‹ Études sur les mystèresChapitre 71 sur 77 · LE NÉGATEUR · texte numérisé non relu

LE NÉGATEUR

Vivons en Ijesse (j'oie) , La mort-Dieu.! et qu'esse Qu'estre loqueteux !

L'Église désolée se retire. La Mort, après plusieurs scènes inutiles,^ arrive, accompagnée de spectres hideux. Le Négateur est sûr de leur résister :

De cela je ne double point ,

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dit-il. La plupart résistent^ tant qn'ib peuvent^ mais enfin la Mort les emporte et les livre aux démons. Les enfers^ ouverts devant nous, nous laissent voit* leurs âmes en proie à d'indicibles tortures. Au milieu de lamentations interminables, comme ce qu'elles expriment, le mot ja^ mais y ce mot des damnés, retentissant dans le goufire de l'éternité , v<mis glace :

A jamais icy demeurer ! . . .

Jamais d'icy ne départir !

Jamais!...

Bi jamais ne voir Dieu! c'est leur plus grand supplice*

Ces infortunés, se livrant alors à leur désespoir, maudissent leurs parens qui les debçoient faire en Dieu crœre^ se maudissent les uns les autres; et comme si leurs tourmens n'étaient pas asseai grands, Lucifer s'efforce encore de les aceroitre; et pour accroître aussi Famas dé s^ vii^me» , il crie à ses subordonnés : \

Allez tenter, maulditz tmans , Allez tenter tous les humains ; Allez ^ allez ^ merdoulx tmans , Faictes jurer Dieu et ses sainctz.

AUez-moy quérir ces put? jus Qui sont si clauHes et si fiéres , Pour le» baigner dedans noz bains , £t les coucher en nos littières.

Amenez-moy ces lavernières Qui vendent à faulse mesure....

Allez tenter toute nature

De pécher .contre! Dîfeu en soittme. ... ,

Allez , .diables , allez à Romme , , Allez à Paris et Bordeaulx , Allez à Rouen , à tout bomme , Pour me quérir ces plàideraulx.

' N'oubliez ces adyocaceaullc Qui empoignent des deux costez > Car ilz seront , si je ne faulx , £n enfer rotiz et tostez.

Allez par le monde , et ostez Dévotion du populaire; Vous en avez bien les postez.

N'espargnez curé ne vicaire.

Voilà de la Terre ! Vous ne trouverez rien de pareil ^ même dans la Condampnaiion de Banquet ^ moralité de la même époque , dont le style est&ible^ mais la conception très orrginale.

Une bande de gens menant joyeuse vie , sous les noms de guerre de Mangeons-Toùt ^ Lasoif ^ Bois-à^Yous, Sans-Eau^ etc., sont traités à bou-che que veux-tu chez le gros et splendide Banquet, qui les a reçus avec quelques dames , et Dieu sait quelles dames ! L'une est la Friandise , Fautre la Gourmandise, une autre la Luxure. Tout à coup, au moment où moins ils y pensent, no^ rians convives, assaillis par une troupe d^ennemis effrayans, hideux, et qui ont pour noms : Lacolique, Lagoutte, Lajaunisse, Ësquinancie, Hydropisie, etc., se mettent à pousser en chorus avec leurs fidèles compagnes, des cris de {)Ossédés. Une de ces demoiselles, Gourmandise, je crois, est saisie à la

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gorge par Esquinsificie^ tandis que Luxnre^ sa fille (remarquons cetteparenté), tombe entre les mains du terrible Lagoutte^ qui la met à la torture. Bois^ k-Yous f Sans-Eau , et autres bons vwans restent sur le carreau. Le demeurant de la bande jojeuse en est réduit à se jeter dans les bras de Sobriété , qui appelle Remède à son secours. Gros-Banquety traduit; devant Expérience^ est condamné à mort« La sentence porte que Ladiètç fera l'office de bourreau. Le malkçureux demande à se confesser f il harangue l'assistance , tout le monde le plaint^ le confesseur l'absout et Ladiè};e l'étrangle.

Cette pièce^ qui est le développement ingénieui^ et bien follement sage d'uiie mpralité ou plutôt d'un dialogue de Lachenaje sur le même sujet , existe manuscrite dans plusieurs bibliothèques publiques et particulières de Flandre. Quoique sans indication d'auteur, ni de pays, j'y trouve encore certain goût de terroir qui me ferait croire que la Flandre aussi peut la revendiquer. Ce Gros- Banquet, ce riant Bois-h-Vous, cet intrépide Lasoif portent sur eux leur certificat d'origine. Ce sont des figures telles que npti e flamand Teniers, Wateau de Valenciennes et Bollty de la Bassée en ont si souvent crayonnées.

