PRÉFACE XI
la réaction du moi sur le monde extérieur; elle s'exerce en grande partie sur les matériaux qui lui sont fournis par les centres psycho-sensoriels, sur les images sensibles, dans lesquelles il faut distinguer deux éléments presque toujours confondus dans la réalité objective (l'image d'un objet en mouvement, par exemple): V image sensible pure ^ et Vêlement moteur annexé à l'image sensible. Ces derniers éléments représentent la réaction du monde extérieur sur le moi; ils sont doués d'une motilité automatique indépendante de tout effort volontaire, et qui peut entrer en jeu malgré le moi lui-même.
Dès lors, si cette double activité est exaltée par la maladie, il s'ensuivra des formes délirantes expansives ; si elle est amoindrie, on aura des formes dépressives. En outre, le délire restera limité à la sphère subjective, si l'activité volontaire est seule atteinte ; il s'étendra à la sphère objective, si l'activité automatique est lésée à son tour.
La démonstration a été faite ou du moins essayée, nous l'avons vu, pour les états expansifs. Cotard l'applique également aux états opposés : « Des états de dépression « psycho-motrice, écrit-il, dérivent une disposition morale « pénible, un abattement, un désespoir qui s'expliquent ce plutôt, à mon sens, par la perte de l'énergie motrice « que par des troubles de la sensibilité (1). Les phéno- « mènes douloureux, auxquels on est tenté d'assigner la « première place, font quelquefois défaut, et il n'est nulce lement prouvé, lorsqu'ils existent, que la dépression ce psycho-motrice leur soit subordonnée. » Et plus loin : ce Les éléments moteurs annexés aux images sence sibles éprouvent, par le fait de la synergie cérébrale, ce une altération analogue (à celle de l'activité volontaire). ce Les malades sont abandonnés de Dieu et des hommes, ce les objets extérieurs n'agissent plus sur eux de la même
(l) Origine psycho-inotrice du délire, p. 425.
Xlt PRÉFACE
<< manière, et perdent même leur réalité substantielle. Le « délire des négations, auquel aboutissent les formes « graves, s explique ainsi par des troubles moteurs (1), » De même, les idées de possession et de damnation résultent d'une excitation motrice se traduisant <f dans la conscience « des malades, par le sentiment d'une force irrésistible qui « pousse ou qui arrête,., d'un mouvement convulsif qu'ils « ne peuvent dominer ». Enfin, le délire des persécutions avec ses hallucinations serait également sous la dépendance de l'automatisme moteur, grâce auquel se constituent des êtres, des personnalités, « vivant en quelque <f sorte d'une vie propre dans le cerveau... Ces existences « subjectives, qui se développent dans le cerveau à côté « du moi, sont soumises comme lui aux troubles fonctionce nels de l'organe... Leur automatisme caractérise tout « particulièrement le délire des persécutions. De là, les « interprétations des malades, qui voient tout autour d'eux « des intentions ironiques et malveillantes, des puissances « acharnées contre leur personne ».
On le voit, la part de l'élément moteur, dans la genèse du délire, est devenue absolument prépondérante pour Cotard.
Ce court préambule suffira, je l'espère, pour initier le lecteur aux idées mères des Œuvres de Cotard, pour prouver que nous avons perdu en lui un esprit profond et original, à la fois philosophique et clinicien, trop tôt enlevé à la science, et pour démontrer que ses travaux épars méritaient d'être réunis en un volume, que nous présentons avec confiance à tous ceux qui, en France et à l'étranger, s'intéressent aux progrès incessants de I? science des maladies mentales.
J. Faluèt.
Paris, Février 1891.
(1) Page 426.
(en collaboration avec le docteur j.-l. Prévost)
Ayant eu roccasion d'observer un assez grand nombre de ramollissements du cerveau pendant notre internat à la Salpêtrière, et nos maîtres, MM. Charcotet Yulpian, ayant bien voulu mettre à notre disposition les observations recueillies dans leurs services pendant les années précédentes, nous avons pensé que de ce nombre considérable de faits observés avec soin, nous pourrions peut-être tirer quelques résultats intéressants au point de vue de la nature du ramollissement cérébral, de ses causes, de sa symptomatologie, de ses relations avec d'autres affections. Grâce aux conseils de M. le docteur Yulpian, nous avons pu instituer quelques expériences de physiologie pathologique, et reproduire artificiellement sur des animaux quelques-uns des symptômes du ramollissement cérébral, et cet ensemble de lésions multiples qu'on rencontre si souvent chez le vieillard (ramollissement cérébral, infarctus des reins, de la rate, de lïntestin, etc.).
Nous chercherons à rapprocher de ces données expérimentales
(1) Mémoire lu à la Société de Biologie, dans le mois de décembre de l'année 1865, extrait des Comptes rendus des séances et mémoires de la Société de biologie de Tannée 1865.
CoTARD. Maladies mentales. 1
un certain nombre de nos observations, et à montrer l'importance Personne ne nie plus aujourd'hui le rôle des oblitérations vasculaires dans la production du ramollissement, et à ce point de vue nos observations ne présentent rien qui ne soit déjà connu; mais quelle part doit-on faire à cette cause? Doit-on lui rapporter tous les cas de ramollissement ? Existe-t-il des cas de ramollissement indépendants de toute lésion vasculaire? C'est ce que nous chercherons à élucider. Dans une première partie nous exposerons les expériences qui doivent servir de base à ce travail. La seconde partie sera consacrée à l'analyse et à la discussion des observations, des troubles ischémiques des centres nerveux, troubles sur lesquels MM. Charcot etVulpian ont souvent appelé notre attention. Qu'il nous soit permis de remercier nos maîtres, MM. Charcot et Vulpian, qui nous ont donné l'idée de ce travail et nous ont aidés de leurs conseils.