‹ Études sur les maladies cérébrales et mentalesChapitre 8 sur 55 · EXPÉRIENCES PHYSIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES PHYSIOLOGIQUES

Il y a longtemps déjà que les physiologistes ont insisté sur le rôle important de la circulation du sang artériel dans les fonctions des différents organes, et ont institué de nombreuses expériences pour prouver ce fait fondamental de physiologie qui a fait naître l'idée de la transfusion du sang. Il nous suffira de rappeler les travaux de Morgagni, Cooper, Haller, Lorry, Lecat,. Bichat, ceux de MM. Prévost et Dumas, ouvrage dans lequel ces derniers auteurs insistent sur l'importance du sang dans les fonctions des centres nerveux.

Plus récemment, cette question a été de nouveau étudiée par MM. Kussmaul et Tenner, Brown-Séquard, etc. (1).

(1) Morgagni, De nat. et caus. morb., epist. 19. — Bichat, Recherches sur la zie et la mort. — Lorry, Recueil périod. d'obs., etc., par Vandermonde, janv. 1757, t. VI. — Lecat, Traité dujluide des nerfs et du mouvement musew?ai're, Berlin, 1765. — Haller, Mémoire sur le Tnoux,em.ent du sang, trad..

Ces travaux avaient plutôt un but physiologique que médical ; mais quand eurent paru les recherches de M. Yirchow sur l'embolie, plusieurs auteurs instituèrent des expériences de physiologie pathologique ; nous pouvons citer en particulier la thèse de j\L Ehrmann (l), le mémoire de M. Panum (:2), qui nous ont fourni des indications très précieuses. Enfin en Allemagne M. 0. Weber (3) a étudié avec un grand soin la question de l'embolie, et nous avons eu la satisfaction d'y voir confirmées plusieurs des opinions auxquelles nous étions arrivés nousmêmes.

M. Vulpian qui avait déjà étudié (4) l'influence du sang sur la moelle épinière, insista de nouveau cette année, dans le cours qu'il fit au Muséum, sur l'importance de la circulation du sang artériel dans l'axe cérébro-spinal, et c'est en grande partie à l'aide des expériences qu'il fit devant nous que nous avons pu entreprendre cette partie de notre mémoire.

Section I. — Etade de Pioflnence de sang sur le système nerveux central.

Le moyen le plus simple d'étudier l'influence du sang sur le système nerveux central, est certainement de suspendre l'abord du sang dans l'encéphale ou dans la moelle épinière, et d'examiner les phénomènes qui résultent de l'anémie de ces organes.

Lausanne 1756. — Prévost et Dumas, Examen du sang et de son action dans les dioer's phénomènes de la vie, bibl. univ. de Genève, 1821, xvii. — Kusmaul et Tenner, Untersuehungen ûber Urspi'ung, etc., Frankfurt, 1857. — Voy. Journal de phr/siologie de M. Brown-Sequard, 1858. — Brown-Sequard, Journal de physiologie, I et V.

(1) Ehrmann, Des eJJ'ets produits sur l'encéphale par l'oblitération des vaisseaux artériels qui s'y distribuent, Paris, 1860.

(2) Panum, Experimentelle Untersuehungen zur Physiologie und Pathologie der Embolie, Transfusion, etc., Berlin, 1861; ou Virchow's Archit, t. XXVII-XXI.

(3) 0. Weber, Handbuch der allgemeinen und specieilen Chirurgie, redigirt V. D"- Pitha und D-- Billroth, Erîangen, 1865.

(4) Vulpian, Sur la durée de la persistance des propriétés des muscles, des nerfs et de la m.oelle épinière après interruption du cours du sang dans ces organes. {Gaz. hebd. de méd. et de chir., 1861, t. VIII. J

4 ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PAXnOLOGIQUES

On peut arriver à ce but par plusieurs procédés :

i° Par des saignées blanches (moyen peu fidèle, car on ne peut localiser ainsi l'anémie ; aussi n'est-ce pas celui-ci que nous examinerons) ;

2° Par la ligature des artères ;

3'' Par l'injection dans les artères d'un liquide (eauj tenant en suspension des corps étrangers ou des poudres inertes.

§ 1. — Ligature des artères.

La ligature des artères carotides primitives et des vertébrales, n'est pas difficile à exécuter sur un animal de taille moyenne, tel que le chien ou le lapin par exemple ; cette expérience, déjàfaite par Cooper, Kussmaul et Tenner. Ehrmann Ij et d'autres, n'offre pas chez le chien des résultats toujours les mêmes, la circulation, dans le plus grand nombre des cas, n'est pas, en effet, immédiatement suspendue par la ligature simultanée des quatre gros troncs cervicaux, pris même à leur origine, ce qui résulte d'anastomoses fréquentes que Cooper plaçait dans des branches œsophagiennes, que M. Panum croit exister plutôt dans des branches spinales volumineuses fournies par l'artère vertébrale. Chez le lapin, au contraire, celte opération amène, dans la plus grande majorité des cas. des symptômes immédiats et précis.

Un instant, quelques secondes après la ligature ou la simple compression, au moyen de serre-fines, des quatre troncs cervicaux (carot. prim. et vertébrales), l'animal est pris généralement de quelques symptômes convulsifs, quelquefois peu prononcés ; il se débat ; presque en même temps et même quelquefois avant les con\'ulsions, on voit la respiration et les battements du cœur s'accélérer, devenir même très fréquents, et l'animal tomber dans un coma apoplectique qui le rend tout à fait étranger à ce qui se

(1) Ouvr. cit.

passe autour de lui : les membres tombent inertes, et souvent même tout phénomène de sensibilité cesse (1).

La respiration, qui s'était accélérée, devient bientôt plus embarrassée, quelquefois stertoreuse ; les narines se dilatent à chaque inspiration ; bientôt ces mouvements deviennent plus rares, les battements du cœur se ralentissent, il se produit des déjections alvines ; les pupilles se dilatent; quelquefois de nouvelles convulsions se produisent à ce moment ultime, et l'animal meurt, tous ces phénomènes s'étant succédé dans l'espace de quelques minutes.

