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CHAPITRE IV. — RAMOLLISSEMENTS SANS LÉSIONS VASCULAIRES ÉVIDENTES

Il existe un certain nombre de cas dans lesquels l'état des vaisseaux a été examiné avec soin et où l'on n'a rencontré ni oblitération, ni dégénérescence athéromateuse, ni de point de départ emboliqu'? qui permît de les ranger dans l'un groupes précédents.

CoTARD. Maladies mentales. 8

Telles sont les observations suivantes :

Obs. XXXII. Hémiplégie gauche apoplectique. Ramollissement rouge de Vhémisphère droit, petit foyer ancien (jaune) dans le même hémisphère ; pas d'athéromes ni d'oblitérations vasculaires. — D... (Yictoire-Honorine), 72 ans, entrele o juillet 1863, salle Saint-Jean, u° 9, infirmerie de la Salpêtrière, service de M. Fournier, suppléant M. Vulpian.

En 1864, première attaque d'hémiplégie gauche qui la laissa infirme ; elle pouvait cependant marcher un peu en traînant un peu la jambe.

Etourdissements assez fréquents depuis lors.

Le 2 juillet 1865, cette femme se rendit seule, sans bâton, à la halle et y fut prise d'une nouvelle attaque d'hémiplégie gauche, sans perte de connaissance; on la ramena à la Salpêtrière sur un brancard. A son entrée à lïnfirmerie on constate: commissure labiale tirée à droite, paralysie légère du buccinateur gauche. Yeux dirigés constamment tous deux du côté droit, elle peut les porter à gauche, mais le bord de l'iris n'atteint pas de ce côté la commissure palpébrale ; pas d'inégalité pupillaire ; langue déviée à gauche.

Bras et jambe gauche incomplètement paralysés; pas de mouvements réflexes.

Sensibilité obtuse à gauche, surtout dans le membre inférieur.

Intelligence conservée, parole assez nette; depuis son attaque elle est devenue gâteuse.

La paralysie augmente les jours suivants, elle devient complète du côté gauche le 7 juillet. Il se produit bientôt de gros râles trachéaux^ et la malade succombe le 8 juillet.

Autopsie. — Cavité crânienne. Vaste ecchymose des téguments de la région frontale gauche (provenant évidemment de la chute au moment de l'attaque). Les os sont sains, pas de fracture du crâne; pas de néo-membranes de la dure-mère; méninges normales, non congestionnées.

Artères de la hase non athéromateuses, sauf la terminaison des carotides qui présente un aspect légèrement blanchâtre. Mais les petites artères sont remarquablement saines, et ne présentent d'épaississement athéromateux en aucun point. Ces artères ont été ouvertes avec soin, et Ton n'y a pas retrouvé d'oblitération.

Cerveau. On remarque à la surface de l'hémisphère droit un ramollissement superficiel à teinte rosée des circonvolutions; s'étendant comme une traînée depuis le lobe frontal jusqu'au lobe occipital ; occupant la partie supérieure de Thémisphère, et n'attaquant pas

toutes les circonvolutions; la substance des circonvolutions est comme déchiquetée par places, à la suite de l'ablation de la piemère.

L'examen micrographique y montre, en certains points surtout, de nombreux corps granuleux, des cellules granuleuses, de la graisse disséminée en gouttelettes, et de petits vaisseaux granuleux.

Dans le centre ovale de Vieussens droit, ramollissement blanchâtre de 2 à 3 centimètres de diamètre, dans lequel les vaisseaux ne sont pas granuleux.

A une certaine distance, autre foyer de ramollissement de 4 à 2 centimètres de diamètre, de couleur jaunâtre et présentant une masse énorme de graisse en gouttelettes, des corps granuleux et une destruction presque complète des tubes nerveux.

En arrière de ce foyer, le centre ovale offre un aspect criblé remarquable et une teinte hoi'tensia qui n'existent point dans l'autre hémisphère. Les vaisseaux qui apparaissent comme des filaments dans la substance blanche sont fort peu altérés et l'on n'en retrouve que fort peu de graisseux.

