SUR QUELQUES
DE
La description que nous avons donnée^ dans nos premières études sur les gites de la Toscane^ peut s'enrichir aujourd'hui de quelques découvertes nouvelles. Ces découvertes ne sont peut-être pas proportionnées aux prétentions industrielles des nombreuses compagnies d'exploitation qui se sont formées dans ce pays, car, dans aucun autre, on n'entend plus d'exagérations au sujet des mines ; mais, telles qu'elles sont, elles portent encore un enseignement utile.
Les mines de Monte-Catini poursuivent leurs brillantes extractions; et, de même que nous avons vu, à une certaine époque, toutes les nouvelles sociétés de houillères citer les prospérités d'Ânzin, avec la prétention de les renouveler, de même, en Toscane, on n'ouvre plus une galerie dans la
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serpentine ou le gabbro, sans avoir préalablement écrit sur sa bannière les annales merveilleuses de Monte-Catini. Il n'est pas probable, sans doute, que ce gîte soit un phénomène unique dans la chaîne métallifère; mais, avant d'en espérer la reproduction, il faut, au moins, attendre la mise en évidence des mêmes circonstances géologiques .
Les indices de minerais de cuivre, dans des filons argileux, placés au contact des gabbros et des terrains stratifiés, abondent dans la chaîne métallifère. Que Ton prenne l'ouvrage de Targioni, et l'on verra que les nombreuses mines qui s'y trouvent citées, appartiennent en majeure partie à cette position. Mais l'analogie aussi éloignée d'une multitude de points sufl5t-elie pour justifier les prétentions de chaque galerie et de chaque puits. On oublie que Monte-Catini, connu depuis le moyen âge, ne compte en réalité que depuis neuf ans dans l'histoire des mines. Avant d'espérer tant de richesses, il faut avoir trouvé un filon stéatiteux , cunéiforme, d'une allure continue, et qui, de quelques décimètres de puissance aux affleurements, atteigne ^0 et 45 mètres en profondeur. Ce filon une fois découvert, il faut encore savoir y chercher et y découvrir, la pyrite cuivreuse et le cuivre panaché, non plus en petits nodules clairsemés, mais en immenses rognons capables d'alimenter une exploitation sérieuse.
Le second exemple d'un gîte aussi riche que Monte-Catini n'est pas encore trouvé; mais un grand pas a été fait dans les travaux de Rocca- Tederighi, par la constatation de l'existence d'un filon stéatiteux qui présente la même position géologique et la même puissance. Ainsi, cette veine stéatiteuse qui parcourt les gabbros, sur plus de 800 mètres de longueur, avec une puissance de 0,20 à un mètre (4), atteint, à la profondeur de 40 mètres, une puissance de trois à dix mètres. Si l'on se reporte à l'origine éruptive que nous avons supposée à ces filons, on peut se les représenter comme de véritables coins enfoncés de bas en haut, entre les strates des gabbros, vers leur contact avec les masses serpentineuses.
Les travaux nécessaires à l'exploration de ce filon, quant à sa richesse, n'ont pas encore été pratiqués, mais les grands travaux préparatoires ont produit, en le traversant, environ 30 tonnes de pyrite cuivreuse dont la forme ordinaire est celle de rognons amygdalins. Le plus considérable de ces rognons s'est présenté sous la forme d'une veine de 0,50 de puissance, et, dans ce filon comme dans celui de Monte-Catini, on a déjà observé une tendance des rognons métallifères à se placer vers le toit ou le mur. Vers lès parties les plus élevées
(I) Études sur les Mines. 1846.
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des affleurements, la pyrite cuivreuse s'est montrée mélangée de cuivre panaché.
Malgré la position favorable du filon de Rocca- Tederighi, qui affleure à mi-côte sur les pentes du Sasso-Forte, il n'a pas fallu moins de deux années de travaux assidus et cinq à six cents mètres de puits ou galeries pour constater ces faits préliminaires; or, la question géologique est encore la seule résolue, et celle de la recherche des grandes concentrations métallifères demeure incertaine. On peut juger, d'après cet exemple, des difficultés que présente Texploitation de ces filons serpentineux.