Si à ce moment ultime, au moment où les fonctions de la respiration vont cesser, on enlève les ligatures ou les serresiines (l'opération faite avec des serres-fines est rendue beaucoup plus simple), si, disons-nous, on rend au sang son cours, les fonctions encéphaliques se rétablissent peu à peu dans un ordre inverse à celui dans lequel elles avaient disparu. Les mouvements respiratoires deviennent de nouveau fréquents, se régularisent, de même que les battements cardiaques ; le coma apoplectique cesse peu à peu, l'animal exécute quelques mouvements volontaires, bientôt se remet sur ses pattes, et au bout de fort peu de temps (deux minutes environ) tout phénomène pathologique a cessé ; les fonctions cérébrales se sont complètement rétablies, et cet animal, qui un instant avant pouvait presque être considéré comme mort, a récupéré ses fonctions encéphaliques et est pour ainsi dire revenu à la vie. Notons que l'expérience peut être répétée plusieurs fois de suite.

(1) Les fonctions de la moelle se conservent cependant quelquefois séparées de celles du cerveau, et peuvent même subsister un certain temps, ce qui prolonge dans ces cas la vie; ce phénomène est arrivé une fois devant nous, au Muséum, dans une expérience que M. Vulpian fit à son cours, et sur la rareté et l'intérêt de laquelle il attira l'attention de ses auditeurs. Le lapin, sujet de l'expérience, était plongé dans le coma, tout mouvement réflexe avait cessé dans la tête, les <;onjonctives étaient insensibles, mais les mouvements de la respiration continuaient presque intacts, et les mouvements réflexes étaient perceptibles au tronc et dans les membres.

§ II. — Injection de poudres fines.

Un procédé plus simple encore que celui de la ligature est l'injection dans les artères de 15 à 20 grammes d'eau, tenant en suspension des poudres inertes telles, par exemple, que la poudre de lycopode, procédé déjà employé par M. Flourens et ensuite par M. Vulpian (1). Celte poudre impalpable formée de sporules, dont le diamètre atteint environ cinq à six fois celui des globules sanguins, pénètre facilement dans les artérioleset se répand dans les gros capillaires du cerveau, opposant ainsi un obstacle insurmontable au sang dont elle produit la coagulation ; le lycopode offre en outre l'avantage de pouvoir être facilement reconnu, vu la forme très caractérisque de ses sporules. En pénétrant dans l'arbre circulatoire, il y agit uniquement comme une poudre inerte, car toute autre poudre inerte joue le même rôle et jouit delà propriété remarquable de produire la coagulation du sang (2).

Examinons les résultats auxquels donne lieu l'injection dans le bout périphérique d'une carotide de 10 à 20 grammes d'eau tenant en suspension une petite quantité de poudre de lycopode, et l'expérience peut alors s'exécuter sur le chien aussi bien que sur le lapin, car les anastomoses sont ici parfaitement incapables de rétabhr la circulation ; les sporules sont en effet répandues immédiatement dans tout le réseau artériel encéphalique, comme le prouve l'autopsie.

Immédiatement après l'injection l'animal pousse généralement un gémissement, est pris de convulsions, et succombe en pré-

(1) Vulpian, Sur la durée, etc., ouvr. eit.

(2) Plusieurs auteurs ont fait des expériences analogues en se servant d'autres corps étrangers. M. Panum {ouv. cit.) a choisi de petites boules de cire, dont il sera mieux de parler à propos de nos expériences d'injections de corps plus volumineux. Cet auteur a aussi introduit dans la circulation du mercure, de l'air, etc., et est arrivé aux mêmes résultats. M. Bergmann, et après lui M. Weber (Handbueh der alg. und. sp. Chir., Loe. cit., p. 84 et suiv.) ont étudié l'effet d'injection d'air, de pus et de graisse, qui leur ont aussi donné des résultats plus analogues à ceux de notre seconde série d'expériences ; aussi en parlerons-nous plus tard.

«entant les mêmes symptômes que dans les cas de ligature.

A l'autopsie on trouve la substance cérébrale sillonnée de lignes jaunâtres visibles à l'œil nu, qui proviennent de la pénétration du lycopode dans les artérioles, et si l'on place une parcelle de substance cérébrale sous le foyer du microscope, on peut voir que les sporules ont pénétré dans les petites artérioles et les ont obstruées.

Dans quelques cas nous avons observé ça et là des extravasations sanguines provenant probablement d'une rupture vasculaire produite par une trop forte pression de la seringue.

Exp. I. Injection d'eau tenant en suspension des spores de lycopode dans Vartère carotide droite d'un lapin (bout périphérique) ; mort par apoplexie après un quart d'heure (19 juillet 1865) (1). — La carotide droite d'un lapin étant dénudée, nous injectons dans le bout périphérique environ 20 grammes d'eau tenant en suspension de la poudre de lycopode. L'animal est pris de quelques convulsions, il tombe immédiatement après dans le coma ; sa respiration s'arrête d'abord, mais bientôt après elle recommence et devient rapide et stertoreuse ; coma comj)let, membres en résolution. Cependant la paralysie n'est pas générale ; l'animal exécute quelques mouvements quand nous recousons sa plaie, la sensibilité n'est pas complètement abolie. Bientôt, un quart d'heure environ après l'injection, la respiration s'arrête, l'animal exécute quelques mouvements convulsifs légers et meurt. On a constaté au début de l'expérience quelques mouvements réflexes des membres inférieurs.

L'oreille gauche présentait avant la mort un vaisseau dur et gorgé de sang, ce qui manquait à droite.

Autopsie. — Cerveau. Quelques artères delà base paraissent injectées et sur les parties latérales de l'encéphale (surtout à droite), on constate une coloration jaunâtre légère dans quelques points.

Des parcelles de ce cerveau portées sous le champ du microscope montrent des sporules de lycopode dans les petits vaisseaux capillaires, et cela dans toutes les parties du cerveau. On fait fort peu de préparations sans en retrouver ; on en trouve surtout à la surface des hémisphères et à leur base, dans le bulbe, dans la moelle au tiers supé-

(1) Cette expérience n'est que la reproduction de celle que nous avions vu faire par M. Vulpian à son cours, mais elle nous est personnelle.

8 ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES f\

rieur, dans les tubercules quadrijjameaux (des deux côtés), dans les corps striés, dans les hémisphères, dans le cervelet.

Quelques-unes de ces spores occupent des vaisseaux capillaires de petit calibre dans lesquels elles ont pénétré comme par pression et dont le calibre paraît moindre que le diamètre de ces spores.