Rien dans les corps striés, les couches optiques ni dans les autres parties de l'encéphale.

Mœlle épinière. Saine.

Cavité thoracique. Hépatisation rouge un peu granuleuse par places des deux bases des poumons, emphysème des lobes supérieurs.

Cœur. Sain ; ne contient pas de caillots.

Aorte. Remarquablement peu athéromateuse ; elle a l'aspect d'une aorte d'adulte. Au niveau de sa bifurcation, on remarque simplement une petite tache blanchâtre.

Artères carotides primitives et tronc brachio-céphalique. Nullement athéromateux, ne contiennent pas de caillots.

Autres organes sains, pas d'infarctus.

Obs. XXXIIL Ancienne hémiplégie droite; ramollissement blanc de la totalité du lobe antérieur gauche ; pas d'athéromes. — D... (Sophie-Joséphine), 47 ans, entrée à la Salpètrière le 28 janvier 186S, morte le 14 mars 1865 (salle Sainte-Rosalie, n° 45), service de M. le docteur Charcot.

La maladie actuelle aurait débuté le 6 octobre 4864.

Déjà depuis deux ans la malade souffrait d'engourdissements dans le bras droit.

Le 6 octobre 4864, son mari s'est aperçu qu'elle parlait par mono-

syllabes et qu'elle se servait de la main gauche pour manger: peu d'instants après, elle a perdu connaissance et est devenue hémiplégique à droite. Transportée à la Charité, puis à la Salpètriere, la malade n'a jamais parlé depuis son attaque, elle n'est nullement intelligente et ne se fait pas comprendre par signes.

Meurt d'une eschare au sacrum.

Autopsie. — Cerveau. Artères de la base non athéromateuses; le lobe antérieur de l'hémisphère gauche, jusqu'au sillon de Rolando, est entièrement ramolli et transformé en un kyste rempli d'un liquide laiteux, dans lequel on trouve, au microscope, une grande quantité de gros corps granuleux.

Coloration bleu ardoisé de la base du cerveau et de la moelle. fL'escHâre pénétre dans le canal rachidien. i

Cœ?n\ Petit, décoloré; pas d'altérations valvulaires.

Aorte. Non athéromateuse.

Rien à noter dans les autres organes.

Pas d'infarctus.

Obs. XXXIV. Ramollissement violacé du cerveau (apoplexie capillaire) : infarctus d'un rein : pas de point de départ emholique. — D... (ÂDne-Dauphine^ âgée de 82 ans. Entrée à la Salpètriere le 25 mai 1863. morte le l-i- juillet 183o (salle Saint-Alexandre, n° 17), service de M. le docteur Charcot.

Habituellement bien portante.

Le 27 juin 1863. perte subite de connaissance, hémiplégie gauche ; au bout d'une heure la malade reprend un peu de connaissance. Flaccidité complète des membres gauches. Face déviée à droite, langue déviée à gauche, yeux tournés à droite. Sensibilité intacte; mouvements réflexes dans le membre inférieur gauche.

Les jours suivants la malade tombe dans un coma profond. Raie laryngo-trachéal ; mouvements spontanés dans tous les membres, le supérieur gauche excepté. La main gauche est beaucoup plus chaude que la droite.

Mort le 1-- juillet.

Températurerectale aussitôt après l'attaque. . . 37 i/o

id. id. 28 juin 38 3/3

id. id. 29 — 39 1/5

id. id. 30 — (la veille de sa mort) 39 2 5

Autopsie. — Les téguments du crâne sont fortement congestionnés. -Ecchymoses sous le péricràne. A l'ouverture de la cavité crânienne,

il s'écoule une grande quantité de sang. La pie-mère n'est pas congestionnée.

Hémisphère droit. Ramollissement violacé occupant le lobule de rinsula, la partie postérieure des deuxième et troisième circonvolutions frontales, une portion de la marginale inférieure, et le corps slrié dans sa plus grande partie.

