ESPAGNE
L'Espagne a occupé un rang des plus importants dans la production des métaux^ et, depuis vingt ans, elle s'efforce de reconquérir ce rang, et de tirer parti des ressources que la nature semble avoir prodiguées à plusieurs de ses provinces. M. Le- ^play a tracé, il y a douze ans, un tableau intéressant de la plus grande partie de ces ressources, qui, suivant ses prévisions, se sont développées depuis par des entreprises nombreuses, et ont amené des découvertes nouvelles. Dans le seul district d'Adra, la production s'est élevée à 200,000 quintaux métriques de plomb; la Sierra d'Almagrera produit aujourd'hui pour huit millions d'argent, et voici que la découverte du filon d'Hiendelencina, dans la Sierra de Guadalajara, donne des espérances d'une richesse analogue.
Dans le district du nord de l'Andalousie et de
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TEstramadure, les filons de Guadalcanal^ de Rio- Tinto, de Linarès, de la Sierra de Los-Santos, etc., sont explorés par des travaux dont l'ensemble pourra bientôt arriver à une production notable. Âlmaden, dont le nom seul rappelle un des plus beaux faits de la richesse minérale du globe, est aujourd'hui étudié de manière à promettre pour l'avenir des développements nouveaux. Les calamines de Riopar alimentent actuellement une belle usine; enfin les éléments de la fabrication du fer, qui abondent en Espagne, commencent à être mis en valeur d'une manière plus générale que par le passé.
La production de tous ces métaux, bien qu'elle atteigne aujourd'hui une valeur annuelle de 55 à 40 riiillions, est encore loin de se trouver en rapport avec la richesse minérale de l'Espagne. Est-il^ besoin de signaler les causes qui l'entravent? Le manque de routes auxquelles ne supplée aucune voie navigable de quelque importance, est la plus grande plaie du pays. Les agitations politiques ont aussi retardé le succès de nombreuses entreprises; mais , derrière ces agitations qui , au premier abord, semblent seules constituer l'histoire de l'Espagne, est une nation intelligente et laborieuse, qui surmontera toutes les entraves, et qui trouvera dans les mines des éléments précieux pour le rétablissement de son industrie.
Les gîtes métallifères de TEspagne ne présentent pas seulement un intérêt de production; beaucoup d'entre eux se rattachent à des phénomènes géologiques spéciaux. Si ces phénomènes semblent, encore aujourd'hui, offrir des anomalies; s'ils sont peu connus en France, ce n'est pas seulement parce que les voyages sont longs et pénibles en Espagne, c'est, surtout, parce qu'on ne lit pas les ouvrages scientifiques qui s'y publient, et parce qu'on n'entretient pas de relations assez suivies avec les géologues et les ingénieurs qui ont étudié ces phénomènes, et les ont rattachés aux observations faites sur le reste du globe. On rencontre en Espagne des savants et des ingénieurs du plus haut mérite, et comme il n'est possible de connaître par soi-même qu'une partie de tous les faits géologiques de la péninsule, on peut recueillir par leur conversation, leurs travaux et leurs collections, les renseignements les plus instructifs sur une multitude de localités (4).
Le terrain de transition est, en Espagne, le terrain métallifère par excellence ; tous les gîtes précédemment indiqués en font partie. Les minerais
(1) J'ai trouvé à Técole des mines de Madrid le secours dont je parle ici. MM.Pardo, Ezquerradel Bayo, Cutoli, Escosura, ont bien voulu me consacrer quelques heures qui ont été bien précieuses pour mon instruction. Je dois surtout une vive reconnaissance à M. Salazar, ingénieur des mines de la province de Cordoue, quiabien voulu me prêter l'appui de ses connaissances pendant tout le temps que j'ai séjourné dans la Sierra-Morena.
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de chaque district ont cependant des caractères spéciaux qui semblent en rapport avec des variations dans les roches éruptives. Âinsi^ des roches serpentineuses paraissent avoir imprimé aux gites plombifères de la Sierra di Gador^ des caractères de composition^ et surtout des caractères de formes tout à fait particuliers; tandis que les gîtes qui se rattachent aux porphyres amphiboliques et feldspathiques^ ont pour cachet spécial : la forme des filons^ la richesse en argent des galènes^ et la dissémination fréquente de l'argent à Tétat de sulfure ou de chlorure.