Une seconde découverte a présenté des circonstances très intéressantes, en démontrant tout ce que les gîtes serpentineux de la Toscane avaient d'irrégulier; ce fut celle d'un filon stéatiteux cuprifère, situé au Terricio, dans la propriété du prince Poniatowski.
Ce filon est une veine de contact, qui sépare les gabbros des couches relevées mais non altérées de Talberese. L'affleurement n'avait guère que 0,50 de puissance; il contenait quelques rognons de pyrite cuivreuse. Entamé par une tranchée, il présenta, à quelques mètres de profondeur, un renflement considérable, causé par Tintercalation d'une masse ellipsoïde de pyrite cuivreuse compacte, dont le volume était de plusieurs mètres cubes; le filon inclinait à 45® suivant l'habitude.
Cette découverte détermina Touverture d'un puits destiné à couper le gite en profondeur ; lequel fut, en effet, rencontré avec une puissance de 0,50 à 0,70, et toujours cuprifère.
M. Coquand, qui a dirigé ces premiers travaux, fit alors pratiquer dans le filon une galerie d'allongement qui en suivit les ondulations, et il put constater : 4^ la position exacte du filon, au contact des gabbros massifs, et de Talberese stratifiée; 2^ la loi
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de structure qui détermine le renflement du filon, toutes les fois que le cuivre y existe, et proportionnellement au volume des rognons ellipsoïdes qui se tenaient au milieu du filon. Ces rognons étaient, comme dans les gîtes analogues, complètement purs et isolés dans les gangues stéatiteuses.
Les deux coupes de galeries ci-dessus , pages 4 45 et HA, mettent en évidence les dispositions les plus remarquables du filon.
Ces coupes donnent la position de contact du filon^ qui cependant quitte quelquefois ce plan pour pénétrer soit dans le gabbro, coupe n^ ^ , soit dans Talberèse, coupe n^ 2. On voit, dans la coupe n^ ^ , le filon se renfler, par le fait de Tintercalation d'un bloc de minerai compacte qui avait 0,30 de puissance et ^"^,60 de hauteur; la ramification qui suit le contact des deux roches contient des nodules de cuivre pyHteux. Dans la coupe n^ 2, le filon cuprifère suivait exactement le contact des deux roches et se présentait ainsi sous la forme d'un arceau à double pendage.
En Toscane, on donne le nom de filons coureurs ou déserteurs aux rameaux qui se détachent d'une artère principale et ne tardent pas à se perdre dans les terrains encaissants. On a pensé que le filon découvert au Tericcio était de ce nombre^ parce qu'il a disparu dans l'alberèse; mais le fait n'est pas encore complètement éclairci. Le filon découvert était assez bien caractérisé et assez riche en minerai dans ses parties supérieures, pour qu'on doive le considérer comme ayant quelque importance en profondeur, ou tout au moins comme étant voisin d'une artère principale qui présenterait elle-même de grandes chances de puissance et de richesse. Il ne faut pas oublier que, dans ces terrains serpentineux , les incertitudes ordinaires des travaux de mine, sont
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considérablement augmentées; il faut surtout ne pas croire^ d'après quelques travaux superficiels^ que la nature a failli aux grands principes qui régissent la structure et la position des gîtes métallifères; quand ces grands principes semblent être en défaut^ c'est, ordinairement, parce que les travaux n'ont pas eu un développement convenable.