Quelques-uns des vaisseaux injectés conliennent au delà des spores beaucoup de globules sanguins et sont gorgés de sang; d'autres sont vides.

Les phénomènes observés dans cette expérience présentent la plus grande analogie avec ceux qui résultent de la ligature des quatre troncs artériels, et nous paraissent aussi devoir être attribués à une anémie subite et complète de l'encéphale.

Celte expérience nous montre encore une fois, comme M. le docteur Vulpian le faisait remarquer dans son cours, le rôle du sang artériel dans l'exécution des fonctions de la vie. L'encéphale, comme tout autre organe, meurt dès que ses éléments anatomiques ne reçoivent plus un courant de sang artériel constamment renouvelé. Les fonctions de relation cessent immédiatement par l'anémie de la substance grise, et bientôt l'anémie de la base de l'encéphale produit la gêne de la respiration qui n'est que le début de l'agonie de l'animal.

Une nous paraît pas inutile de rapporter ici une expérience de M. Brown-Séquard (1) bien propre à démontrer l'action du sangsur les centres nerveux.

Je décapitai un chien, nous dit cet auteur, en ayant soin de faire la section au-dessous de l'endroit où les artères vertébrales pénètrent dans leur canal osseux. Huit minutes après, le pincement de la peau étant sans effet, j'appliquai un courant galvanique d'une intensité assez considérable à la moelle allongée, mise à nu, en ayant soin d'éviter le passage du courant par les parties voisines. Il ne se manifesta aucun mouvement. Les conducteurs appliqués à la protubérance ne produisirent aussi aucun effet. Dix minutes après la cessation des mouvements respiratoires des narines, des lèvres et de la mâchoire inférieure, j'adaptai, aux quatre troncs artériels de la tête, des canules

(1) Brown-Séquard, Journal de physiologie, 1. 1, p. 119.

qui étaient en rapport par des tubes de caoutchouc avec un cylindre en cuivre, par lequel j'injectai du sang chargé d'oxygène, à Taide d'une seringue. En deux ou trois minutes, après quelques légers mouvements désordonnés, je vis apparaître des mouvements des yeux et des muscles de la face qui semblaient être dirigés par la volonté. Je prolongeai l'expérience un quart d'heure, et durant toute cette période^. ces mouvements, en apparence volontaires, continuèrent d'avoir lieu. Après avoir cessé Tinjeclion, ces mouvements cessèrent et furent bientôt remplacés par les convulsions des yeux et de la face, par defr mouvements respiratoires des narines, des lèvres et des mâchoires, et ensuite parles tremblements de l'agonie. La pupille se resserra et se dilata ensuite comme dans la mort ordinaire.

Cette expérience démontre positivement la possibilité du retour des propriétés vitales et des fonctions de l'encéphale sous l'influence du sang chargé d'oxygène.

Dans la moelle comme dans le cerveau, l'anémie consécutive à l'injection de poudre de lycopode par le bout central d'une crurale détermine la suspension immédiate et complète de l'innervation. C'est ce qui ressort avec évidence des expériences que M. Vulpian (1) avait décrites dans son mémoire sur l'anémie de la moelle et que nous lui avons vu répéter à son cours, expériences qui ont été faites aussi par M. Panum (2). Nous sei^ons plus brefs sur ce sujet, qui ne regarde pas directement le ramollissement cérébral.

Nous rapportons cependant l'expérience suivante :

Exp. II. Injection d'eau tenant en suspension de la poudre de phosjjhate de chaux dans la carotide (bout périphérique) sans succès ; mjection d'eau avec poudre de lycopode dans une crurale (bout central); infarctus d'un rein; anémie de la moelle; paraplégie (19 et 21 juillet 1865). — Le 19 juillet à deux heures, nous injectons dans le bout périphérique de la carotide droite d'un lapin de l'eau tenant en suspension du phosphate de chaux réduit en poudre. (Les grains de cette poudre offrent des dimensions variables et ont l'inconvénient

(1) Vulpian, Ouvr. cit.

(2) Panum, Ouvr. cit.

de ne pas être facilement reconnaissables.) L'injection est faite doucement au moyen d'une seringue de Pravaz ; nous injectons 8 à 10 gouttes, aucun accident ne survient; l'animal continue à être bien portant et mange bien.

Le 21 juillet, nous injectons dans la crurale droite (bout central) ^vec une seringue ordinaire de l'eau (10 à 15 gr.) tenant en suspension de la poudre de lycopode.

Immédiatement après l'opération, paraplégie de tout le train postérieur avec anesthésie complète ; pas de mouvements réîlexes. L'animal traîne son train postérieur qui est dans une flaccidité complète, il agit bien des pattes de devant.

Paralysie de la vessie ; le lapin lâche immédiatement les urines que contenait sa vessie.

L'état général est bon, quoique la respiration semble s'être légèrement accélérée. La sensibilité et la motilité sont conservées dans le train antérieur. L'animal prend un peu de nourriture.

A six heures, l'état était encore le même quoiqu'il semblât y avoir un peu d'affaiblissement du train antérieur et de la gêne de la respiration. Mais l'animal marche encore avec ses membres antérieurs, il semble avoir moins de force du côté gauche que du droit.

A sept heures et demie, mort. L'animal portait sa tête en arrière et faisait avec peine quelques inspirations. Au bout d'un instant il succomba.

Autopsie. — Cerveau. Ne présente rien d'appréciable. Nous avons cru retrouver dans certains points quelques parcelles de phosphate de chaux, mais ce corps n'est pas assez reconnaissable pour que nous en soyons certains ; pas de poudre de lycopode, pas de ramollissement.

Moelle. A été trop altérée par l'ablation pour que nous sachions s'il y avait, oui ou non, un ramollissement. Les méninges rachidiennes et les parties de la moelle qui y correspondent contiennent de nombreuses spores de lycopode, et cela surtout dans la partie inférieure de la moelle, car dans la moitié supérieure nous n'en retrouvons pas.

Cœur. Rien d'appréciable ; pas d'oblitération des artères coronaires.

Poumons. L'un d'eux semble offrir un point fortement congestionné.

Aorte. Remplie ainsi que ses branches jusqu'à l'union du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs par un caillot noirâtre, un peu blanchâtre par places, et contenant une quantité énorme de sporules de lycopode.