Le district de la Sierra-Morena, comprenant le nord de l'Andalousie, une partie des provinces de TEstramadure et de la Manche, constitue la pli^ vaste surface de ces terrains de transition, celui où les phénomènes métallifères paraissent, à la fois^ les plus étendus et les plus variés. M. Leplay a déjà donné , sur les roches de ce district , et sur leur accidentation, des détails d'un grand intérêt. On y retrouve tous les éléments de composition du Harz, de TErzgebirge, deà Vosges, de la Forêt-Noire, du Cornwall et de tant d'autres districts métallifères ; les formes offrent ellesmêmes des analogies remarquables. Les dômes arrondis et culminants, centres d'éruption et de soulèvement , où l'on est certain de rencontrer les porphyres, rappellent, en plus d'une loca-
lité, les ballons des Vosges et de certaines parties des provinces rhénanes; tandis que les crêtes découpées, et d'ailleurs peu élevées de la Sierra proprement dite, composées de porphyres, de quarzites et àm schistes qui dominent les plateaux granitiques moins accidentés^ offrent une analogie frappante avec TErzgebirge.
Ces caractères sont encore confirmés par Texistence de mines, plus nombreuses, il est vrai, que productives, et dont Timportance n'est, en beaucoup de points, attestée que par la tradition des ex^ ploitations passées, dont on voit encore les haldes et les déblais. Toutefois, et indépendamment des travaux existants et qui donnent actuellement de grandes espérances, Almaden est là pour y attester la fécondité de la nature, pendant la période de génération métallifère.
On trouve dans ce district de la Sierra-Morena, deux formations distinctes de transition. Au sud de Taxe culminant, domine le système cambrien ; tandis que le système silurien, caractérisé par les grès à productus, spirifères et trilobites d'Almaden, parait dominer vers le nord- Ces deux formations sont également affectées par les porphyres métallifères.
Le porphyre auquel cette dénomination doit être principalement appliquée, est un porphyre dioritique, dont les éléments sont quelquefois dis-
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tinctement cristallisés^ mais qui, le plus souvent^ sont confondus en une même pâte. Ce porphyre prend alors une teinte uniforme^ d'un gris foncée verdâtre, et une texture compacte et trappéenne. Les montagnes qui en sont composée^ sont généralement recouvertes de terre végétale et de broussailles assez hautes^ mais on les reconnaît facilement à la multitude de débris épars sur leurs versants. Ces blocs ont pris, par la décomposition, des teintes ferrugineuses ; ils ont une tendance à s'arrondir, et à ofifrir des exemples fréquents de la structure globulaire et concentrique.
Outre ces porphyres amphiboliques, on trouve un porphyre feldspathique , à grands cristaux, formant des masses considérables, et qui paraît presque contenîporain des précédents, d'après leurs rapports communs avec les filons. Cette variation dans la nature des roches éruptives d'une même période, n'a d'ailleurs rien de nouveau; elle n'est que la reproduction de ce qui a été signalé dans l'Erzgebirge.
Nous devons encore mentionner les quarzites, parmi les roches qui contribuent le plus à donner un caractère spécial à Taccidentation de la Sierra- Morena. Tandis que les saillies porphyriques, gé* néralement arrondies, sont rassemblées de manière à former des groupes, lesquarzites forment des arêtes escarpées, des crêtes linéaires quelquefois
parallèles^ qui offrent les caractères de dykes très saillants. Ces roches escarpées présentent de nombreuses anfractuosités qui probablement ont été cause de la dénomination de Pierres des voleurs, par lequel on les désigne. On ne s'accorde pas sur Torigine de ces roches ; les uns n'y voient que des couches de grès métamorphiques y et les assimilent ainsi aux quarzitesdu Harz ; d'autres les considèrent comme de véritables dykes éruptifs qui, le plus souvent, concordent avec la stratification, mais traversent aussi quelquefois le plan des couches schisteuses, et même les granités.
Dans la Sierra-Morena, comme dans les districts métallifères, où sont rassemblés des gîtes puissants et nombreux , la plus grande partie de ces gites se trouve réunie par certains caractères communs, qui leur donnent en quelque sorte un air de famille. Le principal de ces caractères est de constituer des filons puissants, clair-semés, concordant soit avec la stratification du terrain schisteux, soit avec les plans de contact de ce terrain et des porphyres. Ce caractère se trouve exprimé à Almaden, avec une précision qui peut servir de type.
Le gite d'Almaden se compose de trois filonscouches, parallèles, placés en quelque sorte côte à côte, et concordant avec la stratification onduleuse et inclinée des grès et schistes siluriens qui les enclavent. Ils sont concordants en même
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temps avec le plan de contact d'une roche métamorphique, dite Fraylesca, qui forme une zone entre le terrain stratifié qui encaisse les filons, et les porphyres dioritiques.
