‹ Etudes sur les microzoaires, ou infusoires proprement ditsChapitre 4 sur 70 · PI. XXII · texte numérisé non relu

PI. XXII

2) Lehrbuch des Hist., p. 134 et suiv. 3) Muller’s Archiv. 1857.

( ( (3) M (4) £'tude sur les Inf. et les Zhizopodes, 1858, p. 92.

transversales. Ces petits organes, qui ont quelquefois une ténuité telle qu'ils échappent à l'observation, sont destinés le plus souvent à faire mouvoir l'animal dans le liquide qu'il habite. Leurs mouvements sont individuels et successifs, ce qui donne à leur ensemble un aspect ondulant d'autant plus facile à observer que l’infusoire est plus rapproché de sa fin.

Les cils ne sont pas, comme on pourrait le supposer, un produit de la cuticule, ils traversent ce mince tégument, et leur base se trouve placée entre celui-ci et la couche myosique qui provoque el régit leurs mouvements ondulatoires. Aussi, lorsque la myose se trouve très-développée et que ses fibres se montrent sous forme de bandes longitudinales ou obliques, comme on le remarque chez les Stentors, les Lacrymaires, ete., les cils forment des séries régulières plus ou moins serrées et qui suivent exactement le sommet des faisceaux myosiques.

Quelques auteurs, et ceux surtout qui ont refusé aux Infusoires une organisation quelconque, ont assimilé les cils de la cuticule aux filaments que l’on constate aux sommets de certaines cellules chez les animaux supérieurs et qui sont connues sous le nom de cellules vibratiles. Ces cellules, que lon rencontre dans les fosses nasales, les voies aériennes, le vagin, ete., se présentent sous une forme conique dont la base est munie de filaments très-déliés et doués d’un mouvement ondulant. Mais ces organes sont conslamment destinés à la même fonction, leur mouvement est uniforme et toujours dirigé dans le même sens ; il est instinctif, pour ainsi dire, et continue jusqu'à ce que les agents extérieurs aient détruit les principes de la cellule elle-même. Le mouvement des cils des Microzoaires est réfléchi ; il est sous l'influence de la volonté de l’animal qui le modifie à chaque instant, soit pour se porter en avant, soit pour nager en arrière, soit en arrêtant leur vibration lorsqu'il veut rester à l’état de repos.

Cette soumission des eils à la volonté de l'animal se fait encore plus sentir chez les autres organes externes des Infusoires que nous allons examiner, et leur mouvement réfléchi semble encore plus prononcé, en raison de leur plus grande dimension et des fonctions qu'ils remplissent.

Les Infusoires les plus inférieurs, je pourrais dire les plus microscopiques, car nous considérons, peut-être à tort, comme inférieurs les êtres qui par leur petite taille échappent à notre examen et ne nous permellent pas de sonder les mystères de leur organisme, ces Infusoires, dis-je, sont encore certainement recouverts d’un duvet de cils que le microscope ne peut nous faire découvrir directement. Et d’abord on constate que tous les Microzoaires chez lesquels nous ne pouvons voir les cils, tant à cause de leur ténuité externe que par suite des mouvements rapides dont ils sont doués, sont entourés d’une auréole brillante pendant leur vie. Or cette auréole, après la mort de l’Infusoire et sa dessiccation, disparait, el à sa place on aperçoit une bande frangée de cils plus ou moins longs et généralement difficiles à reconnaitre. Les Microzoaires les plus petits que nous puissions examiner, tels que les Vibrions et les Spirilles, qui pour nous sont de vrais Infusoires, sont d’une dimension tellement réduite que l'observation directe, même avec un grossissement de 700 diamètres, ne peut y faire apercevoir les eils qui couvrent leur surface ; mais s'ils viennent à se dessécher lentement dans un liquide chargé de molécules extrêmement ténues, on remarque autour de leur corps un espace clair que ces molécules ne peuvent franchir et qui a la même épaisseur dans tout le pourtour du Microzoaire. Cet espace clair (1) est dù très-probablement à la présence des cils qui couvrent le corps de ces infusoires et tiennent à distance toutes les particules que le desséchement attire constamment vers les corps plus volumineux.

