‹ Études sur les mystèresChapitre 48 sur 77 · PRAGMATIQUE · texte numérisé non relu

PRAGMATIQUE

Ha Dîen! ha poYre Pragmatique!

Cil qui te dejbvoit maintenir, Premier te Tueil faire mourir.

Dieu , je t'en demande vengeanciD !

Ici du moinS) quoique digne des halles^ où elle était jouée» l'allégorie est claire. U n'en est pas de même dans toute lapide. L'auteur est loin d'avoir dévelc^pé son idée> comme l'a fait en 181 g un écrivain ingénieux ^ dans les Ai^eniures de la Fille à' un Roi, qu'il nous montre, malgré sa naissance, en butte à des outrages dont son père lui-même ne peut la prései^er. Que dis-jel Ses [»^miers adorateurs , qui s'étaient chargés de la défendre , portent sur elle une main hardie et tentent de l'associer au déshonneur de Lucrèce. On ne conçoit pas c^moment d'erreur ; mais l'étonnement redouble quand on apprend qiie l'objet déplorable d'un'pareil attentat est cette fille légitime

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<le Louis XVIII , conçue en Angleterre et née en France en i8i/|^ d'une bonne constitution , maïs tombée t depuis FaTenture, dans un état de langueur visible, et pour surcroît ^ forcée de garder la Chambre. >

Cette excellente plaisanterie nous laisse voir tout ce (|ui manque à la pièce ancieiine.

Les farces de Gringore y grâce aux travestissemens des acteurs ^ el à la malignité du public , obtinrent plus de succès que leur auteur d'estime. Il n'ayait laissé que la réputation d'un bouffon satirique ; et M. Victor Hugo est loin de l'avoir relevé dans son roman de Notre-Dame de Paris. , '

Qui croirait cependant que ce Gringore, connu ^ans l'histoire sous le nom de Mère-Sotte et de Prince des Sots, par allusion aux deux rôles qu'il avait joués dans cette société des Enfans sanssouci; qui croirait y dis-je , que ce farceur cachât sous sa casaque et ses méchans gi^elpts le cq^ur d'un honnête homme^ l'esprit et parfois le talent du plus noble écri-vain! Telle est l'importance des premiers pas que l'on fait dans le monde^ comme l'a dit un de nos poètes :

L'impression demeure. En vain , croissant en âge , On change de conduite , on prend un air plus sage ; On sou£Fre encor long-temps de ce vieux préjugé , On est suspect enoor lorsqu'on est corrigé ( i ;.

(i) Gringore n'avait pourtant que le masque de la folie. Sa

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En vain , pour se débarbouiller de son plâh^e et de sa farine y le Prince des Sots se^ plongea-t*il dau$ les sources pures de l'Écriture Sainte; sa Paraphrase des sept très précieux et notables pseaumes du royal prophète David, et ses Heures de Nostre-^Dame translatées enfrariçoys et mises en rhytmes ne sont aujourd'hui connues que des amateurs délivres rares. . .

Il eârt probable néanmoins ^e ces travaux de conscience procurèrent à Gringore (outre l'honneur d'être enterré après' sa mort à Notre-Dame) d'estimablçs relations , et donnèrent de lui une haute opiiiion , cojginie on peut le voir dans le litre du mànujscrrt qui va nous occuper :

« Cy comaixcé la vie inonseigneur Saint-Loys , « royde.Francèy pa;* personnaiges, composée par « Pierre. Gringôire, àlarequeste des maistres et « gouverneurs^de la dicte confrairie du ditSaint-^ (c Loys^ fondée en leur chapelle de Saintp-BIaise y a à Paris. »

Quelle était cette confrérie de Saint-^Louis? Se coniposait-elle d'un 4^ six grands coi^s des mar< chauds de Paris^ ou bien de simples artisans> de barbiers^ pax'. exemple^, coiïmie on pourrait le croire? Non, lés barbiers étaient encore à cette éppquis assimilés aux chirurgiens. Nous Jes voyons

devise , Raison partout ^ qu'on lit au manuscrit que nous aiions examiner, on la trouve déjà sur ses premières bagatelies, sur les plus foUes.

