CHAPITRE XL
FARCES ET SOTIES.
Les Patelin y etc.
Vous étes-Yoïis quelquefois arrêté ^ en passant sur un quai ^ ou bien dans une foire ^ devant ces tréteaux élevés à la porte d'un spectacle bruyamment annoncé? II est tel farceur dont la mine plaisante^ le costume grotesque et l'annonce trompeuse vous auront fait donner dans le piège, et vous serez entré.,.. Même chose m^est advenue en lisant dans les catalogues les titres plaisans de nos anciennes farces y auxquelles on a soin â!!^oix\tv facétieuses y joyeuses ^ ou fort récréatives. .Sur de telles promesises, qu'à peine on pardonnerait aux Patelin y j'achète la farce, quelquefois fort cher, et presque toujours j'en suis si bien la dupe , qu'après l'avoir lue, je la jette là de dégoût : regrettant mon temps, mon argent , je retourne à mes moutons ^ je veux dire aux Pâte-' /m^ car, sans compter celui de Bruéis, nous en avons deux tout diâPérens, mais également remarquables. Parlbns-en, après avoir mis de côté quelques autres pièces nauséabondes : celle des Hommes y par exemple, qiiifont saler leurs femmes^
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â cause qu^ elles sont trop douces; titre piquant (si Ton veut), mais où l'auteur a jeté tout son sel. UAwcat PaieUriy dont le premier auteur n'est pas plus connu que l'époque précise de l'ouyrage, est le monument le plus remarquable de la gaité comique de nos ancêtres. Quand on songe que cette excellente farce , qui n'est point une imi-, tation de l'antiquité , a été composée avant l'année 1474» ^^ Pierre le Caron en fit une édition citée par La Caille {Histoire de V Imprimerie et de la Librairie de Paris) ; quand on songe qu'a la fin du règne de Louis XIV ^ Bruéis et Palaprat, qui refirent cette pièce, n'y ajoutèrent rien d'essentiel , et qu'on retrouve dans l'original tout ce qu'on admire encore aujourd'hui dans l'ouvrage re£iit, il est permis de s'étonner* J'ai sous les yeux la Farce manuscrite de Maistre Pierre Patheliriy telle qu'elle a été traduite ou imitée par la plupart de nos Toisins et souvent citée par nos vieux auteurs; et j y trouve tracés avec autant de naïveté que de force les caractères de Patelin , de Guillaume, d'Agnelet. La scène où ce demia^ raconte à son avocat comment il tuait les mou-
tons de son doux maîire^ €^fm de les empêcher de mourir; le conseil que Patelin lui donne déjouer l'imbécille, et de répofndre, comme ses bêtes à laine ; bée, à toutes les demandes qu'on lui fera , conseil que le fripon de berger exécute si bien que y quand ce même Patelin réclame de liiî ses
IPARCES ET 8ÛTt£$. 887
honoraires^ il n'en peut rien tirer que des bée.... Tout cela est fort gai sans doute; et la manière dont Patelin est payé de son beau conseil serait digne, pour fo leçon ^ du phu iiaut comique. Il faut citer encore la scène où le marchand drapier, Toulant défendre lui-même sa cause, confond, dans son trouble , avec ses montons le diap qu'on lui a pris , s'écarte si plaisamment de la question et se voit toujours rappelé par le juge à ses mou-tons, mot que nous avons conservé, ainsi que quelques autres du même ouvrage , à commencer par le nom du héros, dont notre langue s'est enrichie depuis si long-temps, qu*on trouve dans Rabelais cette expression ; en langaige pathelinais, et dans Pasquier : paiheUnage^ patheliner; et qu'enfin ce nom si doux , si caractéristique de Patelin est devenu le synonyme de flatteur et de fourbe.
Il est fâcheux seulesient que sa fourberie ne soit présentée que comme une gentillesse, et que le vol réel qu'il fait à mousijeur Guillaume soit couronné d'un pleîa succès. La 6oèoe où Patelin emporte le drap presque de force finit moins heureusement dans la pièce refaite. Elle a0rirait du moins une leçon si le drapier ne cédait ^u'à la flatterie^ à la séduction des panides, et s^il jouait jusqu'à la fin , devant ce maître renard , le rôle du corbeau de la fable. L'auteur ancien l'a si bien senti, que quand le fourbe vient conter à sa
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femme comment il s'y est pris pom* duper le marchand f et comment celui-ci ^ en se sentant amà' douer, a fini par lui lâcher son drap, la digne épousé de Patelin fait cette réflexion monale , morale du moins pour les Guillaumes :
n m'est soubvenu de la fable Du corbeau qui estoît assis Sur une crojz de cincq ou six Toyses de hault , lequel tenolt Ung fromaige au bec. Là venolt Ung regnard qui vid le fromaige ; ' Pensa k luj : Cornent Taurai-ge ?