(4) PI XXVIL, fig. 5.

Quelques micrographes, Alleman (1) et Schmit (2), ont cru reconnaitre, chez certains Infusoires, le Paramecium aurelia, Bursarra, et le Bursaria leucas, des bâtonnets ou tricocystes analogues à ceux que l’on rencontre dans la peau des Turbellariées, et qui joueraient le rôle des cellules urticantes des Polypes. Ces tricocystes renfermeraient, enroulé sur lui-même, un long filament -urticant que l’Infusoire pourrait décocher à volonté et qui aurait pour effet de stupéfier les animaux voisins qui en seraient atleints. Cohn n'admet pas ces observations et les explique par un effet d'optique. Claparède et Lachmaun les acceptent non-seulement pour Îes Infusoires eités, mais encore pour les Loxophillums, les Amphileptus, les Nassules, ete. Nous avons bien, quant à nous, constaté qu'au moment de la mort de certains Infusoires les cils semblaient augmenter de longueur, mais, malgré des observations altentives, nous n'avons pu découvrir les tricocystes d’Alleman, ni les effets urticants des soies de Lachmann.

Cirrues. — Outre les cils dont ils peuvent être recouverts, les Microzoaires à tourbillon possèdent des appendices plus forts, plus épais et plus rigides, auxquels on a donné le nom de cirrhes. Ces organes sont placés généralement suivant des lignes droites, courbes ou circulaires, à la surface de la cuticule, et sont désignés sous le nom de cirrhes marginaux, dorsaux, ventraux elbuccaux, suivant la place qu'ils occupent. A l'exception des cirrhes buceaux, qui ont une fonetion spéciale à remplir, les autres semblent destinés comme les cils à la natation des microzoaires, mais paraissent plus spécialement occasionner le mouvement brusque que lon remarque chez les Stylonychies, les Oxytriques, ete., pendant que les eils ont une action permanente de natalion. En effet, si l’on suit attentivement la marche

(1) Quarterly Journal of microscopical sc.

(2) Muller’s Archiv. 1857.

d’une Stylonychie, on voit que dans la natation en avant tous les appendices de la surface exécutent des mouvements d'ensemble qui donnent à la marche de l’Infusoire une progression constante et régulière ; mais, aussitôt que l'animal veut éviter un obstacle, ou se retirer d’un certain milieu, on constate une action plus prépondérante des cirrhes de la surface. Ces organes sont du reste implantés comme les cils, comme ceux-ci ils subissent l’action de la myose, mais on remarque qu'ils sont toujours en lignes serrées régulières, el trèsinclinés sur la euticule.

Les cirrhes buccaux méritent d’être étudiés avec plus de soin que les précédents, vu les fonctions importantes qu'ils remplissent et les différentes formes qu'ils affectent. Les Microzoaires qui composent notre premier ordre se distinguent de ceux du second par les cirrhes buccaux que seuls ils possèdent, et qui occasionnent dans le liquide ambiant un tourbillon remarquable, qui a pour but d'appeler à la bouche de l’Infusoire les molécules qui doivent lui servir de nourriture. La disposition de ces organes est par suite subordonnée à la forme de la bouche et à la place que celle-ci oceupe chez les Infusoires. Chez les Stentors, les Vorticelles, les Epistylis, les Vaginicoles, ete., les cirrhes bueccaux sont placés au sommet de l'animal et affectent la forme d’une couronne interrompue dont les deux extrémités s’infléchissent en dedans ; chez d’autres Infusoires, la couronne est complète et peut même former plusieurs circuits, comme on le remarque, par exemple, chez les Tintinnus. Lorsque la bouche ne se trouve pas placée au sommet du Microzoaire, les cirrhes buccaux se montrent sous forme de bandes ou d’écharpes, partant de la partie antérieure du corps et venant, en suivant une ligne plus ou moins oblique, aboutir à la bouche. Quelques Infusoires, les Glaucomes entre autres, ont les cirrhes buccaux placés sur une membrane, sorte de lèvre vibrante et douée d’un mouvement extrèmement rapide.

