DU DÉLIRE HYPOCONDRIAQUE DANS UNE FORME GRAVE
Nous observons depuis plusieurs années, M. le docteur Jules Falret et moi, une malade qui présente un assez singulier délire hypocondriaque.
M"*' X... affirme quelle n'a plus ni cerveau, ni nerfs, ni poitrine, ni estomac, ni boyaux ; il ne lui reste plus que la peau et les os du corps désorganisé (ce sont là ses propres expressions). Ce délire de négation s'étend même aux idées métaphysiques qui étaient naguère l'objet de ses plus fermes croyances ; elle n'a pas d'âme, Dieu n'existe pas, le diable non plus. M"'' X... n'étant plus qu'un corps désorganisé, n'a pas besoin de manger pour vivre, elle ne pourra mourir de mort naturelle, elle existera éternellement à moins qu'elle ne soit brûlée, le feu étant la seule fin possible pour elle.
Aussi M'"" X... ne cesse de supplier qu'on les fasse brûler (la peau et les os) et elle a fait plusieurs tentatives pour se brûler elle-même.
A l'époque où M"*" X... a été placée (en 1874 ; elle avait alors 43 ans), sa maladie datait déjà de deux ans au moins ; le début aurait été marqué par une sorte de craquement intérieur dans le dos se répercutant dans la tête.
Depuis ce moment, M"^ X... n'a cessé d'être en proie à un ennui; à des angoisses qui ne lui laissaient aucun repos ; elle
(1) Lu à la Société médico-psycholo,iri<jue, le 28 juin 18s0, publiée dans les Annales inédico-psycliolofjiques, sept. 1880^ tome IV.