CHAPITRE IX
Saint-Louis» — Pierre Gringore.
Pftàs des Cerbères dç la Pçwiqn, hoDunes pieux que Charles YI enpQurageail; i afir^ {^\\A\ dans ses letU^es-pat^ntes), afin qu un chacun pi^* dévpcion se puisse et doibçe adjoindre q iceu^r, prè$ de pes hoqdmes ^e piété, disops-ppii^y n'a** vaiejrit pa§ tar()é à s'élever d^s enfans de pUisir, les Clercs de la Bazoche, le^ Pnfam ^anfi-^^wi, qiii finirent; par (ont boul^yerser (i).
Ce n'est p^ que les amis d^ mœur» et du pa^ié ne protestassent , qne méma qudqve» uns de nM. diables jf en dcTepant ripux, ne se fi^Aent ^/v mites j et ne fissi^nt; aupfti de« Moralités, voire mêifle d^ Miracles qh. d'autres Jify^tèr^. C'est à
(i) Les clercs de procureurs, très nombreux à Pari?, y for^ maient, dès le règne de Philippe-le-Bel, une corporation, ayant, ^ comme beaucoup d'autres, des privilèges, des grades, e|; le droit de se npn^^er un chef, qualifié ic Ifçi de fa Bas^c}^. C'est cette société, qui donnait, à certaines époques, des représentations dans la grand' salle du Palais, aujourd'hui Palais de Justice. C'est là probablement que fut joué, de son vivant, le pj^vre fiyoc;|t P^fielin, Les £nfaus sans-souci, qu'on voit, surtQqt sfofip I^fiit Xn, luttant d'esprit et de licence avec les jUazQchipjfis, é||«)si)t de#i9i»>l«^ gêna de plainr ei ds tout état, qui jouai^ent ^^mi de^ fmrces et dfs sofcMS. Leur cbef s'appelait le Prince op le Moi des Sots.
3o4 JATSTÈRES.
une de ces heureuses conyersions que nous devons l'espèce de Miracle dont nous allons parler : la f^ie entière d'un Saint par persormaiges , mais d'un saint qui fut un grand roi, et^ ce qui n'est pas indifférent pour nous^ un roi de France. Notre muse tragique y que nous avons vue déjà s'eSbrçant de solenniser des faits tirés de notre histoire, va rentrer dans ce riche domaine^ et s'arrêter enco|^e à cette époque y la plus iixtéressante peutêtre dej temps modernes^ le règne de Louis IX; et le poète la suivra, cette histoire, avec tant d'exactitude , que ses vers pourront quelquefois suppléer à l'absence de documens historiques.
Mais quel est ce poète ? Pierre Gringore ou Gringoire , cet enfant sans-souci , tour à tour saltimbanque ambulant et entrepreneur de farces et soties sous Charles VIII et 'Louis XII , héraut d'armes du duc de Lorraine, dans le duché de qui il était né , rimeur ascétique plus tard et dévot sincère; à la fin poète tragique, mais connu seulement jusqu'aujourd'hui par quelques farces de sa jeunesse, dans l'une desquelles il avait joué luimême aux halles de Paris, le pape Jules II, alors en guerre avec la France (i).
(i) Un des camarades de Gringore , Pontalais , fil aîtissi y dit Daverdîer, des Mystères et Moralités^ après des tours assez hardis. C'est lui qui un jour s'avisa d'aller annoncer lui-même son spectacle à la porte de Saint^Ëustaehe (On ne connaissait pas encore tes affiches). Le curé, qui prêchait en ce moment , voyant
MTsràaES. ' 3o5
Avant d*àpprëfcler Gribgore dans son meilleur ouYragQ , jetons un coup d'œîl sur ses premiers écrits, Il n'y épargnait personne^ frappait adroite, à gauche, partout, sur ces gens de tous les états, de toutes les couleurs, et qui , depuis jidam sont en majorité. Dans une de ses farces, intitulée le Jeu du Prince des sots, où il jouait le premier rôle, H dit, en s^adressant au public :
Honneur , Dieu gard les sotz et soUes : •
Benedicite! que j'en voy ! ,
Déjà; dans le en qui se faisait par toute la ville pour-êinnoncer le spectacle, je remarque ces vers :
Sotz lunatiques , sotz estourdîs , sotz sages , , Sotz' de villes , sotz de chasteaux , villages , . Sotz rassotez \ sotz n jais , sotz subtils ,
So^z amoureux , sotz privez , sotz sauvages ^
Sôtz vieux y nouveaux , et sotz de toutes âges ,
Soizvbaribaresy estranges et^entilz,
Vostre Prince ^ sans nulles intervalles ,
' Le mardy gtas.jpura ses )eux*aux Balles.
Je n'é sais.cbiïiment le public de nos jours, un peu moiRS bufeble que cejui d'autrefois, recevrait de |iareils complimens. L'auteur, qui passe en' revue les diverses professions, ne les ménage pas davantage; mois ses traits sont lourds , il faut en convenir. On ignorait encOre cet art d'aiguî-
tout à coup son sermon déserté, sort lui-même de FégHse, et dit au farceur : <c ponrquoi tabourinez-vous quand je prêche? — Et pourquoi prêchez-vous quand je tabourine ? » répondit Pontalais , avec une insolence qui lui valut six mois de prison.
3o6 MTSTinBS.
ser l'épigramme^ quoiqu'on fût loin de manqiiei' de malice. Je trouve, par exemple, plus d'audace que d'esprit dans ces^ers d'une farce où Gringore ne craignit pa^ de s'attaquer à Louis XII luimême: '
Libéralité înlerdîcte
Est aux nobles par avarice ;
Le cbief mesme y est propice ;
Et les subjects sont si marchans
Qu'ilz se font laiz , sales marchans.
Nobles suyvent la iorcberîe.
Il y a peut-être un peu plus de finesse dans le dialogue de hisotise du Nouveau Monde; mais le sujet, assez obscur aujourd'hui, devianderait un long et froid commentaire: l'esprit ne s'analyse point. Le personnage allégorique que Giîngore met en scène sous le nom de Pragmatique est cette ordonnance par laquelle Saint-Louis avait rendu aux abbayes ^t cathédrales de France le droit d'élire leurs abbés et leurs évêques : véritable base des libertés de l'Eglise gallicane, contre laquelle Jules II s'élevait. Malgré les prétentions de ce pape , plus fait pour porter Fépée de Paul que les clés de Pierre , . on ne peut approuver la licence du poète , qui , encouragé , dit-on^ par Louis XII 9 livra, sur des tréteaux, au ridicule le chef spirituel de la chrétienté. S'opposer à Pambition de Jules II était un droit; mais respecter son caractère, un devoir. Les abus venus en terre
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HYSTÈRES. 307
sainte doiyent élre extirpés avecprëcaution y ou l'ofi risque d'arracher le bon grain ayec l'herbe. C'est ce que la main imprudente de Luther ne tardft pointa faire reconnaître.
Les plaisanteries de Gringore seraient fort in«nocentes, si un pape n'en était l'objet. On nous le représente armé d'un bâton avec lequel le Père des chrétiens menace , en baragouin italien ^ d'assommer Pragmatique :
/o tiengno presto lo mio hastonne.,»