Le corps strié et toute la partie centrale du ramollissement présentent un pointillé hémorragique très abondant ou apoplexie capillaire: la périphérie du foyer est constituée par du ramollissement blanc. Dans le lobe pariétal, petit foyer analogue. Ramollissement blanc et apoplexie capillaire au centre.

En ouvrant le ventricule latéral, on voit la tête du corps strié transformée en une boue sanguinolente.

/Temisjo/îèrejf/aMC/'îe. Plaque jaune très superficielle, occupant l'insula et une petite partie de la troisième circonvolution frontale, s'étendant en profondeur seulement jusqu'à la capsule externe du corps strié.

Pas d'altération des autres parties de l'encéphale; pas d'atrophie descendante.

Artères de la base du cerveau non athéromateuses ; on n'a pas trouvé d'oblitération de l'artère sylvienne droite ni de ses branches. Examen microscopique. Les capillaires, examinés dans le ramollissement, sont en général peu alhéromateux, un grand nombre sont remplis de sang, d'autres sont vides, mais le sang paraîtinfiltré dans leur paroi, ou plutôt entre leur paroi et la tunique adventice décrite par M. Robin, de façon à former une sorte d'anévrysme disséquant. (PI. II, fig. 4, 5, 6.) D'autres capillaires présentent un épaississement considérable de leurs parois, au point que celles-ci égalent le calibre du vaisseau.

II existe fort peu de corps granuleux, et seulement le long des vaisseaux ; on trouve aussi des grains d'hématosine près des vaisseaux.

Les éléments nerveux ne présentent pas d'altération considérable ; dans quelques points on rencontre un grand nombre de corps amyloïdes.

Cœur. Volumineux; pas d'altération valvulaire, pas de végétations. Les auricules sont libres.

Aorte. Aihéromateuse ; plaques jaunes dans la crosse, athéromes ulcérés dans la portion abdominale.

Poumons. Congestionnés, noyaux d'hépatisalion rouge dans le lobe inférieur droit.

Rate. Pas d'infarctus.

Reins. Le droit est sain, le gauche présente plusieurs infarctus récents, Tun très volumineux correspond à une branche de l'artère rénale oblitérée par un caillot fibrineux ancien.

Obs. XXXV. Hémiplégie gauche ; mort en trois jours; plaques jaunes de Vhémisphère droit; ramollissem,ent récent du corps strié; infarctus de la rate, des reins, de Vintestin; artères peu athéromateuses ; pas d' ohlitération manifeste, sauf dans le rein. — F... (Marie-Nicole), 77 ans. Morte le 6 décembre 1865, salle Saint-Yincent, n° 8, hospice de la Salpètrière, service de M. le docteur Vulpian.

Cette malade était déjà entrée à l'infirmerie en avril 1865, fort agitée et offrant un peu de délire de persécution sans hallucinations. Pas d'état organopathique appréciable.

Rentre le 4 décembre 1865. Elle marchait bien la veille, et le matin elle est prise d'une attaque subite d'hémiplégie gauche sans perte de connaissance.

Etat de la malade. Hémiplégie gauche complète, avec flaccidité ; hémiplégie faciale gauche, langue déviée. Déviation de la tête et des deux yeux à droite; l'iris ne dépasse pas la ligne médiane quand elle regarde à gauche

Sensibilité très affaiblie, ne sent pas le chatouillement de la plante du pied gauche. Pas de mouvements réflexes.

Intelligence très faible; connaissance conservée; elle parle en bredouillant.

o décembre. Même état général, La sensibilité est revenue du côté gauche, de même que les mouvements réflexes. Déviation des yeux. Pas d'albuminurie.

6 décembre, A neuf heures et demie du matin, demi-coma ; cependant la malade a conservé assez de connaissance pour tirer la langue quand on le lui demande; sensibilité conservée; gros râles d'agonie. Elle meurt à onze heures et demie. Elle a conservé jusqu'à la fin la tendance à la déviation oculaire du côté droit et la demi-rotation de la tête à droite, quoiqu'à un degré moins prononcé qu'au début.