Lors se mist dessous le corbeau :
Ha ! fist-îl , tant as le corps beau , Et ton cbant plaîn de ipélodie !
Le corbeau par sa couardie Oiant son cbant ainsi vanter.
Si ouvrist le bec pour chanter.
Et son frouKiige chet à terre , Et maistre regnard le vous serre A bonnes dents , et si l'emporte (i).
Ainsy est-il , je m'en &iz forte y De ce drap ; vous l'avez happé Par blason ner et atrappé , En luy usant de beau langaige , Gomme fist regnard du fromaige.
Notre ancien auteur a emprunté cette fable à
(i}'On sent tout ce qu'a d'heureux ici cette qualification de maistre y dont La Fontaine eût mieux profité ^^n ne la donnant qu'au renard. Le corbeau, dira-t-on, est un maître aussi, un maître sot. Oui, mais ce titre va mieux à l'expérience , et même à la ruse. Il s'appliqae fort bien , dans l'amusante comédie des Plaideurs sans procès j à un vieux procureur nommé Renard,
FARCES £T SOTIES. SSq
Ésope, ou plutôt au Roman du RenaH^ où elle est plus développée. Dans ce très vieil ouvrage , le renard dit au corbeau :
— Dieu vos saut {vous sauve) , sire compère , Bien ait Tâme vostre bon père ,
Qui si seut chanter :
Maintes fois l'eu oï vanter.
Que n'en avoit le pair en France.
Prier pour l'âme de père Corbeau, et rappeler sa voix afin que son fils montre la sienne, cela est parfait. Patelin lui-même dit moins heureusement au drapier :
Ha ! qu'estoit .ung homme scavant !
Je requier Dieu qu'il en aist l'âme , De vostre père. .
Ces rapprochemens pourraient faire croire que la fable a donné l'idée de la comédie , si l'on ne savait qu'elle a été faite, non dans l'intention d'attaquer le vice en général ^ mais un individu^ si connu par ses fourberies , que l'auteur ne craignit pas f pour le livrer à la risée des spectateurs j non seulement de prendre sa robe et sa profession, mais jusques à son nom. Peut-être applauditon à cette espèce d'exécution morale , et trouva-t-on qu'im homme ; objet du mépris public^ était avec i^ison publiquement immolé. Mats cette ven-* gesince^ en apparence juste ^ dégénéra en licence aristophanique. Le principe avait été violé , et la personnalité, qui n'est plus la comédie, après.
390 FARCES £T SOTIES.
avoir frappé Cléon y finit par atleitidre Socrftte. Nous avona tu Griugore jcmer sur le théâtre la personne de notre Lo^pis XU^ oa au moins le taxer dai^arice et de torcherie.
La licence devait tuer la liberté , c'est ce qui arriva.
Louis XII avait supporté des injures où se trouvaient des vérités qu^il ne * pouvait apprendre ailleurs : la presse était à peine née. Maïs bientôt ^ sous François 1", on la vit grandir et s'étendre. La satire et la cotnédie politique , expulsées par lui du théâtre^ se réfugièrent soiis les burlesques allégories du curé de Meudbn* C'est là ^ dans Rabelais, que nous retrouvons , parmomens, Aristophane avec son hardi dévergondage.
Si quelqu'un pouvait nous rendre cette vieille comédie dont les Grecd otit eu le gàiie^ et nos aiieiens farceurs Finstinct^ mais point rexpre^saon, c'était assui'ément Racine* Nous en trouvons la pr^ive f non seulement dans les portraits de ses plaideurs et dans celui deson^Dandin, qui semblent avoir eu, comme Patelin > leurs c»îginaux , mais encore dans sa hardiesse à s'attaquer à tout un corps puissant , souvent respectable, et à des abus qui ne méritaient aucun ménagement. Et Von sent que les traits décochés par le poète à quelques magistrats indignes pouvaient allerplus loin encore.
