‹ Études sur les mystèresChapitre 73 sur 77 · LE PREMIER · texte numérisé non relu

LE PREMIER

C'est Tout-le-Monde qui sliabîlle A crédidt , pour honneur airoir.

La manie de briller aux dépens d'aatrui n'est donc pas seulement de nos jours : c'est une vieille maladie. Tout4e-Monde , celui d'autrefois ^ en avait une autre : il voulait ^tre noble. Il travaitlerait aujourd'hui à se faire riche ^ ou à le {>araître. Il n'est plus.

Mais il a laissé une fille , bien autrement puissante, et sans doute, en sa qualité de femme, plus mobile encore et pli» difficile a saisir. On la nomme Opinion, et elle est proclamée la reine du monde. Reste à savoir où est son trône.

Si nous le cherchons , d'abord sur les lieux éclairés par la philosophie seule, tel homme plein de bonne foi et de connaissances variées sur d'auti^s matières, nous assure que le christianisme n'existe plus. — Dans votre quartier pçut-être , lui répond un de ses adversaires ; mais la rue Taitbout et Ménilmontant même ne sont pas le bout du monde. « Que nos regards embrassent l'Europe , dit M. Droz dans sa Philosophie morale^ et nous verrons bientôt quelle foule de personnes éclairées le christianisme anime et dirige. » he docte académicren, après avoir cité un nombre

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infini de peuples où les lumières de TÉTangile ont été répandues dans ces derniers temps^ ajoute : i< il n^Qst pas permis d'ignorer des faits aussi remarquiUc^ , quand on Teuit parler sur des sujets qui exigent que l'on oonmaisae l'état de la ciTÎli-* sation et le mouvement de l'esprit htusoiin. »

fie soufflet donné à feu Saint*Sinion me met en garde contre les décisions tranchantes , et je me promets bien d'examiner à fond<3ette matière sé^ neuse*

En attendant ., je me tourne vers la politique ^ et je demande à trois députés , que je rencontre sucœssivemeiity où siège la véritable Opinion. Le premier me répond : â dmite; le séoond : à gau-' che ; le troisième : dans un juste milieu.

Un peu plus embarrassé qu'auparavant, je vais m' adresser à ce journaliste qui a si peu d'abonnés, il pourra plutôt*. • Monsieur, voudriez-YOUs me dire où l'Opinion , cette reine du monde , a placé son trône ? '

— -(M, monsieur? mais dans mon journal.

Quelle question !

— C'est qu'on me disait que vous aviez assea peu d'abonnés.

— ^ Monsieur, les voix se pèsent, et ne se comptent pas.

Je salue mon rédacteur, et je m'approche d'un de nos auteurs dramatiques qui sort du théâtre. . . Concevez-vous, lui dis*je , qu'un journaliste gui

38o MORAlilTES.

n'a psis.deux cents abonnés s'imagine être le seul représentant de l'Opinion publique?

— Je le crois bien : tous ces hommes politiques ont la ménye prétention ; mais le Êiit est que l'Opinion ne règne plus aujourd'hui ^ indépendante et pure y qu'au théâtre.

— Ah ! TOUS êtes orfèvre, monsieur Josse; j'allais TOUS indiquer une scène , et c'est vous qui m'en ofirez une!

— Je ne plaisante pas ; je dis que cette reine, autrefois si sévère , à présent tiraillée par tous les partis , mise à l'enchère , vendue au poids de l'or, n'est plus qu'une courtisane; ou du moins, si parfois on la voit encore irrépi*ocliable et libre ,^ ce n'est que dans nos spectacles et dans ces effets électriques produits souvent par un vers, par un mot.

— Oui, mais ce. vers, ce mot, bien souvent ont été donnés au groupe d'amis éclairés qui ap^ plaudit et trépigne, et pleure ou rit au commandemept; et le pauvre public, qui pai^ois rit ou pleure, suivant qu'il voit rire ou pleurer, ne sait pas que sa reine séçère passe toutes ses soirées au milieu de trente claqueurs....

Il existe pour elle un ennemi plus redoutable, car il est partout; et cet ennemi , c'est le Positif y l'esprit matière, ou sans esprit, je dis sans lumière, sans principe aucun , et tour à tour cor- VOiiipUy corrupteur : c'estàla fois, e^ ce fat qu'on adn

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mire, et Mayeux dont on rit; Mayeux qui n'éfiraie plus y même renfanœ; Mayenx^ qu'on croyait mort, et qu'en elièt le ridicuje aurait percéde pSiVt en part , s'il n'était cuirassé d'impudence. Non, Mayeux, du moins son esprit pétri de sottise et d'immoralité, ne mourra pas sitôt; il n'a fait que changer d'enveloppe et de nom, mais jamais reptile ne s'est redressé plus Tirace. Yoyez-Ie, dans nos sociétés, sous les formes les plus diverses, étaler les mêmes principes , je tcûx dire son mépris de tout ce qui est grand et vraiment éclairé. Fier de ses faciles conquêtes^ il triompherait de l'Opinion.. .. Qui ne triompherait d'une femme sans force, car elle est sans croyance? Et cette femme pourtant est reine ! • . • Vous qui , par position , avez quelque ascendant sur^elle, nous tous répéterons ces roots, d'un citoyen romain à ses compatriotes : Miserere pareniisl « Ayez pitié de la patrie. » Puisque l'Opinion doit la gouverner, gouvernez cette reine fantasque, donnez-lui plus de fixité, de principes, loin d'achever de la cor* rompre, ou c'en est fait de la patrie : Miserere parentis! Ayez pitié de notre mère commune, vous^ artistes , dont les productions licencieuses vont, jusque dans le giron maternel, tendre des pièges à l'innocence. Ayez pitié de la patrie, écrivains de tous genres : journalistes, poètes, romanciers, sophistes, chansonniers; vous, surtout , auteurs dramatiques, dont les œuvres exer-