Deux autres moralités bien importantes par le sujet se trouvent dans un manuscrit anonyme et sans date de la Bibliothèque Royale (La Vall. 65). lia première n'est guère qu'un dialogue eiitre un

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Français et un Anglais^ mats il est Umlt de carac^ tère et de ciroonstmoe; car on nepeat dernier qa'il n'ait été composé à l'époque où, sous le oominaKidément de François de Guise, noms reprîmes C»bis k l'Angleterre.

Obligéde quitter cette ville, l'Anglais entfe en seène foort triste, et ne ponrant comprendre comment les Fnançab o»t pu s'en rendire maîtres :

Yl y a plus de deulx cens ans <2ue de père en fiie là^edaHS Aii|rloj8 j faisoient leur dei»eare»

Le "iPrançais cherche a le consoler ; ce sont les chances de la guerre, lui dit-il :

Savés^vous pas bien qu'Édouart Tiers j planta son estandart, Après tin siège dous^ mojs , £St qu'il en ciiassa les Françoys , Lesquels y perdirent leur bien ?

l'angloys.

Gotnpaigûon, cela je sai bien.

La réponse est d'une excellente naïveté.

Mais cruelle moraliié ya-*t-il dans ce dialogue il OU ! très élevée. C'est parce qu'ils ont abandonné leur religion, comme ils venaient de le faire, que les Anglais ont perdu leurs possessions dans le saint royaume de France. Toute la pièce aboutit à ce but. L'Anglais, dont l'orgueil parait n'avoir pas voulu s'app^yer sur Dieu même, s'écrie :

Nous avjons sy fortes murailles !

Le Français répcmd que cela contre Bien n*est

l'anglots.

Hélas ! nous la gardions si bien ! . . •

LE FRANÇOTS.

0 gent par trop fièrc et superbe J

Cette opposition est développée dans un dialogue un peu diffus , mais où l'on peut remarquer celte conclusion dans la bouche du Français :

Malureux donq l'homme Qui se fye en somme An bras de la diair!

Heureux se doibt dire Qui de Dieu désire Son secours chercher T

Cette petite pièce est d'un grand prix^ comme monument historique^ mais elle eût mieux encore mérité son titre de moralité, s\, mettant en op« position deux grands peuples faits pour s'estimer, l'auteur leur eût plus expressément rappelé que^ malgré des humeurs , des croyances contraires , et des intérêts méme^ ils se doivent aimer enfin : tous les hommes sont frères.

La seconde de ces pièces est l'ancienne fable des Membres et V Estomac que Ménénius racontait au peuple romain^ pour lui montrer qu'il était de son intérêt de rester uni au sénat. L'auteur anonyme du drame a pour but , lui , de faire sentir aux communions séparées de Rome que ^ privées du chef univers^ dont l'autoriié les guidait^ elles

^ovfevkl flotter à tous vents de doctrine y connue dit Bossuet^ et périr dans leur foi. Telle est U nuh ralité résumée dans ces rimes :

Nous sommes tons membres , branches ausy. Grist nostre corps et tronce par ainsy Kous joînct en luj, pour nous fmîct produira , Ou aultrement en douleur et aoulcy Membre du corps divisé périra.

Cet QUTrage n'était pas joué sans doute, car nous ne voyons pas comment on aurait pii faire agir et parler le Chef, le Cœur, les Jambes et le Ventre. L'emploi* du dialogue était alors poussé fort loin. M. Silvestre vient de me communiquer, dans un encadrement soi;s verre, l'échantillon d'une farce dont on a récemment découvert le premier feuillet sous le parchemin d'un vieux livre , avec les noms des personnages > ce sont ; Formage, Farine, Petit -Tournois et Tartelette. On ne dit pas où se passait la scène , ni comment agissaient tqus ces bons comestibles. C'est ce que nous apprendrons peut-être quelque jour, par la découverte d'un autre feuillet.

Dans le manuscrit cité plus haut (La Vall. 63) se trouve une moralité , intitulée: Tout-le-^Monde^ C'est un personnage allégorique. Voici le portrait| qu'en fait un de ses interlocuteurs :

Ausy souvent que le vent vente , Du Monde le cerveau s'esvente ; Parfoys est dur, parfoys est mol ; ^fins aelles souvent prent son vol ^^

Sans yeulx veuU voir -chose latente : '

Dont concludz , la chose est patente ,

Qu'aujourd'huy Tout-le-Monde est fol.

Mais cet inconséquent qu'on méprise , incon-r séquence étrange ! on cherche à lui plaire , à se modeler sur lui ! « On ne peut faire autrement , dit-on. nfauU être comme Tout^le-^Mondeé — Mais ce Tout-le-Monde , cet être inexplicable -, qu'on ne peut évitei*, ni choquer impunément ^ où est*il? où le rencontrer? » Un des interlocuteurs l'appelle :

Hau , Tout-le-Monde ! es-tu là-bas ?

Amont , hau ! Tout-le-Monde , amont !

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