CoLtpe HoTÎ/Zontâ.Le.
La coupe ci-jointe , communiquée par M. Ezquerra del Bayo, exprime assez nettement tous les caractères de ce mode de gisement.
Les trois filons, de 6 à ^2 mètres de puissance^ suivent les alternances stratifiées des grès et des schistes. Ces alternances ondulent dans le sens vertical, comme dans le sens horizontal; de telle sorte, que les coupes faites par les neuf étages d'exploitation donnent toujours des dispositions analogues, mais où les écartements des filons et
leur puissance sont sujets à quelques variations.
Les fossiles siluriens se trouvent dans des grès un peu supérieurs au faisceau des couches cinabrifères, et Tensemble s'appuie sur la roche dite Fraylesca. Cette roche, dans laquelle est percé le puits principal, est une grauwacke altérée, solide, et dans laquelle on reconnaît souvent les éléments arénacés; son état métamorphique résulte évidemment du voisinage des masses dioritiques sur lesquelles elle repose, et qui sont visibles à plusieurs kilomètres de la mine.
Le cinabre, sublimé, suivant le plan des couches du terrain, dont Tinclinaison moyenne est de 80 degrés, s'est intercalé dans les grès, et les a imbibés à tel point qu'on peut se procurer des échantillons plats, disposés dans le sens de la stratification, dont une face est à l'état de cinabre pur et cristallin, l'autre face à l'état de grès à peine coloré, et le milieu offre un passage entre ces deux compositions différentes.
Ces caractères de filons-couches, liés aux porphyres, n'appartiennent pas exclusivement au gîte d'Almaden. Beaucoup des filons de la Sierra de Los-Santos en reproduisent les conditions principales, et, d'après M. Salazar, il en existe des exemples nombreux dans les environs de Linarès, Guadalcanal, etc. . .
La Sierra de LosSantos est un groupe monta-
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gneux composé d'une douzaine de masses coniques accolées les unes aux autres par leurs bases ramifiées. Cette réunion de douze sommets encaisse la vallée supérieure du Guadiato^ et domine le bassin houiller dont les couches se dirigent de Fuente-Ovejuna à Belmez, Espiel et Villaharta; leur nombre a paru aux habitants le symbole de la réunion des douze apôtres dont on leur a donné les noms.
Ce groupe est composé de toute la série des roches schisteuses cambriennes, depuis les schistes micacés qui en forment les parties inférieures, jusqu'à la grauwacke qui la termine. Les sommités sont généralement porphyriques ; les deux types de porphyre y occupent même des espaces tellement considérables sur certains points, qu'on peut les apprécier comme aussi étendus que le terrain schisteux, dont les couches ont, par suite de ces intercalations, des inclinaisons très fortes.
La forme de filons réguliers est, dans cette Sierra, comme dans les autres parties métallifères du district de la Sierra-Morena , la forme dominante pour la généralité des gîtes. Mais le sol, au lieu d'avoir été fendillé par une grande quantité de fissures parallèles, ainsi que cela est arrivé dans beaucoup de districts analogues, celui de Freiberg par exemple, ne présente, comme le Harz, que des filons puissants, ayant quelquefois une ten-
dance à se ramifier, et à peine réunis entre eux par des relations éloignées de parallélisme. Cette disposition résulte de ce* que les filons ont, avec les roches encaissantes, des relations de positions très prononcées; on peut, en effet, les considérer comme compris dans le terrain schisteux, mais en même temps comme subordonnés aux porphyres dont ils suivent les zones de contact dans les principaux traits de leur direction.
Indépendamment de cette disposition, qu'on peut attribuer aux phénomènes mécaniques de leur formation, les filons de Los-Santos présentent quelques phénomènes de remplissage, souvent liés à la nature des roches encaissantes, et qui pourront ajouter quelques faits à Thistoire générale des mines (4).
Le filon de Sainte-Inès, situé au sud*ouest du petit village de Posadilla, est un des principaux de cette contrée; il est connu jusque vers Cardanchoja, sur une longueur de plus de ^ 0,000 mètres. Sa puissance moyenne est de 2 à 4 mètres; sa composition générale, de quarz drusique et de
(1 ) On doit beaucoup à M. Southern, et à M. Gilles, Ingénieur du Cornwall, pour rélude dont il est ici question. Ce sont leurs nombreux travaux qui ont mis en évidence Fexistence, la continuité et les variations de plusieurs de ces filons, Ces deux explorateurs assidus ont bien voulu me guider et mettre à ma disposition tous les résultats de leurs observations ; et si Ton trouve ici quelques faits intéressants, on doit en reporter sur eux rhonneur de la découverte.