Température rectale.

4 décembre (huit heures euviron après l'attaque). . 37° 2/5.

5 décembre matin 38° 1/5

— soir 38° 4/5

6 décembre à dix heures du matin 39° 2/5.

Autopsie. — Cavité crânienne. Pas de néo-membranes de la duremère.

Un peu d'œdème de la pie-mère ; liquide céphalo-rachidien abon- <lant.

Pas d'oblitération des sinus.

Artères delà base. Ne présentent pi'esque pas d'alhéromes, sauf en quelques points disséminés, surtout sur la cérébrale postérieure.

Pas d'oblitération manifeste des gros vaisseaux ; on trouve cependant dans une des branches de la sylvienne droite, au niveau de l'insula, une artère contenant un petit caillot rosé assez résistant, mais qui paraît récent et s'est peut-être formé pendant l'agonie.

Cerveau. Hémisphère droit. Au niveau de la partie postérieure de la troisième circonvolution frontale, tache d'apoplexie capillaire d'un diamètre d'environ 2 centimètres, mais ne s'enfonçant pas en profondeur.

Plaques jaunes des circonvolutions siégeant l'une à la partie postérieure et supérieure de l'insula de Reil s'étendant un peu sur les circonvolutions marginales et acquérant à peu près la dimension d'un sou. Autre plaque jaune, mais plus molle, sur la circonvolution sphénoïdale inférieure.

Ramollissement pulpeux récent imbibé de sang, formant une bouillie rouge qui occupe le corps strié (partie postérieure et intraventriculaire) et qui se prolonge en dehors jusqu'à la partie postérieure de l'insula atteignant ainsi la plaque jaune qui a été signalée plus haut.

Examen microscopique. Dans les plaques jaunes formées de substance assez résistante, on trouve du tissu cellulaire, quelques rares débris de tubes nerveux, une foule de corps granuleux, des granulations et des cristaux hématiques ; dans ces parties récemment ramollies: de la substance nerveuse dilacérée et en débris et des extravasations sanguines, enfin des capillaires présentant en grand nombre des dilatations anévrysmales. On n'y découvre pas d'oblitération. Les parois de ces petits vaisseaux sont pour la plupart saines (sauf leur dilatation), cependant, dans l'hémisphère sain, on retrouve quelques capillaires très légèrement granuleux; le nombre de ces capillaires granuleux est faible, et dans les parties saines ils ne sont pas anévrysmatiques.

L'hémisphère gauche et les autres parties de l'encéphale ne présentent pas d'altération.

Cavité thoracique. Poumons très congestionnés, presque apoplectiques, surtout à leur partie postérieure.

Cœur. Ne présente pas de lésions valviilaires. Pas de caillots anciens ni récents; toutes les cavités et les auvicules ont été ouvertes.

Cavité abdominale. Rate. Présente une partie très pâle, anémiée, tranchant avec la couleur du reste de l'organe. Cet infarctus paraît à la coupe formé de substance plus compacte que le reste de l'organe et ne laisse échapper presque pas de sang. Pas de rétraction de cet infarctus, qui doit être assez récent. L'oblitération n'a pas été découverte.

Reins. Plusieurs infarctus anciens; l'un d'eux, de la dimension d'une pièce de 50 centimes au moins, est très rétracté. Le tissu rénal a presque disparu à ce niveau. Sa coupe est dure et crie un peu sous le scalpel. L'artère qui correspondait à cette partie était perméable jusqu'à sa partie moyenne, mais toute l'autre moitié (périphérique) était réduite en un cordon comparable au cordon de l'artère ombilicale de l'adulte.

A l'examen microscopique, ces parties étaient formées d'un tissu atrophié, les glomérules plus petits et plus rapprochés les uns des autres qu'à l'état normal, les tubuli très rares. Quelques-uns de ces glomérules et de ces tubes offraient à l'intérieur des granulations assez peu transparentes qui se sont éclaircies par l'addition d'acide sulfurique ; il s'est produit quelques bulles, mais pas de cristaux de sulfate de chaux. Il est possible ^cependant qu'il y eût un peu d'incrustation calcaire.