Rate. Les artères du hile semblent légèrement jaunâtres, et sont remplies de lycopode ; pas d'infarctus bien net.

Péritoine. Les artères mésentériques contiennent dans leurs branches beaucoup de poudre de lycopode, pas d'altération manifeste de l'intestin.

Foie. Rien.

Reins. L'un d'eux présente à une de ses extrémités une partie anémiée très pâle, offrant par places un pointillé qui répond à certains corpuscules de Malpighi gorgés de sang. Cette pâleur tranche très manifestement avec la coloration du reste de l'organe. Sur les limites de cette partie anémiée qui occupe le quart environ du rein» on remarque une tache rouge de la grosseur d'une lentille occupant la grande courbure à sa partie moyenne. Cette tache est très nette quand on a décortiqué l'organe. Le rein offre à sa coupe une congestion presque hémorragique à ce niveau. Les pyramides paraissent être assez généralement congestionnées, mais la congestion devient bien plus manifeste au niveau du point dont nous venons de parler qui a tous les caractères d'un infarctus récent.

Les glomérules à ce niveau sont rouge foncé, de même que les vaisseaux qui s'y rendent. On retrouve dans plusieurs capillaires des sporulesde lycopode.

L'artère rénale est oblitérée par un caillot rempli de lycopode.

Dans l'autre rein l'oblitération existe aussi, mais on y retrouve moins de poudre de lycopode et il n'y a pas d'infarctus type comme dans celui-là.

On retrouve encore de la poudre de lycopode dans les artérioles qui se rendent aux muscles des cuisses, qui ne paraissent pas d'ailleurs altérés.

Doit-on rapporter la paraplégie observée dans ce cas à l'anémie de la moelle ou à l'anémie des membres inférieurs ? On sait que lorsque l'on vient à anémier seulement les membres inférieurs par la ligature de l'aorte abdominale (expérience de Sténon), on n'abolit pas instantanément la sensibilité ni les mouvements réflexes; cest donc, comme l'a établi M. Vulpian, à l'anémie de la moelle qu'il faut attribuer l'abolition subite et complète de la sensibilité et de la motilité.

Dans l'expérience que nous venons de i^apporter, nous avons

observé de plus des infarctus des reins et de la rate ; mais nous reviendrons plus loin sur ces lésions.

L'injection de poudre de lycopode amène, comme nous venons de le voir, une mort très prompte. A l'autopsie on ne retrouve pas de lésion bien nette, sauf la présence de sporules de lycopode dans les artérioles, et quelquefois un peu de stase sanguine.

Supposons qu'au lieu de lycopode, nous ayons eu delà graisse, des corps granuleux, des lamelles de cholestérine, ou quelque corps analogue, leur présence pourrait peut-être échappera l'observateur, et on aurait un cas de mort subite^ un coup de sang, une apoplexie sans lésion appréciable ; cas que l'on aurait anciennement désigné sous le nom à' apoplexie nerveuse.

Dans les cas d'embolies capillaires, la mort peut survenir trop promptement pour qu'il se produise un ramollissement cérébral qui n'est jamais, dans le cas de ramollissement par obstruction vasculaire, qu'un processus secondaire.

§111. — Injection de graines de tabac.

Si l'injection de substances assez fines pour pénétrer jusque dans les capillaires du cerveau n'amène généralement pas de lésions visibles, vu la promptitude de la mort, il n'en est pas de même de l'introduction de corps plus volumineux dans la circulation. Aussi avons-nous institué quelques expériences sur ce sujet. C'est surtout à cette catégorie de faits qu'appartiennent les expériences de M. Panum et celles plus anciennes de M. Virchow (1).

M. Panum (2) rapporte dans son travail un grand nombre de faits. Cet auteur injecta non seulement des corps inertes, mais encore quelques matières putrescibles, et il crut remarquer que dans ce dernier cas les résultats n'étaient pas tout à fait identiques ; il signala en particulier la fréquence de la formation d'in-

(1) Virchow, Archiv.

(2) Panum, ouv. cit.

farctus purulents. Mais M. Weber (1) croit que cette opinion est un peu exagérée, et que les abcès emboliques peuvent se produire, quelle que soit la nature du corps étranger introduit dans la circulation, ces abcès dépendent pour lui plutôt de la nature du tissu et du rétablissement plus ou moins complet d'une circulation collatérale .

Comme corps inertes, M. Panum (2) a choisi des petites boules de cire qu'il teint au moyen de matières colorantes. M. Virchow, on le sait, s'était servi de parcelles de caoutchouc. Quant à nous, il nous a paru plus simple de prendre, comme nous l'avions vu faire par M. Vulpian, dans une expérience dans laquelle il obtint sur un chien un ramoUissement du cervelet, des graines peu volumineuses, et en particulier de la graine de tabac qui peut, comme toute graine, vu l'épiderme qui la couvre, être considérée comme un corps complètement inerte.

M. Panum, qui n'avait pas spécialement en vue le ramollissement cérébral, fit peu d'injections dans les carotides. Pour étudier l'embolie de la grande circulation, il opéra surtout sur les artères crurales (bout central), et il obtint des infarctus des différents viscères (rate, reins, foie, pancréas) et quelquefois un ramollissement de la moelle épinière (3) ; la mort de l'animal était survenue, dans ces cas, de cinq à dix heures après l'injection. Mais il serait trop long de rapporter en détail ces expériences variées, et nous renverrons nos lecteurs au livre de M. Panum.

Dans nos expériences nous avons cherché à obtenir non seulement des ramollissements cérébraux, mais encore les lésions des viscères désignées sous le nom d'infarctus. Nous sommes même arrivés plusieurs fois à produire ces lésions concurremment avec un ramollissement cérébral ; et comme nous pensons qu'au point de vue de la nature et de la genèse du ramollisement cérébral, il est important de considérer ces altérations simultanées

(1) Weber, Chirurgie de Pitha et Billrolh, 1865, loc. cil., p. 97, § 107.

(a) Panum, loc. cit.

(3) Panum, obs. 2, 3, 4, p. 89 et suiv.

des autres organes, dues à une même cause, nous rapporterons tout au long nos expériences en les analysant.