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silex calcédonieux ^ accidentellement imprégnés d'une galène très grenue contenant deux à trois millièmes d'argent. Quant au gisement, ce filon traverse indifféremment les schistes cambriens et les porphyres auxquels il est par conséquent postérieur ; le plus souvent, il se trouve précisément au contact de ces porphyres avec le terrain schisteux , sa direction , généralement rectiligne , se trouvant alors sujette à des inflexions qui suivent, dans beaucoup de cas, le sens de la stratification. Les conditions de composition et d'allure sont sujettes à quelques variations, qui sont toujours en rapport avec des variations dans les circonstances du gisement. Ainsi , la position normale du filon est vers le contact des schistes et des porphyres; ce fait est démontré, non seulement parce que cette position est la plus fréquente, mais parce que, toutes les fois que le filon l'occupe, il est mieux caractérisé. S'il est alors moins puissant, il est plus cristallin dans son remplissage, plus pur, moins mélangé des débris du toit et du mur ; enfin, il est parfaitement détaché par des salbandes d'argile ferrugineuse et manganésifère. Lorsqu'au contraire le filon traverse les porphyres, comme à l'exploitation de Sainte-Inès, il est plus puissant, mais il est très chargé de débris> et se ramifie dans les épontes. Dans cette position, le quarz calcédonieux domine de telle sorte que si
le filon est plus puissant^ il est, ainsi que nous Tavons dit précédemment, moins bien caractérisé comme filon métallifère.
Vers l'extrémité méridionale de sa course, le filon de Sainte-Inès vient se placer dans une situation remarquable. A ce point, nommé la Galera, il se trouve entre deux masses porphyriques d'un âge différent; Tune composée de porphyre dioritique, etTautrede porphyre feldspathique à grands cristaux. Dans cette position exceptionnelle, il prend un développement tel, que sa puissance dépasse vingt mètres, et que, par la saillie de son affleurement, il forme un petit monticule dont la partie centrale est exclusivement composée des matières remplissantes. Or ces matières, gangues et minerais, ont subi une transformation complète.
Le spath calcaire, qui n'était que très accidentel, dans le régime ordinaire du filon, est devenu la gangue exclusive ; et les minerais de cuivre ont été substitués à la galène argentifère.
Ce spath calcaire de la Galera est généralement opaque, d'un blanc mat, et à très grands clivages, de telle sorte qu'on peut en extraire des rhomboèdres volumineux. Les trois clivages primitifs sont les plus faciles, mais on y trouve aussi les clivages diagonaux, parallèles aux faces de l'équiaxe, dont M. Descloizeaux a rapporté de nombreux exemples, provenant du gîte volcanique du spath
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dislande. Le spath de la Galera^ en se décomposant^ se couvre de stries parallèles à ces clivages diagonaux; tandis que les trois clivages principaux restent imperceptibles à Toeil, et ne peuvent être mis en évidence que par la cassure. 11 en résulte que tous les fragments rhomboédriques de la surface sont couverts de rayures diagonales^ équidistantes^ dont la profondeur^ ordinairement proportionnée au volume des fragments^ a souvent plus d'un millimètre.
Les minerais de cuivre ont été trouvés dans quelques poches absolument isolées ; ils sont donc englobés dans ces spaths calcaires. Ils consistaient en oxydes de fer, chargés d'une proportion considérable de malachite fibreuse et mamelonnée, et provenaient évidemment de la décomposition de pyrites, dont on retrouve en eflFet des traces. Ces minerais n'existent que vers la lisière occidentale du filon, vers son contact avec les porphyres diori tiques; le spath qui les contient se charge d'une proportion considérable de fw et de manganèse, de manière à. passer à un véritable braunspath. Quelques excavations superficielles, entreprises sur ce point, n'ont pas encore permis d'apprécier le développement de ces phénomènes, mais elles ont suffi pour les mettre en évidence.
La lisière orientale présente des phénomènes
d'un ordre différent et tout à fait nouveaux dans rhistoire des filons. Le spath calcaire s'y mélange d'un calcaire jaunâtre^ terreux, et d'apparence souvent travertineuse.