Intestin. Une anse de l'intestin grêle présentait en un point un aspect d'injection et de ramollissement rouge grisâtre (assez analogue à de la gangrène); en l'ouvrant et en versant de l'eau dessus, il se produisit une perforation ovalaire qui prouvait le degré de ramollissement de l'organe.

Cette altération s'étendait sur une étendue d'environ 2 à 3 centimètres.

En un autre point, tache rouge assez analogue.

L'oblitération artérielle n'a pas été recherchée avec soin. 11 s'agissait très probablement d'un infarctus.

Aorte ^/torac^■ç^{e. Athéromateuse; quelques plaques calcaires; l'une d'elles, assez épaisse, siège un peu avant la naissance du tronc brachio-céphalique qui présente aussi quelques athéromes ; les artères carotides ne sont que fort peu athéromateuses (en un ou deux points seulement).

V aorte descendante^ &Aï\% sa partie moyenne; présente aussi des athéromes et quelques plaques calcaires, on ne trouve pas d'ulcérar lions ni d'abcès athéromateux.

La bifurcation de l'aorte n'est pas athéromateuse.

Les deux dernières de ces observations (obs. XXXIV et XXXV) qui présentent en même temps que le foyer de ramollissement des infarctus des viscères, offrent une si grande analogie avec les cas d'embolies multiples qu'il est bien difficile de ne pas les rapporter à la même cause ; quoique l'examen cadavérique fait avec soin n'ait rien fait découvrir, elles sont un nouvel exemple de la difficulté de ces recherches. Il esta regretter seulement que les veines pulmonaires n'aient point été suffisamment examinées ; dans l'observation XXXV, les poumons étaient fortement congestionnés et peut-être aurait-on trouvé là un point de départ d'embolie, comme cela a été indiqué par plusieurs auteurs (1).

Dans les deux autres observations, il est plus difficile de se rendre compte de la cause du ramollissement, et nous devons les considérer comme des cas douteux et difficiles à interpréter.

L'encéphalite, à laquelle on a pendant longtemps attribué une si large part dans la nature du ramollissement, ne nous semble pas non plus pouvoir donner l'explication de ces cas douteux

L'encéphalite spontanée et primitive (2), si elle existe, nous paraît tout au moins devoir être très rare : en effet une terminaison fréquente des phlegmasies est la formation du pus, c'est d'ailleurs ce que nous voyons survenir dans les encéphalites traumatiques par exemple, ou dans les cas d'encéphalites de voisinage (méningo-encéphalites, encéphalites entourant des tubercules, etc.) dans lesquels on retrouve du pus manifeste et souvent de véritables abcès; la substance cérébrale est donc capable de s'enflammer et de suppurer, et cependant dans les cas de ramollissement que nous avons eus en vue, nous n'avons jamais retrouvé de pus, et MM. Charcot etVulpian ont souvent fait la même recherche sans plus de succès. M. Durand-Fardel (3) le reconnaît lui-même quand

(1) Voy. Lancereaux, oac/'. eiY., p. 46, et Bail, Des embolies pulmonaires^ Paris, 1862, p. 55.

(2) Nous ne nous sommes point occupés dans ce travail de certains cas à symptômes assez vagues, dans lesquels on a trouvé à l'autopsie des traînées rouges des circonvolutions avec adhérences de la pie-mère. Cette lésion a étécitée dans plusieurs de nos observations, mais comme il ne nous est pas possible d'en déterminer la nature, nous ne nous, y arrêterons pas.

(3) Durand-Fardel, Traité des mal. des vieillards^ p. 174.

il dit : ' Nous croyons que l'on rencontrera fort rarement la suppuration du cerveau, » phrase qu'il objecte au reproche que lui fait Grisolle '1} « d'avoir admis une encéphahte dans laquelle on ne rencontre jamais de pus. bien que le cerveau soit un des organes oîi la suppuration se développe le plus facilement t.