CHAPITRE PREMIER. — PREMIÈRE SÉRIE d'eXPÉRIENCES AYA>T POUR RUT d'0RTE>IR des RAMOLLISSEMENTS CÉRÉBRAUX

Dans une première série d'expériences n'ayant pour but que d'obtenir des ramollissements cérébraux, nous avons opéré sur le bout périphérique d'une des carotides. Voici le procédé que nous employons :

Nous plaçons une certaine quantité de graines de tabac dans de l'eau, si ces graines ne se précipitent pas, il suffit de les chauffer jusqu'à un degré voisin de l'ébullition pour obtenir ce résultat, et, dans ces cas, nous avons la précaution de changer l'eau pour nous mettre à l'abri de tout phénomène qui puisse être attribué à l'intoxication par le tabac.

L'injection ainsi préparée, nous mettons à nu une des carotides et nous passons au-dessous d'elle trois fils à ligature.

Nous faisons la ligature du fil inférieur, c'est-à-dire de celui qui est le plus rapproché du cœur ; puis ouvrant l'artère, nous introduisons dans son intérieur une canule aussi grosse que possible, canule que nous fixons au moyen du second fil d'attente. Cette canule est munie d'un robinet que l'on a préalablement fermé. Si elle en manquait, on pourrait le remplacer par l'application d'une serre-fine sur la partie libre de l'artère ; précaution qu'il est d'ailleurs bon de prendre dans tous les cas pour empêcher le sang de pénétrer dans l'extrémité de la canule et de s'y coaguler.

Ce premier temps de l'opération terminé, l'un de nous maintient en place la canule, tandis que l'autre charge une seringue de l'injection et a soin de remuer souvent cet instrument avant de l'introduire afin que la graine soit bien en suspension dans l'eau et n'oblitère pas la canule.

Le bout de la seringue placé dans la canule, nous poussons

avec peu de force une quantité de liquide que nous évaluons à 10 ou 20 grammes environ. Immédiatement, la ligature du bout périphérique de l'artère est exécutée, le fil qui maintient la canule enlevé, la plaie rapidement recousue et l'animal délié.

Article !'<• — Détail des Expériences.

Voici les quatre expériences qui ont été faites par ce procédé :

Exp. III. Injection de graines de tabac dans la carotide gauche (bout périphérique) ; hémiplégie droite incomplète ; mort en vingt et une heures; ramollissement pulpeux de r hémisphère gauche {31 iu'ûlei 1865). — Chien épagneul de grande taille.

A quatre heures une injection d'eau, tenant en suspension des graines de tabac, est poussée dans le bout périphériqne delà carotide gauche.

Au moment même, cris, accélération des mouvements respiratoires, grand soupir. La plaie est recousue et le chien est délié; il fait alors quelques pas sans que l'on constate de paralysie ; mais,^ six minutes environ après l'injection, la motilité s'affaiblit dans les membres droits, surtout dans le train postérieur. L'intelligence subsiste, le chien fait des efforts pour venir quand on l'appelle ; il remue la queue en signe de connaissance.

La motilité s'éteint déplus en plus dans le côté droit, sur lequel le chien retombe constamment.

Sensibilité conservée.

Mouvements réflexes quand on lui marche sur la patte postérieure droite.

Vingt minutes environ après, évacuation d'urine et de matière» fécales.

Le chien est plus prostré, mais manifeste cependant son intelligence.

Rien d'appréciable à la face ; yeux non déviés ; pupilles égales, contractiles.

A cinq heures le chien est laissé très abattu, mais ayant encore de l'intelligence.

Le lendemain matin le chien est dans l'agonie, n'entend point quand on l'appelle ; résolution complète des membres, coma, respi-

xation stertoreuse. Mort à une heure et demie de l'après-midi, 1" août 186S.

Autopsie à deux heures. — Artères. Obstruction de la cérébrale moyenne gauche par plusieurs graines de tabac; quelques-unes ont aussi pénétré dans ses branches; on peut en compter une dizaine environ.

Deux ou trois graines sont disséminées dans la cérébrale moyenne droite.

Rien dans les autres branches du cercle de Willis ni dans les vertébrales.

Cerveau. Ramollissement pulpeux blanc rosé occupant une grande partie de Thémisphère gauche (partie moyenne surtout).

Les circonvolutions à ce niveau sont comme confondues les unes avec les autres.

Ce ramollissement gagne la profondeur et atteint le corps strié et la couche optique. Le corps strié est rouge et diffluent.

Hémisphère droit. Pas de ramollissement, non plus que dans les autres parties de l'encéphale.

L'examen microscopique montre des débris de tubes nerveux dissociés, des globules sanguins, mais pas de corps granuleux.

Exp. IV. Injection de graines de tabac dans la carotide gauche (bout périphérique); rotation de gauche à droite; déviation des yeux à droite ; ramollissement des hémisphères , surtout prononcé à droite (16 octobre 1865). — Jeune chien de taille moyenne.

A. trois heures et demie nous injectons dans la carotide gauche (bout périphérique) environ 15 grammes d'eau tenant en suspension des graines de tabac. Immédiatement après l'opération, le chien est délié et nous constatons les phénomènes suivants :

Rotation de gauche à droite, l'animal exécute un mouvement de manège dans un très petit cercle. Ce phénomène est passager et dure au plus trois minutes après lesquelles l'animal tombe à terre. Les yeux regardent tous les deux à droite ; pupille gauche très dilatée, 7 à 8 millimètres ; pupille droite contractée, 2à3 millimètres. L'animal pousse des cris plaintifs.

Au bout de cinq minutes environ, le chien cherchant à se relever, nous croyons remarquer que la patte droite antérieure est plus faible que la gauche ; mais il ne se manifeste pas de symptômes précis d'hémiplégie.

Au bout d'un quart d'heure l'animal reste étendu à terre, et ce

î'est que quand on l'excite et qu'on le remet sur ses pattes qu'il Tiarche en chancelant ; il se jette alors sur les objets qu'il rencontre m paraissant ne pas les voir.

Quatre heures. Vomissements bilieux.

L'animal tombe dans un demi-coma dont on ne peut le sortir ju'en l'excitant ; il fait alors quelques pas en chancelant, il tombe antôt d'un côté, tantôt de l'autre et pousse de temps en temps des tris de souffrance.

Battements du cœur réguliers, peut-être un peu précipités.