Les cirrhes buccaux sont généralement assez longs et droits, mais

chez les Stentors on remarque qu'ils sont infléchis à la base et recourbés en dedans (1).

Ces organes, doués d’un mouvement très-rapide et d’une puissance extraordinaire, qui étend la sphère de leur action à une distance considérable, présentent à l'observation l'aspect d’une roue dentée et qui tourne rapidement. Cet aspect, comme l’a très-bien démontré M. Dujardin, lient à ce que les cirrhes s’infléchissent régulièrement lun après l’autre et se relèvent dans le même ordre, de telle facon que, si l’animal vient accidentellement à les faire mouvoir lentement, ils prennent la forme d’une succession de dents qui semblent se poursuivre selon une certaine direction. C’est ainsi que les épis d’un champ, inclinés par le vent, présentent à l'œil l’aspect d’une suecession de vagues qui courent sans cesse les unes après les autres d’un bout à l’autre du sillon.

Ce mouvement rapide des eirrhes buccaux aide puissamment à la nalation chez les Infusoires nageurs, et leur action est toujours double, c’est-à-dire qu'ils servent simultanément à la progression et à la nutrition de l'animal. Aussi, quand les Microzoaires se trouvent placés subitement dans un milieu qui ne leur convient pas ; quand sous l’action des cirrhes buceaux ils attirent forcément à la bouche des particules qui leur déplaisent, ils sont obligés de faire cesser leur mouvement de progression en avant, et alors, comme on le remarque si bien chez les Stentors, ils contractent les cirrhes et ne laissent pius d'action qu'aux cils de la surface dont un mouvement contraire ramène rapi-

dement l'animal en arrière.

Cornicuces. — Il existe toute une famille de Microzoaires qui sont

à la fois organisés pour la natation et pour la marche. Ces Infusoires, outre les organes que nous venons de signaler, possèdent encore des

(1) V. pl. I, fig. 7.

appendices qui, par leur forme etleurs fonctions, s’éloignent complétement des précédents. Ces appendices, auxquels Muller à donné le nom de cornicules que nous leur conservons, sont des espèces de pieds en forme de cornes recourbées. Leur extrémité est fine, mais ils vont rapidement en s’épaississant et sont implantés sur un bulbe rond et remarquable par son éclat.

Ces cornicules sont spécialement destinées à la marche des Infusoires qui les possèdent ; ils ont des mouvements lents ou rapides, mais bien distinets de ceux des cils ou des cirrhes. Ils se meuvent séparément et à mesure que l’animal s’avance et marche sur un corps quelconque ; ils font enfin complétement office de pieds et ont dans leur mouvement beaucoup d’analogie avec les pattes de certains insectes. Cependant, comme les Microzoaires qui possèdent les cornicules sont en même temps marcheurs et nageurs, ces organes ne restent pas inactifs pendant la natation, et par leur mouvement de rame ils aident dans une certaine mesure à la progression de lInfusoire.

Il n'existe pas d’organe chez les Microzoaires qui, plus que les cornicules, rende évidentsles mouvements volontaires de ces animaux. Pour le micrographe qui s’est plu à suivre attentivement l’action de ces appendices, la manière réfléchie dont chacun d'eux exécute ses mouvements, il n'est pas douteux que la volonté et la réflexion ne président aux fonctions des organes qu'il étudie. Or quelle conclusion ne doit-on pas en tirer ? La volonté demande un centre pour se manifester, des fibres nerveuses pour se transmettre, des organes musculaires pour produire ces mouvements pleins de discernement. Alors le savant micrographe de Berlin est-il done tant dans l'exagération quand il donne aux Infusoires une organisation aussi complète que celle qu'il leur reconnait ?