Mais Louis XIV, à qui l'auteur de Sriiannicus
FARCES ET SOTIJK& 3^1
aval I osé dotinar^ «Bipassant, un ayis; Louis XIV n'entendait point raillerie sur les aifiaires pabliques, et il ne voulait pas surtout que les poètes dramatiques y prissent part. On conçoit que Racine dut être assez embarrassé quand il essaja , comme il s'y était engagé^ de donner lui échantillon d^ Aristophane •
Âristophaneà la cour de Louis XIY I • «• Qu'eùt-il dit , bon Dieu I si son introducteur l'avait laissé parler? Qu'eùt-il dit, en voyant l'étiquette et Iç faste du grand Roi y lui qui , dans son cynisme ennemi de tout faste et de toute étiquette y représ^ite le souverain de l'empire des Perses mar^ chant avec une aimée de quarante mille hommes, pour aller sur une montagne d'or satisfaire un besoin naturel? Qu'eùt-il dit de tant de projets de conquêtes, lui qui , tout méchant qu'il était, pour donner la paix à son pays^ ne la laissa ja-* mais aux mauvais citoyens qui demandaient U goerre ? Qu'eût41 dit an marquis de Louvois, qui , comme un autre Cléon , savait si bien , pour se rendre nécessaire, nourrir la funeste manie de son maître? Qu'eùt-il dit enfin de la Fnmce ei|*. tière, lui qui ne vojrait dans le peuple athénien qu'un vieillard imbécille y et dans le sénat à!k^ thènes qu'une assemblée de moutons en longs manteaux.... Tel est l'esprit d'Aristophane. A peine en retrouv&-t^n quelques étincelles dans nos vieilles farces. Mais aussi Aristophane n'a
392 FARCES ST SOTIES.
pas , dans tout son théâtre y une pièce de caractère comme Patelin.
Le succès de cette première comédie engagea d'autres dramatistes à la continuer : nous avons un Testament de Pathelindskns lequel le malin avocat n'a rien légué de son esprit au continuateur. Cette pitoyable pièce y imprimée à la suite de la pre-* mière^ est venue jusqu'à nous^ grâce à son voisinage! et tous les bibliographes en ont parlé. En revanche ils n^ont rien dit d'une autre farce excel-^ lente, intitulée : Le Woui^eau Paihelin ou Pathe^ lin et le Pelletier. JETabent/atalibelli.CelR est vrai, surtout de ces brochures en quelques feuillets ^ Ubelli^ qui ne tiennent à rien et que le vent emporte. M. Brunet en avait pourtant mentionné un exemplaire à la suite d'un autre Paihelin^ sans nom d'auteur, d'imprimeur^ ni de lieu. Il ignorait que la Bibliothèque de Bruxelles en possédât un second, qui m'a été. obligeamment communiqué par M. ie conservateur de ce iiiche dépôt littéraire.
Cet exemplaire, imprimé.seul, est précédé d'une note dans laquelle l'éditeur émet l'opinion ^ sur plusieurs conjectures. assez probables, que l'ouvrage est du fameux paillon. Ce nom, qui signifie trompeur, fripon , n'a que trop été mérité par l'auteur de tant de poésies ^irituellement hôn-* teuses et d'actions plus honteuses encore, dont il était loin de rougir. Il ne serait pas étonnant que>
FARCES £T SOTIES. SgS
jaloux (le la réputation de Patelin ^ Villon eût Youlu lutter d'adresse avec son aine , et se peindre lui-même dans le Nouveau Paihelih. Nous allons voir qu'il n'est pas indigne de la par^ité.
Le drôle voulant se vêtir chaudement aux dépens d'autrui , va trouver un pelletier, lui dit que le curé l'a chargé de lui prendre une fourrure. Après l'avoir choisie fort belle et emportée chez lui , « Venez avec moi , dit-il au pelletier : le curé est à l'église; dès qu'il aura achevé de confesser, vous lui direz le prix dont nous sommes convenus, et il vous paiera sur-le-champ sii fourrure. »
Le fripon entre à l'église avec sa dupe. Nous voyons le curé assis dans le confessional,^d'où il se dit à part :
Vraiment , la tête m'étourdît
De confesser; c'est trop grand peine....
( A l'homme qui se confesse.)
En quel temps fusse? en quel semaine?
Estoit-elle point mariée?
Car s'elle estoit femme liée ,
Il j faudroit avoiV égard.
Patelin demande à communiquer un mot en secret au curé, à qui il dit qu'il lui amène un grand pécheur, résolu de faire pénitence, mais sujet malheureusement à des absences d'esprit extraordinaires, qui le portent à se figurer, par exemple, qu'il a fourni des fourrures à toutj le monde, et qu'on lui doit de l'argent, — Bien,
3ç)4 FAnCKS KT SOTIES.
bien ^ dit le curé ; qu'il yientie quand celui qui se confesse aura fini , je lâcherai de le dépé<&er.