Cinq heures. L'animal est dans le même état ; nouveaux vomissenenls bilieux ; il continue à pousser fréquemment des cris ; sa lémarche est toujours chancelante ; la vue paraît toujours abolie; le ;ôté gauche semble plus faible ; dans sa démarche chancelante 'animal porte la tête basse, le museau appliqué contre le sol, et à dusieurs reprises il exécute une culbute complète (ce que nous vions déjà remarqué au commencement de l'expérience).

Sensibilité obtuse, mais conservée des deux côtés.

L'animal est resté dans cet état ; on le retrouve le lendemain nort et en état de rigidité cadavérique.

Autopsie. — Artères de la base. Accumulation de graines de tabac ans les deux artères sylviennes également des deux côtés, environ

à 10 grains dans chaque.

On en retrouve aussi dans la communiquante antérieure, dans la érébrale postérieure droite qui contourne les pédoncules, et qui est omplétement oblitérée. L'artère cérébrale postérieure gauche, au ontraire, est libre et ne contient aucune graine.

Lésions. Le lobe moyen de chaque hémisphère présente à sa surface ne coloration rosée et une diminution de consistance manifeste vec coloration grisâtre de la substance cérébrale ; ce ramollissement evienl plus manifeste au niveau delà scissure interhémisphéiùque.

Ramollissement violacé occupant le pilier postérieur droit de la 3ùte à trois piliers; ce pilier est pulpeux et infiltré de sang.

Les tubercules quadrijumeaux droits sont recouverts d'une bouillie [•is rosé, composée du tissu cérébral ramolli, adhérant à la pielère, et qui n'est probablement qu'une partie du pilier réduite en ouillie et qui est restée adhérente aux tubercules quadrijumeaux, ette bouillie est infiltrée de sang. Après son ablation, nous constains que les tubercules quadrijumeaux sont sains.

Corps striés. Ramollissement rouge, légèrement pulpeux à la surce, occupant le noyau ventriculaire des deux corps striés, mais us accusé du côté droit, où nous trouvons une partie pointillée CoTARD. Maladies mentales. 2

rouge d'apoplexie capillaire. Couche optique, pédoncules, cervelet^ pilier postérieur gauche saius.

Exp. V. Injection de graines de tabac (carotide gauche, bout périphérique); ramollissements multiples portant surtout sur l'hémisphère gauche (17 octobre). — Jeune chien de taille moyenne. A trois heures cinq minutes, injection dans la carotide gauche, bout périphérique, d'environ 6 grammes d'eau tenant en suspension des graines de tabac; l'injection est poussée assez violemment.

L'animal délié pousse des cris et même des hurlements de souffrance.

Faiblesse générale, légère tendance à tourner de droite à gauche autour du train postérieur.

Evacuation de selles solides.

L'animal exécute des mouvements locomoteurs réguliers, mais ne peut se tenir debout si on le soulève ; il peut cependant se soutenir sur ses pattes postérieures.

Pas d'hémiplégie notable.

Trois heures un quart. L'animal continue à pousser des cris, se dirige toujours vers la porte, se dresse contre elle et la gratte de ses pattes antérieures comme pour sortir de la chambre ; éloigné de cette porte, l'animal y retourne et exécute les mêmes mouvements. Légère tendance à tourner de gauche à droite, battements du cœur réguliers.

Trois heures vingt-cinq minutes. L'animal tombe dans le coma; la sensibilité de la jambe postérieure droite parait un peu moindre que celle de gauche ; quand on marche dessus il ne la retire pas comme la gauche.

Cinq heures. Coma profond; battements du cœur plus faibles, mais réguliers. La résolution des membres est presque complète.

Le matin, à neuf heures, le chien est trouvé mort et encore chaud. Mort probablement à sept heures du matin environ.

AcTOPsiE. — L'artère carotide gauche est oblitérée par un caillot noirâtre dans lequel on retrouve quelques graines de tabac.

Pie-mère injectée.

' Artères de la base. La plus grande partie des artères du cercle de Willis contiennent des graines de tabac, mais particulièrement les deux sylviennes et surtout la gauche, où l'on retrouve une agglomération de graines au niveau de la bifurcation de l'artère.

Oblitération des communicantes antérieures. Caillots dans lescom-

SUR LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL d9

miiniquantes postérieures, surtout dans la gauche qui est distendue par un caillot noirâtre.

Les deux artères cérébrales antérieures, dans la partie qui longe la (ace supérieure des corps calleux, sont obstruées par des graines de tabac rangées en série à la suite les unes des autres.

Lésions de Cencéphale. Ramollissement rouge de la partie moyenne de l'hémisphère gauche, s'enfonçant dans la profondeur jusqu'à la surface du ventricule; en un point rapproché de la surface, le ramollissement devient pulpeux, piqueté de rouge, ressemblant à l'apoplexie capillaire. Pas de ramollissement dans la partie antérieure de l'hémisphère; en arrière, l'altération n'a pas une limite bien tranchée, et l'on retrouve à la partie tout à fait postérieure du lobe occipital un foyer de ramollissement blanc pulpeux, de la grosseur d'une petite noisette, dont la substance s'est même répandue sur les corps quadrijumeaux auxquels elle est adhérente.

Corps striés, couches optiques, tubercules, voûte à trois piliers sains.

Cervelet. On constate que le vermis inferior e%ivo\is,e,, congestionné, un peu ramolli jusqu'à son centre.

Quelques points rouges d'apoplexie capillaire sur le plancher du quatrième ventricule.

U'exanien microscopique des parties ramollies ne fait voir que des fibres nerveuses, les unes saines, les autres fragmentées et en débris. Pas de leucocytes ni de corps granuleux.

Exp. VI. Injection de graines de tabac dans la carotide droite (bout périphérique) ; mouvement de manège de gauche à droite; hémiplégie gauche incomplète; ramollissement purulent de Vhémisphère droit. (19 octobre). — Chienne jeune de taille moyenne. La veille nous avions cherché à lui introduire dans la carotide droite, par l'intermédiaire d'une collatérale, quelques graines de tabac, mais sans succès. Aucun accident ne se produisit; les graines n'avaient pas pénétré.