3fta HûBiiiaTis.

cei^ ftW las niasses une aï |iM9sa»te influence^ ayez pitié de la patrie! Itappek£*Tous ee que ueftre «laHre à tous, Dttçisji nousdisait, et ce<|iien0iiB ne pouvons trop redire , oouft {XMir qui la liiberlé eut toujours des appas :

La liberté n'est point où la vertu n'est pas ! (i)

Quant a voua , graves législateurs^ si j'osais interrompre ¥0s méditations, une loi sur l'éducation Ta TOUS occuper, et jamais le raUerere par rerfiis ne viendrait plus à propos , car jamais il ne fut plus urgent de régénérer l'opinion dans sa source. Il est un moyen, le seul : la religion* Si jamais on n'en sentit mieux le besoin, si eUe seule peut retenir tant d'infortunés <|ue son absence précipite , chaque jour, dans quelque ahune ; si, pour cGïix mêmes qui n'y tombent pa&, tant de liens sociaux se trouvent re^hés ; si enfin ^ comme on l'a observé , les pemples déehus de leursr croyances se dégradent au physique même,, com^ bien il est à souhaiter que notre jeunesse se re:trempe aux véritables sources ! . Depuis quelques

(i) La licence des écrits et des peintures n'est point nouvelle, comme on peut le voir dans une éloquente protestation de Gerson : Adversus corruptionem juventutis per lascisnts imagines et aiishujwtmodi, t. IQ^ p. agi. Dan» un autre écrit, Be In-nocentiâ puerUi, où il défend sa protestation précédente, je remarque ce mouvement du grand citoyen de la république cbrétienne : Peisi quid decori christianitatis , immb totiusreipubliece, compatiendum est! p. sgS.

années surtoai^ son avdeur pour les hautes études Qst visible* Oh ! qu'elle y puise ses Tertus ^ ses lumières l Qu'une génération nouille s'élève et plus puK et plus forte ! Et V esprit maiière^ cet immoral en&nt de l'ignoranee , alors «un véeu : Mayeux alors sera mort tout entia:*.

P. S. Un des membres les pkis dwtingués de rUnîyersité de France f M. Victor Gouain, » fxt^ blié, danâ la Re^ue des deux Mondes , \^^ déeem* bre i836^ sur les divws modes d'ensi^gnement étément^irey un article qui f en nous signalant le pins éiiaie^e écart de l' Opinion sur un sujet de la plus haute importance , nous fait espérer qu'une méthode jugée par des pays entiers «dé diTerses communions et par tous les étrangers impartiaux^ là plus propre à donner au peuple les mœurs et les lumières indispensables^ quoique religieuse et française^ ne sera plus proscrite en France ; qu'elle y pourra jouir des mêmes avantages que cette autre méthode empruntée aux Anglais par nousi, quand nous en axfions chez nous une infiniment. /nei/fear^ (Voir Farticle cité). Espérons aussi que le nom du vertueux fondateur de l'enseignement simultané w dont la statue (dit M. Droz, Appli" cations de la morale à la politique,) devrait être érigée par la France reconnaissante^ » sera du moins connu dans sa patrie; que ses humbles disciples^ ces instituteurs et ces amis du pauvre^ pourront être encoiffe , par leur dévouement aux

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plus pénibles fonctions y par leur esprit d'ordre et par leur piété , les exemples Tivans du peuple ; qu'en faveur du bien réel qu'ils font , nous leur pardonnerons de ne pas se mettre aussi bien que nous f et de ne pas faire y comme nous, la révérence. Voilà ce qu'on peut leur reprocher raisormablement. Mais nous faire du nom de frères ignoranims et de leur robe noire un épouvantail ; craindre pour nos lumières jusques à leurs tricornes; venir nous crier au feu du fanatisme , au milieu des glaces de notre' indifférence! ce sont là des argumens peu dignes d'un sujet aussi grave, ^t qui seraient mieux placés dans notre chapitre suivant (i).

^i) Quoique les débats se soient ouverts à la Chambre des Députés sur la loi dUnstruction publique, depuis que cet article est écrit, je le laisse tel qu'il est ; cette loi , d'après la déclaration mâmc du ministre, devant subir plusieurs fois l'épreuve de la discussion. Après le discours de M. Guizot , rien de plus remarquable , dans la séance du i5 mars 1857, qu'un magnifique éloge du latin, la langue de F Eglise! dans la boucbe d^nn honorable membre de la gauche, que l'on croyait plus avance', -^ Encore un Jte'trograde !

FARCES ET SOTIES. "*' 385

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