3lO MYSTÈRES.

SOUS Louis XI (i) faire, svar un malheureux arclier condamné pour toI a être pendu, la première opération de la taille, escperimenium in anima vili» comme ils disaient. Us ayaient àlcnrs pour patron saint Gosme, et pour dhàpelle l'élise de ce nom, dont on Tient de faire en i836 un prolongement delà ru» Racine.

En 1610, les barbiers, se prétendant tot^ours disciples de saint Gosme, sont poursuivis par les chirurgiens devant le parlement de Paris : l'affaire était encore pendante que nos barbiers se mettent à chanter victoire, et font même chanter un Te DeuTUy bigarrent leurs enseignes de boîtes, de bassins, quittent l'église de Saint-Sépulcre, où s'assemblait leur communauté, et à la fête dé leur prétendu ^tron , se rendent à Saint-Gosme cti robe longue et en bonnet carré, lorsqu' intervient l'arrêt du Parlement qui les déboute de leurs prétentions et les contraint à retourner à Saint-Sépulcrê , où l'on* dit alors plaisamuGient qu^ils étaient enterrés (a).

Les malheureux barbiers n'ont pu se relever de ce coup. En vain se sont-ils accrochés aux som,mités ^ aux plus hautes coiffures; Fa Révolution, qui les a renversées, a entraîné la chute des coiffeurs. Un de ces pauvres diables me disait un jour, dû plus grand sang-froid : w Monsieur, quand j'ai vu

(1 ) Art de vérifier les Dates , 1. 1 , p, 6a5. -(a) Pasquîer, Recherches sur Paris, p. 855.

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venir les Titus ^ f ai préva tous nos maux, et que bientôt un duc et pair ne serait plus distingué d'un laquais. Ah! si Napoléan avait touIuI.... Mais, remarquez , monsieur, qu'il n*a jamais prétendu mettre de poudre, ni se laisser accommoder ; cet homme-là a fait beaucoup de mal à la France. » Revenons.

Il nous semble prouvé que les barbiers-K^kirurgiens n'invoquaient pas dans leurs jours d'orgueil et de prospérité , SainCrLouis , le patron du mérite modeste. A l'époque où Gringore composa son ouvrage, quelle association s'honorait-«elle de porter le nom^ les armoiries , l'image et la bannière de notre grand roi ? Un des six principaux corps des marchands, où se trouvait déjà peut-être un Poquelin, un aïeul de l'auteur du Misanthrope : (( G'étoit, dit Sauvai (t)flt corps des tapissiers et « merciers qui avoit pour patron Saint-Louis. . . « Charles Y I, ajoute-t-il, leur permit de tenir leur (( confrairie au Palais, dans la salle de Saint-Louis. « Plus de cent ans après , ils ne la tenoient point (( ailleurs et l'y auroient tenue encore à l'ordi- (( naire , si en 1 5o8 elle n'eut été empêchée des « procès de la cour. Cet empêchement néanmoins K ne les déposséda pas ; car si le jour de leur fête f< il leur arriva de ne pouvoir s'assembler dans la «salle de Saint-Louis, le Parlement leur aban-

(i) Antiquités de Paris y t. II, p. 476.

3ia jtfirsTiHss.

« donna la grande salle du Falais avec les bancs et «tout le reste. »

Cette salle est précisément celle où^ avec la permission de Ijouis XII, les Bazochiens, quand ils avaient quelque pièce à jouer, dressaient leur théâtre sur la fameuse table de marbre qui , par l'incendie de 1618, fut détruite, dit Sauvai , avec toutesleà statues de nos rois qui décoraient la salle. Or, il est probable que dans cette même salle, devant la statue de Saint- Lpuis, fut représenté cet ouvrage, image fidèle de son âme.