Rien ne nous engage donc à admettre une encéphalite primitive comme cause de ramollissement ; les symptômes semblent d'ailleurs, comme nous le dirons, contraires à cette opinion, car au début du ramollissement cérébral il n'y a pas d'élévation de la température.

Mais il est possible, comme nous l'avons déjà dit, qu'une irritation consécutive se développe à la suite du ramollissement, encéphalite comme éliminatrice d'une eschare représentée par le foyer de ramollissement ; cette encéphalite consécutive acceptée par M. Hasse (2| s'est montrée bien évidente dans une de nos expériences. 3Iais chez l'homme on ne l'a pas vue donner lieu à un foyer purulent, peut-être joue-t-elle un rôle dans les phénomènes consécutifs au ramollissement.

Une altération qui est assez fréquemment en coïncidence avec les anciens foyers est le développement de membranes vasculaires sur la dure-mère. Ces néo-membranes existent, il est vrai, fréquemment sans lésions encéphahques. mais leur coïncidence avec d'anciens ramolhssements et leur développement souvent plus considérable au niveau du foyer est peut-être la trace d'un travail irritatif de voisinage que l'on pourrait rapprocher de l'encéphalite consécutive. >'ous renvoyons à l'observation XV, et nous croyons ce fait assez nouveau pour publier les deux observations suivantes :

Obs. WWl. Hémiplégie droite ancienne: aphasie: ramollissetnenl étendu, Jaune, de l'hémisphère gauche ; infarctus de la rate ; cancer stomacal; athéromes artériels. (Observation due à M. Charcot.) —

(1) Grisolle, Pathol. interne, 1S52, t. II, p. 216.

(2) Hasse, ouvr. cit., § 213.

V... (Marguerite), 61 ans. Morte le 16 janvier 1863, salle Saint-Paul, n° 6, hospice de la Salpêtrière, service de M. le docteur Charcol.

En février 1862, attaque subite d'hémiplégie droite, sans perte de connaissance.

Etal actuel (octobi'e 1862). Membre supérieur droit flasque. Contracture de la main qui est fléchie en crochet. Membre inférieur droit rigide en demi-flexion. Légère diminution de la température du côté paralysé. Sensibilité diminuée. Mouvements réflexes. Bouche déviée à gauche et en bas ; langue tirée à droite. Fréquemment la malade ne peut s'exprimer et ne prononce que des monosyllabes à peine intelligibles ; d'autres fois elle parle assez correctement. La malade devient cachectique, présente de l'œdème, une grande pâleur et elle meurt le 16 janvier 1863.

Autopsie. — Cavité crânienne. Néo-membranes minces sur la face interne de la dure-mère du côté gauche. Pie-mère œdématiée.

Artères de la 6«se atbéromateuses.

Cerveau. Ramollissement jaune étendu de rhémisphère gauche, portant surtout sur les circonvolutions marginales antérieure et postérieure, sur les circonvolutions qui limitent la scissure de Sylvius, sur les deux circonvolutions postérieures de la pyramide de Reil. La troisième circonvolution frontale est légèrement atteinte à sa base et en arrière. La lésion s'étend jusqu'au corps strié qui est sain.

Atrophie descendante, de la pyramide antérieure gauche, du côté gauche de la protubérance, et du pédoncule cérébral gauche ; rien dans Vhémisphère droit.

Poumons. Hépatisation grise du lobe supérieur gauche. Œdème et bronchite purulente du poumon droit.

Cœur. Hypertrophie concentrique légère. Valvules un peu épaissies.

liate. Mamelonnée, présente un point jaune fluctuant (infarctus), artère splénique athéromateuse.

Beins. Mamelonnés. Pas d'infarctus.

Foie. Gras.

Estomac. Végétation cancéreuse au niveau de la petite courbure.

