DE LA FOLIE HÉRÉDITAIRE
à faire de la transmission héréditaire une cause efficiente et formelle, agissant sur l’organisme à la manière d’un germe morbide ou d’un poison.
Qu’un germe soit transmissible, tout le monde l’admet, il est moins aisé de concevoir que la transmission elle-même soit un germe.
A coup sûr, rien de plus différent de ce que l’on entend communément par hérédité. Il y a péril pour la méthode et pour la logique à désigner par un terme univoque des choses aussi dissemblables.
Si cependant la thèse de Morel était rigoureusement démontrée par l’observation clinique, je ferais bon marché de toute cette argumentation.
Interrogeons donc les faits.
Lorsqu’on examine un malade présentant les caractères de la folie dite héréditaire, et qu’en recherchant l’hérédité on finit par découvrir qu’un grand-oncle ou un cousin germain a été épileptique ou aliéné, on s’imagine trouver dans ce fait une confirmation de la loi de Morel. Il y a là une illusion.
L’hérédité étant une cause générale de toutes les formes de maladies mentales, il en faudrait un surcroît, une accumulation chez les héréditaires pour produire chez eux plus que la prédisposition ; il faudrait, selon l’expression même de Morel , qu’ils fussent imprégnés d’hérédité.
Sommes-nous suffisamment renseignés pour affirmer que tel est le cas général ?
La folie dite héréditaire est-elle due aune plus forte dose d’hérédité que les autres formes de folie ? Les malades atteints de délire du toucher par exemple, comptent-ils dans leurs ascendants un plus grand nombre d’aliénés que les hallucinés persécutés ou les mélancoliques intermittents suicides ? Je ne sais s’il y a des données positives, des statistiques, et je me déclare incapable de formuler une opinion à cet égard.
L’existence, chez les aliénés dits héréditaires, de ce surcroît
Cotard. Maladies mentales.
d’hérédité qu’exigerait logiquement la doctrine de Morel, est, je crois, loin d’être démontrée.
D’autre part, la folie dite héréditaire ne se produit-elle jamais en dehors de l’hérédité ?
Morel lui-même semble l’admettre. M. Billod a cherché à l’établir. Lasègue a parlé de ces individus qui n’ayant point de successions à recueillir ne devenaient des héréditaires qu’à la condition d’hériter d’eux-mêmes. Enfin, M. Magnan, dans sa dernière communication, a exprimé formellement une opinion semblable.
Si nous acceptons les faits de Lasègue et de M. Billod, si nous nous rangeons à l’opinion de M. Magnan, il nous faut à toute force réduire le rôle de l’hérédité et admettre que d’autres causes ou d’autres conditions étiologiques peuvent produire la dégénérescence dite héréditaire.
L’hérédité même, lorsqu’elle existe, ne prouve pas que ces autres causes soient inactives ; je vais plus loin, je demande si ce ne sont pas ces mêmes causes qui déterminent la forme dégénérative, l’hérédité étant réduite à son rôle étiologique général que personne ne conteste.
Quelles peuvent être ces causes ?
Un des caractères les plus importants de la dégénérescence dite héréditaire est marqué par le début précoce des accidents. Les difformités physiques sont congénitales, les tics, le strabisme, etc., apparaissent dans les premières années de la vie, il en est de même des stigmates moraux dans la majorité des cas : dès l’enfance se manifestent ces bizarreries, ces instincts pervers sur lesquels Morel a si justement appelé l’attention.
Les soi-disant héréditaires sont donc avant tout des congénitaux, des infantiles ou même des juvéniles ; leur propre caractère est d’avoir été frappés pendant la période de croissance et de présenter par conséquent des arrêts de développement et des malformations aussi bien au physique qu’au moral.
La cause qui a agi importe peu, c’est l’ûge où le malade a été atteint qui détermine la forme du mal.