L'étude des gabbros rouges de cette localité présente quelques faits spéciaux qui peuvent aider à la classification de ces roches singulières. Ces gabbros sont bien, là comme ailleurs, subordonnés à des masses serpentineuses, qui représentent les centres d'éruption et de soulèvement. Mais M. Coquand a fait observer qu'ils constituent des pitons particuliers, isolés, et qu'ils affectent une structure massive, tandis que les couches de l'alberèse, séparées par eux des serpentines, sont fort peu altérées. Ces considérations Tout porté à regarder les véritables gabbros comme des roches éruptives postérieures aux serpentines, et non plus comme des roches altérées, et à les séparer des gabbros schisteux qui restent des roches de contact et sont toujours liés aux roches altérées, bien stratifiées, que l'on appelle galestri. C'est parmi ces galestris que resteront les couches de jaspes rouges à stratification contournée, dont les divisions perpendiculaires sont tellement nettes
qu'on leur a donné le nom de ntattont( briques).
Les gabbros se trouveraient ainsi partagés en deux classes de roches, Tune éruptive, l'autre d'altération. Cette nouvelle idée théorique n'est peutêtre pas aussi facile à soutenir dans les autres localités de la chaîne métallifère; la séparation des gabbros massi&^ et des gabbros schisteux (galestri et mattoni)^ étant loin d'être nette; mais elle a le précieux avantage d'exprimer d'une manière précise la diversité des roches qui composent cette formation.
Ainsi, à Rocca-Tederighi , on traverse en ce moment par des galeries, des gabbros rouges, d'apparence pyroxénique et contenant même des cristaux de cette substance. Ces gabbros sont fragmentaires, et sans aucun indice de stratification; ils se lient cependant par des passages presque insensibles à des gabbros schisteux et stratifiés qui, eux-mêmes, passent aux galestris superposés. Ces passages n'excluent pas la possibilité de l'origine éruptive des gabbros massifs, mais la rubéfaction est, en principe, un effet d'altération, et tout cet ensemble parait subordonné à l'immense développement des roches serpentineuses accolées et souvent même sous-jacentes.
Les roches serpentineuses ne sont pas ellesmêmes composées d'un seul type; et, si leur masse n'était tellement coordonnée qu'on ne puisse l'at-
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tribuer à plusieurs éruptions, les modifications des divers types serpentineux sembleraient autoriser cette conclusion. Mais en étudiant les passages qui lient ces types, dont les deux extrêmes sont souvent tout à fait dissemblables, on reconnaît qu'ils appartiennent bien aux mêmes éruptions. En effet, la serpentine se charge, en quelques points des zones extérieures, d'un jade qui lui donne une grande solidité. Lorsque la proportion de jade augmente, les éléments serpentineux n'apparaissent plus que comme principe colorant ; c'est un mélange, en proportions variables, dans lequel s'isolent des cristaux des deux substances constituantes. Les cristaux de diallage déterminent de véritables euphotides, et, lorsque ces diallages disparaissent, il ne reste plus que la pâte d'un jade verdâtre avec des cristaux de même nature. C'est alors un porphyre à base et cristaux de jade ; roche dangereuse pour le mineur, car elle est d'une dureté et surtout d'une ténacité presque insurmontables.
Toutes ces roches, essentiellement éruptives, conservent le faciès vert de la formation. On les voit encore passer à des serpentines stéatiteuses et fragmentaires, que l'on appelle gabbros verts ; les argiles stéatiteuses qui remplissent les filons métallifères ont encore le même faciès, le même air de famille. Dans les gabbros rouges ces caractères
font presque subitement place à d'autres. Il existe bien des gabbros mixtes^ bariolés de vert et de rouge, à structure souvent fragmentaire, quelquefois globuleuse, contenant quelques cristaux de pyroxène ou de diallage ; mais, en admettant même que ces gabbros ne soient que des roches de contact, il est naturel d'y trouver des portions d'origine incertaine , pénétrées des principes magnésiens de la formation ignée à Tétat cristallin. Si ces altérations s'arrêtent brusquement à certaines couches de l'alberèse, c'est encore un phénomène qui a des analogues nombreux dans les terrains formés d'éléments dissemblables, lesquels ayant été soumis en apparence aux mêmes influences, ne présentent cependant d'altération que dans certaines couches de nature particulière.