‹ Études sur les mystèresChapitre 37 sur 77 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Fin du Mystère de la Passion.

L'enfer a tressailli ^ et les ctenx se sont émus; ils ont répondu, quoique trop faiblement, aux sentimens de Tauditoire. Mais ici , un silence de consternation est la seule préparation possible au dernier attentat. Presque tout ce qui se dit est trop au-dessous de ce qui va se faire.

Nous arrivons au moment à jamais lamentable où Jésus, dans Fétat où nous l'avons vu, contraint à porter lui-même sa croix jusqu'au lieu de son supplice, et cheminant, parmi les coups et les outrages d'un peuple frénétique, après avoir versé de nouvelles larmes sur la prochaine destruction de Jérusalem, adresse ces mots à quelques femmes qu'il voit pleurer :

Ne veuillez pas plorer sur moy !

Ecoutons quelques unes de ces femmes. L'auteur, par les mots entrecoupés qu'il leur prête , et quelquefois par le rhythme qu'il a choisi, peint avec vérité leur accablement :

MAGDALEINE

Mon doulx maistre , mon doulx Jésn , A quel part es-tu parvenu !

MTSTÈftiid. a47

Hélafi I ks ! qu Vs-hi devenu ?.> .

GueuT douloureux ,

Que doy-tu faire?

Ton maistre petà , ftatis rieti mesfairë ,

La mort l'oppresse.

MARIÉE

Triste dueîl ^ aihéte détresse , Mettent mon cueur en teUe opptesse y Que plus n'en peult.

L'oppresse est hetirettsemeilt exprimée dans ce petit vers contracté , tombant avec la voix.

Et Marie, la mère de Jésus? Est-il un langage huDQiain qui puisse égaler ses douleurs? Non. Le poète se trouve encore ici trop au-dessous de son sujet, pour que nous le citions. Il aurait bien dû, pour se tirer d'affaire, a'appilyer de lantorité de l'Évangile d'abord, ensuite de saint Bonifàce y qui dit que la Vierge tomba comme demi-morte, et qu'elle ne put pronotlcer un seul mot : nec verbum dicere potuit.

Quant atix pari istins et aux disciples de Jésus , les uns découragés se sont éloignés ou se taisent ; la plupart > voyant dans ce qui se passe l'accomplissement des Écritures, espèrent.

Arrêtons-nous, avec l'homme-Dieu chargé de sa croix, et forcé de gravir le chemin esctfi*pé du Calvaire : ce chemîri est celui de la vie , où l'on peut voir une foule égarée, quelques scélérats, et çà et là un petit nombre de gens de bien , trop souvent à l'écart. Laissons parler d'abord les

bourreaux de Jésus, c'est-à-dire les plus lâches persécuteurs de la vérité :

I«r BOURREAU (à JésUs),

Marchez , villain.

n* BOURREAU. -

Le cueur luj fauU.

m" BOURREAU.

Tenez, comnie il va chancelant.

IV*^ BOURREAU

C'est quant il a veu en allant

Ces bigottes pleurer si fort ; . * ■

n en a prins tel desconfoi*t

Qu'il demourra , ce croy , derrière.

PTLATE.

Que ne les chassez-vous arrière?

Voilà rhomme faible à l'unisson des plus vils scélérats. Mais un homme die bien et de cœur va lui parler : c'est ce centurion qui, témoin des derniers momens de Jésus, finit y suivant l'Évangile, par se convertir. N'en soyons pas surpris : déjà tout soldat , tout Romain qu'il est, il ne peut voir, sans en être ému, tant de barbarie d'nn coté ; de l'autre, tant de résignation , de douceur. On voit qu'il n'est pas loin d'embrasser la défense du Christ. Il s'adresse à Pilate :

Prévost , vous perdez vostre temps , Qui ainsj le chassez , hélas !

Vous voyez qu'il est si très las Qu'on ne lui peult plus peine offrir , Ne nul travail , sans mort souffrir.

Regardez le fardeau qu'il porte :

Il n'est' créature si forte...

Commandez uiig peu qu'on attende Pour y mettre provision.

PYLATE.

Vous dictes bien , centurion.

S'il porte charge et pesans fais ,

Se ne suis-je pas qui le fais ;

Mais ces maulvaSs Juifs très félons. '

Pilate y toujours de l'avis du dernier interlocateur , d'après le conseil du centurion , fait appeler Simon, pauvre paysan qui passe^ afin d'aider Jésus à porter sa croix.

L'ambitieux Pilate, qui envierait les plus hautes charges, dédaigne cette croix ! et le pauvre qui s'y voit appelé en ignore lui-même la grandeur, et veut s'y dérober. Vérité déplorable ! Ah ! quand il traîne en murmurant le poids de ses misères, si le pauvre savait que ces misères, cette croix , il les partage avec son Dieu ! s'il connaissait le prix que promet sa justice au malheur résigné ! Mais trop souvent laissés dans une désespérante ignorance, les infortunés, nos frères, sont encore dépouillés par nous, par nos cruels discours , du seul bien que nos pères avaient pu leur transmettre : la foi dans l'avenir.

Et lorsque tant de malheureux tournent leur désespoir contre Dieu , contré la société, contre eux-mêmes, nous nous en étonnons , après avoir dédaigné à leurs yeux cette croix , ce sublime fardeau qui seul les soutenait !

Nous allons retrouver dans les réponses du

a5o MTSTÈRES.

pauvre Simon de Gyrène , comme dans les railleries des ennemis de Jésus ^ les erreurs de nos jours, car FÉTangile en est surtout l'histoire.

. STMON.

• Hëlas ! et que me demalide-on , Qui m'efforcez par tel mojen ?

I*» BOORftEAU.

Tes eftpànles le sçauront bien , Avant le retour . né te challle<

II* BOURREAU {à Pjrlate).

Sire I je Vous commetz et baille Cest homme qui vous quiërt et trace (vous cherche),

Hà I messeigneurs ^ sauf vostre grâce , Pas ne vous quiers en vérité.

Vous m'avez si espoventé Que je ne puis membre lever.

Et se vous me volez grever, J'apelle pour ma âaulve garde.

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