Le 19, quatre heures un quart. La plaie est rouverte et nous injectons dans le bout périphérique de la carotide droite une fort minime proportion d'eau tenant en suspension des graines de tabac un peu plus volumineuses que celles qui ont servi dans les expériences précédentes. Immédiatement, cris de l'animal qui se débat. Quand il est délié, nous remarquons les symptômes suivants: la chienne retombe sur le côté gauche et fait de violents mouvements de ses membres gauches pour se relevei-, puis retombe.

Remis sur ses pattes, Taninial décrit bientôt un mouvement de manège de gauche à droite et dans un petit cercle, la tête est constamment tournée à droite, les yeux regardent aussi de ce côté. Pupilles égales, contractiles.

Ces symptômes deviennent bientôt encore plus manifestes, et en quittant lanimal à cinq heures, nous constatons une hémiplégie incomplète du cd^é^ae«c/ie, le mouvement de manège de gauche à droite, la déviation des yeux et de la tête à droite persistent. L'animal retombe toujours sur son côté gauche, le mouvement des pattes gauches est difficile ; très souvent il les traîne à demi, et ne pouvant alors les appliquer sur la face plantaire, il appuie la face dorsale des pattes gauches contrôle sol et tombe; souvent alors les pattes gauches (surtout lantérieure) s'écartent à angle droit et l'animal ne peut les rapprocher qu'avec difficulté. Les mouvements du côté droit paraissent normaux.

Intelligence conservée; l'animal cherche à se défendre et à mordre quand on veut le saisir.

On le muselle, et il cherche à enlever la muselière avec ses pattes.

Sensibilité. Moindre à gauche qu'à droite, mais pas éteinte.

Les cris continuent de temps en temps, mais beaucoup moins que dans les précédentes expériences.

20 octobre, dix heures et demie. L'animal est à peu près dans le même état que la veille, quoiqu'il puisse mieux se soutenir sur ses pattes gauches. Intelligence nette. Pas de coma. Le mouvement de manège, la déviation de la tête et des yeux à droite subsistent, mais le cercle du manège paraît plus grand qu'hier.

23 octobre. L'animal est resté dans le même état qui est décrit cidessus, marchant avec plus de facilité cependant que les jours précédents, mais conservant toujours une tendance à la rotation ; il continue à paraître triste et malade, son poil est hérissé ; il mange cependant un peu, boil beaucoup. Pas de perte de l'intelligence.

24 octobre. L'animal tombe dans le coma et meurt à quatre heures. Autopsie. — Artères cérébrales. On retrouve trois graines de tabac

dans l'artère sylvienne droite.

Hémisphère djr oit. VnTiHiixxïné^ié et s'étale quand on place le cerveau sur sa base : au toucher il est fluctuant et paraît diffluent. Une tache rouge poiniillée d'apoplexie capillaire au niveau de la partie externe du lobe moyen. A la coupe on trouve toute la substance blanche du centre ovale ramollie et diffluente jusqu'au ventricule latéral. Ce foyer de ramollissement est rempli d'une substance verdàlre, un peu filante et ayant l'apparence de pus mêlé à de la subs-

tance cérébrale. L'examen microscopique y fait découvrir des débris de libres nerveuses, des granulations graisseuses isolées et en groupe, et un grand nombre de corpuscules pyoïdes montrant Texistence d'une encéphalite qui était déjà évidente à l'œil nu.

Coi'ps strié. Présente à sa partie moyenne un petit foyer de ramollissement grisâtre, diffluent, gros comme une lentille.

Couche opiirjue saine.

Hémisphère gauche sain.

Cervelet. Ramollissement rouge avec quelques points d'apoplexie capillaire au niveau du verrais inférieur.

Article II. — Analyse de ces expériences.

Le premier symptôme de pénétration de l'injection dans les artères cérébrales est la douleur ; l'animal pousse des cris, phénomène que nous avons presque toujours remarqué et qui était même pour nous, dans nos dernières expériences, un signe de la pénétration de l'injection dans le cerveau. (Voir les exp. III, IV, V, VIetlexp.VIII,p. 26.)

Quelquefois l'animal tomba dans la prostration et dans un demicoma, sans que nous puissions voir de phénomènes hémiplégiques. C'était dans les cas où l'oblitération était trop générale, cas qui se rapprochaientdes effets produits par la poudre de lycopode; c'est même là une des causes qui nous ont fait choisir un autre procédé expérimental, comme nous le dirons plus loin.

Cependant dans trois expériences de cette première série (III, IV, YI), nous avons observé des phénomènes qui se rapprochent de Ihémiplégie. L'hémiplégie par lésion cérébrale est un symptôme que l'on n'observe jamais que d'une manière incomplète chez les animaux. C'est ce que fait remarquer M. Vulpian (1) dans son cours, quand il dit: « Chez les animaux il est extrêmement difficile de produire une hémiplégie complète par une lésion de l'encéphale, et l'on peut même dire, d'une façon générale, que l'on ne peut y arriver. »

(1) Vulpian, Revue des cours scientifiques, 1865, n. 27, p. 454.

Mais si l'on n'observe pas l'hémiplégie complète avec flaccidité, on peut observer du moins des phénomènes qui s'en rapprochent, une faiblesse d'un côté du corps, par exemple, une diminution de la sensibilité et surtout des phénomènes de rotation. Nous avons eu, en particulier, plusieurs fois l'occasion d'observer un mouvement de manège (exp. III, IV, Vil). Dans ce mouvement l'animal exécutait un cercle à diamètre plus ou moins considérable, en tournant, comme il est de règle, vers son côté non paralysé; le côté paralysé ou affaibli étant au contraire placé en dehors du cercle; mouvement de giaMc/te à rfroiïe, par exemple, si la lésion se trouve dans l'hémisphère droite et le côté atfaibli étant par conséquent le côté gauche.

Ce mouvement s'accompagne généralement d'une déviation de la tête et des yeux du côté opposé à la paralysie, les deux yeux étant tournés du côté de la lésion cérébrale. Ces phénomènes de déviation des yeux et de la tête s'observent assez fréquemment chez l'homme frappé d'hémiplégie, comme l'un de nous l'a déjà lait remarquer dans une publication précédente (1). Chez les animaux, cette déviation des yeux et de la tête accompagne ou précède la rotation; chez l'homme, ne serait-elle pas une ébauche de ce mouvement?