Le fourbe, voyant le pénitent sortir du confessional, y pousse le pelletier, à qui il répèle de conter au curé ce dont ils sont conrenus, et il les laisse.
LE PRESTRE
Or, contez donc Ce qui vous meine tout du l<Mig , . £t bientôt vous despescherai.
LE PELLETIER
Baillez donc , et je compterai ; Je ne vois que compter ici.
LE PRBSTRS.
^Dea ! ce n'est pas dire ainsi.
Scaurîez-vous conter vostre cas.
LE PELLETIER
^ Oui bien ! Mais ne vous Ta-t-il pas ,
Cet homme qui s'en va , compté?
LE PRESTAE.
Pensezr-Yous qu'il m'aura conté Vos cas particulièrement?
Il n'y a que vous sedkment Qui en scut parler au certain.
LE PELLETIER
Pour le vous dire plus à plain | Doncqnes il est vrai qu'il y a Pour tout dix-boit francs.
LE PRESTHE.
Hé 9 dea! Q'est-ce à dire !
LE PELLETIER
Il y a autant.
Il me les ûtut avoir comptant ,
FARCIS ET SOTIES. SgS
Pour les deux patmics qu'il emporte.
Il vous &ut parler d'autre sorte.
Q'est-ce cj? je n'y entends rien.
LE PELLETIEK.
C'est vous qui ne parlez pas bien , Vous ne &ites que barbouiller.
LE PRESTAE.
Çà , dites , sans plus vous brouiller, Tout premier Benedicùe,,,.
£t puis vostre Confiteor.
LE PELLETIER
Baillezrmoj ou argent ou or, Vous ne faites que ravasser.
A quel propos me confesser Maintenant? Il en est bien temps !
LB PRESTRE
Mon ami , veu ce que j'entends , Vostre entendement est brouille. ^
LE PELLETIER
Serai-je ici agenouillé
Tout meshui ! Qu'est-ce ci à dire !...
LE PRESTRE
Mon ami , parlez sagem^it , Et vous confessez gentement.
LE PELLETIER
Je confesse que me devez Dix-buit francs , et que vous avez La denrée qui vaut mieux encoire.
LE PRESTRE
Dieu VOUS rende vostre mémoire.
D'où vient cette mérancolie?
Il j a bien de la folie.
Je prie Dieu qu'il vous sequeure,...
Mon ami , faut que vous pensiez
A Dieu , comme un bomme notable.
396 FARCES ET SOTIES.
LE PELLETIER
Mais pensez-j , de par le diable !
Et me^payez avant la main.
Le curé, qui croit que le diable s'est emparé de son homme ^ commence des prières, pendant lesquelles le pelletier se dit :
Voici assez pour enrager.
Je suis en grand perplexité.
Qu'est-ce ci , Benedicite !
LE PRESTRE
Deus sit in corde tuo , ad verè Confitendum peccata tua, in nomine, etc^
LE PELLETIER
Que diable est-ce qu'il me latine !
11 fait des croix une grand signe , Gomme s'il eût vu tous les diables.
LE PRESTRE
Mon ami , je ne dis pas fables ;
C'est une bénédiction'
Que je donne à l'inception ^
De vostre confession faire.
LE PELLETIER
Eh I Dieu vous doînt , tout au contcaire y Malheur et malédiction !
La chose finit pourtant par s'éclaircir : le prêtre et le pelletier voient qu'ils ont été les jouets de Patelin 9 qui ne reparait plus. La pièce finit mal. Trop négligemment écrite, quoique la diction en ait été rajeunie^ elle n'a qu'une scène, mais cette scène. est d'un maître en fait de fourberies.
En la relisant , il est difficile de n'y pas apercevoir l'intention de parodier une des plus sages pratiques du catholicisme y la confession, A l'é-
• FARCES ET SOTIES. 3g7
poqùe où Villon écrivait , et bien antérieurement^ les poètes neménageaient pas sans doute les prêtres et les abus qui s'étaient glissés dans l'exercice du culte ^ mais ils respectaient le culte méme^ et surtout le dogme ; il n'en est plus ainsi :
Kiant au saint lieu , D'une voix hardie Satan parodie Quelque psalmodie iSelon saint MatLieu ; Et dans la chapelle Ou son roi l'appelle , Un démon épèle Le livre de Dieu.
Ces vers d'un de nos grands poètes expriment assez bien ce qui se passait alors. Les chants les plus saints de l'Église sont parodiés. Ainsi ^ dans une de ces pièces, le cantique touchant Venite adoremus est transformé en « Venite potemuSy imitatoire bacchique, (sic). » Dans une sorltàefarciay intitulée Le Twemier et le Pion y l'hôte, habitué à tout mélanger, pour relever, son vin , se sert ainsi de l'Écriture :
Amen, amen, dico vobis ,
J'aj vin pour resjouir son homme ;
Et habitai^it in nohis ,
Du pays de Grèce ou de Romme.