Ces deux natures de calcaires, si différentes d'origine et d'apparence, ne sont pas réunies par des passages minéralogiques, mais elles sont tellement mélangées et pétries ensemble , qu'on est forcément amené à les considérer comme contemporaines. Tantôt c'est le spath qui enveloppe totalement le calcaire compact ou terreux ; tantôt, au contraire, il y est lui-même contenu en rognons isolés, il s'y ramifie en veines déliées. Vers les contacts, les deux roches présentent quelques indices de réaction mutuelle : le spath, de blanc mat qu'il était, devient ferrifère, et le calcaire grossier devient dur et compacte. Cette réaction mutuelle atteste encore la contemporanéité de formation des deux substances. Ce côté du filon, excavé en plusieurs points, n'a présenté aucune trace de minerais.
Indépendamment de l'intérêt que présente cette transformation d'un filon régulier, quarzeuxplombifère, en un gite irrégulier, spathique-cuprifère, ce point est certainement un de ceux qui peuvent jeter le plus de lumière sur ces phénomènes du remplissage des filons. L'action souterraine-éruptive, représentée par le spath calcaire.
le braunspath et les minerais de cuivre, s'y trouve placée côte à côte avec les résultats sédimentaires d'actions thermales , qui seules ont pu déposer les calcaires travertineux. Mais ces spaths éruptife, qui ont apporté des minerais englobés dans leur masse, qui, vers leur contact avec le porphyre, en ont empâté des fragments à la manière des dykes ignés , n'ont pas été formés avec cette unité d'action que nous attribuons aux dykes ignés proprement dits, puisque des concrétions aqueuses , de véritables travertins , dont le dépôt n'a pu être instantané , ont pu se former concurremment, et dominer vers une des épontes, tandis que l'autre action agissait exclusivement sur l'éponte opposée. D'autre part , le contraste frappant entre les produits des actions thermales et les spaths métallifères, est une preuve à ajouter à toutes celles qui sont déjà connues en faveur de l'origine éruptive de ces spaths.
Il reste peu de chose à ajouter sur le filon de Sainte-Inès, mais on peut voir, d'après ce qui précède, que ce point doit devenir, par suite des travaux entrepris, un des observatoires les plus intéressants. Après avoir fait remarquer qu'il n'y a aucun passage minéralogique entre les deux calcaires contemporains et d'origine différente, il est utile de faire ressortir une particularité du filon quarzeux. La galène et le quarz calcédonieuxsont.
en certains points^ tellement fondus ensemble, que le minerai peut être considéré comme principe colorant du quarz, et qu'il y a passage minéralogique entre ces deux matières si différentes, quoique d'origine commune.
A deux lieues, vers Touest de Cardanchoja, se trouve le filon de San-Josè, non moins remarquable que le précédent par ses dimensions, et qui présente quelques faits spéciaux, que permettent de constater des travaux plus avancés.
Ce filon de San-Josè a une puissance moyenne de quatre mètres et, comme le précédent, il est connu sur plus de huit kilomètres de longueur. Le quarz y domine, et ses affleurements font souvent une saillie de plusieurs mètres, notamment vers la colline centrale, dans laquelle il a été exploité jusqu'un peu au-dessous du niveau des eaux. Lorsqu'on pénètre dans ce filon, par les travaux qui y ont été pratiqués à diverses époques et sont continués aujourd'hui, on reconnaît une tendance, beaucoup plus prononcée que dans le filon de Sainte-Inès, à une structure rubanée.
Cette apparence résulte principalement de ce qu'au milieu du filon quarzeux qui forme la masse principale, se trouve un autre filon d'environ 0,80 de puissance. Ce filon est évidemment dû à des phénomènes postérieurs à la formation du filon principal , car il en est isolé par des miroirs et des
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surfaces striées très prononcées. Les stries de ces surfaces^ mises en lumière par les galeries qui ont évidé le filon intérieur, ont souvent plus d'un mètre de longueur, et près d'un centimètre de profondeur ; or, pour tracer de pareils sillons dans le quarz, il a fallu nécessairement des mouvements du sol très énergiques. Les matières constituantes du filon intérieur sont, d'ailleurs, très distinctes, sous le rapport minéralogique .
Le fait de l'intrusion d'un filon moderne dans un filon plus ancien, est donc plus commun qu'on ne pense, et ce fait, d'abord observé à Kurprintz, en Saxe, se répète dans d'autres districts métallifères.
