inondations de tout ce qu elle renferme encore d incertain; nous aurons fait justice, non-seulement des préjugés du public, mais encore, il faut le dire, des préventions de certains hommes éclairés; nous aurons apporté enfin quelques lumières sur un sujet qui intéresse à un si haut degré la société, et dont les solutions actuelles sont sinon radicalement vicieuses, du moins incomplètes à certains points de vue, : et peut-être exagérées sous d'autres rapports. Peut- . être le lecteur trouvera-t-il que nous avons fait plus encore; car le programme que nous nous sommes proposé ne se borne pas seulement à l’élude scientifique du phénomène et de ses causes, à la recherche des moyens propres à le combattre et à le maîtriser; nous avons voulu aller plus loin, nous avons essayé de savoir s’il n’est pas possible de tirer profit de ces crises, aujourd'hui si terribles, pour améliorer nos

terrains, nos usines et nos fleuves. Programme doublement avantageux au pays, parce que non-seulement il pose la question des inondations dans ce quelle a de plus étendu, de plus complexe, de plus universel, mais qu’encore il élargit le champ de ses conséquences utiles, puisque la condition à remplir est double : détruire le mal et lui substituer le bien.

Or, nous avons d'autant plus l’espoir d’avoir approché du but, que notre travail confirme dans toute < leur étendue les prévisions de ce programme : c’est-àdire que l’étude raisonnée du phénomène et de ses causes conduit, non-seulement à la découverte des mesures à prendre contre ses dangers, mais encore à celle des procédés à mettre en œuvre pour tirer profit de ses bénéfices; conséquence remarquable à un haut degré, qui a été pressentie par quelques-uns , mais qui est généralement inconnue du public et dont beaucoup d’esprits éclairés, à en juger par le système de travaux poursuivis jusqu'à ce jour, nont certainement pas eu conscience. -

En procédant à cet ensemble de recherches, nous ne sommes pas tellement resté dans le champ des généralités que nous n’ayons suffisamment indiqué ce qui devrait être pratiqué pour chaque fleuve d'après les diverses circonstances hydrauliques, topographiques, agricoles, qui lui sont propres; de sorte qu’en consultant notre travail, on pourra pré- . parer sans peine, nous l’espérons, le programme spécial des opérations à entreprendre pour chaque cas particulier. Il nous a paru que ce n’est pas au delà de ces limites que nous devions étendre nos re-

cherches sur tout ce qui concerne les applications spéciales de notre système au bassin d’un fleuve quel qu'il soit. Pour faire plus, il faudrait procéder aux études complètes de ce fleuve depuis sa source jusqu’à la mer et à celles de tous ses affluents, c'està-dire embrasser une étendue considérable de la surface de notre territoire et scruter les détails de l’hydrologie, de la topographie, de la géologie, de l’état agricole de toutes les vallées situées dans celte étendue.

Un tel développement d’études exigerait un personnel nombreux, un temps considérable et une liberté d’action ou une spécialisation de fonctions administratives que les circonstances ne mettent pas à notre disposition. Procéder ainsi, ce ne serait pas seulement indiquer l'ensemble des mesures à prendre pour un fleuve, suivant les généralités de son régime, ce serait établir un projet de détail dans lequel chaque circonstance particulière serait prise en considération, analysée et pesée; or, c’est ce qu'on sera toujours à temps d'exécuter après coup.

L’essentiel, aujourd hui, etnous pensons que tel est lebut principal qu’on doit se proposer, c’est de faire disparaître les incertitudes qui régnent sur la question ; c'est de définir un système de travaux soit de défense, soit d'aménagement des eaux; de démontrer son utilité pour combattre le mal et réaliser le .bien ; d’indiquer les variétés dont il est susceptible, suivant les principaux cas dans lesquels peuvent se trouver les vallées; c’est, en un mot, d’établir les bases essentielles des opérations, de faire connaître les principes

généraux qui devront servir de fil conducteur au travail de réalisation. Cela une fois fait, l'œuvre des ingénieurs, éclairée par celle discussion, dirigée, quant aux vues d'ensemble, par d'utiles préceptes, procédera aux études de détail, spécialisera l'emplacement des travaux, tracera sur le terrain les directions à suivre, calculera les métrés, évaluera les dépenses, appliquera en un mot à chaque contrée les règles dont la théorie aura consacré l'exactitude et l'utilité.

Après ces explications qui nous ont paru nécessaires pour donner une idée de notre plan et en justifier les dispositions, procédons à l’exposé de nos recherches.

Page 1