Puisque nous parlons maintenant des yeux, ajoutons que nous avons observé une inégalité pupillaire (exp. IV) et deux fois une perte évidente de la vue, sans que nous ayons trouvé à l'autopsie, dans ce dernier cas, la raison de ce symptôme; mais nous devons dire que nous n'avons pas fait de recherches minutieuses à cet égard (exp. IV et VIII).

Les animaux que nous opérions ainsi n'ont pas survécu longtemps, ils mouraient ordinairement après six à dix heures; cependant l'un d'eux (exp. VI) a survécu trois jours (cas dans lequel nous avions fait une très faible injection).

Généralement après avoir gardé quelque temps (une heure et

fl) Gaz. hebdom., 1865, n» 41, p. 649.

quelquefois davantage) sa connaissance et son intelligence, car l'intelligence a toujours subsisté pendant quelque temps d'une manière manifeste, l'animal tombe, tantôt dans un demi-coma, tantôt dans un carus complet, la respiration devient stertoreuse (exp. lllj et il meurt par asphyxie comme les apoplectiques.

Malgré le peu de temps de survie, nous avons toujours trouvé à l'autopsie des lésions évidentes du cerveau.

En premier lieu, nous pouvions constater l'oblitération artérielle qui dans les expériences les mieux réussies était plus limitée (ce que nous cherchions à obtenir). L'oblitération par la graine de tabac est en effet très facile à constater dans les artères cérébrales, car la couleur noire de cette graine tranche avec la couleur de la substance nerveuse.

Très souvent (comme chez l'homme) l'oblitération avait lieu dans l'artère sylvienne et la graine s'arrêtait sur la partie externe- de l'hémisphère à l'endroit où l'artère se subdivise. L'oblitération habituelle de l'artère sylvienne dans nos expériences est un fait curieux à observer, d'autant plus que chez Ihomme également, l'embolie se produit très fréquemment dans cette artère ; mais ne pouvant donner l'explication de ce phénomène, nous nous contentons de la signaler (exp. III, IV, V, VI, VII, VIII et IX). Souvent, il est vrai, cette oblitération existait aussi dans d'autres artères cérébrales, mais nous avons remarqué alors une plus grande quantité de graines dans l'une des cérébrales moyennes ; quelquefois même l'oblitération a été limitée aux artères sylviennes (exp. IIl et VI).

Dans un seul cas (exp. IX) l'oblitération de l'artère sylvienne manquait avec un ramollissement, mais nous devons dire que ce ramollissement très limité n'a été découvert qu'après la section du cerveau et nous n'avons pu déterminer exactement la branche oblitérée qui était peut-être une branche de la sylvienne. Quoi qu'il en soit, la fréquence de l'oblitération des sylviennes est manifeste dans nos expériences et c'est là un fait assez remarquable.

Dans ces cas de mort, même rapide, nous avons toujours trouvé une lésion de l'encéphale (1) ; c'était ordinairement la partie moyenne d'un hémisphère, quelquefois tout un hémisphère qui était ramolli, ce ramollissement pénétrant dans la profondeur et atteignant même quelquefois le ventricule et un des corps striés.

L'aspect que présentait la substance ramollie était tout à fait analogue à celui du ramollissement récent de l'homme. (Yoy. pi. III, fig. 3.)

L'hémisphère était quelquefois comme tuméfié à sa surface, la substance cérébrale présentait par places des taches rouges comme ecchymoliques et souvent un pointillé dapoplexie capillaire. Nous insisterons d'ailleurs dans un paragraphe spécial de ce mémoire, sur cette congestion tout à fait analogue à celle que l'on rencontre dans les infarctus des autres viscères et nous chercherons à nous en rendre compte.

^ A Texamen microscopique, ces parties frappées de ramollissement offrent aussi un aspect tout à fait analogue à celui que présente le ramollissement récent observé chez l'homme ; on voit des tubes nerveux dissociés, comme brisés, dans quelques parties de la moelle nerveuse en gouttelettes, des globules sanguins rassemblés par place ; en un mot, un tissu dissocié et comme réduit en bouillie, très comparable aux infarctus récents des viscères.

Dans une de nos expériences (exp. YI), nous avons observé un

(1) De riches anastomoses, pourrait-on dire, n'existent-elles' pas à la base du cerveau, et le cercle de "Willis ne permet-il pas une communication très facile entre les diverses branches qui lui donnent naissance? Loin de repousser ce fait, loin de le regarder comme contraire à l'opinion que nous avançons, nous dirons même qu'il en est une confirmation. Enefi'et.les oblitérations artérielles qui siègent en deçà du cercle de Willis sont beaucoup moins graves dans leurs conséquences que celles qui sont situées au delà de l'hexagone artériel. C'est pour cela que la ligature d'une carotide et même des deux carotides a pu ne pas produire de mortification du tissu encéphalique, la circulation s'étant rétablie dans le cercle de "Willis par l'intermédiaire des vertébrales. Mais si l'oblitération dépasse le cercle et se fait dans une sylvienne, par exemple, le segment cérébral qui en dépend subit bientôt un trouble de nutrition et se ramollit. MM. Lancereaux {De la thrombose et de l'embolie cérébrales ; Paris, 1862, p. 28), Hasse {p 513) insistent tous deux sur ce fait, qui avait déjà frappé M. Ehrmann {auvr. cit., p. 63) quand il dit : « L'oblitération qui siège au delà des communicantes rendant la circulation collatérale très ditïicile devra être presque nécessairement syivie de lésions profondes du tissu cérébral. »

ramollissement qui contenait du pus. L'accumulation de pus autour d'infarctus du rein a été aussi observée par nous dans les expériences que nous rapporterons plus loin. Cette altératioUy qui ne se rencontre pas généralement chez l'homme, doit attirer notre attention et peut être un exemple de l'inllammation consécutive et éliminatrice formée autour de parties frappées de nécrobiose.

Cette opinion, qui avait déjà été émiseparM. Virchow, a été de nouveau soutenue par MM. Hasse (1), Lambuscher (2), Cohn (3) et Bergmann (4), par M. Wagner (5) qui pense de plus que les abcès métastatiques ont pour cause une embolie graisseuse.

Mais M. 0. Weber (6), qui insiste aussi sur la possibilité de la suppuration de certains infarctus, ne croit pas que l'opinion de M. Wagner sur les abcès métastatiques soit aussi certaine que l'avance cet auteur.

Page 1