Dans le filon de San-Josè, comme dans celui de Kurprintz, il y a eu accroissement du filon par deux faits successifs de fracture, d'écartement et de remplissage ; quelques filons, en Algérie, ont présenté la succession de trois faits du même genre; mais, pour qu'on n'en tire pas des conclusions trop étendues, nous devons ajouter que le rubanement qui en résulte est isolé par des salbandes, des stries et des miroirs, et, par conséquent, bien plus net et plus prononcé que le rubanement des matières contemporaines.
Nous avons dit que la composition du filon intérieur était distincte de celle du filon encaissant. Le quarz y domine toujours, mais il est chargé
d'une assez grande proportion de galène^ disséminée^ ou rassemblée en veines et rognons. La pyrite de fer y abonde et forme souvent des salbandes intérieures. Le quarz encaissant est, au contraire, stérile.
L'allure du filon intérieur , dans le filon principal, est assez intéressante à étudier. Une artère puissante de 0,80 occupe la zone centrale ; de cette artère se détachent des rameaux de 0,40 à 0,35 qui sont de même composition , et isolés de même par des surfaces striées et de petites salbandes de fer sulfuré. Le toit et le mur de ces filons supplémentaires, qui sont aussi exploités, sont tellement isolés parles surfaces de glissement, que le dépouillement s'en fait sans difficulté.
Ces petits filons quittent l'artère centrale, la rejoignent pour la quitter de nouveau, et représentent, dans le filon encaissant, tous les caprices des fractures principales qui sillonnent le terrain schisteux. Ils n'ont été reconnus que dans la partie du toit, le mur. ayant été moins fissuré. La même disposition peut être observée dans un grand nombre de filons qui se ramifient bien plus dans la partie du toit; cet effet résulte naturellement de l'action de la pesanteur, action qui, avant que le remplissage fût complet, a toujours dû avoir une tendance à diviser le toit.
Le filon de Ventura , voisin du San-Josè , ne lui
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est pas parallèle et, tout en se rattachant aux précédents par les conditions générales de sa composition et de son gisement, parait présenter quelques particularités.
Ce filon est formé d'une pâte de quarz cristallin, géodique, englobant des fragments orbiculaires de fer spathique et de spath calcaire ferrifère. Ces gangues se chargent accidentellement de pyrite cuivreuse et de galène disséminée; elles ont d'ailleurs été à peine entamées par quelques travaux. Ce qui est à remarquer, c'est l'absence complète de rubanement, quoique le filon soit très nettement caractérisé dans ses formes, et composé d'pu moins trois gangues distinctes. Le groupement de ces gangues est ce qu'il y a de plus confus; l'une des matières, étant tantôt englobée par l'autre, et tantôt lui servant elle-même de milieu , il semble que tous ces éléments, fondus ensemble, n'aient obéi, en se rassemblant, qu'à la force d'affinité et de cristallisation, et que le filon ait été formé d'un seul jet, comme un dyke éruptif.
Dans la Sierra de Los-Santos, il existe beaucoup d'autres filons réguliers, mais moins remarquables que les précédents, et surtout moins connus. Cette forme de filons réguliers est la forme dominante , et, sous ce rapport, la contrée se rattache aux filons voisins et plus célèbres de Guadalcanal qui sont au nombre de quatre. Ces filons de Guadalcanal
forment une espèce de faisceau parallèle ou zug; deux oui été anciennement exploités, deux autres sont intacts. Longtemps abandonnés, les travaux sont aujourd'hui repris sous la direction de M. Sàlazar, qui a déjà fait des observations intéressantes, à la fois, pour la science et pour l'industrie.
Malgré cette prédominance de la forme de filon, dans les gîtes métallifères du district, on doit s'attendre à voir plus d'une fois cette forme s'écarter des conditions du type régulier, pour revêtir quelques-unes des apparences si variées des gîtes irréguliers. Nous trouvons, en effet, dans la Sierra de Los Santos, un exemple remarquable de ce genre; c'est le gîte de l'Inglesita situé près du village d'El-Hoyo, sur la pente du Cerro-de-Gata.
Le gîte de VInglesita se présente sous la forme d'une arête dont la saillie, escarpée et presque verticale d'un côté, se raccorde de l'autre avec l'inclinaison du versant, par des pentes assez douces pour qu'on puisse les gravir. C'est un affleurement puissant qui , après avoir suivi une direction linéaire d'environ deux cents mètres, se bifurque en deux branches distinctes, qui s'écartent, et vont se perdre vers les parties supérieures du versant.
Lorsqu'on aborde cet affleurement, pour en étudier la composition, on reconnaît que les roches constituantes des pentes douces ne sont autres que les schistes de la montagne, redressés, endurcis et