Sachez que n'est point vin de Somme ,
Aspectus ejus ut fulgur.
C'est ung vin , bref, qui tout assomme ,
Et posteà videbitur*
SgS FARCES ST SOTIES.
lejQbt m œ qu'U y a de moins mauTais. Beanoovp d'aatres pièces diçeriissantes et de sfirmorù jojreulx pour rire (sic) méritaul toat Tonbli où ils sont tombés.
Par cet emploi déplacé du ridicule, par les demi-lumières qui de toute part voulaient percer, on se voyait éloigné de La religion , eu attendant qu'on y fût ramené par des lumik^s véritables et complètes, suivant l'observation de Bacon.
Nos auteurs de farces , n'étant pas soutenus par leurs sujets, tombaient souvent bien bas. Pour nous en faire une idée, fouillons dans le vieux manuscrit (fonds LaVall., 63), dussions-nous aussi meUre^la main dans une oreture. La piNemîèiie pièce que j'en tire n'est guère que sale ^ c'est une des mueilleures, EUe.est intitulée Le RetrcUcU Ushmant d'une femme oipriée , pour éviter le mari jaloux qui rentre au logis, se vpit contraint de se cacher dans le retraict, ce que nous nommons la garde^robe. Je ne sais comment était déposé ce lieu commode^ mais nous y voyons le pauvre amoureux fort mal à l'aise , et si bien enloncé dans le retraict , que sa tète seule passe par la lunette, lorsque, pour surcroit, le mari, tout ému , est pris d'une colique violente. On peut se figurer les grimaces de l'homme à honnesjortunesy qui sent quel cadeau il va recevoir, et qui se dit :
Hélas ! £aittlt-*U c'im amoureux
Mete {ait mis) la teste en sy oit lien L.. .
FARCES tT SOTIES*. ^9-
Et qu'esse^j, hélas ! vray Dieu !
Las ! je ne pujs avoir ma te^^e !
Voy.cy pour moy dure tempeste ; Et oullre plus , la puanteur, Hélas I me ftict faiiHir le coeur..».
Yoîcy un cas fort pitoyable!...
Brou ! ha ! ha I . . .
Le mari est si effi^yé de ce qa'il entend , qu'un Yâlet et sa femme lui font aisémeni croire que c'est un démon^ le démon des jaloux qui s'est ism^ paré de la maison. Four le conjurer, il pnomet de n'avoir plus de soupçons; et tandis qu'il se met aux genoux de sa fonme, 1 amant slesquive épouvanté*...
Mais ,ce n'est rien de cette pétarade , près de la Farce du Munyer de qui le diable emporte Vâme en enfer. Un meunier fripon est au moment de rendre l'âme. Bonne captm*e pour le diable Berith , qui veut la saisir au passage, mais qui , novice encore , demande à Lucifer, son ancien , plus éclairé que lui , par où cela sort une âme de meunier. Lucifer lui nomme cette partie ^u corps qu'il n'est plus permis de nommer» Le malade se trouvant plus mal , le diable accourt , et l'on appelle le caré« Beritk se cache sous le lit avec un sac. Le meunier, qui n'a jamais rien rendu de ses vols, après s'être accusé d'avoir pris t&urjours d'un sac double mousture , éprouve enfin le Jsesoin de rendre quelque chùse. On peut croire que c'est un remords de conscience , pas du toiit^
*.<^/|O0- * #ARCtS ET SOTIES. ^
ce n'est enoorèqu'mne' colique. On le met en position de s#soulaga^. Bërith y qui ne doute point que l'âlbeiie soit au moment dépasser^ tendson sac^ et il y reçoit en nature y -pas prétisément l'âme, mais au contraire^ une substance que^ tout rempli de joie y il porte à ses confrères. Les diables^ à l'ou- Terlure du sac , demeurent stupéfaits y et tous , en blasphémant et se bouchant le nez y s'écrient que dm0 de munyer ri est que hran et ordure.
Toutcela ne serait que spirituellement sale ou salement spirituel y mais ce qui est blâmable, c'est le passage où le meunier, qui soupçonne sa femme de lui être infidèle (car il n'est bonne farce sans un mari trompé), dit au curé :
J'ai le cueur douloureux Et rempli de perplexité , Car coquu je suis malheureux , Bien le scay.