‹ Études sur les mystèresChapitre 40 sur 77 · AI.BC BON · texte numérisé non relu

AI.BC BON

Ifl me repens , j'ai oSeuié , J'en bas ma coulpe , peeeavi,

KHELIOS.

Oocques si sainct homme ne vy.

Ne sî plain de saiacte doctrine.

PHAliS.

Las ! si je l'ai trop mal servy ; * Peeeavi, j'en bas ma poytrine.

Jamais je ne vy si g»at aiguë (jmraele). Partons-nous d'icy.

SALKANAZAI.

HstOUTUORS.

Trop avons creu la gent maligne.

Allons-nous-en , sa mort pleurons.

Revertentur percutientes pectora sua, dit Tauteur^ qai, empruntant ces mots à l'Évangile, parle indistinctement latin ou français à ses acteurs, et jette souvent dans son dialogue des expressions et même des phrases latines, fort bien placées dans la bouche d'un soldat romain , comme le centurion. Elles ne conviennçpt pas moins aux apôtres, qui, tributaires de l'empire romain, en attendant qu'ils en fussent les maîtres, du moins spirituellement, adoptaient déjà la langue uniyerselle qui devait porter VÉvangile d^ns. toutes les parties de la terre. Ajoutons que l'auteur , quoiqu'il n'y ait pas pensé sans doute , en nous montrant aussi des Juifs qui devaient perdre un jour jusqu'à leur langue maternelle, j renonçant déjà pour prendre celle de leurs vainqueurs, ofire en quelque sorte un prélude des effets inoiufs de la destruction de Jérttsalem qui suivit la mort du Sauveur..

A peine Jésus a-t-il , en exhalant son dernier soupir, recommandé à saiqt; Jeap $a mère , qui se trouve au pied de sa croix ; à peine a-t-il prononcé ces mots : Consummatum est! que les ténèbres répandues sur la terre redoublent. Des anges viennent alors, dans un chant lugubre, renouveler les prophéties sur Jérusalem :

Fille de Sjon !

Lamentation , Désolation

356 MrSTÈlfÉS.

Et confession Prends pour ta lyesse.

Quand ton roj te laisse En fleur de jeunesse , Ta couronne cesse...

— Tu as trop meffiiit , Quand huj as deflPaict Ton Christ , ton saulveur.

Pleure ton for&îct , G)ngnoÎ8 ton erreur.

— 0 peuple mauldit , Par erreur sédujt ,

A pëché condujt y Gongnois ton ofiFense.

— Le ciel s'obscurcit , Le jour seuffre nuict , La terre frémit , Sentant telle oultrance.

Jean-Baptiste-Rousseau ( rencontre remarquable ) dit sur le même rhjthme :

Un bruit formidable Gronde dans les airs ; Un voile effroyable Couvre l'univers ; La terre tiemblante Frémit de terreur ; La lune sanglante Recule d'borreur.

Les ténèbres qui couvrirent la terre à la mort de Jésus-Christ doivent-elleë être regardées conupe figuratives ou réelles? Les historiens Thallus et Phlégon , qui , d'accord avec les écrivains sacrés , en ont parlé, les attribuent à une éclipse; mais

MYSTÈRES. a&^

une éclipse ne devait point arriver alors. Aussi les Chinois^ plus instruits en astronomie que les Romains^ ont-ils consigné ce fait dans leurs annales y comme un prodige qui avait déconcerté tous les calculs de leurs astronomes (i).

Si Ton voulait voir des figures dans les miracles de l'Évangile, que seraient, par exemple, cet aveuglement et la lèpre dont Jésus a guéri plusieurs hommes? L'aveuglement et la lèpre du cœur. Et ce paralytique ranimé par sa main charitable? Un pécheur insensible. Et le Lazare, déjà dans l'infection de sa tombe, soulevant son linceul pour s'en débarrasser, et se réveillant à la voix qui l'appelle ? Un de ces malheureux qui , morts a toute vie morale, enveloppés d'iniquités, et dès long-temps dans leur corruption , en sortent qujelquefois par miracle. Véritable résurrection !

Mais ce ne serait la qu'un reflet de la vérité. Je reviens au mystère , du moins à une scène extraordinaire que nous avons laissée.

Judas-n'a pas tardé à connaître son crime; mais au lieu de se tourner vers Dieu , il s'approche de l'arbre fatal, poursuivi par l'idée d'attenter à ses jours. A peine a-t-il invoqué l'enfer, que la plus effroyable des Furies lui apparaissant :

Meschant , que veulx-tu qu'on te face ?

(i) Hist. de la Chine, citée par Colonia , Liv. I, ch. x; Paris, Gauthier, 1826.

258 M r STÈRES.

A quel mort veulx-tu aborder?

— Je ue scay ; je n'ay œil eu face Qui daigne les cieulx regarder.

Qui es-tu ! — Sans plus demander , Je suis... pour venger ton offenee.

— D'où viens-tu? -— Du parfont d'enfer.

— Quel est ton nom ? — Désespérance. . . .

— Approche et me donne allégeance , Si mort puelt mon duéil alléger.

Quel dialogue ! et quelle admirable allégorie ! Le poète (car il Test bien ici) ne s'en tient pas là ; la clémence divine vient luire un moment aux yeux]du coupable : Désespérance la repousse. Mon âme est oppressée^ dit Judas. — Ce n est point de contrition, lui répond la Furie^

Mais -c'est de rage ramassée (i). Rien ne vault , ta grâce est passée. . . Damné es , en lieu pardurable.

Alors l'infortuné exhale ces sons dont le redoublement guttural serait bien burlesque , s'il n'était effroyable comme le ràlement de la mort :

0 rage ! estrainte redoutable (2) !

Rage enragée et tant rageable , Dont rage en enrageant rend force , Faut-il qu'en efforçant m'efforce , Et que de force renforcée , Je forcené qui nie parforce A forcer ma fin forcenée !

(i) Et dans mon cœur *ouf(raint J'amassais la vengeance! dit le Goriolan de Laharpe.

(2) Monime, an moment de se suicider, apostrophe aussi l'étreinte redoutable : « £t toi , fatal tissu ! »

Désespérance l'aide alors à monter sur l'arbre« C'est là que, comme Didon du haut de son lit de mort, il prononce les dernières parçles, noifissima verba^ qui semblent imitées de V Enéide, avec cette diflfërence pourtant que le suicide n'est point pré^ sente chez le poète chrétien avec des traits intéressans , mais bien sous un aspect hideux , le seul qui lui conyienne (1). Voici comment finit Judas :

Je me donne âme , corps et biens , . Sans jamais en excepter riens , En despit de Qieu qui me fist , A tous les diables ! -— Il suffit !

lai répond Satan , car il est là , comme on peut bien le croire. Judas se passe la corde au cou, se laisse tomber de tout son poids, et les diables, qui accourent , se livjc^nt, sous son corps suspendu, à une horrible joie. Us guettent son âme au passage , afin de l'emporter aux enfers , mais elle ne sort pas !

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