SryLes. — Quelques Infusoires possèdent encore d’autres organes

appendiculaires qui accompagnent souvent les cornieules et que l’on désigne sous le nom de s/yles. Ces appendices, remarquables chez les Stylonychies et auxquels MM. Claparède et Lachmann ont donné improprement le nom de pieds-rames, n’ont pas encore de fonctions bien définies. Ce sont des appendices raides, aplatis, relativement très-épais et souvent terminés par un pinceau de poils très-fins et taillés obliquement. Ils ont des mouvements rares et saccadés de droite à gauche ou de gauche à droite, mais d’une étendue fort restreinte. Ces mouvements peuvent s’exécuter alors que l'animal est à l'état de repos, sans influencer en rien sa station. Bien que l'on soit obligé d’avouer que ces organes n'ont pas encore de fonctions bien apparentes, on peut cependant supposer que chez certaines espèces ils sont destinés à faciliter la sortie des fèces et à les détacher du corps de linfusoire. Ils auraient alors une fonction analogue à celle de cette longue soie que Lachmann a si bien étudiée chez les Vorticelles, qui se trouve placée dans le vestibule et qui, par un mouvement assez semblable à celui des styles que nous venons de décrire, éloigne de la bouche des Vorticelles les particules qui sor-

tent de l'anus situé dans le voisinage.

SOIES, FILAMENTS TRAINANTS, FLAGELLUM, ete. — On remarque encore, chez certains Infusoires à tourbillons, des appendices plus longs que ceux que nous venons de décrire, d’une ténuité extrême el ayant une disposition toute particulière. Ces organes, auxquels on a donné le nom de soies, sont en faisceau isolé, comme on le remarque chez les Alyseum, ou disposés en couronne autour de l'animal, comme cela exisle chez les Halteries. Ils sont recourbés en arrière ou trèsinclinés sur le corps de l’animal et paraissent immobiles à côté des cils et des cirrhes en mouvement : mais tout à coup ils se relèvent brusquement, foueltent énergiquement le liquide ambiant et ont exécuter au Microzoaire un bond relativement prodigieux et qui le

RECHERCHES ANATOMIQUES SUR LES INFUSOIRES. 21 lance avec la rapidité de léclair à une distance considérable de la place qu'il occupait d’abord ; les Infusoires qui sont doués de ces organes sont appelés sauteurs.

Il existe sur de rares Microzoaires des filaments qui paraissent analogues à ceux que nous venons d'indiquer, quant à la longueur et laténuité, et qui ne sont doués d'aucun mouvement appréciable, on les appelle #laments trainants, et on ignore encore les fonctions qu'ils sont appelés à remplir.

Dans l’ordre des Infusoires oscillants, les cirrhes buccaux sont remplacés ordinairement par des appendices flagelliformes qui sont doués d’un mouvement ondulant et qui déterminent dans le liquide un remous qui attire près de la bouche les particules dont l'animal doit se nourrir. Cet organe, nommé flagellum, est aussi destiné à la natation du Microzoaire, c’est même souvent son seul moyen de locomotion, mais il imprime au corps de l'animal un dandinement qui ua plus de rapport avec la marche rapide et directe des infusoires à tourbillon. Les Euglènes n’ont qu'un seul flagellum, mais chez d’autres infusoires on en voit deux, trois, quatre, etc. Quelques micrographes ont pensé que ces appendices étaient des espèces de trompes, des suçoirs qui servaient spécialement à la nutrition. Il n en est rien, el nous avons pu, dans bien des cas, reconnaitre que la bouche était située à la base du flagellum. Cet organe est quelquefois très-allongé, sa base est peu flexible, etce n’est que l'extrémité amincie qui s’agite plus ou moins vivement dans le liquide ; d’autres fois il est mobile et doué d’un mouvement ondulant dans toute son étendue ; dans ce dernier cas, le flagellum a à peu près la même épaisseur dans toute sa longueur.

On remarque encore, chez quelques Infusoires du même ordre, des appendices dirigés d'avant en arrière, assez épais dans toute leur étendue et trainants, mais ces filaments ont la propriété de pouvoir se fixer par leur extrémité libre et même quelquefois de se contracter

brusquement, à peu près comme les pédicelles des Vorticelles. On donne à ces organes le nom de pédicules trainants.

Enfin on constate encore chez certains Infusoires, au moment de leur naissance, des cils qui se développent à la base de l'animal, et qui, pendant un certain temps, leur permettent de nager librement. Ces cils disparaissent aussitôt que l'animal s’est fixé et qu'il va vivre de sa vie définitive. On donne à ces organes le nom de cils caducs.

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