Le premier et les derniers feuillets , qui man* quent malheureusement au manuscrit, nous auraient transmis sans doute des détails ourieux sur la représentation et les noms des acteurs , ceux des personnages , parmi lesquels s'en trouve plus d'un très comique, et que Gringore a pu fort bien jouer. J'avoue que je donnerais toutes les descriptions* de batailles dont nos chroniques regorgent^ pour quelques pages où j'apprendrais que teljour, dans le palais même où vécut Saint-*Louis , on a pu le voir revivre , tour à tour puissant et captif > mais toujours chrétien, toujours roi; bon sur son trône envers les. malheureux, grand dans les fers devant ses ennemis. Il serait intéressant de savoir comment étaient alors jugées, présentées par un homme aussi populaire que Gringore, les expéditions heureuses ou malheureuses, et aussi les vertus du saint Roi , avec lequel le bon roi

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IfOais XII av^ît plus d'un rapport. Ce précieux coiq^mentak^e nous manque; heureusement nous' avons en {)artie le texte; ocdupons-nous-en.

C'est un grand in-folio sur vélin , de 552 pages^ inscrit à la Bibliothèque Royale sous le n"" 21 91 .

Tandis que les premières farces de. Gringore sont veùues jusqu'à nous> imprimées dès 1490 ^ Paris y on se demande comment un ouvrage de l'importance de celui que nous exauiinons, composé dans la. maturité de l'âge par un homme aussi connue est resté tout-à*fait ignoré! Peut-être a cause de certains traits qui auront blessé quelques hommes puissans. Si le poète avait pu prévoir cette suppression de son drame ^ et s'en plaindre a Louis XII , le bon prince eût bieù pu lui répondre : « Eh ! mon pauvre Gringore ! que ne (c farçais^lM encore contre moi, ou bien contre le « pape? on t'^aurait laissé passer. Mais point : tu ({ vas nous présenter un saint , uq grand homme, (( et d'autres personnages dont souvent la con-r i( duite est la condamnation du présent! Et tu te (( plains f Roi des Sois que tu es , qu'on te mette jK à l'écart ! Mais tu l'as mérité. » Quoi qu'il en soit y écrit pour de bons bourgeois du vieux temps^ et après avoir été représenté par eux, ce grand drame sera resté dans les archives de la confrérie; de là aura passé à Saint-Germain-des-Prés , car il porte aussi la marque de cette abbaye; enfin il est venu s'engloutir dans le dépôt des manuscrits de

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la Bibliothèque Royale y amas effrayant 4le paperasses inutiles et^exichesses inappréciables, dont M. P. Paris va publier un catalogue raisonné.

Le chef-d'œuvre ignoré de Gringore , le seul outrage de lui qui mérite l'estime de la postérité, est divisé en neuf parties ou livres ^ comme le Mystère des Actes des- Apostres y et quelques autres de cette époque où Ton n'avait pas encore admis la division par actes.

L'action commence à Tannée i ^226.

Louis VIII, après de nombreux exploits , venait de mourir sans testament, laissant la couronne de France à l'ainé de ses fils , Louis IX , âgé de onze ans , et la régence à la reine Blanche sa femme , mais verbalement , en présence seule-* ment de quelques évéques et seigneurs. Plusieurs grands vassaux, notamment les comtes de Champagne , de La Marche, et le duc de Bretagne , jaloux de l'autorité royale , et s'autorisant de l'absence de dispositions testamentaires, veulent contester a la Reine-Mère le droit de gouverner son fils. Une éducation militaire suffît^ selon eux, à un jeune roi r Dès la première scène, voici sur que) ton ils osent en parler à la Reine :

LB i>uc j)B baetaicnie;.

Vous le faictes entretenir A un las de frères prescheurs , Bigotz , ses maistres et recteurs.

Cela certes ne nous pcult plaire.

MTSTiBBS. 3l5

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