Aorte. A peine athéromateuse à son origine, mais athéromes ulcérés dans l'aorte abdominale. Concrétions athéromateuses molles dans les artères carotides.

Muscles du bras gauche atrophiés.

Nerfs des deux côtés égaux en volume.

Obs. XXXVII. Ancienne hémiplégie droite ; ramollissement de tout le lobe antérieur gauche dit corps strié et de la couche optique ; athéromes artériels. (Observation due à M. Charcot.) — H... (Marguerite), 56 ans. Morte le 14 septembre 1863, salle Sainte-Rosalie, n° 15, hospice de la Salpêtrière, service de M. le docteur Charcot.

Transportée de la Pitié le l^"" septembre 1863 sans renseignements ; cette malade est dans un état d'hébétude absolue, ne prononce,^ quand on la pince, que des paroles inarticulées. Elle paraît ne rien comprendre. Gâteuse. Arc sénile prononcé.

Tête et regard constamment tournés à gauche, sans qu'il paraisse y avoir contracture des muscles du cou.

Hémiplégie faciale droite, bouche déviée à gauche et en haut, sillon naso-labial profond à gauche.

Hémiplégie droite avec flaccidité parfaite.

Sensibilité conservée.

Mouvements réflexes dans le membre inférieur droit.

Urines non albumineuses.

Le lendemain de son entrée, la malade, en prenant un bain, se fait une brûlure au genou droit ; la plaie prend bientôt un mauvais aspect ; la malade tombe dans le coma et succombe le 14 septembre.

Autopsie. — Cavité crânienne. Néo-membranes épaisses sur la partie de la dure-mère qui correspond au ramollissement.

Artères de la base. Artères basilaires et artères sylviennes des deux côtés légèrement athéromaleuses.

Cerveau. Vaste ramollissement jaune à la surface occupant le lobe antérieur gauche dans toute son étendue s'étendant jusqu'au sillon de Rolando qu'il dépasse, comprenant en arrière de ce sillon deux groupes de circonvolutions. Le lobe ramolli est flasque et atrophié; la surface du cerveau est transformée en une membrane plissée, formant une sorte de sac dans lequel on trouve la substance cérébrale blanche et ramollie, comme caséeuse. ;

Corps strié, ramolli dans presque toute son étendue.

La couche optique l'est beaucoup moins.

Hémisphère droit sain.

Sur la surface des circonvolutions ramollies, vaisseaux de couleur jaunâtre, opaques, complètement athéromateux.

Ces parties sont formées d'un tissu cellulaire à noyaux. On trouve dans les parties blanches de nombreux corps granuleux et des débris de tubes nerveux qui manquent dans les parties jaunes.

Pas d'alrophie descendante des pédoncules ni du bulbe.

Cœur. Les parois des ventricules sont jaunâtres et flasques. Valvules un peu indurées.

Poumons. Dilatations bronchiques. Quelques tubercules miliaires disséminés.

Reins. Plaques déprimées brunâtres qui se continuent en forme de coins dans l'organe (vestiges d'infarctus).

Aorte. Légèrement athéromateuse à son origine.

Nous devons faire remarquer au sujet de cette observation une particularité qui s'observe assez souvent dans les foyers de ramollissement ancien : le ramollissement est jaune à la surface et blanc dans la profondeur ; nous avons déjà indiqué que la coloration jaune est principalement due à l'hématosine qui se dépose là où il y a une forte hyperémie, ou des points d'apoplexie capillaire ; il n'est donc pas étonnant que cette coloration jaune puisse être limitée à la substance corticale, puisque c'est là surtout que Ion observe l'hyperémie. La même particularité se retrouve aussi dans les observations XII, XXIV, XXVL

Xous pensons donc qu'on ne peut guère avancer que, dans ces cas, les parties jaunes et les parties blanches remontent à des époques de formations différentes. Il est possible cependant qu'il se forme autour de la plaque jaune un ramollissement de voisinage et qui pourrait expliquer quelques symptômes observés chez d'anciens hémiplégiques.

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