DU DÉLIRE HYPOCONDRIAQUE DANS U>E FORME GRAVE
errait comme une âme en peine et allait demander des secours chez les prêtres et chez les médecins.
Elle fit plusieurs tentatives de suicide à la suite desquelles elle fut amenée à Yanves. Elle se croyait alors damnée ; ses scrupules religieux la portaient à s'accuser de toutes sortes de fautes et en particulier d'avoir mal fait sa première communion. Dieu, disait-elle, l'avait condamnée pour l'éternité et elle subissait déjà les peines de l'enfer qu'elle avait bien méritées, puisque toute sa vie n'avait été qu'une série de mensonges, d'hypocrisies et de crimes.
Peu de temps après son placement à une époque dont ellemême fixe la date, elle a compris la vérité — c'est ainsi qu'elle qualifie les conceptions délirantes négatives que j'ai indiquées en commençant — et elle s'est livrée, pour faire comprendre cette vérité, à toutes sortes d'actes de violence, qu'elle appelait des actes de vérité, mordant, griffant, frappant les personnes qui l'entouraient.
Depuis quelques mois, M"® X... est plus calme ; l'anxiété mélancolique a sensiblement diminué ; M"*= X... est ironique, elle rit, plaisante, elle est malveillante et taquine, mais le déhre ne paraît nullement modifié ; M'"" X... soutient toujours avec la même énergie qu'elle n'a plus ni cerveau, ni nerfs, ni boyaux ; que la nourriture est un supplice inutile et qu'il n'y a d'autre fin pour elle que le feu.
La sensibilité à la douleur est diminuée sur la plus grande partie de la surface du corps, aussi bien à droite qu'à gauche ; on peut enfoncer profondément des épingles sans que M'^'^X... manifeste de sensation douloureuse. La sensibilité au contact et les diverses sensibilités spéciales paraissent avoir conservé leur intégrité.]
Lorsque M. Baillarger, il y a une vingtaine d'années, appela l'attention sur le délire hypocondriaque des paralytiques, ses assertions furent vivement controversées et, aujourd'hui encore, tout en rendant pleine justice à ses travaux, il faut bien reconnaître quun délire analogue — je ne dis pas identique — au
délire hypocondriaque des paralytiques se présente chez certains lypémaniaques comme chez la malade dont je viens de raconter l'histoire.
Il reste à déterminer quels sont ces lypémaniaques et s'ils forment une catégorie particulière.
Les cinq observations de démonomanie qu'on trouve dans Esqiiirol M) sont remarquables par leur analogie entre elles et avec l'observation rapportée plus haut.
La première de ces démonomanes a déjà eu deux accès de lypémanie. Le démon est dans son corps, qui la torture de mille manières; elle ne mourra jamais.
La deuxième n'a plus de corps ; le diable a emporté son corps ; elle est une vision ; elle vivra des milliers d'années, elle a le malin esprit dans l'utérus sous la forme d'un serpent, quoiqu'elle n'ait pas les organes de la génération faits comme les femmes.
La troisième na pas non plus de corps, le malin esprit l'a emporté n'en laissant que le simulacre qui restera éternellement sur la terre. Elle na point de sang, elle est insensible (analgésie).
La quatrième n'est pas allée à la selle depuis vingt ans, son corps est un sac fait de la peau du diable plein de crapauds, de serpents, etc. Elle ne croit plus en Dieu ; il y a un million d'années qu'elle est la femme du grand diable. C'est une sorte d'immortalité rétrospective.
La cinquième a le cœur déplacé, elle ne mourra jamais.
Leuret rapporte deux cas analogues :
Une femme se croit damnée, son cœur ne sent plus, elle est wie statue en chair immortelle ; elle a été possédée du démon et à ce moment il aurait fallu la brûler, maintenant ce ne serait plus possible.
L'autre a un vide à la région épigastrique ; elle est damnée, elle n'a plus d'àme. Plus tard la pensée lui vint qu'elle était immortelle.
(1) Esquirol. Dei maladie» mentales. Paris, 1838. •