‹ Etudes sur les maladies cérébrales et mentalesChapitre 29 sur 39 · DE LA FOLIE HÉRÉDITAIRE · texte numérisé non relu

DE LA FOLIE HÉRÉDITAIRE

Des exemples feront facilement comprendre l’importance de ce facteur étiologique.

Qu’un enfant soit frappé d’une paralysie de cause cérébrale, d’une hémiplégie par exemple, il se produira chez lui, dans les centres nerveux, dans le crâne, dans les membres paralysés, des atrophies, des arrêts de développement, des déformations, tout un ensemble de phénomènes qu’on n’observe point chez l’adulte atteint tardivement d’une affection cérébrale analogue, et qui permettent de reconnaître facilement les hémiplégies infantiles.

Qu’un adulte devienne sourd, cette infirmité pourra rester isolée, à l’état de monopathie sensorielle et, sauf le sens perdu, le sourd restera semblable aux autres hommes. Si, au contraire, c’est un petit enfant qui est frappé de surdité, il deviendra sourdmuet, son évolution mentale sera gravement compromise et, plus tard, il différera des autres hommes, non seulement par la perte du sens de l’ouïe, mais par beaucoup d’autres caractères qui tiennent uniquement à ce qu’il a été atteint pendant sa première enfance.

Esquirol (1) s’étonnait que les maladies du fœtus et de l’enfant n’aient pas attiré l’attention des observateurs.

« Quelquefois, dit cet illustre médecin, c’est dans le sein maternel qu’il faut chercher la cause première de la folie, non seulement pour l’idiotie mais pour les autres espèces d’aliénation ; je ne sais pourquoi cette circonstance a échappé aux observateurs. D’autres fois c’est pendant l’allaitement, pendant la première dentition que s’établissent les premiers éléments de la maladie qui doit éclater plus tard. »

Esquirol cite les convulsions de l’enfance, les fièvres cérébrales, les violentes impressions morales, les traumatismes céphaliques, les émotions de lanière pendant la gestation. Il faut y ajouter les états pathologiques de l’appareil génital et les accidents de la grossesse, accidents dont l’origine est souvent obscure. Des

(1) Esquirol, Des Maladies mentales. Paris, 1838.

femmes avortent ou donnent naissance à des enfants morts, sans qu’on puisse en trouver la raison, soit dans leur état de santé, soit dans leurs antécédents héréditaires. Des accidents du même genre, n’allant pas jusqu’à la mort ou à l’expulsion prématurée du fœtus, sont peut-être, dans certains cas, l'origine de malformations dont l’apparition semble inexplicable.

Je n’insiste pas davantage sur ce sujet, il me faudrait passer en revue toutes les maladies de la grossesse et toute la pathologie de l’enfance.

Je me résume, en disant que nos connaissances sont encore très incomplètes en ce qui concerne l’origine, des dégénérescences dites héréditaires.

L’apparition d’individus anormaux ou monstrueux est un fait biologique extrêmement général qu’on observe chez les animaux et même chez les végétaux, aussi bien que chez l’homme ; l’attribuer exclusivement à l’hérédité névropathique me semble un point de vue trop étroit.

Nous ne sommes pas en droit d’altérer le sens des mots au point de qualifier d’hérédité la genèse du dissemblable.

Il est probable que les maladies fœtales, infantiles ou juvéniles des centres nerveux jouent un rôle important dans la production des types décrits par Morel.

Cette apparition précoce d’accidents cérébraux à une époque où le développement est le plus rapide n’a rien qui doive nous surprendre chez les individus que l’hérédité prédispose aux affections du système nerveux, si nous réfléchissons que les névropathies se manifestent souvent comme maladies d’évolution. La dentition, la puberté, la grossesse, la lactation sont souvent l’occasion d’une sorte de faillite de l’organisme qui ne suffit pas aux dépenses exigées par l’accroissement du système nerveux, du squelette, des divers organes, ou par le développement du produit de la conception. Une faillite analogue peut se produire aux approches de la ménopause par suite de la diminution progressive des ressources de l’organisme, la dépense restant la même.

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